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1 février 2011 2 01 /02 /février /2011 18:51

La Houppe dentellée : cordelière ou « floche », décor ou symbole ?

Jean van Win

Sourions un peu. Depuis mon entrée dans l’Ordre maçonnique, j’ai toujours été intrigué par l’un des « symboles » qui nous sont le plus familiers : la « houppe dentellée ». J’ai lu, comme tout maçon, les développements imaginatifs des inévitables Boucher, Plantagenet, Bayard, et autres Wirth, aujourd’hui rafraîchis par Mainguy.

C’est ainsi qu’une première explication, d’inspiration opérative, consiste à voir dans cette cordelière, la « corde à nœuds » des bâtisseurs de cathédrales, instrument qui permettait aux Maîtres d’Oeuvre de tracer et de reporter des proportions sans recourir aux mathématiques ni à la géométrie. Je me suis livré à quelques exercices qui donnent en effet l’angle droit avec une simple cordelière à nœuds.

Mais, s’il s’agit de reproduire l’outil de ces géniaux illettrés aux mains calleuses, n’aurait-il pas comporté quelques bons nœuds bien serrés au lieu de ces frivoles lacs d’amour et de ces féminines houppes dentellées ? Je n’étais pas du tout convaincu par cette interprétation.

Je n’ai pas non plus été convaincu par les dissertations fumeuses portant sur le « symbole de l’infini » ni sur celui du « nombre huit couché ou paresseux » que certains décèlent dans les lacs d’amour. Bien moins encore par la nécessité, présentée souvent comme impérieuses, de tracer trois lacs d’amour au premier grade, cinq au deuxième et sept au troisième ! Une autre école nie farouchement cette nécessité, et une « sous école » prétend au contraire que les lacs doivent aller par douze, en l’honneur du Zodiaque qui comporte douze signes, voire même en souvenir des douze apôtres…Une abondante iconographie, aussi incohérente que les diverses théories qu’elle prétend illustrer, nous est offerte en témoignage de l’infinie capacité imaginative de nos frères et sœurs.

Je finis par me demander de quoi il pouvait bien être question, si l’on abandonne l’univers mythique si cher à nombre d’entre nous, et si l’on envisage le symbole sous un angle purement historique et factuel. D’où vient-il ? Que tente-t-il d’exprimer ?

Il s’agit d’une cordelière comportant un certain nombre de nœuds plats (de deux au minimum à douze au maximum !), terminée à chacune de ses deux extrémités par une houppe. En Belgique, une houppe est qualifiée de « floche », telle celle qui ornait les bérets de police des soldats d’avant la guerre de 1940, à la façon d’un chasse-mouche. Chaque régiment avait sa couleur, semble-t-il. En Maçonnerie, cette cordelière délimite les faces Nord, Est et Sud des tableaux de loge français, car les Anglais ignorent cette cordelière qui se répandra dans les tableaux de toute l’Europe au départ de la France.

Une houppe, depuis que ma grand-mère m’a initié aux contes de Perrault et plus particulièrement aux aventures de Riquet à la Houppe, est une touffe de brins de laine, de soie, de duvet ; définition plus élégante encore due au petit Larousse, c’est « un petit bout de ruban effiloché qui s’échappait du ferret de l’aiguillette » !

La houppe (ou houpe au XVIIIe siècle) est donc l’extrémité de la cordelière, et non la cordelière dans sa totalité. On a donc pris la partie pour le tout, et la « houppe » française, à l’origine, est bien l’équivalent de la « floche » belge !

Mais pourquoi qualifie-t-on, en maçonnerie, cette houppe de « dentellée » ?

Retournons cette fois au petit Robert qui nous dira : « dentellé : tissu très ajouré, orné de dessins, et qui représente généralement un bord dentelé ». Ce n’est donc pas la bonne piste, car ceci ne nous éclaire en aucune façon. Que viendraient donc faire ces décoratives et frivoles dentelles sur un très sérieux tableau de loge, même pour accompagner une houppe ? Cherchons plus loin. « Dentelé : qui présente des pointes et des creux. Voir indentation. Feuille dentelée ou dentée ». Que viendrait faire sur nos tableaux, dont on sait qu’ils représentent le Temple de Salomon, d’une part une bien inconcevable dentelle, et d’autre part « une floche avec des pointes et des creux ? ». En français, cela n’a aucun sens précis, et ne possède pas le moindre rapport avec la construction que je viens d’évoquer.

Tableau 2

Alors, où se situe la première apparition de l’expression « houppe dentelée » et quel pouvait être son sens à l’origine ?

A ma connaissance, c’est très probablement le fameux Louis Travenol (dit aussi Léonard Gabanon) qui, en 1744, publia pour la première fois en France une représentation de tableau de loge, dans une divulgation intitulée : « Le Catéchisme des Francs-Maçons ». Trois autres divulgations l’avaient précédée : « La Réception d’un Frey Maçons » en 1737, « La Réception Mystérieuse » en 1738 et « Le Secret des Francs-Maçons » en 1742. Nous reproduisons ici le premier tableau de loge au grade d’Apprentif-Compagnon probablement jamais révélé au grand public français.

En n° 15, la légende de ce tableau porte : houppe dentellée. Voici donc la première référence, semble-t-il.

Comme toujours, pour percer les mystères des sources françaises de la Franc-Maçonnerie, retournons aux premières pratiques maçonniques anglaises qui se répandirent à Paris, afin d’y trouver, éventuellement, une version intacte d’une pratique mal comprise ou mal traduite chez nous. Et c’est bien le cas ici !

Donc, en 1742, l’abbé Pérau publie « Le Secret des Francs Maçons ». Il se base sur le texte anglais d’une divulgation célèbre et importante : « Masonry Dissected », publiée en Angleterre en 1730 par Samuel Prichard. Mais les connaissances linguistiques du bon abbé sont assez limitées, et ses traductions approximatives. Par exemple, sous sa plume :

Mosaïck Pavement devient Palais mosaïque

Blazing Star devient Dais constellé d’étoiles

Intended Tarsel devient Houpe dentellée

Tarsel n’existe pas dans les dictionnaires contemporains. L’erreur de Pérau provient peut-être d’une mauvaise lecture et d’une confusion qu’il aurait commise avec Tassel , qui signifie gland, et donc avec tasselled, orné de glands.

Que dit le texte original de Prichard en 1730, qu’il n’est pas nécessaire de traduire, tant il est accessible :

Q : Have you any furniture in your lodge ?

A : Yes.

Q : What is it ?

A : Mosaïck pavement, Blazing Star and Indented Tarsel.

Q : What are they ?

A : Mosaïck Pavement, the ground Floor of the Lodge ; Blazing Star, the Center ; Indented Tarsel, the Border round about it.

Donc, le pavement mosaïque constitue le sol de la loge ; l’Etoile flamboyante en est le centre ; le Tarsel « denté » en est la bordure “ tout autour”.

tAL2.jpg

Comme on le sait, la bordure des tableaux de loge anglais comporte presque toujours une frise composée de triangles blancs et noirs alternés, ou de carrés blancs et noirs coupés en diagonale, disposés comme des dents, c'est-à-dire « indented ». Les tableaux de loge français de la même époque qui ont repris cet usage anglais sont extrêmement rares. Nous en publions un exemplaire ci-contre. De nos jours, une survivance inaltérée peut être vue sur « les tapis » de loge du Rite Ecossais Rectifié, qui a conservé intacts ses usages de 1778.

L’usage français au premier grade veut donc, depuis Pérau probablement, que ce que l’on appelle improprement « la houppe dentellée » représente une corde, pourvue de plusieurs nœuds plats, et terminée par deux « floches », soit deux glands effilochés. De nombreuses divulgations ultérieures, de nombreuses gravures et de nombreux rituels reprendront la même expression qui, en dépit de son illogisme et de sa totale incorrection, va constituer au fil du temps un usage établi, aussitôt baptisé « tradition ». Et ceci n’est pas un cas isolé. L’enlèvement des gants blancs pour la chaîne d’union est, à mon avis, une dérive occultiste subie par nombre de rationalistes.

Pourquoi donc les premiers maçons français en sont-ils venus à remplacer la « bordure dentée » des tableaux anglais par une corde baptisée « houppe dentellée » de la plus bizarre des façons qui soient ?

En France, dès 1744, la « houppe dentelée » constitue un ornement surajouté aux tableaux de loge, si on les compare aux tableaux anglais contemporains. Ces derniers ignorent la houppe de nos jours comme ils l’ont du reste toujours ignorée. C’est là incontestablement l’un des éléments originaux et constitutifs du « style » français, de « l’esprit » ou de la « spécificité » française, comme l’habitude curieuse de conserver le port de l’épée en loge , de même que celui du chapeau, voire encore une copie du cordon bleu très sélect de l’Ordre du Saint Esprit, usages répandus dans la bonne société qui fréquentait les salons.

Une lueur apparaît toutefois avec le célèbre Louis Travenol, alias Léonard Gabanon, qui, dans la seconde de ses divulgations publiée en 1747 : « La Désolation des Entrepreneurs Modernes du Temple de Jérusalem », décrit enfin la « houppe » comme : « une espèce de Cordon de Veuve qui entoure le haut du Dessein » (sic). Il est étonnant que Travenol soit le seul auteur français de cette époque qui ait envisagé cette explication à caractère héraldique.

Cette fort intéressante description coïncide chronologiquement avec une autre expression qui apparaît dans les rituels en 1745, en relation avec le récent grade de Maître maçon (vers 1725 à Londres) et qui qualifie les Maçons d’« Enfans de la Veuve » (sic) par allusion à Hiram, dont la Bible nous dit ( ch.VII, v.14 de Rois) qu’il était « fils d’un Tyrien et d’une veuve de la tribu de Nephtali ». On se souviendra avec amusement de l’affirmation comique d’un illustre représentant de l’école maçonnique mythique, qui faisait de cette expression un hommage à…la veuve d’Hiram !

Cet ornement, qui apparaît très tôt sur nombre de pierres tombales ou autres, mais qui accompagne aussi certaines armoiries civiles ou ecclésiastiques, va nous inciter à faire une incursion dans un domaine truffé de la symbolique la plus riche qui soit : l’Art héraldique. Et cette incursion va nous donner, avec beaucoup de simplicité, la clef de ce petit problème.

Dans son remarquable « Dictionnaire héraldique » paru en 1974, Georges de Crayencour décrit deux types de blasons qui vont nous éclairer ; le premier est celui des veuves. Il nous dit ceci : « Les Veuves portent deux écus : celui aux armes de leur mari et le leur ; tous deux accolés et entourés, à partir du XVIe siècle, d’une cordelière à entrelacs ou d’un cordon de soie tressé d’argent et de sable…La cordelière en filet à nœuds est une sorte de lacs d’amour…Il se distingue par la présence de trois nœuds serrés, mis en chef et les deux autres en flanc… ». Voici donc une première explication, tirée de l’Art héraldique.

Il en existe une seconde, provenant de la même source, mais plus surprenante, car elle se réfère, non plus de l’art héraldique propre aux veuves, mais bien à celui qui se rapporte aux ecclésiastiques, de l’un et l’autre sexe d’ailleurs. La correspondance entre les lacs d’amour des princes et princesses de l’Eglise et ceux des Francs-Maçons est assez piquante. Elle s’observe de nos jours encore aux frontons de nombreuses abbayes et de palais épiscopaux, sur les pierres tombales, innombrables dans les inégalables églises baroques des îles de Malte et de Gozo, où on les contemple dans leurs compositions de marbres multicolores, et en bien d’autres lieux encore.

tAL3

Georges de Crayencour nous apprend que « le chapeau somme l’écu et son cordon garni de nœuds (ou ganses) et terminé par des houppes disposées en triangle, l’entoure…Sur la signification des nœuds et des houppes, les avis sont partagés »…On ne croit pas si bien dire, et voilà une perplexité que se partagent fraternellement éminences et francs-maçons !

De nos jours, la majorité des tableaux de loge de l’Europe continentale, dérivés de la maçonnerie française, portent en leur chef une harmonieuse « houppe dentellée ». Cet ornement est-il simplement esthétique ? Possède-t-il une autre signification, qui se serait perdue ? Résulte-t-il d’une simple erreur de traduction, bien bizarre, malgré la fréquence de ces dernières lors des premiers pas de la maçonnerie d’esprit français ?

Cette ravissante houppe provient-elle de la simple fantaisie d’un artiste maçon, qui a voulu « faire joli » ? Mais ce serait alors un cas unique dans l’iconographie maçonnique, qui fait allusion, de façon générale, à quelque sens caché décryptable par un petit nombre...

Regrettable dérive supplémentaire, à mon avis personnel, certains ateliers ont reporté la houppe dentellée sur la partie supérieure des parois septentrionale, orientale et méridionale de la loge (qui est devenue temple, comportant même un autel !), sous le plafond. Elle est, de surcroît et trois fois hélas, souvent assortie d’un ensemble zodiacal, pour moi très incongru mais dont on trouve qu’il fait très « opératif ». Ce qui démontre bien à quel point une « tradition » peut être évolutive…Cet ensemble composite symbolise, dit-on, l’union universelle des francs-maçons ! Voilà comment une pauvre petite veuve peut se faire faire une prolifique descendance, grâce à l’imagination de ses « enfans ».

La confusion entre la fine houppe dentellée héraldique et la grosse corde à nœuds des compagnons bâtisseurs est ici, de toute évidence, à son comble. Cette corde à nœuds est autre chose, et j’ai fait moi-même la démonstration de la construction de l’angle droit grâce à la simple corde à douze nœuds, ayant recours au carré de l’hypoténuse par 3, 4 et 5 nœuds. Mais cet instrument opératif n’a absolument rien à voir avec le débat sur la houppe !

Revenons à la question : disposé en chef sur le tableau de la loge, comportant originellement deux lacs d’amour qui s’aimèrent à ce point qu’ils en compteront bientôt douze, que peuvent bien symboliser ces élégants entrelacs aux yeux méditatifs de nos Frères et Sœurs contemporains ?

On peut y voir, et c’est mon cas, bien autre chose qu’un simple ornement héraldique, ce qu’il n’a jamais été en maçonnerie, à mon sens. Car il serait, dans cette dernière hypothèse, le seul élément à n’avoir qu’une fonction esthétique, ce qui constituerait un cas sans pareil parmi les éléments constitutifs du tableau de loge. Cette interprétation est donc invraisemblable et, à mon humble avis, à rejeter.

Le choix délibéré de ce cordon rappelle au Maçon que le tableau de la loge synthétise, tel un blason, l’ensemble des éléments symboliques concernant le grade pratiqué. Toutefois, un élément majeur relatif au grade de Maître est déjà présent dès le tableau du grade d’Apprenti.

En effet, pareille anticipation est parfois le cas d’un grade initiatique à un autre, où ce qui ne sera explicité que dans tel grade se trouve déjà en germe, non ostensiblement, dans tel autre grade qui le précède. Par exemple, au XVIIIe siècle, le tableau de loge du Rite Français au grade d’apprenti comporte déjà une étoile flamboyante, mais non explicitée.

Quant au « cordon de la Veuve », il rappelle au Maître Maçon que tous, par Hiram qui vit éternellement en nous, nous sommes les « Enfans de la Veuve ». Ceci est immédiatement perceptible dans une société de classes, telle celle du XVIIIe siècle, où l’héraldique est largement répandue et familière à tous, et sert aussi de moyen d’identification ; cet art est alors couramment et banalement pratiqué avec des sens d’identification connus de tous.

Les symboles sont parlants, même si leur langage s’apparente au double langage voire à la cryptographie ; le sens néanmoins se perd lorsque la société évolue, et que sa composition sociologique se modifie, en l’occurrence vers la démocratisation, dès l’instauration de l’Empire.

Les maçons du XIXe, du XXe et du XXIe siècle sont de moins en moins des familiers et des connaisseurs de l’art héraldique, sauf peut-être en Allemagne, en Espagne, en Autriche et en Suisse, où cet art est resté très vivace et populaire. Il n’est pas de municipalité ou de ville, dans les pays précités, qui n’arbore fièrement ses armoiries.

L’interprétation du « Cordon de la Veuve » qui est mienne me paraît plus enrichissante, au plan symbolique, que les dissertations réputées « ésotériques », sur les thèmes de l’universalité, du nombre huit couché (sic !), de l’Infini, du Zodiaque, des manouvriers maçons moyenâgeux « qui avaient des secrets venant des pyramides » (sic), des fils d’Isis, des Druides et je passe volontiers les Templiers, les Rose Croix et les Alchimistes !

Cette conclusion n’est bien entendu pas LA vérité. Si elle l’était, nous sortirions du cadre d’une philosophie interprétative pour entrer dans celui de la science, de l’emblématique, de l’allégorie, du sigle, de la pensée unique. Où serait dès lors le plaisir de la découverte et surtout, ce qui est encore bien plus enthousiasmant, la volupté de la recherche, voire la véritable « chasse au sens caché » qui devient l’incontournable double nature du maçon blanchi sous le harnais ?

« A chacun sa Vérité » dit une célèbre pièce de théâtre. A quoi Ponce Pilate répond, du fin fond de sa Judée : « La Vérité ? Quelle Vérité »…avant d’aller se laver les mains, geste hautement symbolique !

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31 janvier 2011 1 31 /01 /janvier /2011 13:57

 

Du G.O. de France, le 10° jour du 11° mois de l'an de la V.L. 5779 

 

A LA. GLOIRE DU G. A. DE L'UNIVERS,

AU NOM ET SOUS LES AUSPICES DU S. G. M.

LE G.O. DE FRANCE,

A TOUTES LES LL. RÉGULIÈRES DU ROYAUME,

SALUT, FORCE, UNION.

TT.CC. FF.,

Nous avons la faveur de vous envoyer, dans le Billet ci-joint, le nouveau mot donné dans notre Assemblée générale du vingt-septième jour du dixième mois de cette année, & nous vous prions d'observer :

1°. Que ce billet ne peut être ouvert qu'en L. par le Vénérable, ou en son absence, par l'Officier qui préside.

2°. Que tous les Membres de notre G. O. ont prêté leur obligation de ne donner qu'en L. le mot que nous vous faisons passer, & que vous ne pouvez le recevoir ni le communiquer qu'aux mêmes conditions.

3°. Qu'il doit être donné a voix basse, par le Vénérable, à chacun des Membres de la L. & qu'il ne peut être donné aux Visiteurs qui seroient présens.

4°, Que le F. thuileur doit le demander à chaque Assemblée, à tous les FF, qui se présentent pour être introduits, mais qu'il ne doit le faire qu'à l'entrée de la L., & dedans.

5°. Que ce mot ne peut être communiqué hors de l'Attelier, à un Maçon quelconque, fût-il un des Membres de l'Attelier.

6°. Qu'il ne doit jamais être donné aux FF. Servans.

7°. Que lorsqu'un F. Visiteur qui n'aura point le mot; vous présentera un Certificat d'une L. régulière ou de notre G.O., vous devrez, avant d'introduire ce F., examiner s'il a pu assister aux Travaux de la L. dont il est Membre. Si c'est par sa négligence qu'il a été privé de recevoir le mot nouveau, vous ne pourrez point l'admettre ; mais s'il s'est trouvé dans l'impossibilité de se présenter à sa L., il suffira qu'il ait un Certificat, pour mériter de partager vos Travaux ; cependant vous lui demanderez l'ancien mot.

8°. Qu'il en doit être de même pour un F., ancien Membre d'une L. qui aura été régulière, mais qui ne subsistera plus. Vous vous assurerez si ce F. a eu le tems de se faire aggréger à une autre L., parce qu'un Maçon n'est jamais régulier quand il n'est pas Membre d'une L. régulière.

9°. Que vous ne devez jamais communiquer le mot à un F. Visiteur, à moins que vous ne soyez spécialement invités à le faire par une Planche de la L., dont le F. Visiteur est Membre. Alors la Planche de cette L. doit rester déposée dans vos Archives.

10°. Et enfin, qu'on ne doit demander le mot à un F. Visiteur , qu'après l'avoir reconnu & thuilé suivant l'usage.

Nous profitons de cette oçcasion pour prier les LL. qui n'ont point reçu les trois premières Parties du troisième Volume de l’ Etat du G.O. de France, de les faire retirer.

Nous sommes, avec les sentimens de la plus tendre fraternité, par les N. M. Q. V. S. C.

TT. CC. FF.,

Vos affectionnés & très-dévoués FF. les Officiers du G. O..

Signé, TASSIN , Président de la Chambre d'Administration.

HARVOIN , second Surveillant,

PEYRILHE, Orateur.

Arrêté au G. O. de France, lieu très – éclairé, très-régulier & très-fort, où règnent l'Union, la Paix & l’Harmonie, les jour, mois & an avant dits.

Timbré et Scellé par nous Garde des Timbre et Sceaux du G.O.de France

Par Mandement du G;O. de France (Signature) Secrétaire Général

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30 janvier 2011 7 30 /01 /janvier /2011 23:27

L’épisode rituélique du Neuvième Maître

dans le manuscrit des Rituels du Marquis de Gages

Transcription corrigée depuis le Manuscrit FM4-79

BNF, Site Richelieu, Département des Manuscrits – Division occidentale

28 janvier 2011

Par le F\ Zénon, Maître-Maçon de la Grande Loge Mixte Universelle

 

Comme le jour commençait à pointiller et de crainte d’être découvert ils le mirent sous les décombres du Temple puis fermèrent Les portes et s’enfuirent.

 Tous Les ouvriers étant revenus au travail ils y vinrent comme Les autres pour examiner si l’on ne découvrirait rien de leur crime et voyant que la fin des travaux approchait, ils se cachèrent encore au même endroit et lorsqu’ils jugèrent que tout le monde  reposait, ils ôtèrent notre maître de dessous les décombres, le sortirent hors du Temple fermant encore bien les portes. Ils le transportèrent sur le mont Sinaï ayant envie de le porter dans l’endroit le plus inaccessible de la montagne afin que leurs crime resta enseveli. Mais comme le jour approchait de paraitre, ils firent vite une fosse de sept pieds de longueur de trois pieds de largeur et de six de profondeur et le mirent vite dedans le recouvrant de terre et pour reconnaitre l’endroit ils prirent une branche d'acacias dont cette montagne était couverte et la plantèrent sur la fosse afin de pouvoir le transporter plus loin a plus grand loisir et comme ils étaient effarouchés de leurs crime en couvrant notre maître ils laissèrent tomber une Equerre et un Compas dans la dite fosse, donc l’équerre à la tête et Le compas aux pieds et se retirèrent sans y prendre garde pour revenir vite à Leurs travaux.

 Le troisième jour de l’assassinat le Respectable Salomon ne voyant point paraitre le Respectable Hiram selon sa coutume, pour Lui faire part des nouveaux plants qu’il traçait craignit qu’il ne lui fut arrivé quelque chose et pour ne point faire du bruit il fit appeler tous Les maitres pour savoir ce qu’il pouvait être devenu, mais tous Les maitres étant rendus à la chambre interne et Salomon Leur ayant fait la demande s’ils n’avaient point vu le Respectable maitre Hiram ils répondirent que depuis trois jours il n’avait paru dans aucun atelier, alors Salomon dit qu’il fallait que l’on eut assassiné. Les maitres pour faire voir qu’ils n’avaient point trempé Leurs mains dans son sang se lavèrent les mains et dirent qu’ils étaient ignorants. Salomon alors dit qu’il fallait faire une exacte recherche partout à la sourdine et tacher de savoir ce qu’il pouvait être devenu.

Mais Comme tous Les maitres pour montrer Leur Zèle voulaient aller faire cette recherche Salomon dit qu’il n’en fallait que neuf et pour ne point faire de jaloux  il les fit tirer au scrutin, neuf des plus zélés y tombèrent, Les autres, Salomon leurs ordonna de retourner à leurs ateliers pour ne point faire soupçonner que l’on ne se fut aperçu de l’absence du maître Hiram. Les neuf qui étaient tombés pour aller a la recherche tinrent conseil ensemble et dirent qu’il fallait fouiller Les environs de Jérusalem a neuf Lieu a la ronde et que Le neuvième jour, ils se retrouveraient tous ensemble sur la montagne de Sinaï surnommée La montagne d’acacias a cause de la grande quantité d'arbres qu’il y avait qui portaient ce nom. Pour mettre Leurs dessin a exécution, trois partirent par la porte d'occident, trois par la porte du midi et trois par celle de L’orient et ils voyagèrent trois fois trois jours sans rien découvrir. Le neuvième jour s’étant tous retrouvés sur la dite montagne et s’étant fait rapport de l’inutile recherche qu’ils avaient faite, huit dirent que lassés de courir inutilement ils s’en retournaient a Jérusalem faire leurs rapport a Salomon. Mais Le neuvième plus zélé que les autres Leur dit qu’il ne s’en retournerait point qu’il n’eut fouillé toute cette montagne, mais fatigué Lui même il voulut se reposer. Pour cet effet, s’appuyant a une branche d’acacias pour s’assoir par terre, la dite branche Lui resta dans la main, et par ce moyen il vit la terre fraiche et nouvellement remué, il s’imagina que cela devait renfermer quelque mystère, il se releva promptement et courut rappeler ses camarades Leur faisant part de ce qu’il venait de Lui arriver, en Leurs montrant l’endroit. Pour Lors, ils dirent tous ensemble qu’il fallait fouiller et creuser la terre en cet endroit et d’abord ils le firent, ils n’avaient pas creusé cinq pieds, qu’ils trouvèrent une Equerre a la tête d’un cadavre qu’ils aperçurent et un compas aux pieds. Le dit cadavre était au signe de Compagnon la main gauche le long de la même cuisse [etc.]

D\ Les maitres étant venu faire le rapport au roi que l’on n’avait point vu Hiram depuis trois jours que résolut Ce roi

R\ il dit qu’il fallait que Hiram eut été assassiné et Les maitres pour montrer Leurs innocence se lavèrent d’abord Les mains

D\ que fit donc Salomon pour en avoir des nouvelles positives

R\ il dit qu’il fallait en faire une Exacte recherche partout aux environs de Jérusalem et comme tous Les maitres pour témoigner Leur zèle voulaient être du nombre de ceux qui la devaient faire. Salomon Leur dit qu’ils ne pouvaient tous s’absenter des travaux sans donner des soupçons et pour ne point faire des jaloux il Les fit tirer à les scrutins, en disant qu’il n’en fallait que neuf et que ceux qui ne seraient point du nombre retourneraient aux travaux sans faire semblant de rien et espionneraient  Les différents mouvements qui pourraient se faire parmi les ouvriers

D\ Les scrutins tirés que firent Les maitres et quel arrangement prirent t’ils pour faire Cette recherche

R\ Ceux qui ne furent point élu par Les scrutins revinrent  le lendemain aux travaux Comme si de rien n’était mais Les neuf des plus zélés a qui Le sort avait donner le choix pour faire la dite recherche tinrent Conseil ensemble et convinrent qu’il fallait fouiller Les environs de Jérusalem a neuf lieu a la ronde pendant neuf jours et que Le neuvième ils se retrouveraient tous ensemble sur Le mont Sinaï surnommé, la montagne d’acacias pour se faire part de Leurs recherches

D\ Comment partirent t’ils

R\ trois par la porte d’orient trois par la porte d’occident et trois par la porte du midi et ils fouillèrent tous Les environs de Jérusalem pendent neuf jours et Le neuvième ils se trouvèrent sur La dite montagne ou s’étant fait rapport des Leurs inutiles recherches, ils restèrent dans un morne silence et dans l’affliction d’être obligé de retourner a Jérusalem sans avoir pu faire aucune découverte

D\ quelle fut leurs résolutions

R\ huit, accablés de lassitude résolurent de s’en retourner a Jérusalem pour donner part de Leurs inutiles recherches au roi Salomon mais Le neuvième plus zélé dit qu’il ne s’en retournerait pas qu’il n'eut fouillé toute cette montagne, mais fatigué Lui même il voulut se reposer et pour cet effet, il s’appuya à une branche d’acacia pour s’assoir, la dite branche Lui resta dans la main et il aperçut la terre mouvante dans cet endroit et fraichement remuée

D\ que fit-il alors

R\ Se doutant que cela renfermait quelque mystère il appela ses huis camarades qui revinrent et Leurs ayant fait part de ce qu’il venait de lui arriver, Leur montrant l’endroit ils jugèrent à propos de fouiller la terre en cet endroit et ils se mirent tous  à l’ouvrage ayant creusé cinq pieds de profondeur ils aperçurent un cadavre et le dégarnissent de la terre qui pouvait Le couvrir encore ils virent qu’il était au Signe de Compagnon un linge rempli de Sang Lui couvrant la face et trouvent dans La dite fosse une Equerre et un Compas [etc.]

 

L’épisode rituélique du Neuvième Maître

dans le manuscrit des Rituels du Marquis de Gages

Transcription directe depuis le Manuscrit FM4-79

BNF, Site Richelieu, Département des Manuscrits – Division occidentale

28 janvier 2011

Par le F. Zénon, Maître-Maçon de la Grande Loge Mixte Universelle

Page 24 - Recto

 (page 25 : Comme lejour commancoit)

apointiller et crainte detre decouvert ils le mire sous les decombres du Temple puis fermere Les portes et sanfeure Tous Les ouvriers Etant reveneu au travail il ivinre comme Les autres pour Examiner Sy Lon nedecouvriroit rien de leurs crime et voÿent que Lafin des travaux approchoit, ils secachere Encore au maime Endroit Et lorsquils jugere que tout Lemonde  reposoit ils autere notre maître dedessous Les décombres Lesortire hors du Temple ferment encore bien les portes ils le transportere seur Lemont Sidnay ayent En vie de leportais dans Lendroit Leplus inaccessible de Lamontagne afin que leurs crime restat Ensevelly mais Comme le jour aprochoit deparoitre, ils fire vitte unne fosse de sep piez de Longueur de trois piez de Largeur et de Six de profondeur et lemire vitte dedans lerecrouvrent de terre et pour reconnoitre Lendroit ils prire unne Branche d'acasias donc cette montagnie Etoit couverte et laplantere seur Lafosse afin depouvoir letransporter plus loing aplus grand loisir et comme ils etoit efarouchés de leurs crime En couvrent notre maître ils lessere tomber unne EKerre et un Compas dans Laditte fosse donc LeKerre  Lataite et Le compas aupiez et Seretirere Sans iprendre garde pour revenir vitte à Leurs travaux, Le troisième jour de Lassassin Le respéctable Salomont ne voÿent point paroitre lerespéctable hiram Se lon Sacoutume pour Luy faire part Des nouveaux plants quil tracoit creignit quil ne luy fut arrivé quelque chose et pour nepoint faire dubruit il fit appeler tous Les maitres pour scavoir cequil pouvoit Etre devenu mais tous Les maitres etant rendeu ala chambre interne et Salomont Leur aÿent fait Lademande Sils navoit point vu Lerespéctable maitre hiram ils répondire que depuis trois jours il navoit paru dans aucun atellier alors Salomont dit quil faloit que Lon Leut asasiné Les maitres pour faire voir quils navoit point trempé Leurs mains dans son Sang Se Lavere Les mains et dire quils Etoit igno[rents] Salomont alors dit quil faloit faire unne Exates recherche partout alaSourdinne et tacher de Scavoir cequil pouvoit Etre devenu mais Comme tous Les maitres

Page 24 – Verso

pour montrer Leur Zelle voulloit aller faire Cette recherche Salomont dit quil nanfaloit que neuf et pour nepoint faire dejalloux il Les fit tirrer à Lescreutin neuf des plus Zellés yitombere Les autres Salomont leurs ordonna de retourner aleurs atellier pour ne point faire Soupsonner que Lon ne Sefeut aperceu de Lapsence dumaître hiram Les neufs quy Etoit tombé pour aller a Larecherche tinre conseil Ensemble et dire quil falloit foullier Les Environs de jerusalem aneuf Lieu alaronde et que Le neuvieme jour ils Se retrouveroit tous Ensemble seur Lamontagnie de Sidnay Seur nomé La montagnie dacasias a cause de Lagrande cantite d'arbres quil i avoit quy portoit cenom pour mettre Leurs dessin alexecution, trois partire parlaporte d'occident, trois par Laporte dumidy et trois par Celle de Lorient et ils voÿagere trois fois trois jours Sans rien decouvrir Le neuvieme jour Setant tous retrouvés seur Laditte montagnie et Setant fait rapport de Linutille recherche quils avoit faitte huit dire que lassé de Courir inutilement ils Sen retournoit ajerusalem faire leurs rapport aSalomont mais Le neuvieme plus zellées que Les autres Leurs dit quil ne Sen retourneroit point quil neut foullier toute Cette montagnie mais fatigué Luy maime il voulleut Serepauser pour cet efait Sappuÿent a unne Branche Dacasias pour Sasoir parterre Laditte Branche Luy resta dans Lamain et par cemoÿen il vit Laterre freche et nouvellement remeue il Simmagina que Cella devoit renfermer quelque mistaire il Sereleva prontement et coureut rappeler Ses camarades Leur fesent part de cequil venoit de Luy arriver En Leurs montrant Lendroit pour Lors ils Dire tous Ensemble quil falloit foullier et creuser Laterre En cet Endroit

Page 25 - recto

et dabord ils Lefire ils ne Leure pas creusées cinc piez quils trouvere unne EKerre a la taite dun cadavre quils aperceure et un Compas aupiez LeDit cadavre Etoit au Signie de Compagnon Lamain gauche Lelong de Lamaime cuisse [etc]

Page 28 – Recto

D Les maitres aÿent veneufaire Lerapport auroy que Lon navoit point veu hiram depuis trois jours que resolleut Ceroy

R il dit quil falloit que hiram Eut Eté assasinné et Les maitres pour montrer Leurs inocence Selavere dabord Les mains

D que fit don Salomont pour En avoir des nouvelles positives

R il dit quil falloit Enfaire unne Exate recherche partout aux Environs dejerusaleme et Comme tous Les maitres pour temoignier Leurs Zelle voulloit Etre dunombre de ceux qui Ladevois faire. Salomont Leurs dit quil nepouvoit tous sapsenter des travaux Sans donner des Soupson et pour ne point faire des jaloux il Les fit tirrer àles creutin En disent quil nen falloit que neuf et que Ceux quy neseroit point dunombre retourneroit aux travaux Sans faire Semblant derien et Espionneroit Les differents mouvements quy pouroit Sefaire parmy Les ouvrier

D Les creutin tirré que fire Les maitres et quelarangement prire tils pour faire Cette recherche

R Ceux quy ne feure point Eleu par Lescreutin revinre Lelandemain aux travaux Comme Sy derien nétoit mais Les neuf deplus Zellés aquy LeSort avoit donner Lechoix pour faire Laditte recherche tinre Conseil Ensemble et convinre quil falloit foullier Les Environs dejerusalem aneuf lieu a laronde pendant neuf jours et que Le neuvieme ils Seretrouveroit tous En Semble Seur Le mont Sidnay Sur nomé Lamontagnie dacasias pour Sefaire part de Leurs recherche

D Commant partire-tils

R trois par Laporte dorient trois par la porte doccident Et trois par Laporte dumidy et ils foulliere tous Les Environs de jerusalem pendent neuf jours et Le neuvieme ils Setrouvere Seur Laditte montagnie ou Setant fait rapport des Leurs inutille recherche ils resterre dans un morne Sillance et Dans Lafliction detre obligé deretourner ajérusalem Sans avoir peu faire auCunne deCouverte

Page 28 – Verso

D quelle feut Leurs resollution

R huit acablé de Lassitude resolleure de San retourner ajerusalem pour donner part de Leurs inutilles recherche auroy Salomont mais Le neuvieme plus zellé dit quil ne San retourneroit pas quil n'eut foullié toute Cette montagnie mais fatigué Luy maime il vouleut Sereposer et pour cet Efait il Sapuÿa à unne Branche dacasias pour sasoir Laditte Branche Luy resta dans Lamain et il aperccut Laterre mouvente dans Cet Endroit et frechement remué

Dque fitil alors

R Sedoutant que Cella renfermoit quelque mistaire il apella Ses huis Camarades quy revinre et Leurs aÿent fait part de Ce quil venoit de Luy arriver Leur montrant Lendroit ils jugere apropaux De foullier Laterre En Cet Endroit et ils semire tous  Louvrage aÿent Creusé cinc piez deprofondeur ils aperseure un cadavre Et Ledegarnissent de Laterre qui pouvoit LeCouvrir Encorre ils vire quil Etoit au Signie de Compagnon un Linge remply Se Sang Luy couvrent Laface et trouvent dans La Ditte fosse unne EKuerre et un Compas [etc.]

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29 janvier 2011 6 29 /01 /janvier /2011 18:22

De l'usage du tapis de Loge

Mes TT.CC. SS., mes TT. CC. FF.

Je vais commencer par vous donner deux définitions du tableau de Loge.

Pour les obédiences, du point de vu administratif, c'est la liste des membres d'une Loge, c'est un document profane qui sert à faire entrer des sous dans les caisses.

Du point de vu ésotérique, voici ma définition ; c'est une gravure qui représente un certain nombre d'hiéroglyphes et d'emblèmes qui sont les principaux symboles du grade auquel se déroulent les travaux. Il représente toute une architecture et sa perfection symbolique nous imprègne et nous incite à la réflexion.

Le tapis de Loge est un tableau déposé au milieu de la Loge et éclairé par trois chandeliers. Ceci est une caractéristique des rituels de type Moderne, c'est-à-dire des héritiers de la Grande Loge de Londres et des constitutions d'Anderson. Les trois lumières sont le soleil, la lune et le maître de la Loge. La colonne J est celle des apprentis. Les pas se font en démarrant du pied droit.

Dans les rituels de type Antients, le tableau est placé devant le plateau de second surveillant, au milieu de la colonne du midi. Ce sont les héritiers de Laurence Dermott. Le livre de référence est Ahiman Rezon. Les trois grandes lumières symboliques de la Franc-Maçonnerie sont le Livre de la Loi Sacrée, l'Equerre et le Compas. La colonne B est celle des apprentis. Les pas se font en démarrant du pied gauche.

Quand on entend certain maçons pseudo historiens, on retient, que des temps les plus anciens les maçons, même les plus analphabètes, se réunissaient dans la loge pour apprendre, dessiner, analyser et comprendre les hiéroglyphes. Il n'en est rien comme je vais vous l'expliquer maintenant.

Je vais me servir de 3 documents authentiques et bien identifiés, 2 documents anglais et un français.

- 1730 la maçonnerie Disséquée de Samuel Prichard, la plus ancienne divulgation complète, avec le grade de Maître, connue à ce jour.

- De la gravure de Picart datée de 1735.

- Du rituel de G.H. Luquet des années 1742-1745.

 

La maçonnerie disséquée

49 D. Avez-vous des Lumières dans votre Loge?

R. Oui, trois.

50 D. Que représentent-elles?

R. Le Soleil, la Lune et le Maître Maçon.

Ces lumières sont trois grandes chandelles placées sur de hauts chandeliers.

51 D. Pourquoi cela ?

R. Le Soleil pour gouverner le Jour, La Lune, la Nuit et le Maître

Maçon sa Loge.

52 D. Avez-vous des lumières fixes dans votre Loge ?

R. Oui.

53 D. Combien?

R. Trois.

N.B. Ces lumières fixes sont trois fenêtres, Qu'on suppose (mais ce n'est pas le toujours le cas) se trouver dans toute salle où une Loge est tenue, mais plus exactement les quatre points cardinaux conformément aux antiques règles de la Maçonnerie.

54 D. Comment sont-elles disposées ?

R. L'Est, au Sud et à l'Ouest.

55 D. Quel est leur usage ?

R. Eclairer les hommes lorsqu'ils vont au travail, lorsqu'ils y sont, et lorsqu'ils en reviennent.

56 D. Pourquoi n'y a-t-il pas de lumière au Nord?

R. Parce que le Soleil n'envoie aucun rayon à partir de cette région.

57 D. Où se tient votre Maître ?

R. A l'Est.

81 D. Avez-vous votre Maître aujourd'hui

R. Oui

82 D. Comment était-il vêtu ?

R. D'une veste jaune et d'une culotte bleue.

N.B. La veste jaune est le compas et la culotte bleue les pointes d'acier.

Cercle d'Etude et de Recherche « Le Jardin d'Akademos »

La réponse au N° 82 est une petite astuce, comme adorent les Maçons en général et les Anglais en particulier. A travers le symbole on dit quelque chose d'autre. Ici le Maître est le compas. Et par le Maître on remonte au Grand Architecte de l'Univers, à Dieu. On peut se rappeler ces belles représentations qui montrent le Grand Architecte de l'Univers qui trace le plan à la surface du monde en tenant le compas. La main qui le tient est en forme d'équerre.

Ce Maître est la symbolisation du Grand Architecte de l'Univers et non pas du Maître de Loge, bien qu'il le recouvre aussi. En effet, le Maître de Loge est dans sa Loge comme Dieu est dans l'Univers. Car il y a le recouvrement des symboles. Avec ses bas bleus et sa veste jaune il peut être considéré comme le Maître.

Le compas est extrêmement important. On a souvent l'occasion de présenter les très beaux compas de charpentier. Le compas, qui sert à symboliser le Grand Architecte de l'Univers, peut avoir une représentation humanoïde, comme ici, ou comme le compas de mesure, qui sert à mesurer des épaisseurs, qui s'appelle « maître à danser».

Le compas évoque la figure humaine avec les jambes, et la tête. C'est une assimilation, d'où la notion de bas bleus et de jaquette. Le jaune évoque le laiton et le bleu l'acier. Voilà pour ce qui est des couleurs qui ne sont pas symboliques, mais liées à l'outil.

83 D. Pendant combien de temps servez-vous votre Maître ?

R. Du lundi matin au samedi soir

84 D. Comment le servez-vous ?

R. Avec la craie, le charbon de bois et la terrine.

Cercle d'Etude et de Recherche « Le Jardin d'Akademos »

Le troisième élément cité n'est pas une terrine. Pour la plupart des commentateurs c'est le balai. Mais pas un balai de végétaux (le plus souvent en genêt, en anglais "broom"). C'est un balai à franges (en anglais "mop"). L'usage de ce balai à franges était dans les pratiques de l'époque. Il était normal de nettoyer le sol et d'enlever les traces de craie avec ce balai. Mais pas les traces faites au fusain, qui s'effacent très difficilement.

85 D. Que désignent-i1 ?

R. Liberté, Ferveur et Zèle.

Cercle d'Etude et de Recherche « Le Jardin d'Akademos »

« Liberté, Ferveur et Zèle » ? Aucun des nombreux auteurs consultés, comme Harry CARR ou Bernard JONES ne donnent une raison précise vraiment convenable pour associer ces trois vertus avec les trois éléments. Et ceci nous amène à penser, comme c'est souvent le cas quand on procède à l'étude de documents anciens, que cette réponse est destinée à soutenir et à mettre en évidence quelque chose, à attirer l'attention sur quelque chose qui serait trop compliqué et qui soulèverait des questions.

D'ailleurs il faut remarquer qu'il y a une sorte de rupture entre ce qui a été dit précédemment avec l'évocation du Grand Architecte de l'Univers et la notion qui suit qui est totalement professionnelle :

Q. : « Pendant combien de temps servez-vous votre Maître ? »

R. : «Du lundi matin au samedi soir ».

Cette réponse n'est pas cohérente avec ce qui a été dit avant. En effet, si le dimanche est le jour du Seigneur, ce serait plutôt le dimanche qu'il devrait être servi. Alors le passage N° 48 doit comporter quelque chose qui se réfère au professionnel et non au Grand Architecte de l'Univers.

Dans tout cela, il n'y a rien qui fasse penser à un tableau, je pense plutôt au jeune qui sur les chantiers approvisionne et nettoie.

 

Gravure de Picart

Dans la gravure de Picart datée de 1735 on voit bien les deux tables en Equerre autour duquel les frères se réunissaient on voit bien les chandeliers sur la table, il n'y a rien au sol.

TableauGLE

 

Grande Loge de Londres Picart 1735

 

Rituel de Luquet

Ce rituel en usage au XVIIIe siècle est la copie d'un rituel ancien transcrit en français moderne par G.H. Luquet. Le manuscrit n'était pas daté, mais plusieurs indices permettent de tenir pour certain qu'il a été écrit au plus tard en 1745, et, par suite, d'y reconnaître une des plus anciennes rédactions françaises du Rituel de Compagnon, que ce soit la copie d'un cahier préexistant plutôt -ce que je crois- la mise en écrit par un Frère de ce qu'il avait vu en Loge. De toute façon, il échappe au soupçon, peut-être insuffisamment justifié, de déformations, involontaires ou voulues, auquel donnent lieu les «divulgations» imprimées à la même époque.

72 D - Qu'ordonna le V. M.

R - De me faire mettre les pieds en Equerre et de me faire parvenir à lui par trois grands pas en partant de l'occident à l'Orient

La Loge est tendue comme celle d'apprenti à l'égard du Trône et de la décoration. Dans ce grade, le sol montre l'étoile flamboyante, la seconde colonne du temple, la pierre cubique à pointe, les sept marches du temple. On ne fait l'explication de ces choses qu'après la réception. Ces figures qui ne vous sont point connues vous seront expliquées.

«Cette colonne qui porte la première lettre du mot qui vient de vous être confié est celle où étaient payés les Compagnons et où ils renfermaient leurs outils. Cette pierre cubique à pointe était celle sur laquelle ils les aiguisaient. Les sept marches que vous avez montées sont pour vous faire connaître que vous êtes au nombre de ceux qui travaillent au-dedans du temple (Note J.C.V. dans la Loge, nous verrons tout à l'heure le pourquoi.)

Dans les 2 premiers documents, il n'y a ni tapis, ni tableau de Loge, c'est clair. Dans le rituel Luquet, on trouve Les Colonnes, la pierre cubique à pointe et les 7 marches, sans pouvoir les situer dans la Loge, n'est-ce pas l'embryon du tapis de Loge surtout quand on a découvert le premier tapis de Loge daté de 1742, connu à ce jour en France.  (Voir le Doc 2)

Tableau-2.jpg

Secret des Francs-Maçons en 1742.

 Nous reproduisons ici le premier tableau de Loge des grades d'Apprenti et de Compagnon probablement jamais révélé au grand public français.

De ce petit exposé nous pouvons conclure que dans l'état des connaissances actuelles, le tapis de Loge apparaît en France vers les années 1742

A quoi sert ce tapis de Loge ? Pour ce faire nous allons nous servir de 4 Rituels de base Moderne, et de 2 tapis : celui d'Aliénor d'Aquitaine avec un tapis daté 1751 et le rituel de Stricte Observance avec un tapis du milieu des années 1760.

Lors de l'initiation d'un profane, après les 3 voyages autour de la Loge, l'impétrant fait 3 pas en ligne droite pour aller à l'Orient. Voici ce qui est écrit dans trois rituels que nous qualifierons de Traditionnel Français

 L'Heureuse Alliance de la ville d'Uzerche vers 1780

 Le Maître des cérémonies campe le candidat en maçon et luy fait faire les 3 pas, luy fait saluer le Vénérable, luy donne le maillet et le fait frapper 3 coups ainsi sur la pierre brute.

  securedownload.jpg

Londres 1751

 

 Rituel Bonseigneur sous la présidence du Duc de Clermont 1744/1761

Le Vénérable Maître ordonne de lui faire marcher les trois degrés du Temple et de le faire avancer vers l'autel en Apprenti; y étant arrivé, on lui fait mettre le genou droit en terre, la main droite sur l'Evangile, et, de l'autre, il tient un compas sur la mamelle gauche.

Aliénor d'Aquitaine

Le F. Grand Expert, l'épée nue et pointe basse, fait placer le profane à la base du Tableau de la Loge, dans sa moitié Nord, Les Trois Grands Pas se font, en partant du pied droit et en assemblant, au sol, toujours le pied gauche en équerre, le talon gauche derrière le talon droit

Dans ces trois rituels le nouvel initié se rend à l'Orient par trois grand pas à côté du tapis qui n'entre aucunement dans la cérémonie. Le tapis est au centre de la Loge, il est le rappel permanent de nos principaux hiéroglyphes, emblèmes et symboles comme nous l'enseigne l'orateur dans notre rituel.

Le tableau, comme la Loge dont il est l'image, a la forme d'un rectangle.

Il est exactement orienté de l'Orient à l'Occident, et du Midi au Septentrion, c'est-à-dire

au Nord.

La Loge est la représentation de l'Univers, n'a aucune limite connue dans aucune de ces directions, non plus qu'en hauteur, ni en profondeur.

Mais comme pour des raisons pratiques, nous sommes obligés de nous réunir dans un édifice, trois fenêtres laissent symboliquement pénétrer la lumière des grandes lumières auxquelles elles correspondent.

Près de ces trois fenêtres sont les objets symboliques que nous nommons les trois bijoux immobiles : - tout d'abord la Pierre brute que vous avez déjà appris à dégrossir. Sachez bien que cette Pierre brute n'est autre que vous même et que ce sont tous les défauts de votre caractère qu'il faut dégrossir patiemment, à l'aide du Maillet et du Ciseau.

- vous apprendrez aussi à reconnaître la Pierre cubique à pointe et la Planche à tracer.

La Loge comprend trois bijoux mobiles : - l'Equerre que porte le Maître de la Loge. - le Niveau que porte le 1er Sur.', placé près de la colonne du Midi. - la Perpendiculaire que porte le 2nd Sur/, placé près de la colonne du Nord, la vôtre.

Toute Loge Traditionnelle est décorée de trois ornements : - la Houppe dentelée,

Maintenant voyons le rituel de Stricte de la même période 1764 et de rituélie Moderne.

terme qui désigne à la fois la belle bordure dentée blanche et noire qui entoure le tableau, et la très harmonieuse suite d'entrelacs qui sont désignés par le nom significatif de "Lacs d'Amour". - le Pavé mosaïque qui est placé à l'Occident. - l'Etoile Flamboyante qui est l'emblème du Maître de la Loge.

Tableau3

 Allemagne dans les années 1760

Observons le Tapis de Loge, nous y voyons un certain nombre de symboles connus, ce n'est pas le sujet de ce jour. Nous y voyons des marches qui mènent à une grande porte fermée, sur les côtés 2 portes ouvertes et à l'est une petite porte fermée.

Accompagné par le Maître des Cérémonies, il lui (à l'impétrant) fait faire un tour de la Loge en commençant par le côté nord et passant derrière SS. & FF. qui forment la Loge. Il le fait ensuite s'arrêter à mi-chemin entre la porte de la Loge et le tapis, face à l'orient.

M. de Loge Comment vous nommez-vous ?

Le candidat répond à chaque question.

Le Maître attend la réponse avant de passer à la question suivante.

M. de Loge Quel est votre âge ? Quelle est votre religion ? Où êtes-vous né ? Quelle est votre profession ?

Où vivez-vous ?

Après cette dernière réponse, le Maître continue :

M. de Loge Monsieur (Madame), je vous dis que si vous êtes ici poussé par cette insurmontable pulsion d'exécuter tout ce qui est de mode, et pas uniquement pour le motif d'être introduit dans une fédération où se sont réunies de nombreuses personnes sensées, le fait d'être venu ici ne récompensera pas votre curiosité comme vous le pensez.

L'Ordre n'agirait pas sagement en dévoilant ne fût-ce qu'une infime partie de ses secrets à un nouveau venu qu'il ne connaît pas bien.

Mais, peut-être, avez-vous été incité à cette entreprise en sentant en vous une résistance, sans agir en votre propre conscience en entrant dans notre Ordre.

S'il subsiste encore un doute en vous, je vous recommande de me le faire savoir ouvertement.

Car rien n'est encore fait, rien n'est commencé.

Si vous deviez déjà le regretter, nous vous reconduirions au premier lieu où vous avez été accueilli et vous rendrons votre liberté. Nous vous promettrions un silence total.

Nous oublierions même que vous avez pu entrer un jour par hasard ici. Même votre nom ne serait plus prononcé dans notre équitable réunion. Je vais vous laisser quelques temps à vos pensées.

Examinez-vous avant de prendre une décision, car s'engager par une blâmable curiosité ou une pure indiscrétion dans un monde inconnu est dangereux ; mais la peur de ne pas aller au bout d'une chose commencée est déshonorante. Donc, examinez votre conscience. Quelques secondes de silence.

M. de Loge Qu'avez-vous décidé ?

Le candidat répond.

M. de Loge 2nd Sur ., faites-le entrer.

2nd Sur- fait avancer le candidat sur le tapis et placer les deux pieds sur les traces de

pas.

M. de Loge A l'ordre, mes SS.& FF.

SS. & FF. tracent le signe d'ordre en entier et le terminent en claquant la main droite

sur l'habit. Ensuite, ils regagnent leur place en silence.

2nd Sur. prend le pied gauche du candidat et le pose sur la porte gauche (du nord).

Il lui prend ensuite le pied droit et l'amène contre le pied gauche, puis de la même façon, le pied droit et le gauche sur la porte droite (du sud), et de nouveau le pied gauche puis le pied droit sur la porte d'Orient. Ensuite, il le fait avancer jusqu'au plateau du Maître et lui fait mettre le genou droit sur le coussin.

M. de Loge Donnez-moi votre main droite. Il prend la main droite du candidat et la pose sur le cinquième verset du prologue de

l'Evangile selon Saint-Jean en disant: Le livre sur lequel vous posez la main est le livre des Saintes Ecritures.

2nd Sur.-. récupère son épée, prend le compas et le fait tenir de la main gauche du profane, pointe sur le cœur.

Le premier voyage se fait autour des frères qui forment la Loge, il se fait donc à l'extérieur. Lors de son premier pas notre candidat tombe sur une porte fermée, l'accès des locaux lui est interdit. Il essaie de rentrer côté nord, il y parvient mais ressort immédiatement côté sud.

Souvenons nous les colonnes étaient sur les parvis du temple, ensuite il y avait le porche et enfin le temple en plusieurs espaces. Regardez bien le frère vient de traverser le porche, au nord ouest duquel était la Loge.

Orateur Il est naturel, mon Frère (ma Sœur), que tous les objets qui nous étaient auparavant inconnus attirent notre curiosité.

Déjà, en venant au monde, nous regardions et découvrions les choses avec étonnement et émerveillement. Tout ce qui nous était inconnu attisait notre curiosité et notre soif de nous instruire amenait telle ou telle question à laquelle nous voulions une réponse concrète.

C'est exactement dans cet état d'esprit que vous vous trouvez maintenant, mon

Frère (ma Sœur). Une obscurité vous voile la lumière qui nous éclaire. Nous le découvrons maintenant. Cela seul déjà, nous permet d'en connaître les propres raisons et leur signification.

Après la préparation à laquelle vous vous êtes soumis et à la cérémonie qui a pu vous paraître bizarre, vous vous demandez quels pourraient en être réellement les raisons et les motifs.

C'est de cette manière qu'en un moment donné on entreprend telle ou telle chose sans qu'il y ait pour autant une raison. Ceci est valable

pour toutes les coutumes.

Il y va de même pour le plus petit trait qui se trouve sur ce tapis. Leur signification nous vient de la plus haute antiquité. Puisqu'il ne m'est pas permis, en ce jour de votre entrée dans l'Ordre, de vous ôter totalement le voile du visage, je veux toutefois, en suivant les ordres de notre Vénérable, et selon les circonstances vous apporter quelques explications.

Nous vous conduisons tout d'abord dans une salle calme et isolée où vous êtes aussi bien éloigné de ceux dont vous êtes proche que de ceux qui vous sont lointains. De ce fait, nous vous demandons de bien vouloir réfléchir mûrement dans le calme et en tout repos, sans emportement ni fougue, dans un esprit ouvert et sans idée préconçue, qui doit être le propre de celui qui va tout examiner, juger et méditer avant de se décider à un certain acte.

Le mal a autant son bon côté que le bien peut avoir son mauvais côté, ce qu'un maçon doit savoir parfaitement percer à jour. Les questions que vous allez en premier lieu vous poser sur vos propres raisons personnelles, le motif qui vous amène à vous engager dans l'Ordre, vos opinions quant aux obligations de l'Ordre doivent nous assurer de votre détermination, car nous devons bien connaître celui que nous allons incorporer dans notre société, sonder ses intentions, ses arguments, tout comme nous devons d'abord être sûrs qu'il se soumettra à nos devoirs avant même que nous risquions à les lui dévoiler.

On vous a demandé encore si vous vouliez bien vous soumettre aux habitudes de notre Ordre ?

Cette question est l'une des plus importantes mais aussi la plus nécessaire chez nous car la promesse que vous avez faite est la vraie garantie d'un silence absolu sur nos coutumes.

On exige la remise de votre épée comme preuve de votre obéissance envers vos Supérieurs.

Cette obéissance est l'un des premiers devoirs ainsi qu'un des principes fondamentaux de notre société.

Vous avez été déshabillé et on vous a dépouillé de tous métaux : argent, or, trésors sont des choses superfétatoires qui sont exposées à l'altération et aux revirements de la fortune.

Tout ce qui est soumis aux hasards et aux changements extérieurs ne peut rien apporter à notre vrai bonheur.

Nous vous avons donc dévêtu pour cette raison, nous vous avons laissé à votre solitude, afin que seul vous recherchiez en vous-même et cherchiez au plus profond de votre âme votre unique bonheur.

On vous a bandé les yeux et l'on vous a remis entre les mains d'un guide inconnu après s'être assuré de votre situation exacte : naissance et qualité civile sont certes secondaires pour celui à qui l'on permet d'entrer dans notre lieu saint. Seuls la soumission, le dévouement à notre Ordre nous imposent d'être prudents dans notre choix. Les portes ne doivent être ouvertes qu'à la vertu et aux réelles et nobles qualités du cherchant.

L'obscurité dans laquelle vous vous êtes trouvé lors de votre entrée doit rappeler la sombre situation de toutes les choses avant que vous n'ayez été éclairé par une céleste lumière.

L'assurance avec laquelle on vous a conduit est la preuve que vous n'aviez rien à craindre dans un temple où cette même obscurité est illuminée par une lumière dissimulée qui rend sûr le sentier du voyageur.

Vous avez dû faire votre voyage dans l'obscurité, symbole de votre aveuglement quant aux buts réels de l'Ordre. Vous avez prononcé une promesse volontaire et solennelle. N'effacez jamais cela de votre mémoire.

Soyez assuré que la stricte observance de ceci vous apportera amis et protecteurs, mais que le contraire vous affrontera à des ennemis puissants et vengeurs.

Vous avez ensuite découvert la lumière et avec elle une flamme vive qui s'est vite consumée.

Cela doit vous faire penser à la clarté de toutes les splendeurs de ce monde, tirées de la poussière et qui, brillant à peine de tous leurs feux, retournent déjà au néant.

C'est enfin sur les trois coups frappés par notre Maître que vous avez été reçu en tant qu'Apprenti et c'est à lui que vous avez demandé la remise de votre épée.

Ces trois coups doivent imprégner votre cœur du respect de vos devoirs. Poursuivez votre chemin dans la vénération sacré du grand Créateur.

Soyez respectueux de votre pays et prouvez-lui votre attachement, mais observez dévouement et amour envers l'Ordre et envers vos SS. & FF. ; vous découvrirez alors le jour où vous recevrez de votre Maître d'autres récompenses et il vous témoignera sa confiance déjà manifestée par la remise de votre épée.

Je vais encore me tourner vers les hiéroglyphes de ce tapis.

Il est reconnu que c'est une vieille habitude de cacher des secrets sous le voile des images que l'on nomme secrètement hiéroglyphes. Nos ancêtres nous les ont fidèlement légués.

Dans ces hiéroglyphes, il n'y a pas le moindre trait inutile ; chaque trait a sa signification appropriée.

Vous avez devant vous l'effigie du temple de Salomon.

Cet édifice somptueux n'était pas simplement une merveille du monde par sa magnificence extérieure mais l'emportait par la divinité qui l'habitait, sur tous les trésors architecturaux et autres éblouissantes antiquités.

Un haut mur entoure cet édifice et des trois portes, deux uniquement sont ouvertes. Toute cette œuvre est une figure de notre secret.

Le silence en interdit l'entrée aux inconnus et les portes ne sont ouvertes qu'à ceux qui appartiennent à notre Ordre et qui n'en ont atteint l'entrée que par une régulière réception. Dans tout l'édifice règne, en plus de la régularité, une beauté particulière. Nous sommes nous-mêmes une illustration de cet édifice. Voulons-nous être parfaits ?

Alors il faut que tous nos actes soient ordonnés selon la plus juste régularité. Ici, nous découvrons la voûte du temple et une porte fermée. Mais pour y parvenir, il nous faut monter sept marches. Chez nous, c'est un chiffre très significatif.

Nous le comprenons par référence aux sept merveilles du monde et cela nous permet d'approcher d'une manière significative de la vérité. A l'entrée, nous trouvons deux colonnes. Elles conduisent assurément au vrai secret.

Celle de gauche porte le nom de Jakin et j'attire votre attention sur elle, car lors de la construction du temple, c'est ici que les apprentis recevaient leur salaire. Ici encore, le pavé mosaïque, près de la balustrade décorée, symbole de la beauté, qui, par sa très grande simplicité n'est pas loin de la régularité.

En haut, nous découvrons les deux plus grandes lumières terrestres : le soleil et la lune, qui ont aussi leur signification.

Chez nous, c'est une vieille tradition que de couvrir nos réunions par l'obscurité de la nuit et

de cacher, par la sûreté de nos travaux, notre Loge à ceux qui n'y appartiennent pas.

Par ce seul exemple, nous montrons que nous devons mettre une garde autour de nos

cérémonies et que nous ne pouvons les exposer aux regards des profanes.

Le compas et la règle que nous trouvons ici expriment la régularité de notre construction.

L'équerre, le niveau et le fil à plomb représentent votre Maître et ses deux Surveillants.

Il est encore quelques hiéroglyphes.

En haut se trouvent les étoiles novénaires et l'hexagramme entouré de flammes ; en bas les

trois pierres, dont je ne peux vous donner encore la signification.

La houppe dentelée à nœuds que vous trouvez ici tirés montre la chaîne qui lie tous les francs-maçons de la terre.

Tout le reste vous sera expliqué le moment venu.

Toutes nos connaissances s'accroissent progressivement, pas à pas, et lentement nous nous rapprochons de la lumière qui aveuglerait nos yeux dès le moment où nous quittons l'obscurité si nous la découvrions dans toute sa splendeur et dans tout son éclat.

Il n'est rien ici qui ne puisse vous donner lieu à réfléchir.

Exercez-vous dans cet endroit.

Percevoir les secrets est une noble école de sagesse.

Seul avec vos propres pensées, vous n'êtes sûr de rien.

Un cœur noble a aussi ses faiblesses mais trouver l'amour rend fier et conduit parfois à d'autres erreurs.

Ouvrez votre cœur à votre Maître ; faites-lui part de vos pensées ; confiez-vous à son autorité et ainsi je ne doute pas que nos secrets, qui vous paraissent encore obscurs, feront place à la lumière et que vous connaîtrez le jour où vous serez triplement joyeux lorsque vous aurez atteint la plénitude de cette lumière.

Je vous souhaite de tout mon cœur beaucoup de bonheur au nom de notre vénérable Maître et tous les SS. & FF.

Quelque soit le rituel et le tapis en aucun cas, vous ne rentrez dans le temple, même si celui de Stricte Observance est un peu plus précis. Cela est conforme à notre cheminement initiatique. L'apprenti est une pierre brute qu'il faut façonner pour qu'elle puisse s'intégrer dans la construction du temple. Les francs-Maçons travaillent dans la Loge qui est située à l'angle Nord-ouest du temple. Evitons de confondre, comme s'est souvent le cas Loge et Temple.

Le tapis sous vos yeux est une véritable bible de l'enseignement Maçonnique, c'est un appel permanent à la réflexion.

Je vous ai choisi ces deux tapis, parce qu'ils sont attachés à des rituels du milieu du 18ème siècle et que je les connais bien jusqu'au plus haut. Pour mémoire création de la Stricte Observance en 1751 par le baron von Hunt, 1751 Laurence Dermott crée une nouvelle Obédience qui nomme des Antients et par dérision qualifie la maçonnerie Andersonnienne de Moderne.

Pourquoi une différence d'enseignement dans ces 2 tapis ? Une fois de plus pour bien comprendre notre Ordre, il faut se référer à l'histoire.

Le rite Moderne s'est construit à partir de la fin du 17ème siècle, depuis l'Angleterre, d'abord avec 2 grades, puis à partir du milieu des années 1720 le grade de Maître et la légende d'Hiram, ensuite au milieu des années 1730 le grade de Maître Ecossais, à partir de 1740 il y aura prolifération de grades complémentaires dit « hauts grades ».

Le rite de Stricte Observance est l'œuvre, avec quelques disciplines, du baron von Hund, un défenseur des Stuart, reçu dans les hauts grades à Paris. Il veut donner à cet ordre l'esprit des Chevaliers du Temple. Il commence par écrire le rituel le plus élevé : Chevalier du Temple, et ensuite les rituels courts, concis, denses, complets qui amèneront le profane au grade ultime.

Le tapis de Loge est une explication du cheminement qui amène à cette porte fermée à l'est qui est peut-être la porte du temple intérieur.

Ce tapis de stricte Observance trace un chemin pour accéder au Nec Plus Ultra. Au rite Moderne, cela ne s'impose pas. Méfions nous des apparences : je vais vous faire une confidence. Sur ce tapis il y a des symboles dont vous n'aurez l'explication complète que si vous accédez aux hauts grades.

Pour conclure, le rituel que vous pratiquez est surement le meilleur ou celui qui vous convient le mieux, si vous voulez bien le comprendre, visitez d'autres rituels et essayez de ne pas vous contenter des grades bleus.

Jean-Claude Villant

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26 janvier 2011 3 26 /01 /janvier /2011 22:48

 

Mais qui donc est le Grand Architecte de l’Univers ?

Commentaires sur une singularité principielle exclusive au Rite Français

Jean van Win

Ve Ordre

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Ce personnage fictif est le plus grand commun diviseur de la franc-maçonnerie universelle, cette autre fiction qui n’est au fond qu’une paresse de langage. Il y a des francs-maçonneries ; de même qu’il y a des compréhensions diverses et opposées du concept Gadlu. Symbole pour les uns, Dieu créateur pour les autres, vestige superflu enfin pour les derniers, qui sentent en lui « l’odeur du vase vide » chère à Renan.

A-t-on raison de mêler aussi étroitement des conceptions religieuses avec les modalités du système symbolique et didactique qu’est la franc-maçonnerie ? Dans leur énorme majorité, les diverses maçonneries qui s’exercent sur la planète identifient le Gadlu avec Dieu ; c’est ce que prétendent à tout le moins les tenants des trois religions du livre. Les Juifs avec Yaweh dit parfois Jéhovah ; les Musulmans avec Allah ; les Chrétiens avec Jésus, ou encore avec l’avatar chrétien de Yaweh, Dieu.

Notre Ordre n’est-il donc pas « un empire qui suit ses propres lois » ? La conception dominante qui prévaut dans les maçonneries « régulières parce que croyantes » nie avec constance cette affirmation. La franc-maçonnerie de type anglo-saxon est « un système de morale qui recourt à des allégories et à des symboles » pour propager son enseignement moral, essentiellement religieux et monothéiste. Seuls, quelques dizaines de milliers de francs-maçons hérétiques nient ce caractère fondamental, pour lui en substituer un autre, essentiellement continental, français et même parisien, dans le sillage récent des Lumières et inspiré par la Raison. Les opinions, valeurs et croyances y sont autres ; les deux systèmes, au mépris de leur Vertu suprême proclamée à tous vents qui ne saurait être que la Tolérance, ne se comprennent pas, ne se supportent pas, ne se parlent pas et même se combattent, au nom de la Fraternité des Hommes. Comprenne qui pourra ; laissons cela. Le divorce entre le discours et les actes est une fois encore consommé. Les hommes semblent être ainsi faits, « à l’image de Dieu » disent certains, ce qui est peu encourageant…

Revenons donc à ce pauvre Grand Architecte qui est encore toléré avec réticence par le groupe des maçonneries « libérales », c'est-à-dire celles qui réunissent des membres qui ne sont pas obligatoirement des croyants en quelque transcendance. Ce Grand Architecte est une nouvelle fois indiscuté par les uns, ignoré et combattu par les autres. A-t-il néanmoins un sens quelconque pour un franc-maçon du second groupe ? Un franc-maçon mécréant peut-il le supporter, le comprendre, l’adopter ? Le Gadlu est-il nécessaire ? Superflu ? Scandaleux ? Quelle est en définitive sa place dans une démarche initiatique, pour autant qu’il y en ait encore une ? Et puis, question essentielle, à quel titre serait-il associé à une démarche de cherchants, qui persévèrent et souffrent en espérant retrouver une Parole qu’ils disent perdue ? Parole de qui, perdue par qui, comment, quand, pourquoi ?

L’ouverture des Travaux, quelle que soit la solennité ou la sobriété mises à sa réalisation rituelle, prétend à une « rupture entre le monde profane et le monde sacré ». Ces mots sont déjà lourds de sens, et je leur préfère de loin ceux de « séparation entre la vie sociétale et la vie initiatique et symbolique ». Profane, en maçonnerie, s’oppose à initiatique, et non à sacré, domaine qui serait celui des religions, et qui n’est aucunement celui de la maçonnerie. Il existe là une confusion essentielle qui porte la responsabilité de bien des malentendus au sein de l’Ordre comme de l’Eglise.

Toutes les loges de tous les rites, à ma connaissance, procèdent à une recréation d’un univers restreint, d’une nature différente et secrète, observant d’autres règles partagées par les assistants, et instaurant un comportement de substitution, purement conventionnel voire ludique et quelque peu fantastique. Il n’est pas sans évoquer le « il était une fois » ou encore « et alors on dirait que toi tu es le roi et moi la princesse… ».

Les gestes, bruits, phrases, lumières, voire parfois les parfums créent ensemble un cadre conventionnel « autre » qui n’est pas sans évoquer le théâtre. Car il s’agit de jouer un rôle, et l’on sait qu’il est des comédiens qui se contentent d’exercer leur métier, consciemment et le mieux possible, tandis qu’il en est d’autres qui prétendent devoir être « habités » voire même « possédés » par leur personnage. Question purement psychologique, conditionnée par le tempérament et la relative clarté d’esprit de chacun.

Les trois coups sont frappés ; le tableau de loge dévoilé entre comparses ayant tous le même âge ; les Lumières allumées ; l’heure juste est venue ; la convention est installée selon les règles immuables, et le miroir est collégialement traversé.

La réalité commune nous habite les uns et les autres autour d’une idée centrale et partagée : nous construisons un Temple. C’est au-delà de cette constatation simple et convenue que commencent les problèmes. L’allégorie du Temple à construire est une vieille idée, qui se trouve déjà notamment dans la « Nova Atlantis » de Francis Bacon, qui précède de 50 ans le Misanthrope de Molière. De même que dans le « Summum Bonum » de Frisius, sans oublier la « Septimana Philosophica » de Maier. Une idée dans l’air du temps, point du tout originale.

Nos ancêtres d’avant 1717 reprennent cette image pour en faire un paradigme moral. Qui sont-ils ? Essentiellement des anti-papistes londoniens de fraîche date, si l’on considère Désaguliers, dont le père était un immigrant huguenot français, et Anderson, dont le père était un immigrant presbytérien écossais. Ils développent donc un support didactique « salomonien », destiné à mener vers Dieu ceux qui désirent aller à Sa rencontre par des voies plus personnelles que celles, dogmatiques depuis Nicée, de l’Eglise catholique romaine, démonétisée depuis Henri VIII. Mais ceci dans un cadre pluraliste, celui d’un Centre d’Union, bien éloigné d’un Centre d’Unité.

La rédaction de leur charte fondamentale—une compilation de textes réglementaires catholiques des quatre siècles précédents—est le fait d’Anderson, un besogneux généalogiste qui œuvre vers 1720-1722. Aussitôt après, les traces documentaires catholiques disparaissent bien à propos. Les adeptes de la méthode nouvelle sont dits freemasons, francs-maçons. Ils s’habillent et pensent « franc-maçon ». Tablier, gants de travail, outils et instruments divers, dessin du plan de travail posé à même le sol de la loge qui n’est aucunement le Temple, mais bien le Porche du Temple, ce bâtiment étant réservé aux ecclésiastiques de service, et non aux corps de métier constructeurs. Les maçons se réunissent dans le Porche ; il n’y a du reste pas de toit, entre les Colonnes et le portail, on y voit donc le soleil, la lune et les étoiles. C’est bien la preuve que le travail s’exerce sous la voûte étoilée, hors du Temple …

Leur président temporaire est un compagnon élu parmi les membres dits compagnons, qui devient master, maître.

Tout leur univers conventionnel, reconstitué avec minutie, évoque l’Art Royal de la Construction, royal car il fut celui de Salomon, devenu le maître de l’ouvrage depuis la mort de David ; Hiram Abif, ouvrier phénicien immigré, ce fils d’un Tyrien et d’une veuve (la judéité se transmet par les femmes seules) de la tribu de Nephtali, en fut le maître d’oeuvre, et les francs-maçons les compagnons ouvriers.

Dans une telle perspective, l’organigramme logique et complet s’établit comme suit : des ouvriers pour la taille des pierres avec des outils, puis leur pose et leur vérification avec des instruments cette fois ; des maîtres pour l’encadrement et la présidence des travaux ; un architecte pour la conception et l’exécution du plan. Et par conséquent, un architecte pour le tracé du plan.

Il est impossible, irréaliste et profondément illogique d’imaginer un chantier, même fictif comme le nôtre, dont les plans n’auraient pas été tracés par un architecte. La planche à tracer des maîtres, utilisée journellement dans la loge, ne peut se substituer au Plan, à la Conception globale, à l’Intention. Imaginer un chantier sans architecte est un non-sens. Il conduit à la Tour de Babel ou à la Tour de Pise…

Mais il n’y a aucune obligation de transcendance dans une conception purement symbolique du travail maçonnique. S’il y eut une idée, il faut bien qu’il y ait eu un cerveau humain pour la concevoir. C’est tout.

S’il y a sur le chantier à la fois du personnel qualifié ( compagnons) et du personnel non qualifié ( apprentis), s’il y a des contremaîtres et des conducteurs de travaux (maîtres), s’il y a un Maître de l’ouvrage (Salomon) et un Maître d’Oeuvre (Hiram), s’il y a un plan, il y a un Architecte. Ou alors, tout l’édifice allégorique s’écroule et l’on joue à autre chose.

Les architectes de l’Antiquité et du moyen âge sont souvent connus ; Imhotep, architecte égyptien issu d’une longue lignée d’architectes, est même célèbre au point d’avoir été déifié. Le seul édifice antique qui se soit apparemment passé d’architecte est la tour de Babel. On connaît le sort qui lui fut réservé, car « la confusion se mit dans les travaux ».

On sait bien que le Hiram Abif de la Bible ( Rois et Chroniques) était un Thyrien, habile fondeur en métaux. Rien de plus qu’un artisan décorateur en quelque sorte. Un immigré fort doué, au service de Salomon, car jamais aucun nom d’architecte n’est avancé dans la Bible concernant le Temple, un édifice de proportions fort modestes. Comme s’il avait été édifié proprio motu. Les inventeurs du grade de Maître, vers 1725 et à Londres selon la tradition (?!), font d’Hiram un architecte, l’Architecte. Logique, il en faut bien un.

Si l’on examine maintenant ce grade très complexe, difficile à saisir pour un jeune maître, et même difficile à appréhender globalement pour un maître accompli, on débouche sur des constatations fort curieuses, dont l’interprétation ne sera pas partagée par tous, loin s’en faut. Prenons pour guide le troisième grade du Régulateur du Maçon de 1801 ( éd. A l’Orient, commentaires de Pierre Mollier, Paris, 2004). Le rituel couvre les pages 193 à 227. Quelques observations préalables à la conclusion sur le Gadlu :

--page 201 : « Le T.R. fait passer à sa droite, tout bas, l’ancien mot de maître J, qui doit lui revenir par la gauche ». Ceci est propre et exclusif au Rite Français, et indique très clairement que le mot n’est pas perdu avec la mort d’Hiram, que les maîtres du Rite Français le connaissent toujours, et qu’il sera donc tout à fait inutile de le rechercher (la Parole Perdue du REAA) comme cela se pratique dans des rites originaires de la maçonnerie dite des Anciens, c'est-à-dire d’Irlande et d’Ecosse.

--page 208 : « Ils avoient remarqué qu’Hiram visitoit tous les soirs les travaux »…Le drame est un crime de chantier ; il ne se produit pas dans le Temple [dans lequel des maçons n’auront du reste rien à faire lorsque la construction sera terminée. La loge, selon la tradition anglaise et française moderne, se tient dans le Porche, jamais dans le Temple lui-même].

--page 217 : « Ils se revêtirent de tabliers et de gants de peau blanche, pour témoigner qu’ils n’avoient point trempé leurs mains dans le sang innocent ». Voici donc pourquoi les gants ne doivent—ne peuvent !!—jamais s’enlever, ni pour faire la chaîne d’union sous le prétexte que « le fluide doit circuler », ni pour prêter serment. Cette habitude de se déganter est néfaste, profane, purement conformiste, spirite, dépourvue de toute signification symbolique, participe de la Contre Initiation selon Guénon, malgré ses prétentions naïvement sentimentales…On « sentirait mieux la fraternité » ainsi que l’affirment certains maçons friands avant tout d’émotion, en pressant des mains nues et moites… ?! L’enlèvement des gants maçonniques est une habitude déplorable qui élimine un élément symbolique essentiel et traditionnel, constitutif du grade de Maître Maçon, et le travestit au profit d’une habitude sociale, sentimentale et petite-bourgeoise. Dans le même esprit de conservation du sens, un officier suisse de la garde papale prête serment au Saint Père mains gantées. Le Saint Office ne plaisante pas avec la symbolique chrétienne, même si la signification y est tout autre, bien entendu.

--page 218 : « Salomon…fit incruster dessus (le tombeau) un triangle d’or le plus pur, et fit graver au milieu du triangle l’ancien mot de maître, qui était l’un des noms hébreux du Grand Architecte de l’Univers ».

Nous y voici, et voici pourquoi le Gadlu est indispensable à l’exercice du Rite Français.

Le corps d’Hiram est inhumé dans un tombeau sur lequel figure l’ancien mot de maître, soit Jéhovah, qui est le nom du Gadlu, selon une corruption française classique de Yaweh.

Jamais, au cours d’une civilisation passée ou présente, on n’a vu ni on ne voit une tombe porter un nom qui ne serait pas le nom de celui qui s’y trouve enseveli. L’iconographie maçonnique des XVIIIe et XIXe siècles, non encore dégénérée, oubliée, méprisée, déviée, idéologisée etc. montre bien que la tombe est celle de Jéhovah, c'est-à-dire celle de Dieu. Or, qui donc est ce Dieu qui est enterré là ?

Le psychodrame nous le révèle, mais il faut le comprendre et on peut passer à côté du sens, ou pire, ne pas vouloir en saisir la portée.

Lorsque le candidat est frappé au front et couché dans le cercueil, il se substitue au maître assassiné, à Hiram, à l’Architecte du Temple. Il prend sa place, il devient l’autre, par un phénomène de « transsubstantiation symbolique ». Le nouveau maître prend la place de celui qui dirigeait le chantier ; il n’est plus dirigé ; il va devoir SE diriger ; Dieu est mort et l’homme est devenu Dieu. C’est en cette qualité qu’il est relevé et investi de tous les droits et devoirs du maître maçon.

Traduisons ceci en langage symbolique et maçonnique : le nouveau maître est devenu Jéhovah, soit le Grand Architecte de l’Univers.

tAL2Le sens réel de ce rite nécromancien, aux origines inconnues mais qui comporte des analogies nombreuses au cours de la longue tradition initiatique de l’humanité, est de faire de l’homme nouveau le responsable ultime, le concepteur et le créateur de sa propre destinée, mais aussi le responsable de l’édification du Temple de l’Humanité. Dieu a conçu l’Univers comme architecte ; il a besoin des hommes pour construire, ce que font ses francs-maçons. Mais lorsque ces maçons ont acquis la pleine maîtrise de leur Art, ils deviennent architectes à leur tour.

Dieu est donc mort. Sa tombe porte son nom. Le maître maçon a pris sa place, qui était vacante.

Si donc, le Gadlu est bien Jéhovah ; si Jéhovah est bien Hiram, et si Hiram est le nouveau Maître, et chacune de ces affirmations est dans le rituel, il faut bien accepter que, dans la symbolique maçonnique du troisième grade français, le Gadlu soit chacun des frères maîtres.

Alors, travailler « à la gloire du Grand Architecte de l’Univers » ne revient-il pas à honorer l’Homme nouveau, celui qui s’est substitué aux dieux, afin de construire le monde des hommes indépendants et autonomes ? Les hommes de 1725, bons chrétiens londoniens, étaient-il capables d’élaborer pareille proposition ? On peut en douter. Quoique….. ?!  

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24 janvier 2011 1 24 /01 /janvier /2011 13:00

1. Ecoute et ne crois pas à tout ce que l’on te dit.

2. Garde les secrets, ne raconte pas ce que tu entends.

3. Ne dis pas tout ce que tu penses, mais dis toujours la vérité.

4. Sois honnête, mérite que l’on te respecte.

5. Reconnais tes erreurs et n’aie pas peur de dire «je ne sais pas» et «je regrette».

6. Ne perds jamais le contrôle de toi-même et traite les autres de la même manière que tu voudrais qu’on te traite.

7. Plutôt de critiquer, fait l’éloge de ceux qui t’entourent.

8. Ne prive personne d’espérance, cela peut-être la seule chose que quelqu’un possède.

9. Laisse tomber la haine et la rancœur, ils font plus de mal à toi-même.

10. Apprends à dire non avec courtoisie et aisance.

11. N’oublie pas de dire «s’il te plait» et «merci».

12. Regarde les gens dans les yeux.

13. Vis le moment présent et fais une seule chose à la fois.

14. Ne laisse pas les choses en suspens. Fais ce qui est à faire au moment précis où cela doit être fait.

15. Ne prends aucune décision quand tu es fâché.

16. Il y a des choses qui ne reviennent pas en arrière: la parole prononcée, le temps parcouru et les opportunités qui se présentent.

17. Tu as le droit d’être heureux.

18. Par conséquent, profite de ce qui est beau.

19. Découvre les plaisirs les plus élémentaires: voire, écouter, respirer, toucher et savourer.

20. N’oublie pas de te reposer.

21. Regarde au moins deux fois par an le lever du soleil et son coucher.

22. Respecte ton corps et surveille ta posture physique.

23. L’immortalité existe, on l’appelle connaissance, demande ce que tu ne sais pas et rappelle-t-en pour si on te le demande.

24. Consacre chaque jour quelques minutes à la méditation.

25. N’attends pas que la vie soit juste.

26. Le bonheur est comme une tirelire, on y met ce que l’on peut.

27. Ne crains pas de perdre une bataille si cela te conduit à gagner la guerre.

28. Méfie toi de celui qui n’a rien à perdre.

29. N’accepte pas un salaire pour ton travail avant qu’il ne soit achevé.

30. Dépense moins que ce que tu gagnes.

31. Accomplis ta tâche avec humilité, tu es infiniment petit dans l’immensité de l’univers.

32. Sache que tu es appelé à disparaître et que seule ton œuvre demeurera.

33. Apprends qu’un jour tu pourras revoir ce que tu as été et en mourir de rire.

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4 janvier 2011 2 04 /01 /janvier /2011 12:36

Le Neuvième Maitre

La Pl.que je vais vous présenter maintenant est le résultat d’une découverte – pour moi du moins – que j’ai faite l’été dernier en méditant sur un Rituel au Grade de Maître daté de 1788. J’y ai trouvé un passage insolite qui m’a profondément interpellé et intéressé, mais que je ne me souvenais pas avoir entendu ou lu ailleurs à quelque occasion que ce fut. J’ai cherché : je ne l’ai trouvé nulle part ailleurs, dans un premier temps. Nulle part, en particulier dans les Rituels aujourd’hui mis en œuvre au Rite Français Moderne ou Traditionnel, au Rite Ecossais Ancien et Accepté, au Rite Emulation et ce dans différentes obédiences. Pourtant, la symbolique que j’y vois me laisse penser que sa disparition dans les versions successives du Rite Français et des autres Rites depuis la fin du XVIIIème siècle  est regrettable : c’est soit une perte, soit une regrettable ignorance. Vous me direz peut-être ce que vous en pensez. Je vais donc tout d’abord synthétiser ma courte investigation historique. Courte, faute de temps et de moyens. Cependant, j’ai bénéficié de l’aide – ponctuelle mais très utile – de quelques FF\ historiens, archivistes ou conservateurs au G.O.D.F.et à la G.L.D.F. Ensuite, je vous ferai part de mon interprétation symbolique de ce passage de l’élévation au troisième Grade dans ce Rituel de 1788, inclut dans le Recueil de Maçonnerie de cette date. Cela me mènera à conclure avec une proposition en forme de question.

De quoi s’agit-il précisément ?

Il existe un document imprimé dont le titre exact est « Recueil des trois premiers grades de la Maçonnerie, sous la dénomination d’Apprenti, Compagnon et Maître », daté de 1788 et signé par « un ex-Vble » qui dédie ce document « à tous les Vbles Mes de LL\ Régulières ». Le document lui-même fait 184 pages et couvre effectivement les trois grades de la Franc-maçonnerie, dite symbolique. Il a été – très heureusement pour moi et pour nous ce soir – publié par les soins de N\T\C\F\ Pierre Mollier, Bibliothécaire du G\O\D\F\ en 2001, aux Editions A l’Orient.

L’épisode qui nous intéresse commence page 151, lorsque, Hiram étant mort et les trois mauvais compagnons ayant enterré le corps d’Hiram sur le mont Sinaï, le roi Salomon s’inquiète de trois jours d’absence consécutive de l’Architecte. Les MM\ lui proposent de partir à sa recherche, mais Salomon, pour éviter d’éveiller l’attention des assassins, en fait designer Neuf au sort qui partent à la recherche d’Hiram aux environs de Jérusalem. Ils conviennent de se retrouver sur le Mont Sinaï – surnommé « des Acacias » (sic) -, de fouiller neuf lieues à la ronde, trois partant par la porte du Nord, trois par celle du Midi, trois par celle d’Occident.

A ce moment du récit, le T\R\M\ quitte l’Orient et vient se placer au pied du cercueil, puis fait le tour de celui-ci trois fois avec les autres FF\ en sondant le terrain de la pointe de leur glaive. Ces voyages finis, le T\R\ s’arrête à l’O\ et poursuit le récit. Les MM\ ont voyagé jusqu’au 9ème jour ; jour où ils se retrouvent comme convenu sur le Mont Sinaï. Ils se plaignent les uns aux autres de leurs recherches infructueuses. C’est alors qu’advient l’épisode qui m’intéresse tant.

Les 9 MM\ ont cherché Hiram pendant 9 jours, trois par trois, 9 lieues à le ronde, sans réussir à le trouver. Alors 8 d’entre eux décident de rentrer à Jérusalem. Mais le 9ème refuse (page 152-153), les assurant qu’il ne partira pas sans avoir fouillé jusqu’au plus petit recoin du Mont. Les 8 autres partent, effectivement. Le 9ème, peut-être fatigué (c’est ce que disent certains Rituels, mais pas celui-ci), veut s’asseoir. Pour ce faire, il prend appui sur une branche – d’Acacia – qui lui reste dans les mains. Du coup, il découvre que la terre alentour est fraichement remuée, il se demande pourquoi et, vu les éventualités, rappelle les autres. Ils creusent, trouvent un cadavre, couvert d’un linge ensanglanté, avec une Equerre à la tête et un Compas aux pieds, le cadavre à la main droite au signe de Comp\, la gauche le long du corps, la jambe droite en équerre, l’autre étendue. Se doutant qu’il puisse s’agir d’Hiram, ils soulèvent le linge et le découvre. Le Rituel poursuit ensuite selon les grandes étapes connues au Rite français.

J’ai trouvé ce passage remarquable pour les raisons symboliques que je vais vous exposer ci-après. Mais aussi parce que je pense que c’est la première fois que je lisais un récit circonstancié des événements ayant entrainé la découverte du cadavre d’Hiram, la plupart des Rituels anciens ou contemporains étant – à ma connaissance – assez pauvres, voire silencieux, sur le sujet. Je me suis alors mis en quête de la présence ou non de ce passage dans d’autres Rituels, au Rite Français et à d’autres Rites. D’autant que ce passage du Recueil, que nous appellerons ici « de 1788 », n’était pas considéré comme anecdotique par le Vénérable rédacteur et/ou ses prédécesseurs. En effet dans le catéchisme qui suit (pages 170-171) l’épisode, et donc son enseignement, est rappelé. Je cite (en laissant l’orthographe de l’édition) :

D. Que fit alors Salomon ? (après qu’il eut considéré l’assassinat probable de son Architecte)

R. Comme tous les Mes\ se dévouèrent par zèle à cette recherche, ce sage Roi leur présenta qu’ils ne pouvoient tous s’absenter sans occasionner des soupçons, en conséquence il en fit élire neuf au sort & renvoya les autres à leurs ateliers.

D. Quel arrangement prirent les neufs Maîtres sur qui le sort tomba ?

R. Ils convinrent de se séparer trois par trois, de fouiller les environs de Jérusalem neuf lieues à la ronde, & se donnèrent rendez-vous sur le Mont Sinaï.

D. Comment partirent-ils ?

R. Trois par la porte du Nord, trois par le Porte du Midi & trois par celle d’Occident.

D. Quel fut le succès de leur entreprise ?

R. Ils voyagèrent jusqu’au neuvième jour sans faire la moindre découverte.

D. Où se rejoignirent-ils ?

R. Sur le Mont Sinaï.

D. Quelle fut alors leur résolution ? (sens au XVIIIème siècle = décision prise ou dessein)

R. Huit d’entre eux résolurent de retourner à Jérusalem, mais le neuvieme, plus zèlé, protesta (sens XVIIIème = déclara, promis) qu’il ne s’en retourneroit qu’après avoir fouillé toute la montagne.

D. Qu’en arriva-t-il ?

R. Qu’après le départ des huit Maîtres, le neuvieme voulant s’asseoir pour se reposer, s’appuya sur une branche d’acacia qui lui resta à la main ; cela fut cause qu’il examinât de plus près cet endroit, & s’appercevant que la terre étoit nouvellement remuée, il rappella les Maîtres.

D. Que firent-ils ?

R. Ils se mirent à creuser, & à cinq pieds de profondeur, ils trouvèrent un cadavre au signe de Compagnon, couvert d’un linge teint de sang, ayant une équerre à la tête & un compas aux pieds, & l’un d’eux ayant enlevé le linge qui lui couvroit le visage, ils reconnurent Adonhiram assassiné.

Etc.

 Symbolisme de cet épisode rituel

Si je me suis tant intéressé à l’origine de ce passage du Rituel d’Elévation à la Maîtrise du Recueil de 1788, c’est que sa découverte a agi sur moi en me faisant découvrir de nouvelles approches de l’engagement maçonnique et surtout un support rituel et symbolique à la compréhension que j’en ai. Que « dit » ce passage ? Quel est son enseignement ?

Observons avec précision la rédaction dans le Recueil de 1788. Il me semble que ce passage suggère plusieurs enseignements essentiels, l’interprétation ne pouvant guère s’égarer au regard des formulations adoptées.

Ce passage nous dit des choses essentielles sur la manière dont la Tradition de l’Initiation survit, sur la manière dont la Lumière prévaut et surtout sur la manière dont la transmission se fait malgré la foule des « renonçants » et des renoncements. En même temps, ce passage nous faire prendre conscience de notre pouvoir à l’échelon individuel. Car qu’un seul/qu’une seule assure la transmission, qu’un seul/qu’une seule poursuive et notre Ordre avec son Idéal ressurgit.

Tout ceci n’est compréhensible que si l’on imagine – au moins à titre d’expérience philosophique en pensée - un monde dans lequel l’idéal maçonnique disparaitrait vraiment et donc avec lui notre idéal de vérité dans l’esprit de chacun et de fraternité entre tous. Un monde dans lequel il ne serait plus possible de réaliser matériellement et de concevoir dans nos esprits ce qui nous réunit ce soir encore… que serait ce monde-là ? Que serait cet univers où plus une femme et plus un homme ne serait résolu à faire prévaloir en lui et autour de lui de la fraternité, de la solidarité, de la considération pour l’autre et pour soi ? Si tous nous ne faisons rien, ce monde peut advenir. Quand nous renonçons à un effort utile à la Fraternité, rien, absolument rien ne  nous garantit que qui que ce soit le fera à notre place. Et si tous nous nous disions que de toute façon quelqu’un d’autre le fera bien… nul ne le ferait. En cela, le symbolisme du Neuvième Maître rappelle ce que nous disons dès le début au nouvel initié dans notre rituel d’Initiation au Rite Français (variante Salvador Allende – Louise Michel) : « Chaque occasion d’être utile dont il (le Franc-maçon) ne profite pas est une infidélité. Chaque secours qu’il refuse est un parjure. »

Autrement dit, nous portons tous, non pas ensemble mais de même, toute la Maçonnerie sur nos frêles épaules dès lors que nous devenons, puis restons Maîtres Maçons. Et quand bien même démissionnerions-nous que je ne suis pas sûr que nous échappions au Devoir librement contracté.

Le Neuvième Maître, lui, refuse de renoncer. Consciemment. Délibérément.

Le Neuvième Maître est, comme les huit autres élus, épuisé, fatigué. Mais sa conduite nous décrit un Maître Maçon qui ne tire pas argument de sa fatigue, de ses doutes ou de ses incertitudes, pour renoncer, abandonner. Il ne tire surtout pas argument de ce que ses efforts sont infructueux pour conclure qu’ils sont inutiles. Il ne cherche pas d’excuse pour cesser ses efforts. Il a adopté une posture radicale, engagée qui ne lui laisse d’autre choix que d’être ce qu’il a justement choisi d’être : un Maître, un « cherchant » devant tout faire pour trouver, faire aboutir sa quête.

Les Huit autres Maîtres, eux, « s’affligèrent de l’inutilité de leurs recherches : alors [ils] résolurent de retourner à Jérusalem ».

Tout ce que ne fait pas le Neuvième Maître nous enseigne autant que ce qu’il fait.

Le Neuvième Maître ne cherche pas à retenir les huit autres maîtres : sa décision est prise, implicitement depuis le début. Il ne les juge pas en ne les retenant pas. Leur compréhension et leur aide ne lui sont pas nécessaires pour déterminer sa conduite. Il n’attend de nul qu’il lui indique ce qu’il doit faire ni ne l’encourage. Il est souverain dans son jugement et sans la tâche du désir de convertir l’autre par l’autorité ou la conviction, pour se rassurer lui-même en faisant nombre.

S’il ne les juge pas, l’épisode rituélique souligne à quel point son attitude est en elle-même une critique : la fouille des huit autres est incomplète à ses yeux, il est possible et nécessaire d’aller plus loin pour atteindre leur but. C’est d’autant plus une critique en actes que l’issue des événements lui donne raison. Les huit autres avaient de facto tort d’abandonner. De ce point de vue, le Neuvième Maître nous indique « où » nous devons faire porter notre critique du monde et comment : dans et par nos actes, non par la seule parole. La critique formulée en parole ne change rien. Formulée en actes, elle change le monde en y existant, c’est-à-dire en démontrant que ce que nous estimons nécessaire et juste est possible. C’est donc une critique par l’état de fait, une énonciation en acte de nos refus.

On peut considérer que le Neuvième Maître devient Hiram en refusant de renoncer à trouver son cadavre, ce qui symbolise le refus de voir mourir la Tradition qu’il portait et incarnait, en décidant unilatéralement de devenir le pont ou la porte entre les Maîtres passés et ceux à venir. La recherche et la découverte du cadavre d’Hiram symbolise, entre autre chose, la continuité de la Tradition maçonnique et de la connaissance du métier de Bâtisseur (d’Hommes et de sociétés humaines) malgré et grâce au meurtre du Maître. Les qualités qui font le Maître Bâtisseur ne sont-elles pas notamment celles qui permettent de retrouver Hiram ? Le mythe symbolise cette continuité malgré l’adversité : IL FAUT retrouver le cadavre d’Hiram, de même qu’il faut qu’Hiram soit assassiné.

Il est intéressant de noter la structure du mythe même. Au fond, Hiram renaît dans le nouveau Maître, le Neuvième parce que celui-ci réalise les qualités qui font le Maître en le cherchant et en refusant d’abandonner sa quête, ce qui le même à la découverte du Maître. On retrouve-là un enseignement proche de l’Extrême-Orient où l’on désigne les Initiations à l’aide un idéogramme ( en japonais, tao en chinois) qui littéralement désigne la route, le chemin, la voie. Comme si les motifs et les conditions du cheminement se confondaient avec le but…

Il faut aussi s’interroger sur les autres possibilités rituelles imaginables ou par ailleurs mise en œuvre dans d’autres rituels. Je ne suis pas sûr d’avoir trouvé tout ce qu’il y a à trouver à ce sujet (comme sur aucun autre !), mais il semble qu’il y a trois scénarios-types menant à la découverte du Maître :

Le Hasard ou la Providence qui permettent à la recherche de trouver son issue. C’est la thèse de la plupart de Rituels actuels. On « tombe » sur des indices d’une manière qui semble effectivement providentielle. Cependant, cette thèse fait souvent appel – mais pas toujours - à la perspicacité des FF\ : ils doivent détecter quelque signe qui leur permet de donner une issue favorable à leur recherche : trouver le tombeau du Maître.

L’Enquête. Cette dernière nécessiterait de retrouver les coupables, de les faire avouer, de collecter des indices, des témoignages, etc. C’est l’option retenue sous diverse formes par les systèmes de Hauts-Grades, notamment ceux qui mènent ensuite à la Vengeance. Mais nous aborderons cette question plus tard.

L’Opiniâtreté, autrement dit l’Engagement. C’est la Thèse originale du Recueil de 1788 et du Marquis de Gages. Dès lors les détails qui semblent providentiels ne le sont plus, puisque que tout devient une question de temps, d’efforts, d’engagement, dans le sens de ce refus de l’abandon. Il reste tout de même une certaine dose de perspicacité dans les réactions du Neuvième Maître. Mais le point original est l’introduction de l’opiniâtreté dans les facteurs et donc les qualités assurant la pérennité de l’Ordre. Cette opiniâtreté se dissimule derrière la terminologie du XVIIIème. L’enseignement par Demandes et Réponses indique :

« le neuvieme, plus zèlé, protesta qu’il ne s’en retourneroit qu’après avoir fouillé toute la montagne. » « Zélé » n’est-il pas l’ancien mot pour « engagé » et « zèle » pour « engagement radical » au sens étymologique de « radical », i.e. ce qui touche à la racine des choses et des êtres ?

Ainsi, la comparaison des rituels permettent d’identifier les facteurs permettant la découverte du tombeau d’Hiram qui, par analogie, se confondent avec les qualités permettant de trouver le Maître, Hiram… en nous-mêmes. Ces qualités sont au nombre de trois : la Méthode, l’Opiniâtreté et la Perspicacité. On y décerne un subtil dosage de qualités psychologiques – l’Opiniâtreté - et l’effet de l’exercice de la Raison – la Méthode. La dernière qualité – la Perspicacité – relève des deux registres car elle est tout autant l’exercice des facultés de raisonnements de l’esprit humain que de facultés plus intuitives peut-être plus liées à l’émotionnel. En tout cas, le destin de la Quête du Maître Maçon n’est plus abandonnée au Hasard et aux caprices de la Providence. Il est intéressant de mettre ces trois qualités en parallèle avec les trois vices incarnés par les trois mauvais Compagnons – l’Ignorance, le Fanatisme et l’Hypocrisie - et avec les trois principales facultés de l’esprit énoncées lors de l’Initiation : le Sentiment, l’Intelligence et la Volonté – soit le Cœur, l’Intellect et la Mise en actes, le Faire.

Il y a en filigrane de nos rituels et de notre symbolisme toute une théorie de l’action – ce que l’on appelle une praxéologie – de et sur l’esprit humain et des idées pratiques pour le mener vers la Lumière. Cet épisode du Neuvième Maître y participe par la mise ne scène des qualités nécessaires à la Quête de la Maîtrise maçonnique qui n’est plus abandonnée au Hasard par la pauvreté de la plupart des versions contemporaines du Rituel d’Elévation à la Maîtrise. Notre Rituel au Rite Français n’est pourtant pas muet. On y lit la nécessaire opiniâtré dans la recherche, l’importance de la méthode (« recommencez vos recherches en y apportant un soin plus minutieux »), puis l’exercice de la perspicacité (avec la découverte d’un tertre puis d’une branche d’acacia, qualifiés d’« indices »). Mais la scénographie ne permet pas la personnification de ces qualités comme le fait le rituel du Recueil de 1788 et celui du Marquis de Gages. Or cette personnification est l’une des données techniques permettant l’identification, c’est-à-dire ce processus d’intériorisation par lequel nous faisons nôtres des qualités nouvelles. En ce sens, le Recueil de 1788 propose une formulation rituélique plus puissante.

On peut donc voir dans le Neuvième Maître la figure mythique de l’Engagement du Maître Maçon, qui jamais ne renonce, et surtout pas à être ce qu’il est : le successeur d’Hiram, Hiram lui-même ; du moins le fait-il renaître progressivement en lui par son travail, son engagement, ses réalisations de Bâtisseur. La solitude ne le désoriente pas. Les compromis et l’abandon des autres ne le font pas dévier de la conduite que lui impose sa condition, cette condition qu’il a recherchée et acceptée. Le Neuvième Maître est le F\ ou la S\ par qui la Tradition survit parce qu’elle devient lui- ou elle-même.

La découverte du cadavre d’Hiram symbolise la transmission de la Tradition et de la Connaissance, la recherche du Maître, indissociable de l’affrontement à la Mort et de l’émancipation de la peur qu’elle inspire aux humains. Au sens littéral, les 9 MM\ « recherchent le Maître » et ils trouvent la Mort : dernier enseignement d’Hiram à ces 9 MM\ qui lui sont tant attachés, dernier enseignement au Neuvième Maître grâce auquel le Maître accède, à travers cette mort qui lui permet d’échapper à la peur tyrannique qu’elle inspire, au stade ultime de la Maîtrise : la liberté.

  Conclusion

Ma conclusion sera brève. Tout d’abord, je voudrais attirer votre attention sur le rapport, non prémédité, entre cette planche et notre Question à l’Étude des Loges « maçonnique » cette année[1] ; le rapport aussi avec les projets de Commission des Rituels. Les Rituels ont beaucoup varié. Il a fallu les formuler, les développer, les adapter parfois aux circonstances. Ils ont aussi été appauvris, notamment par ce processus, qui a touché je pense bien des Maçonneries à travers le monde, qui consiste à la standardiser, parfois à les simplifier. Nous avons là l’exemple d’un élément rituélique perdu dont, à bien des égards, il pourrait être intéressant d’étudier la réintroduction dans notre Rituel. Mais pour cela, il faut en être libre et le rester. Être libre d’ajuster la formulation de nos outils à l’environnement dans lequel notre Ordre doit agir, être libre de faire renaître ce qui parfois a été perdu.

Une autre question se pose, plus fondamentale : quand dire non ? Comment dire non ? Comment faire la différence entre engagement et obstination ? Où et quand s’arrêter ? Le Neuvième Maître pose et répond aussi à ces questions. Son attitude n’est pas de refuser « totalement » de rentrer, d’abandonner si la recherche s’avère infructueuse ou impossible. Simplement, il voit encore quelque chose à faire et juge qu’il doit donc le faire. De ce point de vue, le Neuvième Maître n’est pas simplement un « bon » frère à opposer aux huit autres qui seraient de « mauvais » frères, faibles, paresseux, indifférents ou négligents. Plutôt, il souligne ce qui nous range souvent du côté des « huit » : le manque de discernement, le fait de ne pas, de ne plus voir ce qui peut encore être fait avant de renoncer à ce qui nous défini : notre Quête et les motifs que nous lui avons donnés.

Le Neuvième Maître est le Maître qui assume son engagement et donc celui ou celle par lequel(le) la tradition maçonnique se maintient vivante. Son engagement radical mais serein et réfléchi, sa détermination définitive et son « zèle », dont nous parlent les manuscrits anciens, sont la marque du Maître.

J’ai dit, V\M\.



[1] Question à l’Étude des Loges « maçonnique » de la GLMU pour 2010 : « Le rituel en Franc-maçonnerie est-il un carcan ou un pas vers la liberté ? »

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30 décembre 2010 4 30 /12 /décembre /2010 14:57

Lettre de J.B.Willermoz à la Triple Union de Marseille (1805)

Vous me demandez, V. M., quelques éclaircissements sur la quotité de la cotisation annuelle des ffres membres agrégés ou des affiliés. Causons là depuis les principes généraux d’où découleront les conséquences. Les ffres maîtres membres agrégés de la Loge sont les seuls qui ont voix délibérative dans toutes les affaires qui concernent les finances et son administration; c’est donc à eux seuls à en supporter les principales charges.

Les maîtres qui ne sont que simplement affiliés, ainsi que les apprentis et compagnons qui ne sont et ne peuvent être qu’affiliés jusqu’à ce qu’ils soient parvenus au grade de Maître, auxquels on peut donner à tous, si on veut, ou tantôt aux uns et tantôt aux autres la voix consultative, pour éprouver leur bon sens et leur discernement, ne prenant pas une part aussi directe que les précédents à l’administration ne doivent pas en supporter au même degré les charges. Cependant comme ils doivent tous s’intéresser à la prospérité d’une Loge dont ils attendent des bienfaits, ils doivent contribuer proportionnellement à tout ce qui peut maintenir son existence et son activité.

Quoique les règlements généraux présentent des règles générales pour ces proportions, elles ne sont pas néanmoins assez absolues pour gêner les Loges dans les arrangements qu’elles auraient à prendre à cet égard. C’est pourquoi elles sont libres de se donner des règlements particuliers et locaux qui néanmoins ne peuvent avoir force de loi qu’après avoir été approuvés par les supérieurs de l’O. et après cette approbation le règlement ne peut être changé qu’avec leur consentement qui n’est pas refusé quand le demande est générale et reconnue juste.

D’après ces principes il me paraît équitable pour chez vous :

1° que les seuls membres agrégés Maîtres payent la totalité de la cotisation convenue et contribuent aussi eux seuls aux autres charges pécuniaires passagères qui peuvent survenir, de même que pour la garantie du locatif de la Loge pendant la durée de son bail.

2° que les Maîtres simplement affiliés et non agrégés ne payent que la moitié de la cotisation annuelle pour les frais ordinaires.

3° que les apprentis & compagnons qui forment une classe encore inférieure n’en payent qu’un tiers, si toutefois le vœu général du comité consultant les besoins plus ou moins considérables de la Loge croit devoir les assujettir à en payer la moitié comme les Maîtres affiliés, on sera libre de le faire.

4° et comme les réceptions, agrégations & affiliations se font à des époques indéterminées, la cotisation affectée à chacune de ces classes doit commencer avec le trimestre qui suivra celui des époques où ces changements de classes ont eu lieu, de manière qu’ils ne devront pour le reste de l’année courante que le nombre de trimestres qui resteront à courir.

Je crois, mon B. A. fre que les explications données ci-dessus en réponse à votre demande suffisent pour diriger vous, le comité & la Loge dans le parti à prendre le plus convenable pour votre société. En général sur tous les articles réglementaires d’administration il faut saisir le principe qui a dicté le règlement et ne s’en point écarter ; on peut ensuite proposer les variations nécessitées par les convenances locales qui peuvent être nombreuses pourvut que le principe fondamental soit toujours respecté.

J’attends avec empressement vos réponses à l’envoi que je vous fais aujourd’hui, vous priant de m’instruire de l’état actuel des choses & de la disposition des esprits en ce moment. Cela m’est nécessaire pour fixer un peu mes idées. Je n’ai plus qu’un mois tout au plus à pouvoir m’occuper des affaires maçonniques ; la cession des conseils généraux départementaux s’ouvre ordinairement le 15 germal Comme membre depuis 5 ans de celui du Rhône et par la nature du travail dont j’y suis ordinairement chargé je ne pourrai pas à cette époque m’occuper d’aucune autre affaire pendant plusieurs semaines, ce qui alors renverra fort loin tous les objets concernant votre Loge qui n’auront pu être terminés auparavant et notamment les élections prochaines des officiers que je vous prie de faire suspendre complètement jusqu’à ce que j’ai pu en conférer avec le comité P. & en recevoir son avis sur les choix à faire, et être mis en état de prendre une détermination à ce sujet qui ne pourra commencer que lorsqu’on saura précisément quels sont ceux qui seraient effectivement membres de la [mot illisible] &voulant composer sans équivoque le nouveau tableau de la St J. Be prochaine.

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30 décembre 2010 4 30 /12 /décembre /2010 00:51

Lettre de J.B.Willermoz à la Triple Union de Marseille (1805)

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Dans l’examen que j’ai fait du cahier ou registre des ffres présents aux tenues de Loge depuis le 24 juin dr je trouve 32 tenues en moins de 7 mois, ce qui l’un dans l’autre place une tenue par semaine.

Ce nombre là me paraît vraiment exorbitant pour une aussi grande ville que la vôtre où l’on peut présumer que le plus grand nombre des ffres est fort occupé à ses affaires, il paraît impossible qu’ils puissent être généralement exacts à des tenues si répétées, et je ne m’étonne plus que le plus grand nombre soit si inexact ; il serait donc injuste de tenir des registres de présence pour des hommes qui ne peuvent pas être présents.

J’observe encore que ces tenues tombent fréquemment sur des jours de dimanche ; ces jours là peuvent convenir sans doute à la majorité des ffres pendant l’hiver, mais présumant que l’on a chez vous comme à Lyon le goût des campagnes pendant l’été ou la belle saison, ce doit être pour cette saison là un grand obstacle à la fréquence des tenues, et spécialement à celles des dimanches. C’est pourquoi à Lyon où l’on n’en tenait que deux par mois pendant l’hiver on les réduisait souvent à une pendant l’été. Pour me former une idée juste de l’utilité ou de l’inconvénient de la fréquence qui a eu lieu il faudrait savoir:

1°) Si la généralité des membres agrégés l’a demandée ou au moins consentie car ces arrangements doivent toujours se prendre à la pluralité absolue de ceux qui ont droit de suffrage délibératif, c’est-à-dire, des Maîtres agrégés.

2°) Il faut savoir si les instructions sont toujours choisies et préparées de manière à pouvoir satisfaire ou réveiller l’appétit de la généralité ; car si c’était pour répéter toujours à peu près les mêmes, il serait bien difficile que la satiété ou même l’ennui ne s’y introduisent pas.

Je crois donc, mon V. & B. A. fre qu’il est nécessaire un autre plan qui puisse être agréable à tous, et de le concerter essentiellement avec le comité des ffres Ecoois.  auquel vous communiquez librement cette partie de ma lettre, étant l’élite des membres qui composent la Loge entière, ils doivent connaître et pourvoir dans une juste mesure à ses besoins. Ne connaissant point assez vos localités, je ne pourrai point proposer ici de règles absolues, mais seulement des conseils fondés sur les règles et les besoins ordinaires.

Il est indispensable de caser chaque mois, et s’il se peut dans la 1re huitaine du mois, une Loge de cérémonie suivie d’un banquet maç.dans laquelle on réserve, autant qu’il en est possible, la réception du 1er grade et même les promotions aux 2me & 3me.Si le travail ou la décoration employées ce jour là ne permettent pas  d’y introduire avant la fin les ffres d’un grade inférieur pour participer à l’instruction de clôture, ils ne sont invités ce jour là que pour l’heure du banquet. Si cependant les ffres réunis d’un gr. Supérieur trouvent plus convenable de choisir un autre jour pour le conférer, on est libre de le faire.

Si pour la Loge de cérémonies il n’y a point de réception à faire, le V. M. doit concerter avec les principaux officiers les plus instruits le plan des instructions & discours qui sont jugés convenables pour ce jour là parce que cette séance cérémonielle doit être exclusivement remplie par des réceptions, promotions ou instructions générales, et on doit ces jours là éviter de traiter des matières sujettes à de longues discussion, à moins qu’il y eut nécessité à une délibération très urgente.

Il est plus convenable de tenir 8 ou 15 jours après une Loge de délibération sans banquet, c’est-à-dire une séance spécialement réservée pour toutes les discussions et délibérations qui concernent l’administration de la Loge pour les scrutins de réception, d’agrégations, d’affiliations, de promotions au 2ème et 3ème gr. et enfin pour tout ce qui concerne les finances, la discipline et l’administration de la Loge. Voilà les deux seules tenues auxquelles la totalité des membres doit être astreinte ; savoir, comme on l’a déjà dit, une Loge de cérémonie et d’instruction, et une pour traiter toutes les affaires, dans lesquelles seules on doit tenir ouvert le registre des présents ; mais les jours affectés à ces deux tenues doivent être fixés invariablement par les règlements particuliers, soit pour toute l’année, soit pour chacune des deux saisons en particulier. Si on est dans le cas de changer de jour pour l’une ou l’autre, le choix de ces deux jours doit être délibéré par la totalité des ffres convoqués ad hoc sur la proposition faite pour tel ou tel jour par le comité des Ecsais dont le V. M. en est l’organe, de manière que tous les ffres sans exception sachent le premier janvier quels sont les jours fixés pour toute l’année pour l’une et l’autre [mot illisible] ; ce qui est le seul moyen de prévenir toute plainte et mécontentement bien ou mal fondé à ce sujet ; mais lorsqu’il s’agit d’affaires majeures comme par exemple un changement de local , un plan général de bienfaisance, etc., etc., etc. la Loge doit être convoquée extraordinairement et la lettre de convocation doit faire connaître à chacun quel sera l’objet de la délibération , si toutefois il n’exige pas le secret ; afin que chacun ainsi prévenu puisse faire un effort particulier pour y apporter son opinion et son suffrage. Et si l’affaire exige une maturité de réflexion, on doit laisser à tous les ffres le temps de faire les siennes sans précipitation et en envoyer la décision à une autre assemblée de huitaine, de quinzaine ou d’un mois suivant les cas. Les maîtres, membres agrégés, ont seuls voix délibératives pour décider toute question relative au financement et à l’administration générale de la loge. On peut donner dans ces cas là la voix consultative aux apprentis & compagnons présents pour les former peu à peu .

Il y a cependant partout quelques circonstances particulières qui conduisent aux suspensions entières des travaux pour un temps [mot illisible] ou seulement un changement de jour pour tenir les séances. Pour exemple à Lyon il était d’usage [mot illisible] de suspendre tous travaux [mot illisible] toujours pendant le mois des vendanges et par le même motif on devançait ou on retardait ceux qui tombaient sur les 10 à 12 jours de carnaval ; on croyait devoir des arrangements à la convenance générale des ffres de toutes classes. La sagesse de cet arrangement devrait s’étendre aussi chez vous dans le mois où se tient la foire de Beaucaire............

à ce genre de choses. Ces voix consultatives ne sont que la discussion, mais elles ne comptent point pour arrêter les délibérations. S’il s’agit d’un scrutin pour réception ou promotion aux gr. Supérieurs à celui d’apprenti les Maîtres qui ne sont qu’affiliés ont droit de suffrage définitif parce que ces réceptions ne regardent point la Loge seulement mais bien l’O.entier dont ils font partie. Si dans le courant du mois un fre demande d’être promu à un grade supérieur au sien, cette promotion ne devant jamais avoir lieu qu’après un ou plusieurs examens approfondis sur les gr. qu’il a déjà, le comité Ecsais toujours présidé par le V. M. nomme dans son sein parmi les ffres les plus instruits un comité d’examinateurs composé de 3 ffres au moins et de 7 au plus ; un plus grand nombre ne pourrait qu’embarrasser ou intimider l’examiné. Ce comité concerte le jour le plus convenable pour commencer les examens et si ce jour éprouve quelque obstacle majeur de la part de l’examiné, il doit être changé de concert avec lui. Sur le rapport fait en Loge de cet examen par le V. M. au nom du comité examinateur elle tient le scrutin d’admission ou de suspension jusqu’après un second examen.

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27 décembre 2010 1 27 /12 /décembre /2010 11:03

  Histoire de saint Jean d'Ecosse du Contrat Social

Mère Loge Ecossaise de France

Pierre Chevalier

Editions Ivoire Clair  

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 Ce livre ouvre aux lecteurs des pages qui compteront parmi les plus importantes écrites sur les heures les plus riches et troublées de l'histoire de la Franc-Maçonnerie.

Le Professeur Pierre Chevallier fut l'un des pionniers de l'histoire scientifique et moderne de la Franc-Maçonnerie. Chercheur infatigable, auteur d'une monumentale "Histoire de la Franc-Maçonnerie Française" et de livres incontournables comme "Les Ducs sous l'Acacia" et "La première profanation du Temple maçonnique", il nous lègue ici en son ultime ouvrage rien moins que l'étude d’un registre inédit de la Très Respectable Loge de Saint Jean d'Écosse du Contrat Social , mère-loge du XVIIIe siècle aux fondements historiques de ce qu'on a appelé "l'écossisme".

Si cette découverte est en elle-même passionnante, les éclaircissements originaux apportés par son inventeur rendent cette aventure au cœur de la démarche écossaise des plus remarquable. La vie et la sociabilité des Francs-Maçons du XVIIIe siècle, portées à nous par un auteur au sommet de son art et analysées de manière non moins éminente, revêtent un intérêt historique évident et rendent ce livre très humain et très actuel. Nous y croisons, entre autres, le Chevalier de Saint-Georges, véritable “star noire” du Siècle des Lumières, aux cotés de La Fayette. Pour les musiciens, il est le meilleur ; pour le tout-Paris, il est incontournable ; pour les révolutionnaires, il est des leurs.

Alain Le Bihan, diplômé de l'École pratique des Hautes Études et auteur d'ouvrages sur l'histoire de la Franc-Maçonnerie publiés par la Bibliothèque Nationale, participe également à ce texte capital. Les commentaires réfléchis qu'il porte sur chaque chapitre sont autant de contributions savantes et critiques formant pour ainsi dire un livre dans le livre, comme un second regard à la fois rigoureux et amical jeté sur ces vestiges du passé.

L’adaptation du texte manuscrit de Pierre Chevallier par Madame Dominique Morillon apporte à tous les lecteurs la connaissance des faits aux sources même de l’aventure des Hauts Grades écossais qui donneront plus tard naissance à l'écossisme.

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