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11 octobre 2010 1 11 /10 /octobre /2010 02:59

En 1786, le Grand Orient propose un texte de référence pour les trois grades bleus, diffusé sous la forme de copies manuscrites.

La Révolution passée, en 1801, les Rituels sont  imprimés sous le titre du Régulateur du maçon.

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En 1858, une nouvelle rédaction du Rite Français dit Murat, du nom du Grand Maître, est publiée. « Idéologiquement », le texte n'est guère différent de celui du Régulateur.

 

Murat GM

  L'après-Convent de 1877 conduit à des retouches plus hardies. En 1879, le Grand Collège des Rites, chargé par le Conseil de l’Ordre du Grand Orient, fait disparaitre des rituels les formules trop ouvertement religieuses.

En 1886, une commission de 12 membres, présidée par l'avocat Louis Amiable (1837-1897), procède à une nouvelle révision adoptée en Conseil de l'Ordre les 15-16 avril. Le nouveau rituel français, se réfère grandement au positivisme. 

Le rituel Amiable, quelque peu modifié en 1907 sous l'autorité du Grand Commandeur Jean-Baptiste Blatin, restera en l'état jusqu'en 1938.

louis amiable

Louis Amiable

En 1938, à l'initiative d'Arthur Groussier, alors Grand Maître du Grand Orient pour la 9e fois, un nouveau modèle du Rite Français est adopté.

La nouvelle version est une tentative de retour aux sources symboliques du système français.

En 1955, la version définitive du rituel Groussier, légèrement aménagée dans la forme sous l'autorité de Paul Chevalier, est imprimée et diffusée. 

groussier

En 1955, Avec l'accord de Francis Viaud, alors Grand Maître du Grand Orient de France, il est décidé de « réveiller » le Rite Français dans sa version originale. À cet effet est créée la loge du Devoir et de la Raison (1955). Ses membres, conduits par René Guilly, auraient pu utiliser le modèle imprimé du Régulateur (1801). Ils préfèrent essayer de reconstituer à partir de ce dernier, mais en y incluant des ajouts tirés de divers documents du xviii eme siècle, un rituel proche de celui qui est pratiqué dans la franc-maçonnerie française adolescente. Ainsi naît le Rite Moderne Français Rétabli : « Moderne », puisqu'il s'inscrit dans la tradition de la Grande Loge Anglaise des Modernes ; « Français », car il est fidèle à la version implantée en France et traduite en français ; « Rétabli », pour affirmer que le texte est le résultat d'un travail de reconstruction, de recomposition et de restitution historiques, symboliques et philologiques.

En 1968, les frères qui fondent avec René Guilly, la Loge Nationale Française apportent le Rite Moderne Français Rétabli qui donnera, après un long et minutieux travail « d'archéologie symbolique » pour retrouver des documents encore plus originaux, le Rite Français Traditionnel.

GUILLY

  

En 1978, des frères de la Loge Nationale Française, conduits par Roger Girard, rejoignent la Grande Loge Nationale Française en y apportant le Rite Français  d'après le canon du Régulateur de 1801. 

roger girardRoger Girard


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4 octobre 2010 1 04 /10 /octobre /2010 13:12

R∴ L∴ de « L’Amitié » N° 9

à l’Orient de Genève

Loge Mixte au Rite Français - Rituels de 1786

Fondée le 11.11.1991 sous le titre distinctif de « La Concorde »

Membre de LITHOS CONFEDERATION DE LOGES

 

Le Rite Français d'après les Rituels de 1786

La Loge de « L' Amitié » travaille au Rite Français, d'après les Rituels de 1786. Il s'agit de la version la plus ancienne connue du Rite Français Traditionnel (R.F.T.) ou Rite Moderne Français Rétabli (R.MF.R.), qui est sans doute le plus ancien Rite de la Maçonnerie spéculative encore pratiqué.

Issu de la Grande Loge de Londres de 1717 (dite des « modernes), ce rite apparaît en France dès l'introduction de la Franc-Maçonnerie spéculative, au début XVIIIème siècle. Originellement venu de Grande Bretagne, il est codifié en 1786 sous une forme quasi identique à celle que nous connaissons aujourd'hui. Ce rite était au début XVIIIème quasiment la traduction mot à mot des rituels anglais. Par la suite des ajouts cérémoniels furent introduits (épreuves de l'eau et du feu dans les voyages, calice d'amertume, etc.) Le résultat de cette histoire est que si le rite « Français » s'est un peu éloigné du rite pratiqué en Angleterre par la première Grande Loge, il est aujourd'hui néanmoins celui qui est resté le plus fidèle aux pratiques du XVIIIème siècle.

Le Rite Français contribua puissamment à l'essor de la Franc-Maçonnerie en Europe. Au cours de la fin du XVIIIème siècle, en une période de conflits européens, il fut pratiqué à l'origine dans des loges composées de militaires, qui l'exportèrent dans leurs expéditions et le teintèrent de certaines particularités militaires (usage de l'épée en loge, voûte d'acier). On doit sans doute y voir aussi l'origine du vocabulaire employé au cours des agapes, tels que « canons », « poudre », etc...

C'est peut être aussi pour cette raison que le Rite Français peut paraître plutôt « dépouillé » au premier abord et qu'il est de caractère « rigoureux », ou en tout cas réglementaire, dans son exécution.

Historique

En 1717 se forme la Grande Loge de Londres. En son sein, dans la décennie 1720, se met en place un système en trois grades, connu par la publication en 1730 de la Masonry Dissected de Samuel Prichard.

La Franc-Maçonnerie qui s'implante en France vers 1725 est issue de la Grande Loge de Londres.

Le rite traduit en français est pratiqué par la quasi-totalité des loges qui se créent dans le royaume et ne semble pas avoir un nom particulier qui le définit.

L'apparition d'autres systèmes maçonniques, dits presque toujours « écossais », la volonté du Grand Orient de France d'organiser et de contrôler la franc-maçonnerie française, et le désir de nombreuses loges d'avoir une version universelle des rituels, provoquent la fixation d'un rite qualifié en 1785-1786 de « Français ». Au sein du Grand Orient, pour les grades bleus, dans la 4ème chambre dite Chambre des Grades, créée en 1782, et au sein du Grand Chapitre Général de France, quelques frères, notamment Alexandre-Louis Roëttiers de Montaleau, ont mené à bien ce travail.

En 1785, le modèle français est à peu près fixé. En 1786 le Grand Orient propose un texte de référence pour les trois grades bleus, diffusé sous la forme de copies manuscrites. L'ensemble est désigné sous le nom de Rite Français. Les trois premiers sont d'origine anglaise. L'objectif est en fait de se distinguer des divers systèmes dits écossais, souvent élaborés ou synthétisés en France, mais qui viennent rarement en droite ligne d'Écosse.

La Révolution passée, en 1801, le Grand Orient le fixe en le faisant imprimer dans le Régulateur. On notera qu'au début du siècle, ledit Régulateur du maçon (1801) inspiré du Rite des Modernes, et le Guide des maçons écossais (1803), en partie inspiré du Rite des Anciens, texte de référence du Rite Écossais Ancien et Accepté, divergent plus sur la forme que sur l'esprit. Pourtant la concurrence de ces deux rites conduit à un effet de nomination. Le terme de Rite Français va ensuite s'imposer dans le dernier tiers du XIXème siècle. Quoi qu'il en soit durant tout le XIXème siècle, la différenciation entre Rite Français et Rite Ecossais va aller en croissant.

En 1858, une nouvelle rédaction du Rite Français, dit Murat, est publiée, le texte n'est guère différent de celui du Régulateur du Maçon. Le nouveau modèle continue de définir la maçonnerie de manière « classique », dans la tradition andersonienne. On reste dans l'héritage de la philosophie des Lumières et dans un spiritualisme assez flou pour ne pas trop gêner les consciences. Ce premier toilettage se fait cependant dans une Obédience qui, depuis l'amendement Charles Duez adopté le 13 avril 1849, précise que la Franc- Maçonnerie « a pour base l'existence de Dieu et l'immortalité de l'âme ».

L'après-Convent de 1877 conduit à des retouches plus hardies. En 1879, le Grand Collège des Rites, chargé par le Conseil de l'Ordre du Grand Orient, fait disparaître des rituels les formules trop ouvertement religieuses, comme la référence au Grand Architecte de l'Univers, les devoirs envers Dieu au 1°, l'explication métaphysique de la lettre G au 2° et l'invocation à Dieu du signe d'horreur au grade de Maître. En 1886, une commission de 12 membres, présidée par l'avocat Louis Amiable (1837-1897), procède à une nouvelle révision adoptée en Conseil de l'Ordre les 15-16 avril. Le nouveau rituel français, qui prendra le nom de son principal rédacteur, est accompagné d'un « rapport sur les nouveaux rituels pour les loges » rédigé par Amiable lui-même. Ce codicille explique que le nouveau texte se réfère grandement au positivisme. Sa philosophie générale est la « neutralité entre les diverses croyances » et le fait que « les données certaines fournies par l'état actuel de la science devaient être par nous mises à profit ». Daniel Ligou a présenté les violentes critiques adressées au rituel Amiable par Oswald Wirth. Un rapport d'Amiable, adopté par le Grand Collège des Rites et transmis par le Conseil de l'Ordre du Grand Orient à toutes les loges en mars 1896, clôt provisoirement le débat.

Durant ce demi-siècle, le rituel Amiable, quelque peu modifié en 1907 sous l'autorité du Grand Commandeur Jean-Baptiste Blatin, restera en l'état jusqu'en 1938, date où, sur l'initiative d'Arthur Groussier, alors Grand Maître du Grand Orient pour la 9ème fois, un nouveau modèle du Rite Français est adopté. La nouvelle version est une tentative de retour aux sources symboliques du Rite Français.

En 1955, la version définitive du rituel Groussier, légèrement aménagée dans la forme sous l'autorité de Paul Chevalier, est imprimée et diffusée. Malgré quelques apports et quelques ajouts opérés par un certain nombre de loges, le rituel Groussier est toujours en vigueur aujourd'hui dans les Loges du grand Orient de France.

Dans le long travail de reconstruction des obédiences dans l'après-guerre, des maçons érudits et/ou versés dans les recherches initiatiques ou symboliques souhaitent retrouver ou revivifier les potentialités de la tradition maçonnique française du XVlIIème siècle. Ainsi, au sein du Grand Orient de France, des maçons regrettent que les frères attirés par le symbolisme et le respect des pratiques rituelles quittent le Rite Français pour le Rite Ecossais.

Ce petit groupe pense que l'on peut concilier option symbolique et rigueur rituelle au sein du Rite Français. Ses membres auraient pu utiliser le modèle imprimé du Régulateur du Maçon (1801). Ils préfèrent essayer de reconstituer à partir de ce dernier, mais en y incluant des ajouts tirés de divers documents du XVIIIème siècle, un rituel proche de celui qui est pratiqué dans la Franc-Maçonnerie française adolescente. Ainsi naît le Rite Moderne Français Rétabli, qui s'inscrit dans la tradition de la Grande Loge Anglaise, car il est fidèle à la version des « Moderns » implantée en France et traduite en français, « Rétabli » pour affirmer que le texte est le résultat d'un travail de reconstruction, de recomposition et de restitutions historiques, symboliques et philologiques.

Quelques frères du Grand Orient de France, fondateurs ou affiliés à la Grande Loge Nationale Française Opéra (devenue ensuite Grande Loge Traditionnelle et Symbolique Opéra) apportent en 1958 le Rite Moderne Français Rétabli à la nouvelle Obédience.

En avril 1968, trois Loges quittent la GNLF-Opéra pour constituer une Fédération de Loges sous le nom de Loge Nationale Française (L.N.F.).

Ces trois Loges, « Jean-Théophile Désaguliers » et « Fidélité » à l'Orient de Neuilly-sur-Seine et « James Anderson » à l'Orient de Lille, étaient régulièrement détentrices des Rites suivants:

- le Rite Moderne Français Rétabli (R.M.F.R.)

- le Rite Ecossais Rectifié (R.E.R.)

- le Rite Anglais Emulation (R.A.E.).

En 1973, les deux pôles principaux se séparent et il existe momentanément deux L.N.F. : l'une à Paris, à tendance plus théiste, et l'autre à Lille, plus humaniste.

En 1976, la L.NF. de Lille, alors conduite par son fondateur et Grand Maître Général, Jacques Martin, intègre une Loge mixte indépendante « Le Temple de la Paix Céleste » et décide de modifier son Titre Distinctif, la L.N.F. étant, jusque là, strictement masculine. D'abord, la L.N.F. de Lille retient le Titre de : « Ordre Maçonnique Universel Humanitas pour les Pays de Langue Française - Grande Loge Indépendante et Souveraine des Rites Unis ». Ensuite il sera décidé de réserver le titre « GLISRU » aux seules Loges symboliques ou Loges bleues, le titre « Humanitas » regroupant les Ateliers supérieurs.

Le 11 novembre 1991 est fondée à Genève la Loge mixte « La Concorde », qui adhère à la GLISRU et adopte le Rite Français d'après les Rituels de 1786, version la plus ancienne connue du Régulateur du maçon de1801.

Le 25 janvier 1992 elle reçoit du Suprême Conseil de l'Ordre Maçonnique Universel Humanitas pour les Pays de Langue Française - Grande Loge Indépendante et Souveraine des Rites Unis une Patente l'autorisant « à se livrer aux travaux des premiers grades symboliques de la Maçonnerie du Rite Français Traditionnel ».

Après dix-sept années de travail, de nombreuses péripéties et plusieurs changements d'Obédience, en 2008 la Loge quitte la Grande Loge Mixte de Suisse, change son titre distinctif en « L'Amitié » et est admise dans Lithos - Confédération de Loges, au sein de laquelle elle continue à travailler au même Rite, avec les mêmes Rituels et dans le même esprit que celui voulu par ses fondateurs.

Pour contacter la Loge

Temple : Maison des Compagnons - 25, rte de Colovrex - CH 1218 Le Grand-Saconnex, Genève

amitié@lithoscl.org

www.lithoscl.org

 

 

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3 octobre 2010 7 03 /10 /octobre /2010 22:20

Panorama de la France prérévolutionnaire

Pour saisir les événements qui vont suivre et tenter de comprendre le comportement souvent choquant de celui qui deviendra Philippe-Egalité Grand Maître des francs-maçons il est nécessaire de procéder à un constat de l’état de la France prérévolutionnaire des années 1770.

Le renouveau démographique permet une population de prés de vingt-huit millions d’habitants, nous hissant au premier rang de l’Europe. Par comparaison la Russie immense n’en a que vingt-trois, l’Espagne onze et l’Angleterre neuf. Les « jeunes », ceux qui auront vingt ans en 1789 ont décuplé.

L’espérance de vie passe enfin à vingt-huit ans. La population est à 85% rurale. Cela n’empêche pas le développement de grandes villes. Lyon dépasse les 120 000 habitants, Marseille 100 000, Bordeaux 70 000. Metz, Nîmes, Strasbourg, Orléans, Amiens oscillent entre 50 000 et 35 000 âmes.

Quant à Paris, c’est une population de 600 000 personnes qui en fait une mégapole pour le temps, seulement dépassée par Londres avec prés de 800 000 londoniens. Paris est le centre du monde civilisé tant littéraire que scientifique. Un réseau de trente-deux académies provinciales qui communiquent entre elles permet de commenter et de diffuser les plus récentes découvertes et souvent les idées les plus novatrices.

L’économie du pays reste terriblement fragile après la faillite du système Law. Une mauvaise récolte qui fait flamber le prix du pain et paralyse l’activité, peut générer un « mouvement social ». La fiscalité reste « un labyrinthe inextricable » dans lequel les historiens actuels se perdent encore. La seule certitude est qu’elle demeure, malgré les efforts réels de quelques financiers, pesante, inefficace et surtout effroyablement injuste. L’état, le roi donc, vivait du rapport d’impôts directs et indirects.Pour simplifier considérons que la plupart des taxes directes sont acquittées par les roturiers. La noblesse paye « l’impôt du sang » en se battant pour le pays et en levant des troupes. Le clergé considère que, chargé de l’éducation et de la charité publique il n’a pas à être imposé. L’Eglise condescend à une participation volontaire, purement bénévole le « don gratuit » qu’elle acquitte tous les trois ans et encore non sans discuter. Les taxes indirectes, dont la perception est cédée à des compagnies privées sont encore plus mal perçues. Dans ce que nous pourrions appeler le domaine de la culture il nous faut constater que tout bouge. Si dans les années 1685 seulement 29% des hommes et 14% des femmes savent lire le taux passe à 47% et 27% un siècle plus tard.

La grande évolution dite philosophique est le passage au développement d’idées modernes en opposition à la coutume et à la tradition. Les « Lumières » viennent bouleverser une société qui vénérait tout ce qui était ancien « du seul fait de son origine immémoriale. » Les idées directrices sont :

- croyance en un progrès infini des sciences et de l’humanité, faisant reculer les ténèbres de l’ignorance,

- confiance en l’observation et l’expérience,

- aspiration au bonheur individuel,

- souci d’un nouveau système éducatif pour les enfants (Rousseau, Mme de Genlis),

- apologie de la raison contre la foi et la révélation biblique,

- lutte contre la « superstition » de la religion, surtout catholique,

- appel à la tolérance contre le « fanatisme » de l’Eglise,

- régénération de la société.

Il est impératif de réaliser que dans son ensemble l’audience des Lumières reste limitée. La province rurale et la classe paysanne (plus de 85% de la population) restent fidèles à l’Eglise. La pratique religieuse est assidue pour 98% des habitants du royaume. Ces idées ne prendront un sens prémonitoire qu’à posteriori. Il ne faut pas oublier que si Voltaire récuse la monarchie de droit divin, il reste partisan de la monarchie absolue. Il soutiendra, à la différence du duc de Chartres, le « coup d’Etat » de Maupeou. N’oublions pas que le mot absolutisme n’a été forgé qu’en 1797, huit ans après la disparition de l’Ancien Régime.

Louis Philippe Joseph d’Orléans, duc de Chartres puis duc d’Orléans, pair de France.

Nous entrons maintenant dans la franc-maçonnerie moderne. J’entends par-là que la maçonnerie traditionnelle contemporaine française que nous pratiquons actuellement à la G.L.N.F. est la descendante directe de l’organisation administrative et de la synthèse rituelle, qui vont émerger des travaux du Grand Orient de France de cette fin du XVIII° siècle.

.Louis Philippe Joseph d’Orléans n’est à sa naissance le 13 avril 1747, au château de Saint- Cloud que duc de Monpensier. Il est surtout prince du sang. Arrière-petit-fils du Régent, il descend par sa mère d’une fille de Louis XIV et de Madame de Montespan Mademoiselle de Blois. Comme nombre de ses devanciers il fait très tôt preuve d’un goût prononcé pour la carrière militaire récompensé par une charge de colonel du régiment de Chartres-Infanterie en mars 1752, il n’a pas encore cinq ans.

Nous devons préciser que le décès de son grand-père vient de faire de lui le nouveau duc de Chartres.

Le nouveau Grand Maitre est un « prince du sang ».

Il poursuit sa fabuleuse carrière en devenant colonel de Chartres-Cavalerie en 1764. Il épouse, le 5 avril 1769 à Versailles, Louise Marie Adélaïde de Bourbon-Penthièvre, petite-fille du comte de Toulouse lui-même bâtard légitimé de Louis XIV et de Madame de Montespan, qui reçoit le fabuleux héritage du duc de Penthièvre. Sa fortune alliée à celle de sa femme fait de lui un des princes les plus riches du royaume. Au cours de ses noces il scandalise les vieux courtisans par son mépris pour l’étiquette. Il allie les opinions philosophiques du XVIII° siècle aux moeurs dissolues de la Régence. Son opposition au chancelier Maupeou lui vaut d’être exilé dans ses terres par Louis XV ce qui ne l’empêche pas, grâce à l’appui du duc de Montmorency-Luxembourg de succéder en juin 1771 au duc d’Antin d’autant que son attitude frondeuse attire la sympathie de nombre de Grands.

Après la grande maîtrise du comte de Clermont c’est de nouveau un prince du sang, mieux encore ; c’est le premier prince du sang qui devient Grand Maître. Nous allons y revenir.

A l’avènement de Louis XVI Chartres reparaît à la cour. Bientôt la jeune Marie-Antoinette le prend en aversion puis le déteste ce qui ne l’affecte pas mais va le gêner. Il espère que son beau père, le duc de Penthièvre, sollicite pour lui la survivance de sa charge de grand amiral de France, il se prépare en embrassant une carrière d’officier de marine.

Il embarque donc sur le vaisseau l’Alexandre comme garde-marine (enseigne) en 1772. En 1776 il est promu lieutenant général des armées navales (contre-amiral, chef d’escadre).Il embarque alors sur le Saint-Esprit Le 27 juillet 1778 lors de la bataille au large d’Ouessant il fait preuve de courage et se montre fin manoeuvrier mais les navires anglais parviennent à s’échapper. Ce demisuccès lui attirera l’estime des uns et les reproches des autres. Il poursuit sa carrière d’officier de marine mais son beau-père est persuadé que Chartres veut le dépouiller de sa charge de grand amiral. Il écrit alors, dans un souci d’apaisement, à Louis XVI qu’il renonce à sa carrière sur les mers tout en le priant de créer pour lui une charge de colonel général des hussards et des Troupes légères le 18 novembre 1778. Cette fonction est purement honorifique Le roi accepte et met fin ainsi à sa carrière militaire.

Profondément froissé il cesse alors de paraître à la cour puis part pour l’Angleterre. Comme Voltaire il s’éprend de ce pays et de ses moeurs. Il se lie avec le prince de Galles, futur George IV, encore plus libertin que lui. A son retour en France il introduit la mode des courses de chevaux et celle de la simplicité des vêtements.

Après la carrière militaire, la vie publique.

Il n’y a de fortune qui, quand son possesseur s’applique, n’arrive à disparaître et sur ce point le duc de Chartres s’est considérablement appliqué. Un train de maison plus que dispendieux, un goût prononcé pour les collections les plus onéreuses, une prodigalité sans égale, une inadaptation chronique pour la gestion ont raison de la plus grande partie de son patrimoine. A la mort de son père en 1785 il hérite le titre de duc d’Orléans. La succession grevée de nombreuses dettes et les spéculations immobilières ne le lui permettent de retrouver sa fortune d’antan. Même la construction des galeries du Palais-Royal très fructueuse au point de vue pécuniaire n’y suffit pas, tant sa prodigalité et sa générosité, à des fins politiques, sont grandes La cour s’en indigne plus par jalousie et pour plaire à la reine que par sens de la probité.

En 1787 Chartres maintenant Orléans devient membre de l’Assemblée des notables. Il en profite pour interpeller, lors du lit de justice du 19 novembre, le roi. Il lui déclare que le droit de voter des impôts n’appartient qu’aux états généraux. Il est aussitôt exilé, le 21 novembre, dans sa terre de Villers-Cotterets. Il n’en revient le 23 mars 1788 exactement dans les mêmes dispositions. Comme s’annoncent les états généraux il se fait nommer par la noblesse de trois « circonscriptions », Paris, Villers-Cotterets et Crespy-en-Valois. Il choisit cette dernière car c’est celle qui demande le plus de réformes. Le 4 mai, à Versailles, une procession précède l’ouverture des états généraux. Belle occasion pour Orléans de provoquer le régime. Il défile avec le tiers-état. La foule l’acclame. La reine manque de s’évanouir de colère. Il souhaite que les trois ordres soient alliés en une chambre unique et, suivi de 46 députés de la noblesse il se réunit le 25 juin au tiers qui vient de se constituer en Assemblée nationale. Le peuple promène son buste en triomphe ce qui est particulièrement apprécié par la reine !

Les jardins du Palais-Royal où se réunissent les orateurs populaires, deviennent un centre d’agitation. Cette agitation est soutenue sinon orchestrée par un nouvel agent du duc d’Orléans. Cet officier d’artillerie, de petite noblesse récente, à l’avancement digne de la marche d’un escargot (il restera capitaine 17 ans) partage les idées du prince et se met à son service en 1788, après avoir quitté l’armée. Il excelle dans l’invention et l’organisation de ce que nous appellerions actuellement les coups tordus. Il est franc-maçon. Il participe activement à l’élaboration de la marche sur Versailles du peuple de Paris les 5 et 6 octobre, rédige avec Brissot la pétition à l’origine de la fusillade du Champ de Mars et j’en passe ! La postérité reconnaît en lui l’homme de lettre plus que le politique ou le militaire puisqu’il se nomme Pierre Choderlos de Laclos, auteur des Liaisons dangereuses.

Philippe Egalité.

Dans les premiers temps de la Révolution, le duc d’Orléans se trouve incontestablement à la tête d’un parti qui ne recule devant rien pour lui faciliter l’accès au trône. Sa haine pour Marie- Antoinette et pour la cour est réelle. Il rencontre Mirabeau qui cherche un prétendant pour personnifier la révolte. Ce dernier est déçu de la rencontre. Lamartine rapporte qu’il s’écrie : »Ce jean-foutre ne mérite pas la peine qu’on se donne pour lui. »

Il poursuit son escalade révolutionnaire. Membre du club des Jacobins, il est élu député à la Convention nationale et doit changer de nom et choisit, avec déplaisir, celui de Philippe Egalité. Sous la pression de la Montagne il vote la mort de Louis XVI, cette lâcheté dégoûte jusqu’à Robespierre qui s’exclame : » Il était le seul qui pouvait se permettre de ne pas voter la mort » Il n’est pas à un reniement près d’autant qu’il lui reste à renier la Franc-maçonnerie. Il ne va pas tarder à le faire.

Les événements qui troublent le royaume depuis 1789 ne peuvent pas épargner la francmaçonnerie.

Les esprits sont troublés et le trouble augmente avec le temps. Fidèles au roi qui règne encore les maçons font des dons à l’Assemblée nationale pour aider la patrie. Mais dès 1790, le Grand Orient se demande si « pendant que tout respire l’égalité, pendant qu’on se plaît à en répandre les principes, la Maçonnerie n’aurait pas à se plaindre d’être négligée ». Les dettes du G. O. s’aggravent. Les loges oublient l’engagement solennel de subvenir à ses besoins. En 1792 la correspondance entre le G. O. et ses loges se ralentit. Dans une circulaire du 24 janvier 1793 où figure encore le sceau orné des trois fleurs de lys alors que le roi a été guillotiné le 21, l’Ordre demande à ses membres de conserver les rites, les documents dont ils sont dépositaires et de ne pas livrer à l’abandon leurs archives.

On sent à ce moment, dans les quelques ateliers qui subsistent, la différence qu’il existe maintenant entre les frères roturiers et les frères aristocrates, surtout dans les loges militaires. Le duc de Montmorency-Luxembourg a émigré dès le 15 juillet 1789 et mourra au Portugal, dans son lit. Il est remplacé à la direction de l’ordre par le président de la Chambre d’Administration, Tassin de l’Etang guillotiné avec son frère, maçon comme lui le 3 mai 1794. Le duc d’Orléans, toujours Grand Maître en titre ne se manifeste pas depuis longtemps.

Philippe l’Apostat.

Encore une fois je cite Pierre Chevallier :

Le dimanche 24 février 1793 le Journal de Paris publie dans un supplément à son numéro 55 la lettre du régicide Egalité au journaliste Milcent :

« Paris, ce 22 février 1793, an II de la République.

« J’ai vu, citoyen Milcent, dans votre bulletin du 20 de ce mois, les inquiétudes qu’a conçues votre correspondant de Toulouse, sur ce que trois ou quatre Loges de Francs-Maçons y ont repris leurs travaux ; et sur ce qu’on a fait recevoir Maçons une partie de l’état-major. Je ne puis, malgré ma dignité de Grand-Maître vous donner aucun renseignement sur ces faits qui me sont inconnus ; mais je veux vous mettre en l’état de répondre aux réflexions et considérations relatives à moi, qu’a mêlées votre correspondant à ses récits vrais ou faux.

« Tu sais, dit-il, qu’il a couru un bruit dans toute la France, que le citoyen Egalité, Grand- Maître de toutes les Loges, avait un grand parti à Paris.

En effet dès le mois de juillet 1789, le parti de la Cour répandit ce bruit qu’il croyait apparemment utile à ses vues. Un ramas de calomniateurs contre-révolutionnaires s’en empara au mois d’octobre de la même année ; et depuis un parti d’intrigants a essayé de le rajeunir, j’ignore à quelle fin[…].

« […] Quoiqu’il en soit, voici mon histoire maçonnique Dans un temps, où, assurément, personne ne prévoyait notre révolution, je m’étais attaché à la franche-maçonnerie qui offrait une sorte d’image de l’égalité, comme je m’étais attaché aux parlements qui m’offraient une sorte d’image de la liberté ; j’ai depuis quitté le fantôme pour la réalité. Au mois de décembre dernier, le secrétaire du Grand-Orient s’étant adressé à la personne qui remplissait auprès de moi les fonctions de secrétaire du Grand-Maître pour me faire parvenir une demande relative aux travaux de cette société, je répondis à celui-ci en date du 5 janvier :

« ‘’ Comme je ne connais pas la manière dont le Grand-Orient est composé, et que d’ailleurs je pense qu’il ne doit pas y avoir aucun mystère ni aucune assemblée secrète dans une République, surtout au commencement de son établissement, je ne veux plus me mêler en rien du G : . O :. ni des Assemblées de Francs-Maçons…’’

« Je reviens à votre correspondant ; il dit : ’’ Il a couru ici un bruit, qui peut être faux que cet Egalité était à Toulouse pour visiter les départements.’’ Comme depuis le commencement de la Convention Nationale, je n’ai jamais été trois jours sans assister à ses séances, il sera clair, même pour le correspondant, que je n’ai pas fait de voyage à Toulouse ; je n’en dirai pas davantage sur cet objet.

Mais il dit encore : ‘’ Tu sais aussi peut-être que les aristocrates disent tout haut qu’ils veulent la Liberté…et l’EGALITE ; et ce mot Egalité imprimé en petites capitales, me désigne…évidemment à l’aide d’un calembour.

« Assurément, […] si c’est moi que les aristocrates […] veulent et désignent dans leurs voeux […] je suis bien aise d’avoir cette occasion de les prévenir publiquement que s’ils veulent de moi, je ne veux point d’eux ; et j’ajoute que je ne veux pas davantage de tout parti, société, attroupement, intrigue ou conciliabule qui aurait le projet de me faire avoir ou partager un pouvoir quelconque.

« Je vous prie, citoyen Milcent, de faire parvenir cette réponse à votre correspondant par la voie de votre journal.

Je suis votre concitoyen… »

Avec un tel sens du reniement le bon prince mérite aussi le titre de « Philippe l’Apostat » !

Le rôle du duc de Montmorency-Luxembourg.

Découvrons maintenant sa véritable « histoire maçonnique ».Cette histoire pourrait se

nommer « Les Talents Gâchés ».

Comme nous l’avons vu tout sourit au jeune duc de Montpensier devenu duc de Chartres en 1752. Le schisme de 1758, l’interdiction de 1767 rendent obligatoire une réaction que seule la disparition du Grand Maître autorise car jusqu’en 1814 il est élu à vie. C’est là que nous voyons apparaître le duc de Montmorency-Luxembourg. Anne-Charles-Sigismond de Montmorency, marquis de Royan, duc d’Olonne, de Châtillon-sur-Loing, duc de Piney-Luxembourg, premier baron chrétien de France, pair du royaume, maréchal de camp.

Il est né en 1737 et noblesse oblige entame en 1748, il a 11 ans, une carrière militaire comme lieutenant en second qu’il terminera en 1780 à 43 ans comme maréchal de camp. Si son goût personnel ne le porte pas vers cette activité il sait s’adapter. Séduit par les « Lumières » et par les philosophes il se fait accorder par la Grande Loge de France les patentes nécessaires à la constitution d’une loge dans son régiment du Hainaut, Saint-Jean de Montmorency-Luxembourg. Il y est initié le 12 juin 1762 et en prend la maîtrise. Il y passe la vie heureuse des ateliers de province, loin des Assemblées de Paris. Il n’a d’autre titre maçonnique que Maître de Loge ; mais il n’a aucune difficulté pour approcher le comte de Clermont dont il partage le rang et les idées politiques d’opposition au gouvernement de Louis XV. L’un et l’autre souhaitent plus de rigueur dans le recrutement des frères.

L’histoire imparfaite de la fondation du Grand Orient n’a pas pu établir son degré de connivence avec Clermont dans leur désir de sauver la Grande Loge de l’anarchie. Clermont l’a-t-il chargé d’initier et de former Louis Philippe d’Orléans ? On ne sait. Toujours est-il qu’il est élu Administrateur spécial le 24 juin 1771 et le restera malgré ses démissions refusées de 1784 et 1788 jusqu’à son émigration le 15 juillet 1789. Il recompose lui-même sa loge de Saint-Jean de Montmorency-Luxembourg avec des frères qui, en août 1773, fournirent la majorité des grands Officiers et Officiers d’honneur du Grand Orient. Il a sa garde rapprochée, il peut alors construire. Il va s’y employer sans conflit majeur avec le futur Grand Maître qui affiche un désintérêt croissant pour la Haute administration du G :. O :. .

Les débuts du G.O D.F.

Dès son élection le 24 juin 1771, huit jours après le décès du comte de Clermont le duc de Chartres ne montre qu’un intérêt frileux pour son mandat qui, rappelons le était à cette époque ad vitam. La cérémonie d’installation est prévue pour fin novembre de la même année ; mais le duc ne signe le procès-verbal d’acceptation que le 5 avril 1772. Son élection n’est confirmée par l’ensemble des députés des loges de Paris et de province que le 8 mars 1773. Le duc est installé le 22 octobre.

Pour être impartial il faut bien dire que ces retards ne sont pas dus qu’au « tempérament velléitaire et versatile » de Son Altesse car, comme les autres princes du sang qui s’étaient opposés à la ’’réforme Maupéou’’, il lui était interdit de se présenter à la cour et la défense n’est levée que fin décembre 1772.

Les statuts font du poste de Grand Maître une charge plus honorifique qu’active. Tout est fait en son nom, il préside les assemblées et nomme les Officiers d’honneur. Le pouvoir effectif est détenu par l’Administrateur, le duc de Luxembourg. Il a pour les affaires maçonniques un secrétaire particulier dont le plus fort du travail est d’obtenir et de transmettre le mot de semestre réservé aux seuls maçons réguliers. Nous ne trouvons à ce poste que des militaires issus des hussards. Il a aussi ses loges particulières, une au Palais-Royal, fief des Orléans. Elle fonctionne en 1772. Sa loge officielle est Saint-Jean de Chartres à l’orient de Monceau qui prend rang du 20 décembre 1773.

Création des loges d’adoption.

C’est sous son mandat que le 10 juin 1774, sur la proposition du Grand Orateur, le frère Bacon de la Chevalerie, le Grand Orient décide de « prendre en considération »  les femmes » qui n’étaient pas admises dans la maçonnerie régulière. Le professeur d’histoire Henri Félix Marcy explique qu’elles sont agrégées d’une « manière oblique » qui permet de ne pas transgresser un des principes fondamentaux d’Anderson. Il ajoute » Les loges d’adoption du XVIII° siècle ne sont guère que des groupes para maçonniques constitués par des frères réguliers pour satisfaire la curiosité des femmes, faire taire les calomnies et donner aux fêtes maçonniques en même temps qu’une tenue de bon ton imposée par la présence des dames, un attrait que ne pouvait avoir une réunion purement masculine. » Il leur est alors imposé des règles et un rituel qui n’a rien à voir avec le métier de constructeur. Les trois grades sont - Apprentie, Compagnonne, Maîtresse – et les allégories bibliques concernent la pomme d’Eve, Noé et son Arche, la Tour de Babel etc…Elles sont surtout fréquentées

par les dames de la haute noblesse qui y « maçonnent ». La maçonnerie d’adoption disparaît avec la Révolution pour renaître timidement avec l’impératrice Joséphine. Le duc de Chartes, toujours entouré d’un essaim de jolies femmes n’est pas insensible à cette réforme. Sa propre femme, Louise-Marie- Adélaïde de Bourbon-Penthièvre est affiliée. Sa soeur la duchesse de Bourbon est proclamée Grande Maîtresse des Loges d’Adoption en 1777 et en 1781 c’est le tour de la princesse de Lamballe, sa belle-soeur qui connaîtra un destin si funeste.

Visite en province.

En avril 1776 il visite les « provinces méridionales » accompagné par son épouse et Mme de Genlis. Nous avons le détail de ce périple dans l’Etat du G :. O :. de France de 1777 sous le titre ’Voyage du S.G.M. dans les provinces méridionales de la France’’. A Bordeaux le vicomte de Noé, maire de la ville et franc-maçon comme pratiquement tout ce qui compte dans la cité reçoit le prince. Il est soutenu par les deux loges du G. O. de Bordeaux, l’Amitié dont il est membre et la Française. Ces deux loges ne s’entendent que modérément et surtout ignorent l’Anglaise. Dans une correspondance le vénérable de la Française répond à Paris :» Quant à ce que vous nous écrivez au sujet d’une loge sous le titre distinctif de l’Anglaise, tout ce que nous pouvons vous répondre jusqu’à présent c’est que le Grand Orient ne connaît et ne fraternise qu’avec les deux loges qui lui sont réunies par la voie des constitutions ou d’agrégation. Il a établi une commission pour traiter cet objet avec les Grands Orients étrangers. ». La visite se déroule dans l’allégresse, les fêtes se succèdent. Pendant le banquet un bénédictin mondain, dom Galleas membre de la Française, lit une ode de sa composition. Il ne termine pas devant l’hilarité des convives et, vexé, se retire. Le 13 mai le duc de Chartres pose la première pierre du nouveau Théâtre que construit Victor Louis, membre de la Française. Le prince poursuit son inspection. L’Obédience le remercie de ce voyage véritable promotion de l’Art Royal dans le Sud de la France.

Le temps du divorce.

Il s’éloigne peu à peu de la maçonnerie bien qu’en participant de temps à autres à ses cérémonies. A partir de 1787 la politique accélère ce mouvement mais les frères lui gardent leur attachement tout en réagissant à ses prises de position selon leur propre idéal et leur propre conscience.

Ne pouvant pas ignorer l’article du 23 février, le Grand Orient réagit le 13 mai 1793 en assemblée extraordinaire qui décide d’accepter la démission du Grand Maître et de surseoir à son remplacement « jusqu’à ce qu’on ait examiné s’il convient aux circonstances de conserver cette dignité et son inamovibilité ».

Le rôle essentiel de Roettiers de Montaleau.

Le temps n’est plus à la spéculation sur la fraternité, la liberté, l’égalité. On entre dans celui de l’horreur absolue où le fils dénonce le père, où le frère accuse le frère. Les loges disparaissent ou bien entrent en sommeil. Certaines survivent grâce à des frères d’exception comme Alexandre-Louis Roettiers de Montaleau qui préserve et conserve les archives du Grand Orient. Il n’accepte pas le titre de Grand Maître qui lui est proposé en pleine terreur et prend celui de Grand Vénérable de la Francmaçonnerie française. En 1799 il est élu Président de la Chambre d’administration. En 1804 le nouveau Grand Maître Joseph Bonaparte le nomme son Premier Représentant particulier. Il le reste jusqu’à sa mort, le 30 janvier 1808. Ses obsèques religieuses ont lieu à Saint-Sulpice et les loges multiplient les cérémonies funèbres en son honneur. Ligou conclut : » La dette contractée à son égard par les Maçons d’après 1793 ne peut être comparée qu’à celle des Maçons de 1773 envers Montmorency-Luxembourg. »

Double marque historique.

L’essentiel de ce qui demeure au XXI° siècle du bi lan de l’histoire de la Franc-maçonnerie pour ses premières décennies d’existence en France, avant la Révolution peut se résumer en deux conclusions.

- Les Francs-maçons sont légitimistes et respectueux de la religion en place.

« Que la Franc-maçonnerie à la veille de la Révolution ait été résolument apolitique et pleinement respectueuse de la religion établie ressort avec une parfaite évidence des documents ayant pour auteurs les dignitaires, soit du Grand Orient, soit de la Grande Loge dite de Clermont, soit encore de la Mère Loge Ecossaise du Contrat Social. »

- Les Francs-maçons s’emparent du droit d’association.

« L’un des traits marquants de l’histoire de l’ordre, sous l’Ancien Régime, est d’avoir fait triompher de facto le droit de s’associer librement sans la permission du roi ni celle de l’Eglise. »

Pierre Menvielle Tichadel.

Bordeaux, 2010.

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30 septembre 2010 4 30 /09 /septembre /2010 03:07

Les premières loges françaises : une invention d'outre-Manche

En 1689, Jacques II, souverain britannique, s'exile en France à la suite de la Révolution Glorieuse. Avec ses officiers, pour la plupart francs-maçons, il s'installe à Saint-Germain-en-Laye. Les premières loges de rite écossais s'ouvrent en France.

L'historien écossais David Stevenson attribue à l'Ecosse le privilège d'avoir accueilli les premières loges maçonniques spéculatives. En 1583, le roi Jacques VI d'Ecosse, futur roi d'Angleterre (1603) sous le nom Jacques Ier Stuart nomme William Shaw maître d'oeuvre des travaux et surveillant général des maçons d'Ecosse. Shaw obtient ainsi l'aval implicite du roi pour fonder la première loge officielle de franc-maçonnerie d'Europe, aux premières formes spéculatives.

En effet, le roi Jacques apprécie les idées de tolérance religieuse et d'universalité propre aux francs-maçons. Il espère ainsi rallier une partie de la population à ses rêves d'Eglise universelle pour lesquels il se bat dans son royaume et sur le continent européen. A la fin du XVIe siècle, l'Ecosse compte trois grandes loges à Edimbourg, Kilwinning et Stirling. Tout au long du XVIIe siècle, de nombreuses loges spéculatives fleurissent ainsi dans le pays. L'Angleterre intègre ses premières loges beaucoup plus tardivement, bien que Jacques Ier Stuart ait tenté d'imposer en vain ses idées dans son nouveau royaume. Il faut attendre les années 1640 pour entendre parler d'initiés anglais. En effet, c'est durant ces années que le pays connaît une guerre civile opposant Charles Ier Stuart, attiré par le catholicisme, à son parlement à majorité protestante. Le parlement de Westminster, en charge des affaires ecclésiastiques à la place du roi, fait appel aux Ecossais qui, forts de leur réforme religieuse et décidés à la promouvoir en Angleterre, n'hésitent pas à répondre à la demande et à envoyer une armée combattre aux côtés des parlementaires. Le roi est tenu pour responsable de cette guerre civile, idée véhiculée surtout par la nouvelle armée parlementaire qui accumule alors les victoires et renforce ainsi son influence. Parmi ces soldats écossais se trouvent de nombreux maçons qui ne tardent pas à initier les hommes en armes et les parlementaires anglais. Tel Elias Ashmole qui écrit ainsi dans son journal avoir été initié le 16 octobre 1646 à 16 h 30. Ces nouveaux initiés anglais utiliseront les principes fondateurs francs-maçons, principalement pour renforcer le mouvement naissant en faveur de la tolérance religieuse.

Le but est alors de ramener la paix civile et de reconstruire l'harmonie sur l'île. La première loge anglaise est créée à Warington en 1646. D'autres loges vont suivre, à une différence près avec l'Ecosse qu'elles n'acceptent que des membres non-opératifs, majoritairement des nobles ou des bourgeois aisés. C'est en Angleterre que naît véritablement la franc-maçonnerie exclusivement spéculative. Le statut social de ses membres lui donne une influence sans précédent tant en politique, qu'en religion. Les loges maçonniques deviennent ainsi de véritables leviers politiques.

Après l'exécution de Charles Ier Stuart en 1649, lui succèdent ses deux fils, Charles II (1630-1685) puis Jacques II (1633-1701). Ce dernier, catholique convertit, est détrôné par son gendre Guillaume d'Orange lors de la Révolution Glorieuse de 1688-1689. Déchu, Jacques II s'exile en France, où il est reçu et hébergé par Louis XIV au château de Saint-Germain-en-Laye. Il est rapidement rejoint par un grand nombre de ses partisans, appelés jacobites, majoritairement Ecossais, catholiques et francs-maçons. Il recrée une cour qui sera désormais le centre des intrigues britanniques. Les jacobites s'installent aussi à Saint-Germain-en-Laye et à Paris où ils font circuler les idées maçonniques. C'est ainsi que la franc-maçonnerie traverse la Manche dans le sillage des Stuarts exilés. Ils ne tardent pas à créer des loges.

La loge de Saint-Germain-en-Laye ouvre officiellement au printemps 1689. Elle n'est composée que de membres spéculatifs, souvent des soldats écossais et irlandais. David Nairne en fait partie. Il est à l'origine de l'intérêt des Français pour les loges écossaises, grâce au journal qu'il tient sur la vie des Stuarts durant les premières années d'exil.

La présence des jacobites en France est très bien acceptée et ce pour diverses raisons : Jacques II est le fils d'une fille de France - Henriette Marie, fille d'Henri IV et soeur de Louis XIII -, il est catholique et est entouré d'une cour majoritairement écossaise et irlandaise, pays traditionnellement liés à la France lors des nombreux conflits contre l'Angleterre à travers les siècles.

La cause jacobite est ainsi largement soutenue, surtout par les princes français qui ne tardent pas à venir assister aux séances maçonniques tant à Saint-Germain-en-Laye qu'à Paris. Cette tendance s'accentue avec les vagues d'arrivées massives d'Ecossais en 1715 et 1746, après les échecs des jacobites dans leurs tentatives d'aider la dynastie des Stuarts à recouvrir son trône.

La franc-maçonnerie écossaise devient un bastion jacobite tant en Angleterre qu'en France. En 1714, la couronne britannique échoit aux protestants avec l'Electeur de Hanovre qui devient roi sous le nom de George Ier de Grande-Bretagne. Dès lors, les loges jacobites créées par des catholiques ne vont pas tarder à s'opposer aux loges hanovriennes fondées par des protestants.

La naissance de la Grande Loge de Londres en 1717 est le résultat de ces conflits. Les loges anglaises se sont énormément développées, mais elles choquent par leur côté déiste - respect d'une morale naturelle et tolérance vis-à-vis de toutes les religions. Elles se distinguent ainsi de plus en plus des loges écossaises, plus traditionnelles et attachées à un idéal maçonnique intégrant une grande rigueur religieuse.

La Grande Loge de Londres - spéculative - naît le 24 juin 1717. Elle se veut mère de toutes celles qui naîtront en Europe, mais doit faire face à l'augmentation des loges jacobites. Les principes du rite établi de cette loge sont publiés par James Anderson en 1723, sous le nom des Constitutions. Néanmoins, son influence reste limitée à Londres et à Westminster, les autres loges tenant à leur indépendance - ainsi la loge d'York se déclarera-t-elle « Grande Loge de Toute l'Angleterre » en 1753. Réformiste, la Grande Loge est le fruit de la politique hanovrienne.

A son tour, Jacques III, fils de Jacques II, tente d'agir contre les Hanovres en demandant au pape Clément XII de faire pression sur la Grande Loge londonienne. Cette manoeuvre a pour but de limiter l'influence doctrinale de celle-ci, d'une part, et, d'autre part, de permettre aux loges écossaises, majoritairement catholiques, de se développer. Le catholicisme de ces loges est un atout indéniable dans leur établissement en France.

Les loges progressistes anglaises, qui prônent la tolérance et la diversité religieuse, ont beaucoup plus de mal à s'implanter dans ce royaume Très Chrétien. C'est le duc de Montagu, Grand Maître de la Grande Loge de Londres, qui entreprend d'introduire le modèle spéculatif anglais en France. Dans les années 1720, des loges s'établissent dans le sillage de la prestigieuse loge anglaise « Amitié et Fraternité » de Dunkerque. Elle a pour ambition de concurrencer les loges écossaises toutes établies à Paris. L'opposition doctrinale entre loges anglaises et loges écossaises - loges « modernes » et loges « anciennes » - se fait de plus en plus sentir. Elle est due à une lutte des loges écossaises pour gagner leur indépendance à l'égard de la Grande Loge de Londres. Les loges écossaises se basent sur le Rite Ancien et Accepté calqué sur celui autorisé autrefois par le roi Jacques VI d'Ecosse, c'est-à-dire qu'il met en valeur l'aspect spéculatif et religieux de la pensée maçonnique. Cette division au sein de la franc-maçonnerie est visible surtout en France où les loges se côtoient, contrairement à la Grande-Bretagne où les loges écossaises, concentrées en Ecosse, ne font qu'influencer quelques loges d'Angleterre. Cette distinction est le résultat d'ambiguïtés politiques : le duc de Wharton, Grand Maître de la Loge londonienne, mais jacobite dans l'âme, récemment converti au catholicisme, est ainsi forcé de quitter Londres pour Paris rejoindre les jacobites. C'est précisément à partir de ce moment que la Grande Loge de Londres devient entièrement hanovrienne, ce qui ne fait qu'accroître l'inquiétude des loges écossaises en France. Wharton en est conscient et agit contre la Grande Loge de Londres en fondant une loge en France.

C'est ainsi qu'en 1726, naît à Paris ce qui deviendra la Grande Loge de France, portant le nom de son patron, Saint-Thomas, rue des Boucheries, à l'auberge le « Louis d'Argent ».

Wharton en est le Grand Maître et la plupart de ses membres sont d'anciens jacobites exilés, mais ils sont désormais accompagnés de Français, issus de la noblesse pour la plupart. Or cette loge n'est pas encore spécifiquement française, car elle reçoit ses autorisations de la loge de Londres le 3 avril 1732. En effet, les loges françaises doivent demander une licence à la Grande Loge de Londres si elles veulent exister légalement. Cette loge ne devient officiellement Grande Loge de France qu'à la date du 24 juin 1738, lorsque le comte de Darwentwater, Charles Radcliffe, abandonne la grande maîtrise pour retourner en Grande-Bretagne et reprendre la lutte contre les Hanovres.

C'est alors le duc d'Antin et d'Epernon qui lui succède et devient « Grand Maître Général et Perpétuel des Maçons dans le Royaume de France ». La même année, la Grande Loge de Londres devient Grande Loge d'Angleterre. Laquelle n'a pas été consultée par la Grande Loge de France qui marque ainsi son indépendance définitive vis-à-vis des loges d'Angleterre. Elle attendra 1755 pour affirmer son catholicisme et son attachement au rite écossais ancien.

 

 

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25 septembre 2010 6 25 /09 /septembre /2010 00:40

2° PARTIE

LES QUATRE HAUTS GRADES

Notons tout d'abord les « absences ». On passe directement de la Maîtrise à un Grade d'Elu ce qui élimine - nous suivons ici la dialectique de P. Naudon - les trois grades consacrés à la recherche d'Hiram - actuellement les 5e (Maître Parfait), 6e (Secrétaire Intime), 7e (Prévôt et Juge) degrés - ceux basés sur le remplacement du dit Hiram (4e, Maître secret, 6e, Secrétaire Intime, 8e, Intendant des Bâtiments) pour déboucher directement sur un grade qui combine les actuels 9e (Maître Elu des IX), 10e (Illustre Elu des XV) et 11e (Sublime Chevalier Elu) du R.E.A.A. Bien entendu, la synthèse peut regrouper aussi des Grades d'Elus sortes d'usage mais qui existaient au XVIIIe siècle, tels l'Elu de l'Inconnu (1763), l'Elu de Perignon (ou de Pérignon), sans doute un des plus anciens puisqu'il est connu dès 1743 et s'est maintenu dans la Maçonnerie adhoniramite de Guillemain (1781) et, par la suite au rite de Misraïm, l'Elu Illustre, l'Elu Parfait, l'Elu Supérieur, l'Elu Symbolique et sans doute d'autres. Ce grade d'élu, ou « Elu Secret » est pratiqué sous ce troisième titre par la Loge Nationale Française. Notons aussi que d'après P. Naudon, il serait la fusion de deux grades pratiqués vers 1760 par divers chapitres parisiens « Maître parfait » et « Maître Elu », grades que nous retrouvons dans le premier système lyonnais et dans le rite de la Mère Loge de Marseille, Nihil obstat.

Quoiqu'il en soit, il n'est pas douteux que, dans le rituel de 1786, ce thème d' « élu » est prépondérant et le concept de « secret » - recherche de la connaissance - est fortement occulté. Le grade est donc l'héritier des « grades de vengeance » c'est-à-dire de la thématique d'un Salomon cherchant et réussissant à arrêter et à faire supplicier les trois mauvais compagnons meurtriers d'Hiram. Les maçonnologues contemporains - Marcy et Le Forestier, mais aussi Mourgues et Naudon -ont été très sensibles à l'aspect « grand guignol » qu'ont pris ces grades au XVIIIe siècle et qui subsiste encore dans les rituels de Guillemain dans lesquels le postulant frappe effectivement les traîtres et est présenté à l'obligation les mains teintes de rouge et portant avec lui une ou plusieurs têtes (ou crânes).

Tout en s'inspirant très largement de l'ancien rituel d'Elu des IX, - le signe, les mots sacrés -l'attouchement, le nom de Zoaben (ou Johaben) donné au postulant, le tablier blanc et le cordon noir, la marche, - le rituel de 1786 est beaucoup moins réaliste. Les assassins d'Hiram se suicident -deux en se jetant dans une « fondrière », et le troisième, en se voyant découvert, par le poignard - le postulant n'a donc pas à frapper. S'il est dit, dans le « Discours historique » que doit prononcer l'Orateur après la réception, que les Neuf rapportèrent les trois têtes à Jérusalem, le récipiendaire, après son « voyage », se contente de brandir un poignard et n'exhibe pas de crâne.

La scène de la mort des mauvais compagnons est simplement représentée par un « tableau » situé dans la « Chambre Obscure » ou « une décoration figurera l'entrée d'une caverne » et les épisodes du psychodrame sont simplement « montrés » au récipiendaire et non vécus par lui.

Dans ce cadre, la « vengeance » perd une partie de sa signification. Les chasseurs d'hommes ne tuent pas « stricto sensu » comme au Grade d'Elu des IX, Salomon ne condamne pas à des supplices horrifiques qui nous sont longuement détaillés comme à celui d'Elu des XV. Ce sont les mauvais compagnons eux-mêmes qui, par leur suicide, satisfont eux-mêmes à la vengeance des Maçons. Ce qui peut, moralement parlant, paraître supérieur et qui, en tous cas, enlève à ces Grades qui commençaient à être mal perçus à la fin du siècle - la preuve en est dans le fait qu'ils ne sont pas repris par les rites qui se créent après 1770 et notamment par l'Ecossais Rectifié et très réduits par d'autres, dont les Philalètes et que le « Grand Globe Français », héritier du Conseil des Empereurs, les condamne en 1780 - un réalisme qui pouvait et s'est effectivement retourné contre la Maçonnerie toute entière. Et notons, dans le rituel même, cette intéressante restriction « Tout vous a annoncé la vengeance, mais l'ordre est bien loin de vous inspirer un pareil sentiment. Il vous engage au contraire, à ne jamais oublier que tout bras armé autrement que par un pouvoir légitime ne peut qu'être criminel ». Idée que l'on retrouve dans l'instruction « Quelle vengeance était permise aux Maçons ? - la juste punition des assassins de leur Respectable Maître de l'esprès commandement du Roy » et dans les « maximes » qui doivent être inscrites dans la « Chambre de Préparation » -« sans un pouvoir légitime, la vengeance est criminelle ».

Bien entendu, le cadre vétérotestamentaire reste intact, mais les allusions au Grand Architecte sont relativement rares On peut d'ailleurs se demander si les rédacteurs des Grades d'Elus n'ont pas eu conscience qu'il y avait une contradiction entre le concept de vengeance et la loi évangélique du pardon des offenses. Après tout, on eut pu concevoir un rite dans lequel Salomon (ou Salomon et le roi de Tyr Hiram) aurai(en)t pardonné aux assassins en les soumettant à diverses purifications.

L'obligation du secret est prêtée ici aussi devant le Grand Architecte de l'Univers. Le Très Sage (nom du président) explique qu'Hiram « avait mérité d'avoir la conduite de l'Edifice fait pour y chanter les louanges du Grand Architecte de l'Univers » et ajoute « j'ai imploré celui qui rend vain les travaux des hommes. S'il ne construit pas lui-même, il a daigné exaucer mes prières. Il ne veut pas que le crime reste impuni plus longtemps ». Mais la consécration n'est faite qu'au « nom du G.O.D.F. en son Grand Chapitre ». Ajoutons, d'après l'Instruction, que le « Ciel qui juge les actions des hommes ne laisse jamais le crime impuni », que la lampe signifie que « nous recevons une lumière imprévue dans les démarches guidées par le Grand Architecte » et la source symbolique, le fait que « La Providence n'abandonne jamais dans les besoins pressants », enfin la formule biblique de clôture des travaux « tout est accompli ».

 Le cinquième grade, « Ecossais » ou « Grand Elu », recouvre plus ou moins les actuels 12e (Grand Maître Architecte), 13e (Royal Arch) et surtout 14e (Grand Elu de la Voûte Sacrée dit de Jacques VI ou Sublime Maçon), mais à l'aide d'un rituel encore insuffisamment élaboré. Les thèmes essentiels du grade, la voûte souterraine, la pierre cubique en pointe, la découverte du delta, symbole de la parole perdue, sont essentiellement les mêmes que ceux du 14e grade Ecossais.

L'héritage du XVIIIe siècle est celui des divers grades d' « Ecossais » ou d'Architectes, termes sensiblement synonymes, comme le notait déjà avec raison Le Forestier ou Paul Naudon qui parle de « contamination ». L'architecte, petit architecte ou apprenti Ecossais, Grand Architecte ou Grand Architecte d'Heredon, Grand Architecte Maître, Grand Architecte Sublime, Architecte de Salomon, Grand Architecte ou Grand Maître Ecossais d'un côté, Ecossais, Ecossais anglais, Ecossais d'Alcidony ou d'Angers, Grand Ecossais anglais, Ecossais apprenti. Ecossais Architecte, Ecossais de Clermont, Dunkerque, Fraville, de la connaissance, de l'anneau, de la perfection, de la Sainte Trinité, de Lille, de Lyon, de Messine, de Montpellier, de Naples, de Paris, de Prusse, des Fils aînés, des Quarante, des trois inconnus, de Toulouse, d'Hiram, du Triple Triangle, etc... de l'autre.

Comme les grades d'Elu, les grades d'Ecossais visent à compléter la maîtrise. Après avoir châtié les assassins d'Hiram et poursuivi la construction du Temple, il fallait l'achever. D'où un « discours historique » dont la lecture est réservée à l'Orateur, assez incohérent. Il débute par une liaison avec le grade précédent. C'est une permanence dans le rite que de chercher à établir un lien entre tous les grades. « Les meurtriers étant punis et les travaux étant à leur fin » ; le roi décida de cacher dans un lieu sûr et secret le véritable nom du Grand Architecte. Salomon fit pratiquer sous la partie la plus mystérieuse du temple une voûte secrète au milieu de laquelle il plaça un « pied d'estal » (sic) triangulaire qu'il nomma le « pied d'estal de la science ». Cette voûte n'était connue que de Salomon et de Maîtres qui y avaient travaillé en secret. Hiram grava la parole sur un triangle du plus pur métal et, par crainte de la perdre, la portait suspendue à son cou. Lors de son assassinat, il put la jeter « dans un puits, lequel était au coin de l'Orient au midi ». Salomon la fit rechercher et trois maîtres le retrouvèrent, le rapportèrent à Salomon qui fit le « signe d'admiration », convoqua les 15 élus (retour au grade précédent), les neufs maîtres qui avaient construit la voûte et, les trois inventeurs du triangle. Escortés par eux, il descendit dans la voûte, fit incruster le Delta au milieu du « piédestal » et le couvrit d'une pierre d'agate « taillée en forme quadrangulaire sur laquelle il fît graver à la face supérieure le mot substitué, à la face inférieure tous les mots sacrés de la Maçonnerie et aux quatre latérales, les combinaisons cubiques de ses nombres, ce qui la fit surnommer pierre cubique ».

Salomon déclara abolir l'ancienne loi qui interdisait de prononcer le nom du Grand Architecte et, après avoir reçu le serment du silence, fit fermer la voûte qui devint la « voûte sacrée » (et non plus voûte secrète). Le secret ne devait être partagé que des 27 « grands élus ». Notons le terme d' « ancienne loi » qui s'applique ici seulement au nom de l'Eternel, mais que nous retrouvons plus développé au grade de Rose Croix.

Malgré la destruction du Temple, les « Architectes » subsistent, édifient le second, restent inconnus, mais toujours unis après Titus. Ils forment des « établissements utiles et des associations vertueuses » en Palestine. Et c'est le relais des Croisades avec « les exploits périlleux de Bohémond, la surprise d'Antioche, enlevée à l'arabe insolent, l'Egypte, Damas, les déserts déposeront de leur savoir profond. La Palestine et Jérusalem sont témoins de l'entrée de Louis Neuf, les lieux ont vu le soldat désarmé arroser de ses larmes une terre consacrée pour la présence d'illustres personnages ». Suit l'expansion de « ces institutions admirables »en Angleterre, en Ecosse, en Suède et un regret : « Voyez quels nous avons été, quels nous sommes aujourd'hui ! ».

Récit para historique à base vétero testamentaire auquel s'ajoute une esquisse de la tradition chevaleresque et croisée que développera plus longuement le 3e « ordre », ainsi peut se résumer cette légende qui nous paraît délirante. Mais la lecture du rituel nous permet de nuancer cette opinion.

Tout d'abord, par la part importante donnée à la « science », ce qui apparaît assez nouveau dans la maçonnerie des Lumières où le Travail est davantage considéré comme un « art ». « Qui vous conduit ici, mon Frères ? » - « L'amour de mon devoir, et le désir d'atteindre à la haute science » (ouverture des travaux, répété dès le début de l'instruction). « Scientisme » dans le sens que prendra cette idéologie au XIXe siècle ? Ne commettons pas d'anachronismes, car ici, il s'agit tout simplement d'un accroissement de la « connaissance ». Notons aussi que le terme de « haute(s) science(s) maçonnique(s) » pour désigner les Hauts Grades se maintiendra fort avant dans le XIXe siècle. A notre sens, un des derniers emplois connus est, en 1853, la création par le Prince Murat de l'Institut Dogmatique dont c'était une des finalités. Le terme de « connaissance de l'art » apparaît d'ailleurs dès l'ouverture des travaux, en tant qu'objet de la recherche maçonnique, et, au moment de son introduction, le récipiendaire doit assurer que sa démarche « est inspirée par l'amour des connaissances, du bien, du vrai ».

Le rite est axé sur trois forces la voûte, la connaissance du nom secret du Grand Architecte, la Pierre Cubique. A notre sens l'intérêt du grade dans sa forme de 1786 consiste dans l'occultation du premier, alors qu'il joue un rôle considérable dans les développements parallèles du Rite Ecossais Ancien et Accepté - au profit du troisième, la pierre cubique. En ce qui ta concerne, nous ne sommes ici qu'aux débuts d'une évolution. Au XIXe siècle, la pierre cubique sera l'objet de longs développements graphiques et de multiples démonstrations (dont celle de Teissier n'est qu'une des plus brèves), orientant dans tous les azimuts d multiples opérations arithmétiques. Cette « cubicomanie » disparaît vers 1850, avec le rite français, et c'est peut-être dommage car il s'agit de la mort presque complète d'un des symboles les plus riches de la Maçonnerie auquel on ne consacre plus que quelques allusions au 1er et 2e grades.

Revenons au rituel : le postulant qui a été interrogé sur le grade précédent, est remis entre les mains des « frères sacrificateurs » et menacé d'immolation par la hache et le couteau, puis épargné, ceci évidemment en évocation d'Abraham : « Nous imitons en cela le Grand Architecte de l'Univers au moment où son plus fidèle serviteur allait consommer son sacrifice plus grand que s'il en eut été lui même la victime ». Puis il est mis entre les mains des « purificateurs » qui doivent le « laver de tout ce qui peut blesser l'innocence » par une double épreuve de l'eau et du feu. C'est alors la remise du « triangle d'or tenant à un cordon de Maître où se trouve gravé d'un côté le nom en hébreu du GADLU », triangle que le récipiendaire est censé avoir « trouvé ». Il le remet au « Très Grand » (le Président) qui place le triangle sur le « piédestal »et le « recouvre de la pierre cubique ». Suit une troisième purification par la « mixion » (lait, huile, vin, farine) en trois épisodes, une scène de communion par le pain et le vin entre les « purificateurs » et le postulant « pour vous apprendre que les Maçons se fortifient par l'union et la communauté des secours réciproques », la remise d'un « anneau », « preuve de l'alliance que vous faites avec nous. Que vos intentions soient pures et ne changent que quand lui même (l'or) changera de nature ». Suit l'allumage du chandelier, une nouvelle obligation et la cérémonie de reconnaissance.

Il s'agit là d'une succession assez incohérente d'éléments maçonniques et vétero-testamentaires que l'on a essayé de rationaliser. Dans la trame légendaire du récit, il était évidemment impossible que le Grand Architecte soit absent et il apparaît fortement dans l'existence et la découverte du tétragramme, point essentiel du psychodrame, avant d'être lui-même supplanté par la pierre cubique. L'Instruction précise bien qu'il s'agit des « vrais caractères de la parole innommable » et son entrée dans le Temple est saluée par le « signe d'extase ». Le « mot » sacré est « le nom inexplicable qui sert à exprimer le nom des quatre lettres », le mot de passe signifie « à Dieu soit la Grâce ». Bien qu'aucune des deux obligations ne soient prêtées à la gloire du GADLU ou devant lui, dans le rituel de clôture, il est précisé que l' « objet » du zèle maçonnique est la Gloire dudit GADLU. Notons aussi l'évocation du sacrifice d'Abraham et surtout la mention de la « loi nouvelle », thème qui sera plus amplement développé au grade de Rose Croix, mais qui, ici, ne se rapporte en aucune manière à la personne du Christ.

L'aspect religieux a été partiellement occulté, l'aspect ésotérique l'est totalement. On pratique bien des « purifications », mais l'eau et le feu se placent dans le cadre d'un symbolisme purement moral. Effectivement, dans ce rituel tout ce qui échappe à la rationalité morale, et subsidiairement, ainsi que nous l'avons vu, scientifique, a disparu. Prenons par exemple le texte de l' « Instruction ». Pour accéder à la « haute science », il faut un « coeur zélé partisan de la vertu et de la vérité ». L'épreuve subie par Abraham s'interprète comme « le sacrifice volontaire des passions ». L'objet de la recherche est « la connaissance de l'art de perfectionner ce qui est imparfait et d'arriver au trésor de la vraie morale ». La récompense en est « l'admission dans un lieu de Lumière et de Gloire où j'ai terminé mes travaux ». Les quatre produits de la « mixion » signifient « douceur, sagesse, force et beauté », qualités essentielles des Ecossais. Pour pénétrer dans leur Atelier, il faut « la fermeté dans le coeur et sur le front, caractère de l'homme irréprochable ». Le premier devoir est « d'observer avec respect les lois de la Maçonnerie, de pratiquer la plus saine morale et secourir ses frères ». Les thèmes moraux de la Maçonnerie, largement développés ici et que les ésotéristes contemporains traitent volontiers, avec dédain, de déviations moralisantes ne datent donc pas de l'épisode positiviste, mais se rattachent à une tradition bien plus ancienne. Rappelons simplement que la Grande Loge Uni d'Angleterre définit la Maçonnerie comme un « système particulier de morale ». Notons aussi que Ta liaison entre ces concepts moraux et la tonalité religieuse subsistante n'est guère évidente.

Le grade de Chevalier d'Orient, troisième « Ordre », synthétise toute une série d'éléments empruntés aux différents grades « chevaleresques », qui, dans la hiérarchie actuelle du Rite Ecossais Ancien et Accepté, précèdent le 18e degré, celui de Rose Croix, et contient l'héritage des multiples grades de « chevaliers » qui ont fleuri au XVIIIe siècle. Il est basé sur une légende d'Ordre qui joint bout à bout diverses traditions et reconstitue un récit délirant des origines de la Maçonnerie des temps du Roi Salomon à nos jours. Résumons là :

Les « maçons libres », derniers défenseurs de Jérusalem lorsque la Ville Sainte fut prise par Nabuchodonosor furent déportés à Babylone pendant soixante dix ans. Cyrus eut alors une vision qui lui commandait de « rendre la liberté aux captifs ». Zorobabel les ramène, mais rencontre « un obstacle » aux bords du « fleuve qui sépare l'Assyrie de la Judée », il fait construire un pont, mais les « peuples de l'au-delà » l'attaquent au passage, il les vainc, grâce à l'aide « des braves maçons qui le suivaient ». Sur le site du Temple, avaient subsisté en échappant à la captivité, « quelques Grands Elus » ; ils avaient trouvé l'entrée de la « voûte sacrée » et la « lame d'or sous la pierre cubique qu'ils détruisirent » et ils transmirent « leurs mystères par la seule tradition ». Ananias qui était à leur tête reconnaît Zorobabel comme chef et le Temple est reconstruit.

Après la destruction du Second Temple par « les Romains », « quelques-uns des Architectes restèrent presque sur les lieux » et en conservèrent les secrets. D'autres, d'abord retirés « au désert », les rejoignirent. Ils fondèrent un « hospice sur le lieu même où le Temple avait été détruit en faveur des pèlerins » et devinrent « un ordre religieux ». Apparut Pierre l'Ermite « fanatique obscur, mais entreprenant » qui « excita cette guerre si funeste connue sous le nom de Croisades ». A la nouvelle de son arrivée, « d'anciens militaires, retirés pour la plupart dans les déserts de la Thébaïde » rejoignirent les Architectes. Ils avaient tous pour but le rétablissement du Temple et « déguisèrent sous les simples apparences d'une architecture spéculative, un point de vue glorieux ». Ils rejoignirent les armées Croisées, se donnèrent des chefs militaires, fixèrent un « formulaire dont les symboles et les allégories pris de la construction du Temple les ramenaient toujours au véritable but». Pour éviter toute surprise, « ils choisirent des mots, signes et attouchements pour se reconnaître », adoptèrent le titre de Maçons Libres et se joignirent aux Croisés « de qui ils seront accueillis et distingués ». Les Architectes qui avaient édifié l'hospice restèrent actifs, « prirent les armes et, sous un chef de bande érigé en Grand Maître », rejoignirent aussi les Croisés.

Après cette guerre, « ils s'agrandirent, puis furent anéantis ». Pendant ce temps, 81 d'entre eux passèrent en Suède et initièrent à leurs secrets l'archevêque d'Upsal. Plus tard, 81 autres chevaliers les rejoignirent, le prélat renferma leurs secrets dans un tombeau de marbre scellé de quatre sceaux. Après la conquête de la Terre Sainte par les Egyptiens, les Architectes abandonnèrent leur pays et allèrent chercher ailleurs « de nouveaux établissements ». Et le rituel se conclut par une invitation faite au postulant de construire le Temple avec des « matériaux mystiques ».

L'historien n'a rien a retenir de ce récit qui est la combinaison de plusieurs légendes que l'on trouve peu ou prou dans tous les grades « chevaleresques » - la libération par Cyrus des captifs, le retour à Jérusalem et l'édification du second Temple, thème strictement vétero testamentaire, mais le fameux texte « l'épée d'une main, la truelle de l'autre » peut permettre toutes sortes de développements para scripturaires, ayant aussi peu de rapports avec les textes bibliques que la mort d'Hiram n'en a avec le livre des Rois. Dans le cas précis de ce grade, le greffon est la légende du pont dont nous ignorons parfaitement l'origine.

- La légende est prolongée jusqu'à nos jours avec un second temps fort, les Croisades. On peut aisément trouver là l'influence plus ou moins lointaine du Discours de Ramsay de 1737, mais réduite à sa plus simple expression. Enfin, conformément à la tradition historiographique « éclairée », les Croisades sont considérées comme « événement malheureux ». Notons aussi, mais cela n'a peut être qu'une valeur anecdotique, que le héros de ces expéditions est Pierre l'Ermite et non Godefroy de Bouillon, ce qui est plutôt paradoxal pour un ordre « chevaleresque ».

Peut-on parler de « Templarisme » ? Le terme n'est pas employé et il ne le sera jamais dans tout le développement du rite, mais les allusions ne paraissent laisser aucun doute : « On les vit s'accroître successivement et s'agrandir, parvenir au comble des richesses et des grandeurs, ils furent de même dépouillés et anéantis ». Aucun jugement de valeur dans cette description, et, bien entendu, pas de finalité de vengeance.

On peut aussi noter que, comme dans l'ensemble du rite, les rédacteurs tiennent à maintenir un fil conducteur avec le degré précédent : ici on revient, pour les replacer dans une optique nouvelle - en l'espèce, celle de la redécouverte et de la mémorisation - sur la voûte sacrée et le Delta. Les rédacteurs ont le sens de la chronologie, et, pour eux, les grades sont à la fois parfaitement incarnés et logiquement distribués dans le temps au premier Temple succède le second.

Car c'est uniquement sur la reconstruction de ce second Temple que reposent tant le rituel que les Instructions. Il ne retient que là liberté donnée par Cyrus aux captifs et le retour de Zorobabel à Jérusalem suivi de son intronisation comme « maître d'oeuvre ». La partie médiévale, Croisée et templière, est totalement occultée. Cette disparition témoigne des contradictions dans lesquelles se sont débattus les rédacteurs du rituel. Ils n'ignoraient rien de la légende maçonnico-templière telle qu'elle s'est développée au XVIIIe siècle, et fidèles à la tradition de la Monarchie française - qui est aussi l'optique de la plupart des écrivains des Lumières dont Voltaire, mais aussi Joseph de Maistre - ils jugeaient les Chevaliers fort défavorablement et étaient loin de les considérer comme des martyrs. Mais, d'un autre côté, ne voulant pas paraître inférieurs en « sciences maçonniques », à leurs confrères d'autres rites, ils pensaient ne pas pouvoir se dispenser d'y faire allusion.

La rituélie du grade comprend deux épisodes dans la « salle d'Orient », Cyrus rend « la liberté aux captifs » à la demande de Zorobabel. Dans la « salle d'Occident », ledit Zorobabel est reconnu comme apte à diriger les travaux de reconstruction du Temple. Tout ceci reste très biblique.

Il était fatal que l'essentiel du rituel fut vétéro testamentaire et très directement inspiré des livres d'Esdras et de Néhémie. En aucun endroit, il n'est parlé de la « nouvelle alliance ». Dans le long récit historique cité et qui s'étale sur quelque deux mille ans, où il y a continuité entre les « Architectes » de la fondation du second Temple jusqu'aux Croisades, aucune allusion n'est faite au Christianisme et le nom du Christ n'est même pas prononce.

On ne s'étonnera pas de voir ici l'omniprésence du GADLU. On rappelle sans cesse que le Temple a été construit et sera reconstruit à Sa Gloire. Tous termes que l'on retrouve comme dans les autres grades au moment du serment et de la Consécration, mais qui est toujours absent dans le cérémonial d'ouverture et de fermeture des travaux.

Il faut faire un sort également au fameux « Liberté de passer » le pont sur le fleuve à propos duquel les auteurs anti-maçons ont écrit tant de sottises. On trouve le terme de « liberté » dès l'ouverture des travaux « Que la captivité finisse », s'écrie le président qui « relève la pointe (de son glaive) avec vitesse pour signifier Liberté ». Et, à la clôture des travaux s'engage le dialogue : « Qu'apportez-vous, - Liberté de travailler ». Enfin, l'instruction ajoute « Vous a-t-il (Cyrus) accordé votre demande ? - Après m'avoir éprouvé, il m'a rendu la Liberté et à tous mes Frères ».

Ici aussi, nous trouvons de nombreuses considérations morales dans l'interprétation des symboles et l'absence de tout ésotérisme. Reprenons l'instruction « Que signifient les colonnes renversées, les instruments et les meubles déplacés ? - Que toute Loge composée de Frères indiscrets et vicieux perd l'harmonie qui en fait le principal ornement et ne peut tarder de se détruire. » - Que signifient les obstacles rencontrés au passage du Fleuve ? - Le désir ardent que tout bon maître doit avoir de s'instruire et les difficultés qu'il doit s'efforcer de vaincre pour parvenir à la découverte de la vérité ». « Que signifie la résistance que firent les nouveaux constructeurs contre leurs ennemis pendant le temps de la réédification ? - Les soins avec lesquels tout maître doit s'opposer à l'introduction des vices et des abus ». On pourrait multiplier les exemples qui prouvent qu'ici aussi, la composante « morale » de la Maçonnerie est capitale.

Sous la forme du 15e degré du Rite Ecossais Ancien et Accepté, Chevalier de l'Orient et de l'Epée, Maçon libre, ce grade est encore pratiqué par divers Suprêmes Conseils dans des formes peu différentes de celle que nous avons rencontrée ici. Il établit, dit P. Naudon, « le lien entre la Chevalerie et la Maçonnerie constructive ». Mais, dans cette version, la rationalisation est nette. Nos rédacteurs se trouvaient en présence d'un matériel assez hétéroclite, parfois sans grande valeur symbolique. Ils en ont éliminé la plus grande partie, ne conservant que les deux temps forts de la construction du Second Temple.

On a écrit des volumes sur la Rose Croix, les Rose Croix ou les Rosicruciens. Nous ne le ferons pas. Tel que nous le connaissons, dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, par un ensemble de manuscrits relativement nombreux et finalement assez homogènes, le grade maçonnique de Souverain Prince Rose-Croix (ou plus simplement Chevalier Rose-Croix), complété parfois par les titres de Chevalier de l'Aigle, du Pélican, parfois d'Hérédom ou de Saint-André, « parfait Maçon », grade qui est bien loin de recouvrir tout ce qui s'intitule « Rose-Croix », est un mélange, à parts variables, d'ésotérisme chrétien, plus spécifiquement luthérien, et d'alchimie, mélange qui ne pouvait surprendre personne au pays du Dr Faust où il est né. Aussi, à l'inverse des trois premiers hauts grades déjà analysés et qui sont basés sur des légendes d'Ordre chronologiquement datées, avec fantaisie, certes, mais avec une relative précision, venant s'enter sur le grade de Maître, celui-ci est-il « intemporel ». Ce caractère devait sans doute choquer nos rédacteurs qui ont essayé de le caser, d'une manière artificielle sans doute, mais chronologiquement logique, « à la seconde destruction du Temple ». De plus, ce grade clôt le « curriculum » Maçonnique et doit, par conséquent, résumer la quintessence de la connaissance.

Si le rituel, malgré une plus grande complexité, n'a rien qui puisse étonner le Maçon « français » contemporain, titulaire de ce grade et qui en connaît la nouveauté et l'originalité par rapport au « bleu », le « Discours historique » que doit lire l'Orateur au nouveau Chevalier est intéressant en ce sens qu'il essaie de synthétiser les arcanes de la « haute science maçonnique » à laquelle les grades précédents et surtout celui d'Ecossais ont fait allusion.

Nous y apprenons que les Maçons, depuis la réédification du Temple, ont « négligé les travaux » et que c'est « le désordre, la confusion et le vice ». Le Grand Architecte « abandonna l'édification des Temples matériels à l'ignorance et à la témérité des mortels » pour en « construire de spirituels dont l'existence ne cessera jamais ». La « véritable maçonnerie » fut presque anéantie et la Parole fut perdue. Mais « la volonté de celui qui conduit toutes choses » mit un terme à ses souffrances et la Parole fut retrouvée. Mais cette importante révolution » ne fut appréciée à sa juste valeur que par les « vrais maçons » qui « eux seuls connurent les trois colonnes fondamentales » et continuèrent à « couvrir du voile de l'emblème les connaissances qu'ils ne devaient pas prodiguer au commun » et qu'ils continuent à se transmettre.

Les « maçons imparfaits, c'est-à-dire les prétendus philosophes modernes, ayant perdu de vue les vrais principes constitutifs de cet univers, ou plutôt n'ayant jamais été initiés aux augustes mystères de la Nature, ont établi des systèmes faux, contradictoires aux vrais principes ». En fait, Zoroastre, Trismégiste, Moïse, Salomon, Pythagore, Platon ont enseigné que l'univers, comme l'homme, est composé de « trois parties bien distinctes, la matérielle, la spirituelle et la céleste » Cette philosophie a trois buts principaux, la métaphysique, la morale et la physique qui déterminent l'immensité des connaissances et dont la réunion forme la vérité que recherche tout Maçon. Ces connaissances sont renfermées dans les trois grades symboliques. Dans le premier, tout s'opère par trois parce que « tout a rapport à trois principes, la naissance, l'existence et la mort, l'agent, le patient et le produit ». Dans le deuxième, tout à rapport aux « cinq sciences ou connaissances », la métaphysique, la morale, l'astronomie, l'agriculture et l'architecture, « ces trois dernières connaissances sont une avec la physique ».

L'ordre immuable des corps célestes fut « l'échelle qui porta l'esprit humain jusqu'à l'intelligence suprême » et « ainsi naquit la métaphysique ». Leur aspect « détermina des observations d'un petit nombre » et ce fut l'astronomie. « Un heureux génie inspiré par le Grand Architecte et déterminé par la nécessité développa ce sentiment inné de cultiver le sol que l'on habite et découvrir le trésor inépuisable de l'agriculture », enfin, la nécessité de se défendre contre les saisons, les animaux, les ennemis fit naître l'architecture. Ces connaissances étaient réservées à peu d'individus qui « se servirent d'un voile impénétrable », ce qui donna lieu à des initiations « célèbres » desquelles survivent les Sabéens et les Brames, mais qu'ont illustré les Mages, les Hiérophantes et les Druides.

Les Hiérophantes et l'Egypte « portèrent au plus haut degré ces différentes sciences, c'est par eux que nous ont été transmis... les symboles de nos mystères ». L'architecture égyptienne est leur oeuvre. Ils avaient divisé les « sujets en enseignants, instruits et étudiants » et connaissaient une initiation en trois parties. Pythagore avait été leur disciple, tout comme les Esséniens, et, chez le philosophe grec, existaient aussi trois « classes », les « Ecoutans », les « Initiés aux Sciences » et les « Maîtres ». Est Maître, « celui qui connaît parfaitement le Delta et toutes ses propriétés, la Création, l'accroissement, la perfection, l'unité d'essence, de substance, de nature dont le produit est le Delta, principe de toute vérité ».

Toutes ces connaissances sont contenues dans les trois premiers grades, mais « il a été nécessaire pour faciliter le travail de ceux qui aspirent à la découverte de la vérité, d'établir des classes dans lesquelles on peut donner une espèce de développement aux emblèmes qui s'offrent de toute part dans les trois premiers grades, sans cependant tirer le voile en entier ».

Le grade de Rose Croix en est une preuve : ici, tout est « sensible », tout « parait à découvert », mais I' « emblème » ne cesse pas d'exister. Les anciens maçons « nous ont caché les points les plus importants sous des types hiéroglyphiques qui semblent n'annoncer aujourd'hui que des énigmes ». C'est le but du travail et de la recherche symbolique que de les interpréter. Celui qui « découvrira le secret des sublimes vérités qu'il renferme sera parfaitement satisfait, il sera assuré d'avoir trouvé la félicité ou tout mortel aspire, ses jours seront heureux, ses mains seront pures, l'indigence et les infirmités n'auront pas d'empire sur lui ». Il existe une classe « privilégiée de Maçons philosophes, dignes de ce titre par l'étendue et la sublimité de leurs connaissances ». Soyons persuadés que ce n'est pas sans raison que « les professeurs de l'art des sages, les vrais maîtres » adoptèrent pour chef Salomon et que « les philosophes établirent leurs travaux sur le plan du Temple célèbre élevé à la Gloire du Très Haut par le plus sage des mortels ». Conclusion l'art professé par les Maçons « doit les conduire dans le sanctuaire de la Vérité, par la pratique des vertus et une étude constante et suivie de la Nature et des merveilles du GADLU ».

Il y aurait de longs commentaires à faire sur ce texte où le condillacisme paraît faire bon ménage avec une conception trichotomiste de l'individu d'inspiration très strictement paulinienne. Retenons en deux points forts : d'abord, la priorité donnée à la connaissance et à la recherche maçonnique basée sur l'interprétation des symboles et qui aboutit à une théorie moniste de la réalité basée sur le Delta, source, symbole et synthèse de tout ce que l'esprit humain peut pénétrer, ensuite, l'idée que la Maçonnerie est l'héritière des sciences et des initiations antiques, idée encore peu développée, mais qui connaîtra un éclatant destin dans la première partie du siècle suivant. A l'inverse, on peut noter l'occultation complète de tout thème chevaleresque, alors qu'ils étaient fortement représentés au grade précédent. Nos Rose Croix ne sont plus des chevaliers, ils sont des philosophes. Rien d'alchimique non plus, comme dans l'ensemble du rite, rien de mystique. Certes, le but de la Maçonnerie est la contemplation, non du Grand Architecte lui-même, mais de ses merveilles. On adore Dieu à travers la Nature, mais Dieu n'est pas la Nature. On peut rapprocher cette conception de celle de Voltaire, mais aussi de l'introduction des Constitutions anglaises de 1784 : « Quand, du point de vue philosophique, nous contemplons les merveilles de l'Univers... »

Cette longue analyse nous permettra de réduire les observations touchant au rituel. L'ouverture des travaux nous apprend que nous sommes « à l'instant où le voile du Temple fut déchiré, que les ténèbres se répandirent sur la surface de la Terre, que la Lumière fut oscurcie (sic), que les colonnes et les outils de la Maçonnerie furent brisés, que l'Etoile Flamboyante disparut, que la parole fut perdue », et « que la pierre cubique sua sang et eau », élément qui a disparu, probablement à cause de la non-pratique du grade d'écossais, axé, on l'a vu, sur elle. A la clôture, nous apprenons que cette pierre cubique « s'est changée en rose mystique », sans que cette métamorphose qui eut ravi Sainte-Thérèse, nous soit clairement expliquée. Notons aussi l'existence de « génuflexions » assez nombreuses devant le « sanctuaire ».

Le postulant est un « Frère Chevalier d'Orient errant dans les bois et les montagnes qui a perdu la Parole à la seconde destruction du Temple » et qui « désirerait, avec votre concours, la retrouver ». Il convient qu'il aide les Frères à chercher la « Parole sacrée », car « malgré toutes nos perquisitions, nous ignorons les moyens de la reconnaître ». Mais « notre dessein n'est pas de rester dans l'oisiveté, nous cherchons à la retrouver par une loi nouvelle ». Suivent sept voyages, effectués dans le but de retrouver cette loi, et, lors des trois derniers, on fait connaître au candidat les colonnes « Foi-Espérance-Charité », « principes de notre Ordre et de nos nouveaux mystères ». Suit une obligation prêtée sur le « Livre de la Sagesse », conclue par la formule « Que le GADLU me soit en aide » à laquelle le Très Sage répond par « Tout est consomme ». Il remet ensuite le tablier et le cordon, côté noir, couleur à la fois du repentir « des maux qui ont causé nos malheurs » et du deuil, « jusqu'à ce que la Parole soit retrouvée ». Suit ce dialogue : « Quel motif nous rassemble ? -La pierre cubique sue sang et eau par le relâchement des Maçons dans leurs ouvrages et pour le succès de la Maçonnerie exposée sur le sommet d'une haute montagne - que signifie ce mystère ? -La perte de la Parole qu'avec votre aide, nous espérons retrouver - Que faut-il pour y parvenir ? -Embrasser la nouvelle Loi, être pleinement convaincu des Trois Vertus. - Comment trouverons-nous ces Trois Colonnes ? - En voyageant et errant dans l'obscurité la plus profonde ».

Suivent sept autres voyages exécutés par tous les Chevaliers en cortège, puis le récipiendaire sort de la Loge, y est à nouveau introduit, revêt « un drap noir saupoudré de cendres » en signe d'humilité et est conduit « dans le lieu ténébreux d'où la Parole doit sortir triomphante à la Gloire et à l'avantage de la Maçonnerie ». On le mène dans une « grotte » où figurent « les horreurs d'un lieu de peine et de silence ». Puis s'engage le fameux dialogue que l'on trouve dans d'autres rites : « D'ou venez-vous ? - De la Judée - Par quelle ville êtes vous passé ? - Par Nazareth - Quel a été votre conducteur ? - Raphaël - De quelle tribu êtes vous ? - De Juda - Donnez-moi l'initiale de ces quatre mots - I.N.R.I. ». La Parole est ainsi retrouvée et le candidat devenu « parfait Maçon ». On lui donne signes, mots et attouchements, on retourne son cordon et on lui remet le bijou en concluant :

« Que le GADLU vous soit en aide ». Suivent la « reconnaissance », les « applaudissements » et l' « exclamation- ».

Ce rituel est relativement sobre, basé exclusivement sur la découverte des Trois Vertus, puis de la Parole. Encore qu'aucune interprétation de cette Parole ne soit donnée, il ne nous paraît pas contestable que l'influence chrétienne soit dominante, tant par la « technique » de ces découvertes, que par les génuflexions, les multiples allusions au GADLU, le dialogue précédent la révélation de l'I.N.R.I., le triptyque Foi-Espérance-Charité, l'entrée dans la « Loi nouvelle », une Loi différente de celle à laquelle il avait été fait allusion au grade d'Ecossais. Bien entendu, toute interprétation alchimique (Integra Natura Renovatur Igny) est totalement absente. Ici encore, l'aspect occultiste de la Maçonnerie a été totalement - entièrement éliminé.

L'instruction vient dans le même sens : « Qu'avez-vous appris dans vos voyages ? - J'ai aperçu trois soutiens de notre édifice... Le Très Sage a ordonné qu'on me conduisit aux pieds de Celui devant qui tout fléchit pour y prêter mon obligation ». On rappelle encore une fois le fameux dialogue. Enfin, il est bon de noter que l'on ne donne aucune explication des autres symboles du grade et notamment du pélican. Est-ce que ces choses nouvelles ne devaient pas être l'objet de la méditation du nouveau Rose Croix ?

Quant à la Cène, elle est aussi une cérémonie très simple sous le nom de « banquet des Rose-Croix » celui de « jeudi saint » avec le sacrifice de l'Agneau ne figure pas dans le rituel et paraît ignoré au rite français -. Elle débute par une prière dans laquelle le Très Sage demande au GADLU de « bénir la nourriture que nous allons prendre, qu'elle soit pour Ta plus grande Gloire et notre satisfaction », puis il distribue le pain et le vin avant de conclure par « Tout est consommé ». Les Frères se séparent par le baiser de paix et le président par « La paix soit avec vous ». Noter l'emploi des formules françaises en non latines et l'absence du symbolisme de la baguette ainsi que de toute explication de la cérémonie.

Un document publié à la suite du rituel « Explication du timbre des brefs » accentue encore le symbolisme chrétien du rituel. Toutes les interprétations proposées du tableau sont effet d'un christianisme parfaitement orthodoxe. Notons simplement que la Croix est « si redoutable aux ennemis de notre salut et si consolante pour nous », le palmier et le cyprès en sont des « figures » le bélier est « celui qu'Abraham sacrifia », la colombe figure « Jésus Christ innocent », le pélican est aussi un « emblème de Jésus-Christ qui a versé son sang pour nous comme le Pélican nourrit ses petits de son sang ». Le « triangle mystérieux » est l' « image sensible de la Toute Puissante Trinité ». Les sept lampes sur le chandelier représentent les sept dons du Saint-Esprit « que nous recevons par les mérites de Jésus-Christ, car le seul sacrifice de Jésus-Christ a aboli tous les autres holocaustes ». L'agneau représente l'Eucharistie, etc...

Cette interprétation, très axée sur le mystère de la Rédemption, contraste évidemment avec le rituel et surtout avec le « discours historique ». Tout cela manque certainement de logique au point d'apparaître contradictoire. Cet ensemble permet mal de saisir la vraie signification du rite de Rose-Croix pour les maçons français de 1787. Qui était majoritaire, de ceux qui y voyaient l'achèvement d'une pensée philosophique, débutant au grade d'apprenti et se dévoilant lentement à travers les élévations successives - et, dans cette progression, le rite français est, à coup sûr, une logique et belle réussite - ou des chrétiens sincères qui voyaient dans ce symbolisme, ici bien détaché de son contexte maçonnique, un compendium de l'enseignement religieux ? Les uns ou les autres, mais aussi peut être, les uns et les autres, car, en matière de rituélie, la rationalité n'était pas la vertu essentielle des Maçons du Siècle des Lumières.

 EN GUISE DE CONCLUSION

 Le rite s'arrête à la Rose Croix, comme tant d'autres. Il n'est pas question des grades « aréopagites »

culminant actuellement au 30e du Rite Ecossais Ancien et Accepté, ni, bien entendu, des 31e, 32e et 33e de ce rite qui naissaient alors en Amérique. Comment expliquer ces éliminations ? Tout d'abord par un désir sincère de simplifier et de codifier « l'inextricable fouillis écossais » comme disait G. Martin qui constituait des collections disparates et peu homogènes. Les créateurs du R.E.A.A. auront la même ambition. « Ordo ab chao ». Ajoutons les hésitations qu'avaient les Maçons français devant le Kadosch, expression ultime de grades de vengeance dont le réalisme ne pouvait que déplaire à la sensibilité plus ou moins rousseauiste des Frères et le Templarisme en qui ils subodoraient, soit une origine allemande, ce qui froissait leur patriotisme, soit une source « jésuitique » et auquel leur loyalisme monarchique répugnait. De plus, ils ont dû considérer qu'aucun des grades qui sont aujourd'hui les intermédiaires entre le 18e et le 30e du R.E.A.A. et dont certains étaient couramment pratiqués dans les Chapitres français, n'avaient un prestige suffisant pour devenir le « nec plus ultra » de l'Ordre. A l'inverse, ils pouvaient penser qu'avec la Parole retrouvée, tout était vraiment accompli.

Mais cette logique qui explique la force conquérante du rite en 1787 explique aussi son déclin. Après l'établissement définitif du R.E.A.A. en 1804 en France, il ne pouvait prétendre lutter, surtout au sein de l'aristocratie maçonnique, contre l'attrait, non pas tellement du Kadosch qui n'acquerra de popularité réelle qu'après 1859, mais des grades « blancs ». Peut être aussi la cooptation, règle absolue du Suprême, le fait qu'il était souverain, même sur la Maçonnerie bleue, tandis que le Grand Chapitre, puis le Grand Directoire restaient soumis au Grand Orient en en faisant partie intégrante, ont entraîné, les dignitaires maçons d'abord, le « peuple » ensuite, vers l'écossisme. Malgré le ridicule apparent de certains titres sur lesquels les Frères rationalistes du milieu du XIXe siècle,

Edmond About en tête, n'ont cessé de dauber.

Le Rite français à sept degrés a donc disparu obscurément. Le Grand Collège s'en déclare légitime propriétaire, mais ne le pratique pas. Peut-être aujourd'hui, puisqu'il est désormais admis, rue Cadet, que l'on ne peut passer sans échelons intermédiaires de la Maîtrise à la Rose Croix, serait-il possible de le ressusciter, ou du moins de faire un essai. Nos aïeux de 1787 avaient conçu un mécanisme de progression dans la connaissance maçonnique fort remarquable. Pourquoi négliger cette portion de notre patrimoine ?

 

Daniel LIGOU, 33e

 

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25 septembre 2010 6 25 /09 /septembre /2010 00:34

1° PARTIE

En 1808, Roëttiers de Montaleau fils, « représentant particulier du Grand Maître » (en l'espèce, Joseph Bonaparte) signait un opuscule intitulé La Maçonnerie symbolique suivant le régime du Grand Orient de France, en conclusion duquel il affirmait « Il y a beaucoup d'autres grades que les sept décrits dans cet abrégé, mais le Grand Orient de France a pour régime de ne reconnaître que les trois grades symboliques et les quatre ordres de Hauts Grades ».

C'est sur ce rite, appelé, dès la fin du XVIIIe siècle, « rite français », puis « rite français ou rite moderne », probablement par opposition aux divers rites écossais, et plus particulièrement au Rite Ecossais Ancien (et) Accepté (R.E.A.A.), définitivement constitué en France en 1804, que nous voudrions consacrer ces quelques observations. En nous plaçant à un double point de vue tout d'abord, il appert que son élaboration est une pièce essentielle de ce que Pierre Chevallier appelait « la polémique des Maçons rationalistes contre la Maçonnerie mystique à la veille de la Révolution » et qu'il prend place dans un contexte international marqué, notamment en Allemagne, par l' « éclectisme » de Francfort. Ensuite, parce qu'il nous a paru représenter la mentalité de bon nombre de Maçons de l'hexagone à la veille de la Révolution et qu'il devait les satisfaire, puisqu'il a perduré, au moins dans les trois premiers grades, jusqu'aux réformes de Murat en 1858, et même jusqu'à la mutation des années 1877. Les deux textes de 1801, Le Régulateur du Maçon et le Régulateur du Chevalier maçon qui concernent, l'un les degrés symboliques, l'autre les « quatre ordres supérieurs suivant le régime du Grand Orient », et, dans leurs ensemble, conformes aux textes de 1786, ont servi d'un puissant relais.

Or, il se trouve que ce rite qui a connu, pendant plus d'un demi siècle, une vaste expansion n'a jamais été sérieusement étudié. Cependant les textes ne manquent pas et forment un « corpus » très homogène qui contraste avec la grande variété des rituels antérieurs, ce qui rend une analyse relativement facile. Or, les historiens de la Maçonnerie des Lumières, que ce soit H.F. Marcy ou P. Chevallier mentionnent à peine l'initiative du Grand Orient, et seulement en tant que conséquence de la mise en ordre administrative tentée et au moins partiellement réussie, après 1773, par le duc de Luxembourg.

Or, il s'agit là d'un rite numériquement important, pratiqué par plusieurs centaines de Loges depuis la fin de l'Ancien Régime, et, ce que l'on oublie trop souvent, par un nombre élevé de Chapitres. En 1789, le Grand Chapitre du Grand Orient comptait 135 Ateliers (80 en Province, 21 à Paris, 11 aux Colonies et à l'étranger, 10 dans les Loges Militaires). En 1812, il y avait 288 Chapitres dans l'étendue de l' « Empire Français ». Sous l'Ancien Régime, le « Rite Français » était donc, tant en Maçonnerie « bleue » qu'aux Hauts Grades, très largement majoritaire. Laissons pour l'heure de côté les rapports de force entre la Maçonnerie symbolique du Grand Orient et celle de la Grande Loge de « Clermont » a peu près élucidés maintenant par Le Bihan, et contentons nous de constater que le Rite rectifié a groupé, au mieux, une dizaine de Chapitres, que la Mère Loge du Contrat Social à Paris, la Mère Loge Ecossaise de Marseille, comptent par unités. Sous l'Empire, la Grande Loge d'Héredom de Kilwining atteint d'après Thory, 26 Chapitres en 1811. Quant aux autres rites, leur activité paraît avoir été limitée à une seule unité (Rite primitif de Narbonne, Chapitre de la Toison d'Or, Rite de la Vieille Bru de Toulouse etc.). Même Thory doit reconnaître (Annales Originis, p. 198) que « il ne serait pas difficile de prouver que le rite adopté par le Grand Orient en 1786 pour les Hauts Grades n'est pratiqué que par la très grande majorité des Loges et Chapitres de France ».

Or, de ce Rite, nous savons peu de choses. En 1949, le Frère Charles Virmaud, alors Grand Orateur Adjoint du Grand Collège des Rites, publia une brochure intitulée Le Rite Français dans laquelle il s'efforçait de démontrer que le Rite (celui de 1949), bien qu'il ne connut ni la Bible sur l'autel, ni l'invocation au GADLU, était fidèle à la tradition maçonnique. De plus, il attribuait au Rite Français, la pratique, par le Grand Collège, des Grades du 18e et au delà, ce qui ne nous parait pas logique. Sans vouloir juger de la validité maçonnique des réformes de 1877 et des années ultérieures, sur lesquelles nous nous sommes déjà maintes fois exprimés, convenons que cet unique travail sort de nos préoccupations.

A l'inverse, la recherche historique contemporaine s'est passionnée pour les divers Rites Ecossais ou pour des personnalités comme Martines, Saint-Martin, ou Willermoz et a fait naître des travaux d'une grande valeur, alors que leur influence sur la Maçonnerie de la fin du XVIIIe siècle et du premier XIXe a été bien moindre que celle de la création, en deux épisodes, en 1786, du « Rite français ». Car, c'est bien d'une création qu'il s'agit. Création que nous pouvons dater de cette même année 1786 et dont nous pouvons suivre l'évolution jusqu'à nos jours aux Grades « bleus » et jusqu'au milieu du XIXe siècle aux Hauts Grades. A notre sens, on ne peut « rétablir » le Rite Français : ou on adopte les rituels de 1786, ou on créé quelque chose de nouveau. Même si, subjectivement, et on en a parfaitement le droit, on lui trouve des insuffisances. On peut penser qu'un Rite est comme les Sept Conciles Oecuméniques de l'Eglise orthodoxe, on l'admet ou on ne l'admet pas, mais il n'est au pouvoir de personne de le changer. C'est, d'ailleurs, ce qui se passe au Rite Ecossais Rectifié ou l'on pratique strictement les grades composés à la fin du XVIIIe siècle. Même l'on pense, avec A. Mellor (qui ne paraît pas connaître les rituels de 1786) qu'au moment du Régulateur, le rite avait déjà connu des « déviations » rationalistes. Déviations par rapport à qui, et par rapport à quoi ? Nous avons affaire à un texte maçonnique qui reflète très largement l'opinion majoritaire du Grand Orient en 1786 - ou à la rigueur en 1801-, personne n'en a jamais discuté la validité ni la « régularité ». Tenons nous en là, et ne commettons pas le péché d'anachronisme, péché contre l'esprit pour les Historiens, le seul qui ne pourra pas être pardonné d'après l'Ecriture...

Mais avant de procéder à l'analyse de ces rituels, quelques mots d'introduction historique seront, nous le pensons, utiles.

L'année même de sa création, le 27 décembre 1773, le Grand Orient ordonnait une révision et une nouvelle rédaction des Hauts Grades. Une commission formée de trois frères éminents, Bacon de la Chevalerie, Stroganoff et Toussaint en fut chargée. En attendant, il ordonnait aux Loges de renoncer à travailler au-delà du 3e degré « ainsi qu'il le faisait lui-même » Thory affirme que les trois avaient « pour instructions secrètes de créer une Maçonnerie nouvelle en écartant tous les degrés qui pouvaient appartenir aux anciens Rites qu'on voulait faire oublier ». Mais le dignitaire du Rite Ecossais Philosophique n'est pas un témoin toujours digne de confiance.

La commission n'aboutit pas. H.F. Marcy pense, et peut être avec raison, que Bacon, déjà élu Cohen depuis 1763, informé dès le 19 juin 1773, de l'existence du Rite Réformé de Dresde (Stricte observance Templière) et de son probable développement en France, rite dont lui-même, puis plus tard Stroganoff devaient devenir dignitaires avant même le Convent des Gaules de 1778, pensait qu'une alliance entre Grand Orient et « Directoires Ecossais » de la Stricte Observance pouvait régler le problème. Bien entendu, nous n'entendons pas ici parler des « traités » de 1775-76, des réticences qu'il souleva, de l'échec final. Les Loges refusèrent de se laisser « rectifier », Conseils et Chapitres conservèrent leur indépendance.

On peut donc penser que l'attitude de Bacon entraîna son retrait et le remplacement de la première commission par une seconde, créée le 24 mars 1776, avec Guillotin, Morin, Brest de la Chaussée et Savalette de Langes, tous hostiles (comme Guillotin), rivaux (comme Savalette) ou, pour le moins indifférents, au Rite Rectifié. Nous savons qu'ils réclamèrent « les connaissances et lumières des Loges » mais sans connaître le résultat de cette enquête. Par contre, il n'est pas douteux qu'ils commencèrent à entreprendre, parallèlement, la réforme des Hauts Grades et celle de la Maçonnerie « bleue », mais ils n'aboutirent pas davantage.

Devant cette carence, le Grand Orient institua, le 18 juin 1782, une Chambre des Grades qui se trouvait, dans son organigramme, sur pied d'égalité avec les autres « Chambres ». Nous ne savons rien de ses travaux, sinon leur aboutissement, début 1786, et l'adoption, en Assemblée Générale, des rituels, tant de la Maçonnerie « bleue » que celle des Hauts Grades (que l'on appelle « Symbolique » dans les textes, alors que ce terme désigne aujourd'hui, au contraire, les trois premiers degrés).

C'est par cette Maçonnerie des Hauts Grades que nous commencerons. H.F. Marcy tout comme P. Chevalier pensent que l'activité de cette chambre n'a pas été étrangère au regroupement des Chapitres qui se produit à partir de 1784. Se crée le « Grand Chapitre » (Grand Chapitre Général, Grand Chapitre Métropolitain) qui rallie, au départ, ce qui restait des Empereurs d'Orient et d'Occident et des Chevaliers d'Orient des années 1760 et qui cherche à se soumettre la Province. Que ce Grand Chapitre ait accepté, en 1785, sans critique, la fameuse « patente Gerbier », document authentiquement faux, prétendant remonter à 1721 et rédigé, à en croire cette mauvaise langue de Ragon, sur la table d'un cabaret parisien, n'a, en la circonstance, qu'une valeur anecdotique. Le fait essentiel est que ce regroupement se soit fait, d'abord officieusement, puis le 17 février 1786, officiellement, sous le patronage du Grand Orient. Désormais, les Hauts Grades seront pratiqués par « Le Grand Orient, en son Grand Chapitre ».

Les cogitations de la Chambre des Grades et la « réunion » du Grand Chapitre avaient abouti à l'élaboration du « Rite Français » à sept degrés. En plus des trois Grades initiaux sur lesquels nous reviendrons, le Grand Orient admettait quatre « ordres » qui, désormais seront seuls reconnus authentiques par lui, à savoir Elu (Elu Secret) - Ecossais (Grand Ecossais ou Grand Elu Ecossais) -Chevalier d'Orient (Chevalier d'Orient ou de l'Epée) - Rose-Croix (Souverain Rose-Croix ou Souverain Prince Rose-Croix).

Sur quels documents les éminents Frères de la Commission et de la Chambre se soit-ils basés ? Une tradition veut qu'ils aient utilisé un rituel de 25 Grades qu'ils auraient synthétisés. Ce n'est nullement impossible, mais il est évident qu'il ne peut s'agir des fameux 25 degrés du « Rite de Perfection », tout d'abord (et c'est là une raison majeure !) parce que nous ne sommes nullement assuré de son existence réelle, ensuite parce que les 7 Grades supérieurs du système ne se retrouvent pas dans le rite français. On ne peut nier à priori une incidence du rite à sept degrés de la Mère Loge Ecossaise de France à l'Orient de Marseille avec ses quatre grades supérieurs - Maître Eu ou des Neuf -(Parfait Maître - Vrai Ecossais Vrai d'Ecosse - Chevalier de l'Epée surnommé Chevalier de l'Orient ou de l'Aigle - Rose Croix - Les titres, on le voit, correspondent sensiblement, encore que l'inspiration en soit sensiblement différente. Il n'empêche qu'avec toute son autorité, le Frère Rouyat considère le rite marseillais comme « aux origines du Rite Français », affirmation qui prête à confusion. On peut penser aussi au « premier rite lyonnais » également à sept degrés, à la Maçonnerie « adhoniramite » de 1781 et à bien d'autres choses.

L'opération réalisée par le Grand Orient et qui, dans une certaine mesure, s'est poursuivie jusqu'à nos jours, a été, on s'en doute, violemment critiquée par l'écossais strict qu'était Thory « il est aisé de voir que ces quatre ordres ne sont que le produit d'une compilation faite dans une multitude de grades pris à contribution pour former leur ensemble. Une singularité, qui probablement avait eu un motif particulier, c'est que le troisième Ordre fut appelé du nom d'Ecossais, pour indiquer sans doute que les nouveaux Grades, contenant la quintessence de toutes les connaissances maçonniques, celles comprises dans le troisième Ordre réunissaient, dans leur entier, les lumières de l'Ecossisme Il affirme (ce qui ne paraît pas évident ! ) que suite à cette réforme, les Chapitres étrangers se fermèrent aux Maçons français, mais n'en apporte qu'une preuve, le discours prononcé en 1802 par l'Orateur de la Loge parisienne « Les Elèves de Minerve », restée fidèle aux anciennes traditions et, par là, exclue en 1801 du Grand Orient. Témoignage suspect donc. Plus sérieux, sinon absolument convaincant, est le même Thory lorsqu'il affirme : « Il est possible que l'orgueil national, plutôt que l'esprit de parti ait contribué pour beaucoup à ce changement... peut-être même crut-il rendre service aux Loges en les débarrassant d'une multitude de grades dont quelques-unes étaient sans but, sans suite, sans ordonnance... » (Annales Originis, p. 69 et sqq.).

On devine que telle n'est pas l'opinion de Ragon (Orthodoxie maçonnique p. 143 et sqq.) qui reproche surtout au Grand Orient d'avoir faite sienne la date de 1721 donnée par la fausse patente

Gerbier et de l'avoir maintenue jusqu'en plein XIXe siècle. Pour le reste, il constate « le but secret du Grand Orient était de s'agréger le Grand Chapitre Général de France dont la régularité originelle lui importait peu. Il voulait s'en servir comme une massue pour anéantir l'écossisme, ou, du moins mettre un terme aux envahissements intolérables et à l'ambition dominatrice des établissements de toute sorte, prétendus écossais. » Effectivement, le Grand Orient, s'il accepte en son sein les Hauts Grades, n'entend pas se faire dominer par eux, comme ce fut bien souvent le cas de l'ancienne Grande Loge et comme, en 1771-72 avait tenté de le faire le Conseil des Empereurs.

Continuons rapidement l'histoire. Grand Chapitre et Chambre des Grades poursuivirent leurs travaux jusqu'à la Révolution et étaient reconstitués en 1799 où le Frère Milly signe en qualité de « Président de la Chambre des Grades ». En 1805, était créé le « Grand Directoire des Rites », puissance « dogmatique » et un « Grand Chapitre » chargé de l'administration des Grades capitulaires. En 1815, lorsque le Grand Orient décida de « reprendre ses droits » sur le Rite Ecossais Ancien et Accepté décision qui a maintes fois été critiquée - fut créé un « Grand Consistoire des Rites » qui devint, en 1826, le « Grand Collège des Rites » toujours existant, mais dont l'organisation s'est, en fait, alignée sur les Suprêmes Conseils de Rite Ecossais.

 L'histoire de l'agonie des Hauts Grades du « Rite Français » n'a jamais été faite. Les différents « tuileurs » du XIXe siècle - dont Vuillaume et Teissier, les plus célèbres, en parlent. Encore, dans sa troisième édition de 1883, le second de ces auteurs, titulaire du 33e grade, met en tête de son volume la « Maçonnerie française comprenant sept grades suivant le régime du Grand Orient de France », en traitant les 4e, 5e et 6e grades de « premier - second - troisième Ordre de Rose Croix ». Encore en 1873, le Chapitre toulousain « l'Encyclopédique » affirmait travailler au Rite Français. En fait, les Grades intermédiaires paraissent avoir reculé dès l'Empire, car nous ne trouvons plus, dans les « qualités »maçonniques indiqués dans les tableaux les qualifications d'Elus, d'Ecossais, de Chevalier d'Orient, si fréquents sous l'Ancien Régime. La plupart des Loges parisiennes influentes et celles des Orients importants s'étant dotées d'Aréopages du 30e degré, le Rite Ecossais a fini par absorber le rite français qui n'est aujourd'hui plus pratiqué rue Cadet, encore que le Grand Collège affirme toujours le posséder. Quelques tentatives de résurrection, au niveau Chapitral, ont été tentées par la Loge Nationale Française. Conclusion paradoxale : les Frères « français » de la rue Cadet travaillent à leur Rite aux trois premiers Grades sous les auspices du Grand Orient et au Rite Ecossais Ancien et Accepté à partir du 4e degré sous les auspices du Grand Collège des Rites. Par contre, les Frères « Ecossais », tant Anciens et Acceptés que « rectifiés » restent fidèles à leur rite tout le long de leur « cursus » maçonnique.

Revenons à la Maçonnerie « bleue ». La Chambre fournit son travail dès le début de 1786 et celui-ci fut adopté par le Grand Orient, en Assemblée Générale le 7 janvier 1786. Un exemplaire existait en 1929 au Grand Collège des Rites et A. Groussier a pu en extraire et publier le rituel d'apprenti. Il semble avoir disparu, en tous cas, on n'en a plus trouvé de traces. Il en existe un second, postérieur puisqu'il mentionne des « changements » à effectuer « depuis que la France est en République ». Le toast au Grand Maître étant supprimé, le texte est postérieur à l'abdication d'Egalité (22 février 1793) et antérieur à la Restauration consulaire, puisqu'il est question seulement de la santé de la « République Française » et de « la conservation et la prospérité de ces armes ». On peut donc hésiter entre n'importe quelle date de 1793 et 1799. Ce texte est semblable, mot pour mot, à celui publié par Groussier, au moins pour le 1er grade. Malheureusement, nous n'avons pu trouver, de ce second manuscrit, qu'une photocopie déposée aux Archives du Grand Orient de France et dont personne n'a pu nous indiquer l'origine.

Existent également, au Grand Collège, des rituels dispersés de chacun des quatre Grades Supérieurs du Rite Français qui, eux aussi, sont de l'extrême fin de l'Ancien Régime ou du Directoire. De plus, l'ensemble de ces documents est peu différent du Régulateur de 1801, oeuvre probable de l'entourage de Roëttiers de Montaleau, bien connu, récemment « reprinté » et dont Corneloup avait déjà dégagé l'originalité. Nous utiliserons donc, pour le Grade d'Apprenti, le texte publié par Groussier en regrettant qu'il n'ait pas jugé utile de poursuivre son oeuvre et pour les autres, le manuscrit du Grand Orient.

Intéressante aussi est la technique d'envoi aux Loges qui dure, théoriquement, jusqu'à Murat. Par circulaire du 10 juin 1786, le Grand Orient établit la règle les Cahiers devaient être « transcrits » et envoyés aux Loges sous forme manuscrite, moyennant une somme de 45 L. Elles recevaient 4 Cahiers pour les trois grades symboliques, un pour le Vénérable, un pour chacun des surveillants et un pour l'Architecte qui étaient envoyés en deux paquets, ouverts en Loge et conservés dans une cassette fermée à clef. Une autre circulaire du 2 janvier 1788 simplifia les formalités. Si la Loge était couronnée par un Chapitre, la méthode d'envoi était la même, mais il en coûtait 60 livres aux amateurs.

Cette trop stricte réglementation fut-elle strictement respectée ? Nous ne savons rien sur le XVIIIe siècle, mais sous l'Empire, les Loges firent des transcriptions illégales, des modifications, voire même des impressions. Le Régulateur de 1801 est la plus célèbre de ces transcriptions, encore que, de l'avis unanime, il ait été parfaitement conforme. Puis, après 1803, les « instructions », les « catéchismes », les « Tuileurs », « Manuels » ou « Guides » se multiplient.

De plus, dès avant 1789, les rituels du Grand Orient connaissaient de la concurrence. Dès 1740, le style « Franc Maçonnerie démasquée »avait fait fureur. Par la suite, et malgré les multiples interdictions des Obédiences, des Frères composaient des rituels. C'est ainsi que le Recueil précieux de la Maçonnerie adonhiramite de Guillemain de Saint-Victor (1781) a été maintes fois réimprimé et a obtenu mieux qu'un succès d'estime.

Les observations faites, il est permis de se demander comment les Frères ont repris les documents que leur envoyait Paris. Avec beaucoup de respect, sans doute, ainsi qu'en témoignent notamment les procès verbaux d'installation des Loges ou d' « ouverture des paquets ».

Une lettre de Décembre 1786 de l'Atelier « Les Amis de la Paix », Orient de Bourges témoigne de la satisfaction des Frères au reçu du texte codifiant les trois premiers Grades « Il y avait longtemps que les Loges régulières de France attendaient de votre sagesse, de vos lumières et de votre sollicitude, un ouvrage uniforme, un guide fidèle de la véritable signification des emblèmes de l'Art Royal.

Chaque Atelier avait ses principes, ses dogmes et sa morale, mais presque tous ces principes, ces dogmes, cette morale étaient disparates et présentaient ici des mots vides de sens, là des histoires ouvrages de l'esprit et de l'erreur dont la source se perdait dans la nuit des temps, de façon que les enfants de la Vraie Lumière voyageaient perpétuellement dans les ténèbres depuis plusieurs siècles. Le temps est enfin venu ou les Vénérables Maîtres n'auront plus qu'un même esprit, le même but, les mêmes principes et c'était à vos soins et à votre zèle que cette heureuse révolution était réservée». PERRONIN (Ch.), Les Francs-Maçons berruyers au XVIIIe siècle, in Recueil des Actes de l'IDHERM - 1978-79, Paris 1980, p. 222). Ce texte témoigne donc du fait que, en 1786, les Loges avaient chacune leur rituel ou leurs petites habitudes. L' « officialisation » de 1786 les a-t-elle supprimée ? C'est probablement douteux. Mais nous n'en avons aucune certitude. Que retenir du texte de Groussier qui nous parle d'une « formule d'initiation » adoptée par le Grand Orient, « prescrite à toutes les Loges de sa correspondance pour maintenir l'uniformité si désirable entre la Fraternité » et précise : « Le Grand Orient de France s'est enfin occupé de la rédaction d'un protocole d'initiation aux trois premiers grades ou Grades symboliques. Il a cru devoir ramener la Maçonnerie à ses usages anciens que quelques novateurs ont essayé d'altérer et rétablir ces premières et importantes initiations dans leur antique et respectable pureté. Les Loges de la correspondance devront donc s'y conformer de point en point afin de ne plus offrir aux Maçons voyageurs une diversité aussi révoltante parce que contraire aux vrais principes de l'Art Royal ». D'autant plus que cette formule sera répétée dans toutes les introductions des rituels imprimés, officiels ou non. Retenons aussi le concept de retour à une tradition oubliée ou oblitérée qui est une permanence au Grand Orient et à propos de laquelle on pourrait dire bien des choses et rappeler que bien des sottises ont été dites.

Arrivons-en maintenant à l'analyse des textes en progressant dans la connaissance maçonnique, démarche qui nous paraît tout à fait légitime. Nous diviserons cette partie de notre travail en deux parties l'une consacrée aux trois Grades symboliques, l'autre aux quatre grades supérieurs. Bien entendu, nous privilégierons l'aspect « idéologique » des rituels, tout en sachant bien que leur aspect « initiatique », pour le moins aussi important, nécessiterait une étude d'une autre ampleur. Aussi ne manquerons nous pas d'y faire allusion.

LES GRADES SYMBOLIQUES

Nous rappelons que nous utilisons ici le texte publié par Groussier pour le Grade d'Apprenti et le document du Grand Orient pour les deux autres Grades après avoir constaté que le rituel Groussier est mot à mot semblable à l'autre document pour le premier, le seul que l'ancien Grand Maître ait publié. L' « avant propos » du Grade d'apprenti définit l'Ordre : c'est une « association d'hommes vertueux et sages dont l'objet est de vivre dans une parfaite égalité, d'être intimement unis par les liens de l'estime, de la confiance et de l'amitié sous la dénomination de Frères et de s'exciter mutuellement les uns et les autres à la pratique de la vertu », d'où l'exigence de n'admettre dans la Loge - c'est-à-dire dans l'ordre tout entier - que des sujets dont on n'ait point « à rougir aux yeux des Maçons de tout l'Univers ».

Suivent de longs « préalables ». L'admission ne peut être arrêtée que « dans la troisième assemblée en comptant celle ou elle aura été proposée » et qu'après un délai de 45 jours - l'unanimité est requise après plusieurs scrutins, des commissaires peuvent être nommés. Après quoi a lieu l'initiation.

Le rituel débute par un nouveau « préalable » : le profane est conduit dans la « Chambre des Réflexions » ou sont « tracées » « des sentences d'une morale pure et des maximes d'une philosophie austère »dont quelques exemples sont indiqués. Ce Frère « préparateur » lui donnera par écrit « les questions suivantes à résoudre ou des semblables » :

-"qu'est-ce qu'un honnête homme se doit à lui-même ?

-que doit-il à ses semblables ?

- que doit-il à sa patrie ? »

Le rituel présente ensuite I' « ouverture » des travaux - vérification de la « couverture » du Temple, mise à l'ordre et tuilage des Frères, âge symbolique, signe et batterie, lecture du procès verbal et « sanction de ]a planche de nos derniers travaux » suivi d'une nouvelle batterie -réception des Frères visiteurs, puis des députations de Loges et des dignitaires, selon un cérémonial très précis.

Nous arrivons ensuite à la réception du profane. Il est dépouillé de son glaive et de ses métaux amené « ni nu, ni vêtu », par les surveillants devant le Vénérable qui lui pose des questions et lui annonce qu'il va subir les épreuves, lesquelles consistent en trois voyages entre lesquels il subit les purifications par l'eau et le feu. On lui fait faire un « acte de bienfaisance », on le menace (simplement) de le faire signer son obligation avec son sang, suit le calice d'amertume, puis le « néophite » amené au bas de l'autel, s'agenouille. Le Vénérable le prévient que l'engagement « ne contient rien qui puisse blesser le respect que nous devons tous à la Religion, notre amour et notre fidélité pour notre souverain, ni le respect dû aux bonnes moeurs », et le postulant « jure sur les statuts généraux de l'ordre et sur ce glaive, symbole de l'honneur, devant le Grand Architecte de l'Univers (qui est Dieu) » de garder les secrets, de secourir ses Frères et de se conformer « aux statuts et règlements de cette respectable Loge », prononce la malédiction traditionnelle et l'invocation : « que le GADLU me soit en aide ». On donne la Lumière, le nouveau Frère est amené aux pieds du « trône » et le Vénérable prononce la formule de réception « À la gloire du GADLU et au nom du G.O.D.F., sous les auspices du souverain Grand Maître ». Après quoi, le Maître des Cérémonies lui apprend le « pas »,le Vénérable lui remet le tablier et les gants, lui communique les « mots, signes et attouchements » et le fait « reconnaître »; l' « Instruction » suit.

Retenons de cette instruction la définition du Maçon « homme libre, également ami du pauvre comme du riche s'ils sont vertueux » - le sens des « trois coups » : « Demandez et vous recevrez, cherchez et vous trouverez, frappez et l'on vous ouvrira - la définition des « Trois Lumières » : le Soleil, la Lune et le Maître de la Loge, le nom de la Loge, « Loge de Saint-Jean ».

Le rituel de clôture rappelle simplement l'âge, l'heure symbolique, et se termine par la mise à l'ordre, le signe, la triple batterie et le vivat.

La fin du texte est consacrée au rituel de « banquet ». Le Grand Orient conserver les appellations devenues traditionnelles des ustensiles et des mets - les sept santés (« Le Roy, notre monarque... La Reine, son auguste épouse et... tous les souverains protecteurs des Maçons.. La Prospérité de la France - le Grand Maître, les Grands Officiers, les Grands Maîtres étrangers - les Vénérables », la prospérité de l'Ordre

- le « Très Vénérable », santé « commandée » par le premier surveillant ;

- les 1er et 2e surveillants - les Frères visiteurs - les Frères nouvellement initiés « (s'il y en a) » - les « Maçons répandus sur la terre, tant dans la prospérité que dans l'adversité, à propos desquels le Vénérable dit « adressons nos voeux au GADLU pour qu'il puisse secourir les malheureux et conduire les voyageurs à bon port ». Après quoi on chante en choeur « Frères et compagnons de la Maçonnerie... », on tire une dernière batterie. La cérémonie du « baiser de paix » est « louable ». Mais, avant de clore, le Vénérable fait lire la « planche des travaux de banquet » et demande « s'il n'y a pas de proposition pour le bien de l'Ordre en général et celui de cette Loge en particulier », puis il frappe trois coups de maillet et invite les Frères à se retirer.

Résumons ce que nous avons déjà esquissé il y a quelques années au Colloque de la V.U.B. (Bruxelles 1977). Ce rituel de 1786 frappe surtout par ce qu'il ne contient pas. Rien n'est précisé des objets qui doivent se trouver sur l'autel du Vénérable, sinon une discrète allusion à l'Epée qui consacrera le nouveau Maçon. Ce qui fait qu'il est impossible de savoir si la Bible figure ou non sur le dit autel mais il ne convient pas de tirer des conclusions excessives de ce fait qui n'est peut-être qu'un oubli.

L'absence du Grand Architecte et de sa « Gloire » dans les très simples cérémonies d'ouverture et de clôture des travaux - l'inexistence de prières, sauf à la fin de la rituélie du banquet pour demander au Grand Architecte de bénir les frères voyageurs - l'absence de caractère religieux dans la qualité même du Maçon telle qu'elle est définie dans le préambule - le fait que l'on ne demande pas au postulant quelle est sa confession - la « laïcisation » du Cabinet de réflexions dépourvu de toute résonance mystique - l'absence, dans le questionnaire, des « Devoirs envers Dieu », devenus de fait, purement facultatif - le fait que le candidat, lors de son engagement, pose sa main sur un glaive « qui est à plat et en travers de l'autel » - l'absence du Volume de la Loi Sacrée parmi les Trois Lumières dévoilées au nouveau Frère dès son initiation, tout cela témoigne d'une évolution parfaitement conforme à la mentalité « éclairée » du Siècle des Lumières.

On n'est toutefois pas en droit de parler d'un « agnosticisme » des rédacteurs. Bien que réduit à une portion quelque peu congrue, le Grand Architecte est présent dans l'obligation où il est bien précisé que le GADLU est Dieu. Vision théiste et non déiste puisqu'on prend l'Eternel à témoin du serment et qu'on lui demande son aide pour accomplir les exigences auxquelles on vient de souscrire. Dieu vivant et personnel à qui l'on s'adresse au cours du banquet et à la « gloire » duquel est initié le candidat. Attaches religieuses encore dans le fait qu'on avertit le récipiendaire que son serment ne peut blesser le respect dû à la Religion, et dans certaines expressions de l'instruction, notamment l'emploi traditionnel de « Loge de Saint-Jean » et l'interprétation évangélique des « trois coups ».

Laissons de côté la présence d'éléments empruntés à l'hermétisme dont les plus évidents sont l'existence du Cabinet de Réflexions, inconnu de la Maçonnerie anglaise et la présence, timide il est vrai, des « épreuves », ou à la chevalerie, particulièrement le fait que la consécration a lieu d'abord avec le maillet, mais surtout avec l'épée « symbole de l'honneur » sur laquelle est prêtée l'obligation.

Constatons - pour l'avoir expérimenté - que le rituel d'ouverture et de fermeture, pratiqué en Loge en 1982, n'a choqué personne et que les Frères du Grand Orient actuel s'y sont trouvés parfaitement à l'aise. La même expérience n'a pu être faite - mais le sera ! - pour les autres textes (d'initiation et banquet).

Sur le plan rituel (n'employons pas le barbarisme « rituélique ») nous renvoyons à Corneloup (La Chair quitte les os. Paris, 1968, p. 128 et sqq.). Il note l'unanimité requise pour l'initiation - la simplicité de l'ouverture et de la fermeture des travaux - l'absence d'épreuves physiques et la sobriété des commentaires - le fait que le « serment » ait été remplacé par I' « obligation », mais le mot « serment » est utilisé par la suite - le rite des « épées » lorsque la Lumière est donnée -. Il aurait pu constater aussi que ce qui sépare encore aujourd'hui le rite français du rite écossais -position des surveillants, « interversion » des colonnes et des mots sacrés - absence des bougies autour du Tableau de Loge, rythme des trois coups, existait déjà. Enfin, le fait que le Vénérable ne s'adresse au 2e surveillant que par l'intermédiaire du premier, disparu en 1887.

A partir des années 1730 où le Grade de Maître finit par s'imposer, - rappelons qu'il était inconnu d'Anderson en 1723 - celui de compagnon qui n'achève plus le cursus de la Maçonnerie symbolique fait problème. Et, au fond, un problème qui, jusqu'à nos jours n'a jamais été que mal résolu et de façon différente selon les rites. Il arrivait d'ailleurs souvent, au XVIIIe siècle, que l'on élevât les profanes directement au Grade de compagnon, (« Apprenti et compagnon ») ou que certains éléments rituels (l'escalier à vis, les « cinq points ») se sont trouvés, selon les textes, tantôt au 2e grade, tantôt au 3e. Ce qui risquait d'aboutir à un certain vide symbolique.

Conformément à une tendance dominante dans la Maçonnerie de la fin du siècle, le Rite Français a bien soin de séparer les trois Grades. On ne peut être compagnon qu'après avoir assisté à 5 « Loges d'instruction »et il faut avoir « 23 ans accompli » et maître qu'après « sept assemblées » et 25 ans. A chacune des deux promotions a lieu un vote, réservé aux titulaires du Grade postulé et un « examen » ou même deux « Le Vénérable lui fera plusieurs questions tirées du Grade d'apprenti », le grade est basé sur le chiffre 5 - cinq pas, batterie de cinq, cinq « degrés mystérieux du Temple » qui sont symbolisés ici par les cinq marches que doit franchir le postulant avant de prêter son obligation, et, surtout, les cinq « voyages » qu'il doit accomplir, les cinq principaux signes, les cinq ans d'âge - tout ceci étant parfaitement traditionnel. S'ajoute l'idée, sans cesse rappelée, qu'il faut, symboliquement, cinq années d'apprentissage qui sont évoqués dans les voyages.

Ces voyages marquent une nette prédominance de l'opératif. A travers les outils maillet et ciseau, puis compas et règle, règle et levier, équerre et règle - le postulant apprendra les progrès qu'il est censé avoir effectué dans la technique des matériaux - « dégrossissement » à l'aide du maillet et du ciseau, de la pierre brute, puis, éléments de Maçonnerie pratique, c'est-à-dire tracer des lignes sur les matériaux dégrossis, « conduire des pierres et des matériaux », construction et élévation des bâtiments, enfin, théorie, dans le cinquième voyage au cours duquel le postulant, les mains libres « doit employer cette année à l'étude de la théorie ».

Bien entendu, le commentaire effectué par le Vénérable après chaque voyage s'accompagne de considérations morales : on ne peut se dispenser du travail « dur et pénible du maillet et de la conduite attentive et pieuse du ciseau » - l'ignorance est notre premier apanage, mais l'éducation « nous ouvre le chemin des sciences » - le levier « supplée à ce qui manque de forces naturelles » - les hommes « obtiennent » une « supériorité sur leurs semblables par le zèle, l'assiduité et l'éminence de leurs connaissances » - « Livrés à nous mêmes », nous sommes « bientôt détournés... du chemin de la vertu à moins que des efforts continuels, une étude constante ne nous tiennent en garde contre la séduction le vice et la fougue des passions ».

On voit dans ce rituel, l'absence à peu près totale de la tradition chevaleresque. Une trace toutefois contrairement à nos habitudes actuelles, les Frères portent le glaive au moment de l'introduction du récipiendaire et lors de son obligation, laquelle est faite à la fois par l'épée et par le maillet (on frappe cinq coups sur l'épée). Enfin, l'ésotérisme en est totalement absent. L'aspect « spiritualiste » reste sensiblement le même qu'au premier degré. On n'invoque le Grand Architecte, ni à l'ouverture des travaux, ni à sa fermeture. L'obligation est prêtée devant lui et la « consécration » est faite à sa Gloire. Une évocation est faite lors du « premier voyage » où l'on rappelle que la finalité de l'Ordre est de « construire un Temple élevé au Grand Architecte de l'Univers ». Mais nous le retrouvons dans l'interprétation de l'Etoile « mystérieuse » emblème « du Génie qui élève aux grandes choses et, avec plus de raison encore, elle est le symbole de ce feu sacré, de cette portion de Lumière divine dont le GADLU a formé nos âmes, aux rayons de laquelle nous pouvons distinguer, connaître et pratiquer la vérité et la justice ».

Quant à la lettre G., le rituel donne les deux interprétations « grandes et sublimes idées ». L'un est le monogramme d'un des noms du Très Haut, source de toute lumière, de toute Science », l'autre étant le mot Géométrie. A noter qu'on ne précise pas ici, à l'inverse de ce qui existe dans d'autres rituels de l'époque, que le nom du Très Haut est « God »et que la Géométrie est la « cinquième des sciences » selon une interprétation du canon médiéval (d'anciens manuscrits parlent de la septième).

Comme il se doit, le mot sacré et le mot de passe sont « vétero testamentaires ». L'Instruction reprend les deux sens de la lettre G., insiste sur les Colonnes, définit la Loge, sa forme, ses dimensions, les Trois piliers, les Trois ornements(« L'Etoile flamboyante est l'emblème du GADLU qui brille d'une lumière qui n'emprunte que de lui seul »), les Trois bijoux mobiles et les Trois bijoux immobiles dont est donné une interprétation morale, la description du « Maître » habillé d' « Or et d'Azur » - l'or signifiant la Richesse et l'azur la Sagesse, deux dons que le GADLU accorda à Salomon. Notons encore une fois que le Volume de la Loi Sacrée n'est pas mentionné.

On constate tout d'abord qu'il s'agit là d'un véritable rituel élaboré, plus complexe que tous ceux que nous connaissons. Pour Pérau (1740), on se contente d'apprendre au postulant le sens du signe « pectoral », celui de la lettre B et l'opposition entre la pierre brute et la pierre taillée, le rituel de la Grande Loge Ecossaise de Marseille connaît bien les cinq voyages, mais ils sont faits sans commentaires, il ignore l'Etoile flamboyante. La Maçonnerie adhoniramite connaît la lettre G. « géométrie, cinquième des Sciences », et interprète l'Etoile flamboyante comme « le centre d'où part la Vraie Lumière », et évoque Jean Baptiste.

Dans notre rituel, l'adhésion au GADLU reste aussi parfaitement entendue qu'au grade d'Apprenti. Par contre, la rationalisation apparaît très nette dans le retour vers l'opératif, la tentative de justifier les cinq années de compagnonnage par une progression technique, enfin et peut 'être surtout la quasi disparition du caractère chevaleresque de l'Ordre et l'occultation complète de l'ésotérisme, l'un et l'autre relayés par des considérations morales qui se développeront au XIXe siècle.

Le Grade de Maître a toujours fait problème, car nous n'en connaissons pas les origines authentiques et il n'est pas lieu, ici, de résumer les multiples hypothèses émises à ce sujet. De toute façon, la Maîtrise

- à l'inverse des deux premiers grades - bénéficie d'une « légende d'ordre » autour de laquelle il est permis de broder, que l'on peut interpréter de façons diverses, que l'on peut présenter au postulant un peu selon son gré, mais qui n'en demeure pas moins intangible et universelle La légende de l'Architecte Hiram constructeur du Temple de Jérusalem, mis à mort par trois « mauvais compagnons » alors qu'il inspectait les travaux, la « quête » de son corps par les Maîtres envoyés par Salomon, la découverte de l'Acacia, puis du corps. Ce psychodrame, parlé ou vécu de façons diverses, est un des éléments du fond commun de la Maçonnerie, tout autant que l'explication finale : Hiram ressuscite symboliquement dans le nouvel admis à la Maîtrise.

Bien que d'inspiration vétero testamentaire, le Grade est probablement plus ésotérique que véritablement chrétien, encore que ses auteurs anonymes ont très visiblement sans cesse côtoyé la peur du blasphème (mort d'Hiram : mort du Christ, résurrection d'Hiram résurrection du Christ). Ils l'ont évité en précisant qu'Hiram est bien mort (« La Chair quitte les os ») et que ce n'est que d'une manière symbolique qu'il revit en nous. Il est probable que c'est pour éviter ce genre d'accusation (qui pouvait mener loin sous l'Ancien Régime), que, dans le Grade, la présence divine est plutôt discrète. Toujours pas d'allusion dans l'ouverture ou la fermeture des travaux - on parle à deux ou trois reprises de « l'Eternel »ou du « Roi des Rois » dans le récit de la construction du Temple -. Comme aux autres Grades symboliques, le serment est prêté « en présence du Grand Architecte de l'Univers », on lui demande son aide et la consécration faite à sa Gloire. Ce que nous connaissons déjà. Quelques autres allusions - lors de la remise du « tablier » (blanc à bordure bleue), le Très Respectable donne l'interprétation suivante (qui a disparue depuis) : « La couleur bleue dont il est bordé doit vous rappeler sans cesse qu'un Maçon doit tout entendre d'en haut et que c'est en vain que les hommes prétendent construire si le Grand Architecte ne daigne construire lui-même ».

L'emploi de I' « ancien mot de Maître » - ici exprimé par le terme « Jehovah » ou Jehova - est traditionnel et déjà mentionné par Pérau (1740). Mais ici, il y a nouveauté, et, à notre sens, involution à partir des Grades Supérieurs - « Ecossais », voire Rose Croix - le nom de l'Eternel est gravé dans le centre d'un triangle surmontant l'Acacia déposé sur le tombeau d'Hiram. Ce Rite est en étroite relation avec la mutation de la « parole » qui était I' « ancienne parole » ou l' « ancien mot de maître » dans Pérau, et qui signifie, en Hébreu, l'Etre Suprême » dans Guillemain de Saint-Victor. Parfaitement illogique si on songe qu'elle a été « perdue » et qu'on la retrouvera aux Grades' ultérieurs. Plus raisonnable, lorsque les Maîtres qui ont conduit la quête décident de changer le mot « Il se pourrait que les assassins eussent, à force de tourments, arraché de notre Respectable Maître le mot et le signe de Maître, n'êtes-vous pas d'avis que le premier signe que l'un de nous fera et le premier mot qu'il prononcera, si nous trouvons le corps d'Hiram, soient désormais le mot et le signe de reconnaissance... ».

Il y a donc un effort de rationalisation du rite dans lequel cependant les auteurs du texte s'efforcent de conserver le caractère ésotérique tout en le rendant intelligible dans une dialectique « éclairée » et souvent moralisante. Le récipiendaire doit être conduit dans la chambre des réflexions « sur les murs de laquelle on aura placé des maximes analogues à la réception » et le Frère préparateur lui aura tenu un discours « sensé, sérieux et moral », la mise en scène est dramatique sans plus éclairage sourd, Frères vêtus de noir, chapeau en tête, glaive en main : « cela doit se faire dans le plus grand silence, avec un appareil imposant, de manière à imposer au Récipiendaire quelque inquiétude sur la conduite qu'il a tenue et sur les légèretés qu'il a pu se permettre ». Ce désir d'aboutir à un examen de conscience du postulant se développe dans les deux phrases prononcées par le Très Respectable lors des trois voyages « La vie de l'homme ici bas n'est qu'un passage » - « chaque instant nous mène à notre fin dernière. Le vrai Maçon ne la craint ni ne la désire », mais la scène du « tablier tâché de sang » disparaît.

Le reste de la cérémonie est assez conforme aux autres rituels du XVIIIe siècle, même s'il s'est quelque peu enrichi depuis 1740 présence d'un Frère (en principe le dernier Maître reçu) « couché à terre avec la jambe gauche étendue, la droite pliée en équerre, le genou élevé, le bras gauche étendu et le droit à l'ordre de compagnon », position e acrobatique » dont la raison profonde, qui se confond probablement avec les fameux « Cinq Points », reste mystérieuse, récit de la construction du Temple et du meurtre d'Hiram, rythmé par les « trois pas mystérieux »effectués « au-dessus de la représentation » (c'est-à-dire du cercueil) et au cours duquel le récipiendaire reçoit successivement deux coups de rouleau en papier et un coup de maillet avant d'être à son tour couché dans la position déjà mentionnée, le premier Hiram s'étant discrètement éclipsé au moment du troisième pas du postulant.

L'épisode coupe le psychodrame, puisque, à la mort d'Hiram, succède la recherche de son corps. Ici, le Très Respectable dirige les opérations, qui aboutissent à la découverte de l'Acacia et à la promesse de changer le « mot et le signe de reconnaissance » du Maître. Le postulant est tellement assimilé à Hiram que le Très Respectable fait le signe d'horreur dès qu'il a découvert le voile. Suivent les deux vaines tentatives pour le relever par Jakin et Boaz. La conclusion est très « mutualiste » : « Ne savez-vous pas que vous ne pouvez rien sans moi et que nous pouvons tout à nous trois ». Puis c'est le relèvement du récipiendaire par les fameux « cinq points » que d'autres rituels rattachent au grade de compagnon et à propos desquels on a beaucoup glosé. Contentons-nous de noter que le Rite est resté fidèle à cette tradition, se contente de la réaliser sans chercher à l'expliquer.

Suit l'obligation par le glaive et non par le maillet (unique trace « chevaleresque »), l'explication du signe, du mot sacré, du mot de passe, de l'attouchement, du « signe de détresse » (non désigné ainsi), on rappelle au postulant que, « comme maître, vous vous appellerez Gabaon », expression assez dépourvue de sens si elle ne constitue une attente des Grades Supérieurs. On lui rend son chapeau et il se couvre « cet usage très ancien annonce la liberté et la supériorité. Jusqu'ici vous avez servi comme Apprenti et Compagnon, vous allez commander, mais craignez d'en abuser ». Le Très Respectable termine en racontant et en interprétant la quête d'Hiram avec des considérations morales. A noter ce texte :

« Pour peu que vous ayez réfléchi aux différentes circonstances qui ont accompagné votre réception, aux Grades auxquels vous avez été admis, peut-être aurez vous remarqué quelques points qui paraissent se contredire, ou du moins n'avoir pas entre eux une parfaite connexité, suspendez encore votre jugement à cet égard. Cette diversité vient de celle des objets que les trois premiers Grades vous présentent. Ils sont les points fondamentaux de toutes les connaissances maçonniques. Vous verrez, par la suite, à force d'études et de recherches, ces contradictions apparentes s'évanouir... ».

Cet appel à des connaissances supérieures se retrouve un peu plus loin. (Ces épreuves) « sont encore des emblèmes allégoriques d'une infinité de connaissances qu'une étude profonde peut seule vous procurer et que je ne puis, ni ne doit vous communiquer ».

Dernier point enfin, la brièveté du « catéchisme » qui contraste avec la volubilité d'autres rituels. Il insiste sur l'Acacia - La Chambre du Milieu - l'escalier - le nom de l'Eternel gravé dans le Triangle. La perte de la Parole Perdue et le sens de la Parole Substituée, les « cinq points parfaits de la Maîtrise - le signe de détresse et le sens du terme « enfants de la veuve », le nombre sept et le mot de passe.

Fidèle aux traditions anciennes, le Grade de Maître au Rite Français - et c'est sans doute son originalité par rapport au rituel actuel qui voit dans ce degré un achèvement - est, en grande partie, un épisode, un passage. Au Troisième, le Temple n'est pas encore construit.

 

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21 septembre 2010 2 21 /09 /septembre /2010 16:16

 

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La Franc-Maçonnerie du siècle des lumières

Le Régulateur du 3° millénaire

Rite Français

Grand Chapitre Général du GODF

Editions Vega - Franc-Maçonnerie

 

En 1773, le rite originel de fondation de la Franc-maçonnerie du Siècle des Lumières était codifié pour ses trois premiers degrés par le Grand Orient de France et pour les grades supérieurs au troisième degré par le Grand Chapitre Général en 1786.

 Deux cent vingt ans après, le Grand Chapitre Général du Grand Orient de France, détenteur de ces rituels, les restitue à la lumière. Regroupés dans un système de grades en cinq degrés appelés Ordres, ces rituels présentent un cheminement initiatique permettant de « rassembler ce qui est épars » au plus haut niveau de l’initiation.

 Ce modèle grand-oriental, qui allie cheminement initiatique et engagement citoyen permet exemplairement la construction du temple intérieur et du temple extérieur.

 C’est la première fois que, dans un souci de transparence ,une institution maçonnique décide de présenter au public « profane » ses rituels « officiels », permettant ainsi de comprendre comment sont menés ses travaux et les valeurs qui les sous-tendent.

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21 juillet 2010 3 21 /07 /juillet /2010 17:40

En France, les premières loges maçonniques apparaissent vers 1725, importées par les Anglais. À Paris, la première loge serait celle fondée par Lord Dervent Wather qui se réunit rue de Buci. En 1778, 82 loges parisiennes rassemblent plus de 9.000 membres.

Ils se rassemblent dans les maisons de particuliers, les salles de restaurant des traiteurs, les cabarets, les tavernes ou les maisons de jeux, notamment sur la rive gauche de la Seine. Les frères se regroupent autour de tableaux dont les figures sont tracées à la craie, facilement effaçables, ou de tapis commodes à dérouler et transporter. Ces tableaux de dessin de sol sont publiés en France à partir des années 1740 et sont ensuite largement réédités et reproduits. Ce sont des allégories du premier temple de Salomon et de certains de ses attributs : certaines sont dessinées comme des vues en perspective d’espaces architecturaux réels.

A la fin des années 1760, la distribution des temples maçonniques semble fixée selon un plan-type répandu depuis une vingtaine d’années à travers l’abondante littérature des rituels, des catéchismes et des révélations d’initiés. On retrouve ces plans-type dans des dessins d’architecture "imaginée", comme ceux de Charles-Antoine de Wailly (1774-1775) et les premières constructions ou aménagements de temple comme à Paris rue du Pot-de-Fer (Pierre Poncet arch., 1774), à Lyon (Jean-Antoine Morand arch., 1784) ou à Rouen. Dans le milieu rural, les règles subissent quelques entorses comme à Carentan où le tapis de loge est sculpté sur le linteau de la cheminée (1788).

Une première vague d’Egyptomanie gagne les temples français sous Charles X. En 1824, à Douai, Félix Roubaut décore l’intérieur du temple de peintures inspirées des planches imprimées de D. Vivant Denon et de la Description de l’Égypte. Les descriptions de Thèbes et de Memphis de cet ouvrage servent de références à l’architecte Bernard pour la construction du temple de Valenciennes en 1840. Sous le Second Empire, la majorité des édifices utilisent le répertoire néo-classique (Paris, GODF, 1857), malgré quelques concessions au néo-égyptien (Le Havre, Roussel arch., 1860) ou au néo-gothique régional (Périgueux, Alexandre-Antoine Lambert arch., 1868-1869). À côté de ces temples urbains monumentaux, les constructions rurales sont plus modestes : la loge voisine souvent avec le café (Granges-sur-Lot, 1856).

Après la guerre de 1870, dans les régions annexées de l’Alsace et de la Lorraine, les Allemands érigent de nouveaux temples, symboles du pouvoir impérial dont les modèles sont inspirés d’Outre-Rhin (Strasbourg, A. Jerschke, 1886). À partir des années 1880 et jusqu’à la Première Guerre mondiale, une seconde vague de constructions en style néo-égyptien puise notamment ses références dans les réalisations phares de la Belgique (Lille, La Lumière du Nord, Albert Baert, 1911). Au début du XXe siècle, la séparation entre l’Église et l’État (1905) facilite la réutilisation de couvents et d’édifices religieux en temple (Tours, Les Démophiles, 1907) (Paris, rue Puteaux, GLF, 1910).

La période de l’Entre-deux-guerres marque un renouveau dans la construction et la rénovation des temples. A Paris, rue Cadet, l’architecte Albert Verner conçoit en 1924 le nouveau temple Johannis Corneloup pour le GODF dans un style inspiré d’outre-Manche et d’outre-Atlantique, créant une œuvre unique et originale. En 1940, le gouvernement de Vichy dissout les loges et interdit toutes les sociétés secrètes. Les temples sont fermés et leurs biens confisqués. Les francs-maçons, dont les rangs sont décimés, se relèvent lentement de cette persécution. Il faut attendre les années 1970 pour qu’un nouvel essor voit le jour : de nombreux temples sont à cette époque défigurés, démolis ou revendus pour d’autres usages. Les deux dernières décennies du XXe siècle enregistrent un réel engouement pour le patrimoine maçonnique. Musées et expositions se multiplient, quelques immeubles et décors sont protégés au titre de la loi sur les Monuments historiques. D’anciens temples sont redécouverts, au hasard des travaux de restauration (Uzès, 15 rue Petite Bourgade, ancienne loge Saint-Jean, XVIIIe s.), (Perpignan, impasse des Amandiers, temple de la loge Saint-Jean des Arts et de la Régularité, décor peint par A. Guiraud, 1849).

A côté de ces découvertes, l’attention à la qualité du cadre bâti n’est pas une préoccupation majeure pour le franc-maçon français. Contrairement à d’autres pays, de nombreuses loges françaises se réunissent encore dans des locaux de fortune. Les constructions nouvelles comme celle de la Grande Loge nationale Française à Paris (12, rue Christine de Pisan, Julien Penven architecte, 1993) sont exceptionnelles. La référence au Grand Architecte de l’Univers est peu compatible avec la banalité architecturale actuelle des lieux de convivialité et la mémoire des lieux à valoriser.

                               Publié dans CYBERARCHI  par Mr Bernard TOULIER en 2007.

 

 

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29 juin 2010 2 29 /06 /juin /2010 00:45

La Constitution du Suprême Conseil du Rite Moderne pour le Brésil, fixe les missions du Rite:

1° De lutter pour le perfectionnement du Rite Moderne et sa diffusion;

2° D'observer et faire observer ses rituels et l'esprit du Rite;

3° De diffuser plus généralement toutes les valeurs auxquelles tous les Maçons sont attachés;

4° De promouvoir entre les Maçons et les différentes juridictions une fraternelle collaboration en vue du renforcement de l'Ordre;

5° De combattre l'ignorance, la superstition, l'hypocrisie, le fanatisme, le sectarisme, et la tyrannie;

6° De lutter pour la liberté de pensée et d'information;

De défendre l'instruction, la culture, la tolérance, la liberté de culte et la laïcité de l'état.

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23 juin 2010 3 23 /06 /juin /2010 14:10

Une loge est une assemblée d'hommes vertueux et par conséquent respectables.

 

Tout homme raisonnable doit avoir pour principe de mériter l'estime d'une société de laquelle ol est membre et le premier moyen qu'il doit employer, c'est d'observer exactement les loix auxquelles il s'est soumis soit par état ou obligation.

 

Celles de la Maçonnerie ont pour base l'honneur, la décence et l'humanité. Un f. peut bien prévariquer parce qu'il est homme, mais il a le courage de se corriger parce qu'il est f.m.

 

L'ouverture d'une loge n'est autre chose que le coonsentement unanime de commencer les travaux.

 

Chez les anciens, cette cérémonie se faisait par une prière adressée à la divinité.

 

Cette maxime religieuse s'est perdue dans les différents troubles que la catholicité essuya.

 

Les chrétiens poursuivis jusques dans les plus secrets retranchements durent symboliser tous les principaux points de leur religion et pour ôter tout soupçon aux tyrans qui les persécutaient, ils prirent le nom de maçons.

 

Ainsi, ces hommes éclairés et vertueux, sous des emblèmes matériels, rendaient toujours hommage au Dieu suprême qui les avaient créés.

 

Ce fut alors que l'ouverture des loges devint une observance simple, courte, symbolique comme tout le reste et tout à fait indépendante de l'instruction.

 

OUVERTURE DE LA LOGE D'APPRENTIF

 

Le Vble, assis à l'O.faisant face aux deux Frères surveillants qui doivent être à l'occident, frappe les coups d'apprentifs sur l'autel et dit :

 

V.M. Silence, mes ff. !

 

Et en loge, on doit savoir que les deux surveillants en font autant sur leurs colonnes.

 

Ces paroles prononcées, toute l'assemblée se range sur deux lignes parallèles, ensuite, le vénérable dit :

 

V.M. Frères 1er et 2ème surveillants, engagés nos chers frères dans tous leurs grades et qualités, de vouloir bien nous aider à ouvrir la loge d'apprentif maçon !

 

Le second surveillant en dit autant sur sa colonne qui est celle du nord.

 

V.M. Frère premier survt, êtes-vous maçon ?

 

1ER SURV. Tous mes chers frères me connaissent pour tel.

 

V.M. Quel est le premier devoir d'un maçon ?

 

1ER SURV. C'est de voir si la loge est couverte.

 

V.M. Faites-vous en assurer par l'expert !

 

Comme dès l'instant que le Vble a frappé les 3 premiers coups chaque officier doit avoir pris sa place. Le survt observe si l'expert remplit ses fonctions, après quoi il répond :

 

1ER SURV. Elle l'est, très vénérable.

 

V.M. Pourquoi nous assemblons-nous, f. 2ème survt ?

 

2EME SURV. Pour élever des temples à la vertu et creuser des cachots pour les vices.

 

V.M. Combien de temps devons-nous travailler ?

 

1ER SURV. Depuis midy jusqu'à minuit.

 

V.M. Combien faut-il de temps pour faire un apprenti ?

 

2EME SURV. Trois ans.

 

V.M. Quelle heure est-il ?

 

2EME SURV. Près de midy.

 

V.M. En considération de l'heure et de l'âge, avertissons tous nos chers frères que la l. d'apprentif maçon est ouverte et que nous allons commencer les travaux à la manière accoutumée.

 

1ER SURV. Mes chers frères sur vos colonnes, je vous avertis de la part du Vble que la loge d'apprentif maçon est ouverte et que nous allons commencer les travaux à la manière accoutumée.

 

V.M. Le second survt répète les paroles du premier et lorsqu'il a fini, le Vble ainsi que tous les ff. se lèvent, font le signe d'apprentif puis les applaudissements et crient trois fois " Vivat".

 

Ensuite, chacun se rassoit après que le Vble eu dit :

 

V.M. Mes ff., reprenez vos places et tenez-vous y avec décence !

 

Et c'est alors que le Vble commence le catéchisme.

 

Après, il se repose jusqu'à la réception, s'il y a quelque récipiendaire.

 

CATECHISME DES APPRENTIFS

 

DEMANDE Mon Frère, d'où venez-vous ?

 

REPONSE Très vénérable, de la loge de St. Jean.

 

DEMANDE Que fait-on à la loge de St. Jean ?

 

REPONSE On y élève des temples à la vertu et l'on y creuse des cachots pour les vices.

 

DEMANDE Qu'apportez-vous ?

 

REPONSE Salut, prospérité et bon accieul à tous les ff.

 

DEMANDE QUE VENEZ-VOUS FAIRE ICI ?

 

REPONSE Vaincre mes passions; soumettre ma volonté et faire de nouveaux progrès dans la Maçonnerie, etc…,


DEMANDE Lorsque ces demandes ont été faites à un f. qui arrive après l'ouverture de la l., le Vble luy dit :

 

V.M. Mon frère, que demandez-vous ?

 

REPONSE D'être admis à vos augustes travaux.

 

V.M. Prenez place mon cher frère, vos lumières et vos vertus vous en donnent le droit.

 

V.M. Célébrons un vivat en applaudissements !

 

POUR LA CLOTURE DE LA LOGE

 

V.M. Quelle heure est-il ?

 

1ER SURV. Minuit.

 

V.M. Quel âge avez-vous ?

 

2EME SURV. Trois ans.

 

V.M. En vertu de l'heure et de l'âge, avertissez-tous nos chers frères que nous allons fermer la loge, en terminant de la manière accoutumée.

 

1ER SURV. Les deux survts obéissent, chacun sur sa colonne ensuite, toute l'assemblée, à l'invitation du Vble, fait le signe d'apprentif et les acclamations.

 

Après quoi, le Vble dit :

 

V.M. Mes frères, la loge est fermée !

 

Les deux survts répètent ces paroles.

 

LOGE DE TABLE

 

Tout ce qui constitue le service de table doit former trois lignes parallèles, c'est-à-dire que les assiettes forment la première, les bouteilles et les verres, la seconde et les plats de service et les lumières forment la dernière.

 

Les verres sont nommé, s canons, les bouteilles, barriques, le vin rouge, poudre rouge, le vin blanc, poudre forte, le pain se nomme pierre brute, les mets, quels qu'ils soient, matériaux, les lumières, étoiles, les assiettes, tuiles, les couteaux , glaives et le sel, sable.

 

Tout étant disposé tel qu'on la vu cy-dessus, le Vble se lève (l'assemblée en fait autant), frappe les coups d'apprentif sur la table.

 

V.M.

 

Les survts luy répondent de même; ensuite le Vble dit :

 

V.M. Frères 1er et 2ème survts, engagés tous nos chers frères de vouloir bien nous aider à ouvrir la loge d'apprentif maçon et cette destruction de table !

 

1ER SURV. Mes frères, …

 

2EME SURV. Mes frères, …

 

Le second survt ayant fini, le Vble et toute l'assemblée font le signe d'apprentif et les acclamations ordinaires (voir à la page 28 des statuts, art 2 et suivants)

 

On doit prêter une oreille attentive aux coups de maillet, soit que les maîtres ou les survts frappent et quitter tout ce que l'on pourrait faire afin d'entendre ce qu'ils vont proposer et pouvoir y souscrire.

 

Il n'est pas plus permis de parler d'affaires de cœur ou d'intérêt dans cette loge que dans les autres.

 

La moindre faute contraire à la bienséance est punie.

 

L'ivresse et la gourmandise y sont traitées comme elles le méritent, c'est-à-dire comme de grands vices.

 

Enfin, le seul sentiment qu'un maçon doive avoir, c'est de se faire estimé dans une assemblée d'hommes choisis, liés par l'honneur et l'amitié.

 

L'homme sensuel qui s'oubliant lui-même, oublie le respect qu'il doit à la société, ne mérite que le mépris général.

 

C'est toujours au commencement du banquet que l'on porte les trois premières santés d'obligation (voir les statuts).

 

Il suffit ici de rapporter la 1ère, attendu que les autres ne luy diffèrent en rien que par les noms et les titres.

 

1ERE SANTE

 

V.M.

 

1ER SURV.

 

2EME SURV.

 

V.M. F. 1er et 2ème survts, faites charger et aligner les armes pour la première santé d'obligation.

 

1ER SURV. Mes frères sur ma colonne, alignés et chargés vos armes pour la 1ère santé d'obligation très intéressante à notre ordre et que le Vble va proposer.

 

2EME SURV. Mes frères, …

 

Après que le second survt a fini, toute l'assemblée charge les canons de poudre rouge et dès que les barriques sont reposées, le Vble dit :

 

V.M. Frères 1er et 2ème survts, les canons sont-ils chargés e alignés ?

 

Ils répondent. Voir page 29 des statuts)

 

Sitôt que les survts ont répondu, le Vble se met à l'ordre; toute l'assemblée en fait autant puis il annonce la santé de la manière suivante :

 

V.M. Frères premier et second surveillants, annoncez à tous vos chers frères que la santé que j'ay le plaisir de proposer est celle du roi, notre illustre monarque glorieusement régnant, pour la conservation duquel nous ne cessons de faire des vœux ainsi que pour la prospérité de l'état de ses armes.

 

V.M. Nous joindrons à cette santé, celle de notre auguste eine, celle de la famille royale et de tout ce qui a le bonheur de leur appartenir.

 

C'est pour des santés si chères qu'il faut tirer ces canoncées de poudre rouge avec le zèle d'une amittié respectueuse en faisant, feu, bon feu, parfait feu.

 

1ER SURV. Mes ff. sur une colonne, la santé proposée par le Vble est celle du roi, etc ..(voir plus haut).

 

C'est pour les porter (ces santés) avec toutes les distinctions de la franche maçonnerie, qu'il vous prie de tirer ces cnoncée de poudre rouge avec le zèle d'une amitié respectueuse et de faire feu, bon feu, parfait feu.

 

Le second survt en dit autant sur sa colonne et dès qu'il a fini, le Vble commande l'ordre de la manière suivante :

 

V.M. La main droite aux armes !

On porte la main aux armes

Haut les armes !

On élève le verre devant soi à mi hauteur de la poitrine

Feu, grand feu et parfait feu

Alors, on boit par trois fois.

 

Tous les frères ayant consommé leur poudre, le Vble dit :

 

V.M. Les armes en avant !

 

On apporte le verre à la hauteur de la poitrine en observant cependant qu'il faut l'éloigner autant que cela se peut et qu'il soit au même niveau que ceux des autres et, en imitant toujours le Vble et ayant les yeux fixés sur luy afin d'être exact et de ne pas précipiter ou retarder les mouvements.

 

On porte le verre à la mamèle gauche puis à la droite; ensuite on rapporte le verre à la hauteur de la poitrine, observant toujours l'alignement.

 

Lorsqu'on a fait cet exercice trois fois, le maître ajoute :

 

V.M. Bas les armes ! une, deux, trois !

 

On pose le verre en trois tems sur la table, c'est-à-dire qu'au premier on pose le verre un peu horizontalement à gauche, puis on le rapporte parallèlement à droite, ensuite on le pose fortement sur la table, ensuite on frappe trois fois trois coups dans ses mains et l'on crie trois fois " Vivat ".

 

Tout cet exercice doit se faire avec assez d'exactitude et d'habileté pour que l'assemblée fasse en même temps, le même mouvement et que les verres ne produisent qu'un seul coup.

 

Ensuite, on s'assoit. (voir art. 7)

 

Lorsqu'on répond aux santés des princes, celui qui le fait doit aller se placer debout, l'épée à la main, entre le 1er et le second survt et s'y tenir jusqu'à ce que tout le monde se rassoit. Alors, il remet son épée dans son fourreau, prend son canon (qu'un f. servant luy apporte) et remercie en ces termes :

 

REPONSE Vble Maître si digne du ranh où je vous vois élevé, frères 1er et 2ème surveillants, ff. dignitaires, (ff. visiteurs, s'il y en a), ff. membres et ff. nouvellement initiés, le roi mon maître, sensible aux soins ordinaires que vous prenez de porter sa santé, a bien voulu me faire préposer pour vous en témoigner sa juste reconnaissance.

 

Ainsi, ne pouvant mieux m'acquitter de ses sentiments envers vous et vous faire connaître ceux que inspirez qu'en me servant des armes des maçons, je vais tirer cette canoncée de poudre rouge à votre gloire et faire bon feu, grand feu et parfait feu.

 

Alors il boit en observant les formalités.

 

SANTE DU VBLE PORTEE PAR LES 3 PREMIERS OFFICIERS

 

1ER SURV.

 

2EME SURV.

 

V.M.

 

V.M. F. 1er et 2ème survt, que demandez-vous ?

 

1ER SURV. Très Vble, le f. orateur, le f. 2ème surveillant et moi, nous vous prions de vouloir bien permettre de charger les armes et les aligner pour une santé qui nous est chère que nous avons à proposer.

 

V.M. Mes ff., dans tous vos grades et qualités, chargez et alignez pour une santé que les chers ff. orateur et surveillants ont à vous proposer !

 

Tous les ff., généralement ainsi que le Vble, chargent leurs canons.

 

Dès qu'ils ont fini, le Vble dit :

 

V.M. FF. 1er et 2ème survts, tous les canons sont-ils chargés et alignés ?

 

Les survts regardent et après que tout est en ordre, ils répondent – oui – ensemble.

 

V.M. L'orient se joint à vos désirs.

 

Quelle est la santé que vous avez à nous proposer ?

 

1ER SURV. C'est la vôtre, très Vble.

 

Mes ff., la santé que les très chers ff. orateur, second surveillant et moi avons le plaisir de vous proposer, est celle de notre vénérable maître présent et de tout ce qui a le bonheur de lui appartenir.

 

C'est pour une santé si chère, qu'il faut nous réunir afin de tirer ces canoncées de poudre rouge, avec les distinctions de l'illustre, franche et royale maçonnerie et, par trois fois, bon feu, grand feu, et parfait feu.

 

2EME SURV. Mes ff., … Il répète.

 

OR. Mes ff., … Il répète.

 

Après que l'orateur a fini d'annoncer la santé, le 1er surveillant commande l'ordre de la manière qu'on l'a vu cy-dessus et lorsque toute l'assemblée, excepté le Vble, a fait feu et fini les acclamations ordinaires, le Vble, qui doit avoir son canon chargé, remercie selon 'usage et dès qu'il a applaudi, le 1er survt dit :

 

1ER SURV. A moi, mes ff..

 

Alors, toute l'assemblée, excepté le Vble, recommence les applaudissements et on finit par les acclamations.

 

DERNIERE SANTE

 

V.M. 1er et 2ème survts, faites charger et aligner les canons pour la dernière santé d'obligation de notre ordre.

 

1ER SURV. Mes frères, …

 

2EME SURV. Mes frères, …

 

Après que l'assemblée a obéi, les survts disent :

 

1ER SURV. Très Vble, les armes sont chargées et alignées.

 

2EME SURV. Très Vble, les armes sont chargées et alignées.

 

Alors, le Vble et tous les assistants se lèvent, puis se croisent les bras, se prenant réciproquement la main gauche et la droite et forment une chaîne, tous ensemble, sans excepter les ff. servants en cet état.

 

Le cantique fini, le Vble fait les trois demandes suivantes :

V.M. F. 1er et 2ème survts, tous les ff. sont-ils à l'ordre ?

 

1ER SURV. Ils y sont, très Vble.

 

2EME SURV. Ils y sont, très Vble.

 

V.M. Quelle heure est-il ?

 

1ER SURV. Minuit.

 

V.M. Quel âge avez-vous ?

 

2EME SURV. Trois ans.

 

V.M. N considération de l'heure et de l'âge, etc …, etc …,

 

Le reste est tout à fait semblable à la clôture de la loge d'apprentif,

 

c'est-à-dire :

 

en considération de l'heure et de l'âge, avertissez tous nos frères que nous allons fermer cette L. en terminant nos travaux à la manière accoutumée.

 

Les 2 ff. survts obéissent, chaqu'un sur sa colonne.

 

Ensuite, toute l'assemblée, à l'invitation du Vble, fait le signe d'apprentif.

 

Les acclamations.

 

Après quoi, le Vble dit :

 

V.M. Mes f., la loge est fermée.

 

Les survts répètent ces paroles.

 

1ER SURV. Mes ff., la loge est fermée.

 

2EME SURV. Mes ff., la loge est fermée.

 

BLANCHISSAGE

 

Le maître des cérémonies ayant fait préparer le candidat, l'ayant fait habiller en compagnon, fait répéter les mots sacrés, de passe et la marche des 1er grades de la maîtrise, conduit le candidat à la porte de la loge où il frappe en compagnon, etc …

 

M. D. C.  00 0 0 0

 

REPONSE C'est un apprentif et compagnon qui demande l'augmentation de ses salaires en désirant être reçu maître.

 

Le nom, la qualité, la religion, l'âge et si le candidat a fait son tems et si les maîtres sont contents de luy.

 

On l'introduit la face tournée vers l'occident. Avant d'entrer, on luy défend de tourner la tête, ny à droite, ni à gauche, qu'il y en aurait assez pour le faire chasser.

 

Le f. Terrible tient deux épées; le 2ème survt s'est saisit d'une et en applique la pointe sur l'estomac du récipiendaire; le maître des cérémonies luy dit d'en soutenir la lame avec le bras.

 

V.M. Que m'amenés-vous là, Vble M. des Cérémonies ?

 

M. D. C. C'est un apprentif et compagnon qui demande l'augmentation de ses salaires en désirant d'être reçu maître.

 

Après les questions, le maître des cérémonies lui arrache son tablier, luy otte ses gants et les jette de cotté, luy disant :

 

M. D. C. Je vous dégrade de ces ornements que vous n'êtes plus digne de porter.

 

On lit les lettres s'il y en a et, après tout ce préambule, on ordonne de le faire voyager neuf voyages.

En passant devant le Vble, il quitte la main du conducteur et salue en compagnon.

 

On ordonne de lui faire voyager neuf voyages, la face tournée du cotté du mur, du midy à l'O., par le nord et l'occident; on luy fait d'autres questions, sil persiste, on le fait tourner et on lui fait voir le simulaire, placer les pieds en équerre, ensuite, passer dessus, en marche de maître.

 

Trois f. dont deux au midy, un au sepon, armés chacun d'un rouleau de carton, luy frappant à chaque pas, un coup sur l'épaule, disant :

 

LES FF. Pensés à la mort.

 

La marche faite, le candidat devant l'autel, les pieds en équerre vis-à-vis le compas tracé à l'O., le Resp. le fait mettre à genou devant l'autel, la main droite sur les statuts, les deux ff. surveillants, à côté de luy.

 

Le maître lui fait prêter l'obligation, etc …, etc …, le reçoit en frappant en maître de son épée sur sa tête et on le fait lever et placer à la troisième marche.

 

On fait les acclamations par trois fois.

 

On descend le tableau suspendu, etc …, etc …, difficile à lire, signes et mots entrecoupés.

 

Pendant le discours, on aura soin de faire lever en silence, le f..

 

Deux ff.à côté du candidat, auront soin de croiser leurs jambes droite et gauche derrière celles du candidat, afin qu'il soit plus aisé de le renverser.

 

4 ff. tiendront le drap élevé pour le couvrir, un autre lui mettra son tablier sur le visage pour l'en couvrir et, par-dessus, le linge teint de sang ou un mouchoir rouge et blanc.

 

On le transporte; le 1er survt luy met le pied droit en équerre, le second lui met la main droite sur le cœur, à l'ordre de compagnon.

 

On retourne en ..., on allume les 9 bougies, le tout en silence.

 

2EME SURV. Malgré tout notre zèle, nous n'avons rien trouvé.

 

Pendant cela, le M. des Cérémonies va poser une branche d'accassia sur le drap dont est couvert le candidat.

 

1ER SURV. Très respectable, nous avons cherché partout et nous n'avons rien trouvé.

 

Alors, le maître découvre le candidat par gradation. Etant découvert, tous font le signe d'horreur. Le Me dit :

 

V.M. C'est luy ! C'est le corps de notre R.Me qui a été assassiné. Le voilà encore à l'ordre de compagnon !

 

Tous font le signe d'appel, ensuite le Me prend le candidat par l'index qu'il laisse glisser en disant :

 

V.M. Jakin.

 

Ensuite, par le second doigt, de la même main que la première, en disant :

 

V.M. Booz.

 

Ensuite on fait la chaîne en prononçant à l'oreille M.,B.

 

Ensuite, le Me relève le candidat par les cinq points parfaits de la maîtrise.

 

Après que le M. des Cérémonies lui a ceint son tablier, la bavette tombant en avant, le candidat s'assoit à gauche du Vble et l'orateur fait son discours.

 

OUVERTURE DE LA L. DE COMPAGNON

 

Tout étant disposé pour le grade, le Vble frappe en compagnon :

 

V.M.

 

Les survts y répondent de même.

 

1ER SURV.

 

2EME SURV.

 

V.M. F. 1er et 2ème survts, engagés nos chers frères tant du côté du midi que du côté du nord de vouloir bien nous aider à ouvrir laloge de compagnon maçon.

 

Les deux survts obéissent en la manière accoutumée, après quoi le Vble leur fait les demandes suivantes :

 

V.M. F. 1er survt, d'où venez-vous ?

 

1ER SURV. Vble, je viens de travailler dans le temple en qualité de compagnon.

 

V.M. Que venons-nous faire ici ?

 

1ER SURV. Recevoir vos ordres et profiter de vos lumières.

 

V.M. Que devés vous observer en qualité de 1er compagnon ?

 

1ER SURV. Si tous les ff. sont à l'ordre.

 

Il observe et répond en raison de ce qu'il voit.

 

V.M. Pourquoi nous rassemblons-nous ?

 

1ER SURV. Pour nous instruire dans l'art royal en nous livrant à l'étude des sciences qu'il exige.

 

V.M. Quelle heure est-il ?

 

1ER SURV. Midi plein.

 

V.M. Quel âge avés-vous ?

 

1ER SURV. Cinq ans.

 

V.M. En vertu de l'heure et de l'âge, avertissez nos ch. ff. que la loge de compagnon est ouverte et que nous allons commencer les travaux en la manière accoutumée.

 

1ER SURV. Idem.

 

Lorsque le 2ème survt a fini, le Vble et toute l'assemblée se lèvent, font le signe de compagnon et les acclamations; ensuite on s'assoit et l'instruction commence.

 

POUR LA CLOTURE

 

V.M. Quelle heure est-il ?

 

1ER SURV. Minuit

 

V.M. Quel âge avés-vous ?

 

1ER SURV. Cinq ans.

 

V.M. En vertu de l'heure et de l'âge, avertissés tous mes chers ff. que nous allons fermer cette loge en terminant nos travaux en la manière accoutumée.

 

Les deux survts le redisent.

Ensuite, toute l'assemblée, à l'invitation du Vble, fait le signe de compagnon et les acclamations. Après quoy, le Vble dit:

 

V.M. Mes ff., la loge est fermée.

 

Les deux survts répètent ces paroles.

 

MAITRISE

 

La maîtrise est la récompense des sciences et des vertus.

Tout étant disposé, le R. frappe en maître.

 

V.M.

 

1ER SURV.

 

2EME SURV.

 

Ensuite, le R. dit :

 

V.M. FF. 1er et 2ème survts, engagés tous nos Vbles maîtres de vouloir bien nous aider à ouvrir la respectable l. de maître.

 

1ER SURV. Vbles maîtres, je vous invite etc …, etc …

 

2EME SURV. Vbles maîtres, je vous invite etc …, etc …

 

V.M Vbles survts, tous les ff. sont-ils à l'ordre ?

 

1ER SURV. Oui, très respectable.

 

2EME SURV. Oui, très respectable.

 

V.M. Vble 1er survt, quel est le soin qui nous rassemble ?

 

1ER SURV. Celui de recouvrer la parole de maître qui a été perdue.

 

V.M. S'il est ainsi, mes frères, allés au nord et au midi, reconnaître tous les maîtres que vous y trouverés. Sans doute que par leurs lumières, nous retrouverons la parole perdue ensuite, vous viendrés à l'O. pour me la rendre.

 

Les survts vont, chacun près leurs colonnes, recevoir de chaque frère, l'attouchement de maître, sans aucun signe, et leur donnant le baiser de paix.

 

Ils en reçoivent le mot sacré de la maîtrise que l'ordre exige et, continuant jusqu'au respectable, ils le lui rendent avec les mêmes formalités.

Après quoi, ils retournent à leurs places.

 

V.M. Vble 1er survt, à présent que la parole est retournée, que vous reste-t-il à faire ?

 

1ER SURV. Tracer des planches qui doivent servir d'exemple aux compagnons.

 

V.M. Avec quoi devons-nous travailler ?

 

1ER SURV. Avec de la craie, une terrine et du charbon.

 

V.M. Que signifient ces 3 choses ?

 

1ER SURV. Zèle, ferveur et constance.

 

V.M. Quel âge avés-vous ?

 

1ER SURV. 7 ans.

 

V.M. Quelle heure est-il ?

 

1ER SURV. Midi plein.

 

V.M. En vertu de l'heure et de l'âge, avertissés tous nos chers ff. que la respectable l. de maître est ouverte et que nous allons commencer nos travaux en la m. ac..

 

Le 1er et le second survts répètent ces paroles.

Ensuite, on fait le signe et les acclamations de maître.

Après quoy, l'instruction.

 

CLOTURE

 

On ferme la l. de maître comme celle de compagnon.

Il n'y a que le nom, le signe et les attouchements à changer.

 

Document transmis par notre B.A.F. VOLKER

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