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6 juin 2011 1 06 /06 /juin /2011 15:03

L'ATTRIBUTION CORRECTE DE SAGESSE, FORCE ET BEAUTE

AUX OFFICIERS DE LA LOGE FRANÇAISE.

Jean van Win

Est-il si surprenant de trouver, dans un rituel archaïque daté de 1758, Sagesse attribuée au Vénérable, Force au Premier Surveillant, et Beauté au Second Surveillant?

Auparavant, il est vrai, les rituels, les divulgations et les tableaux de loge mentionnent les attributions les plus fantaisistes et les plus variées.

De nos jours encore, certaine obédience belge irrégulière, la Grande Loge de Belgique, ignore l'attribution de Sagesse au Vénérable, et la conteste comme n'étant pas traditionnelle ! Et de nombreuses loges belges, pratiquant un rite endémique dit « Moderne Belge », donnent la Beauté au Vénérable Maître !

L'objection faite à une attribution "correcte" aussi précoce qu’en l’année 1758 repose sur le fait que semblable association n'apparaît, pour la première fois, que dans la divulgation Three Distinct Knocks (TDK 1760), ou : les Trois Coups Distincts.

Qu'en est-il?

La publication de TDK date en effet de juillet 1760. On peut déduire, compte tenu des délais de rédaction, de composition, de correction, d'impression, de rognage, de brochage,etc. que le texte reflète une situation rituelle prévalant déjà en 1759, et sans doute auparavant. Un an au plus sépare donc cette attribution de celle du rituel de 1758. On peut donc les concevoir, me semble-t-il, comme contemporaines.

D'autre part, l'énumération "correcte" Sagesse, Force, Beauté, dans cet ordre, apparaît successivement dans :

- Le Ms Wilkinson (1727) qui précise Sagesse pour inventer, Force pour soutenir, Beauté pour orner,

- Le Masonry Dissected (1730) qui reprend la même séquence.

- Le discours de Ramsay (1737), parle d'un Ordre dont la base est la Sagesse, la Force et la Beauté du génie.

- Le Catéchisme des Francs-Maçons (1744) nous dit : « trois colonnes: la Sagesse, la Force et la Beauté. La Sagesse, pour entreprendre ; la Force, pour exécuter ; & la Beauté, pour l'ornement ».

- La Déclaration Mystérieuse (1743)

- Le Sceau Rompu (1745).

De plus, nous savons que, contrairement à la maçonnerie des Antients, les loges "modernes" postaient les surveillants à l'Ouest. Sans entrer dans les détails, n'est-il pas admissible de penser que l'attribution au Vénérable, au Premier Surveillant et au Second Surveillant s'est faite quasi automatiquement, dès lors que les chandeliers ont connu, dans certaines loges écossaises, la disposition SE, SO et NO, au lieu du classique NE, SE et SO des loges modernes ?

L'association Sagesse - Force - Beauté / Vénérable - Premier et Second Surveillants n'est pas « moderne ». Elle n'est pas héritée de la maçonnerie de 1717, mais bien de la maçonnerie des Antients. Aucun rituel, aucune divulgation française n'en fait état, sauf le rituel de 1758.

La première loge moderne à montrer l'attribution correcte se trouve dans Schibboleth (1765).

Par contre, l'iconographie du temps, en France, sans être formelle, montre une position des flambeaux dite "écossaise" qui peut être identifiée comme étant SE, SO, NO, position qui deviendra celle du rite « moderne belge ».

Il serait vain et présomptueux de refaire les études fouillées qui ont été consacrées à l'attribution correcte de Sagesse, Force, Beauté. Régulièrement, depuis 1727, tout semble converger pour mener, un jour, à la connexion entre Sagesse, Force, Beauté et Salomon, Hiram de Tyr, Hiram Abif, les chandeliers du SE, SO, NO, et le Vénérable, le Premier et le Second Surveillants.

Tout ceci a dû connaître une gestation lente et progressive.

Ce que TDK réalise, en 1760, c'est un aboutissement: la formulation claire de l'association.

Je constate que deux ans auparavant, en 1758, un Vénérable de langue française dicte la même idée à son copiste/secrétaire. Convergence de déductions ? Une telle formulation d'un usage nouveau ne peut être subite. Nous savons que l'auteur de TDK, devenu abusivement membre d’une loge à Paris, se rend ensuite à Londres où il visite une loge des Antients. Les contacts entre Paris et Londres étaient apparemment fréquents (« There was frequent contact between London and Paris, so mutual influence is likely »).

Harry Carr, se référant à certaines divulgations françaises antérieures à 1760, écrit qu'elles sont « sufficient to show how far the English texts of the 1760's reflected, or had been influenced by the European developments during the 30-year gap ».

Un exemple divertissant est fourni par la divulgation Mahhabone, imprimée en 1766 à Liverpool. L'auteur avoue avoir essayé dès 1753 de publier son livre. Cette compilation de divulgations préexistantes contient plusieurs mots qui n'apparaissent pas dans la maçonnerie anglaise, et des phrases à la construction grammaticale inconnue, incorrecte et franchement comique pour un Britannique: « Venerable Master… the Acacia is known to me… A terrible Brother… I came to conquer my Passions and correct my vices ».

Le plagiat de divulgations françaises, notamment, Le Maçon Démasqué (1751), est naïvement évident, et confirme que dans les années 1750-60, l'information maçonnique traversait le Channel dans les deux sens avec une certaine intensité.

La présence de l'attribution correcte sur le Continent, deux ans avant TDK, ne paraît pas de nature à disqualifier l’émergence d’une déduction pratiquement simultanée sur les deux rives de la Manche, ce qui semble plus acceptable que l'hypothèse d'une copie, faite par l'un et l'autre, d'un troisième document, commun et antérieur, perdu aujourd'hui, et dont nul n'a jamais entendu parler…

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5 juin 2011 7 05 /06 /juin /2011 22:19

« Que venons-nous faire en loge ? »

Jean van Win

L’examen de cette phrase est important pour deux raisons. La première, afin de déterminer si elle est traditionnelle, c'est-à-dire si elle fait partie du corpus doctrinal de notre Fraternité, ou bien si elle constitue un de ces innombrables ajouts que la fantaisie des générations successives de frères a déversés dans nos pratiques. La seconde, c’est d’essayer de saisir, par la ou les réponses apportées, les raisons pour lesquelles la Fraternité maçonnique fut un jour créée, et donc les objectifs qu’elle poursuivait vraiment à l’origine.

***

Les très anciens rituels, remontant avant 1770, sont très rares. Ce sont les divulgations anglaises postérieures à 1760 et surtout françaises pour la période 1730-1760 qui nous donnent des indications précises sur les rituels authentiques des origines. La plus ancienne trace que j’aie trouvée de la réponse rituelle à cette question est datée de 1738, dans la divulgation « La Réception Mystérieuse » :

Q : Que venez-vous faire ici ?

R : Je n’aspire point à suivre ma propre volonté, mais plutôt à vaincre mes passions, tout en suivant les préceptes des maçons, et à faire des progrès quotidiens dans cette profession.

En 1745, soit 7 ans plus tard, la divulgation « Le Sceau Rompu » contient la réponse suivante :

Q : Que venez-vous faire ici ?

R : Vaincre mes passions, soumettre mes volontés et faire de nouveaux progrès en maçonnerie.

Enfin, la divulgation « La Désolation des Entrepreneurs Modernes », texte publié en 1747, dit ceci :

Q : Que venez-vous faire ici ?

R : Conquérir mes passions, soumettre mes désirs et faire des progrès plus avancés en maçonnerie.

La même idée est exprimée différemment dès l’aube de la franc-maçonnerie française. Dès 1749 en effet, « Le Nouveau Catéchisme » de Travenol dit :

Q : Quels sont les devoirs d’un maçon ?

R : De fuir le vice et de pratiquer la vertu.

Le thème rousseauiste du vice et de la vertu est très populaire à l’époque. Ce thème s’exprime le plus souvent par la réponse convenue :

Q : Que fait-on en loge ?

R : On y creuse des cachots pour le vice et on y élève des temples à la vertu.

Ce thème apparaît dès 1749, conjointement avec celui des passions à vaincre, de la volonté à soumettre, et des progrès à réaliser. On le retrouve en 1758 dans le rituel inédit que j’ai publié dans les Acta Macionica n°10 page 87 :

Q : Que vient faire un maçon en loge ?

R : Il vient vaincre ses passions, soumettre ses volontés et faire de nouveaux progrès dans la maçonnerie.

Ces deux répliques conjointes, ou l’une des deux seulement, se retrouvent donc avec une grande constance dans la maçonnerie du temps de Louis XV. Le premier rituel rectifié, qui date de 1778, mentionne dans la première section de l’Instruction de l’Apprenti Maçon par demandes et réponses :

Q : Que venez-vous faire en loge comme apprenti ?

R : Je viens apprendre à vaincre mes passions, à surmonter mes préjugés, et à soumettre ma volonté, pour faire de nouveaux progrès dans la franc-maçonnerie.

On les retrouve ensuite dans « le Recueil précieux de la Maçonnerie adonhiramite » de Guillemain de Saint Victor, en 1783-1785. Puis, en 1788, dans un rituel de la maçonnerie française, sous le nom de « Recueil des 3 premiers grades publié par un ex-Vénérable d’une loge régulière » ; enfin, tant le Régulateur du Maçon de 1801, qui concrétise la liturgie rituelle du XVIIIe siècle français, que le Guide des Maçons Ecossais de 1804, publié entre 1814 et 1820, mentionne aussi ces mêmes répliques.

Et puis, les éditions suivantes, tant écossaises que françaises, conservent toujours la réponse en trois volets : « vaincre mes passions, soumettre ma volonté, faire des progrès ».

En conclusion, l’étude de l’histoire de la maçonnerie et de ses rituels nous montre, une fois de plus, la très grande constance de ces deux répliques. Cette constance révèle que, d’une part, elles sont bien traditionnelles, et que, d’autre part, elles traduisent une préoccupation doctrinale essentielle. Quelle est cette préoccupation ?

Elle est évidemment et prioritairement d’ordre moral.

Le Régulateur de 1801 insiste sur l’examen de la vie et des mœurs du proposé, mais aussi sur son caractère, la nature de ses penchants habituels, de ses défauts, et surtout s’il n’a pas quelque vice. Les rapports des trois commissaires doivent être favorables à tous ces égards.

Ceci rejoint, bien entendu, la définition classique donnée par la franc-maçonnerie anglaise du XVIIIe siècle, à savoir : « La Franc-Maçonnerie est un système particulier de moralité, voilé par des allégories et illustré par des symboles ».

Moralité : ceci nous amène à une constatation importante. L’objet de la maçonnerie est d’ordre moral et rien d’autre.

La Fraternité n’a pas pour objet la connaissance de Dieu, objet qui relève des religions. La Fraternité n’a pas pour objet la connaissance du monde, de son origine, de son fonctionnement et de son éventuelle finalité : ceci relève des sciences. La Fraternité n’a pas du tout pour objet l’amélioration de l’économique ou du politique, ceci relève de l’organisation civile de l’homme.

L’objet de la maçonnerie est, au départ d’un homme libre et de bonnes mœurs assimilé à une pierre brute, de construire un homme moralement développé, comparable à une pierre taillée, capable de s’insérer dans l’édification d’un temple digne de recevoir le Grand Architecte.

Les grades conférés dans toutes les échelles initiatiques en franc- maçonnerie, poursuivent tous un but moral, et rien d’autre.

Soit qu’ils mettent en évidence telle ou telle vertu (fidélité, courage, abnégation, constance, tempérance, force, justice, clémence, humilité, foi, espérance, charité, etc…), soit qu’ils fustigent et détruisent les vices, tels l’ambition, la cupidité, l’envie, le despotisme, l’intolérance, le dogmatisme obtus. Ce dernier objectif anti-vice fait l’objet des grades maçonniques noirs dits « grades de vengeance », auxquels Willermoz n’a absolument rien compris. Il avait dû très mal lire Saint Bernard, qui est sans équivoque quant à nos devoirs envers les ennemis de la vertu. La truelle d’une main, certes, mais l’épée de l’autre !

L’accroissement du capital de moralité de l’homme rendu lucide et déterminé par les initiations successives passe par deux obligations : d’abord, par l’exaltation et la construction des vertus et donc du bien ; ensuite, par l’exécration et la démolition des vices, et donc du mal. Voilà ce que nous venons apprendre à faire en loge. Et notons bien qu’il s’agit de faire, et non seulement de parler.

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31 mai 2011 2 31 /05 /mai /2011 17:11

Deux Loges de la Martinique, MAWONAJ de la Grande Loge Mixte Universelle et EMPREINTE HUMANISTE de la Grande Loge Mixte e France, pratiquent la Chaine d'Union en français et en créole.

Voici le texte:

Que nos cœurs se rapprochent en même temps que nos mains.

Ki tjè nou jwenn an menm tan ki lanmen nou.

Que l'amour fraternel unisse tous les anneaux de cette chaîne formée librement par nous.

Ki lanmou fraternel lyanné tout lanno chenn tala nou menm fowmé a.

Comprenons la grandeur et la beauté de ce symbole. Inspirons nous de son sens profond.

Annou konprann grande ek lafos bel senbol tala. Annou kité'y limen asou chimen nou.

Cette chaîne nous lie dans le temps comme dans l'espace. Elle nous vient du passé et tend vers l'avenir.

Chenn tala ki ka lyanné nou an, pa ni pyes laliman : ni laliman tan, ni laliman lespas. I sôti an fondok tan ki pasé pou klèsi tan dèmen.

Par elle, nous sommes rattachés à la lignée de nos ancêtres, nos maitres vénérés qui la formaient hier.

Gras a li, nou lyanné épi chimen zanset nou, met vénéré nou ki té ka fowmé an tan yo.

Par elle, doivent s'unir les Franc-maçons de tous les rites, de toutes les cultures et de tous les pays.

Chenn lyannaj tala pou lyanné tout franmason, ki si swa zouti yo, ki si swa kilti yo ek ki si swa péyi yo.

Enrichissons-la de nombreux et solides anneaux de métal pur.

Annou anrichi'y épi anlo lanno métal solid ek ki pa ni pyes fébles.

Et, élevant nos esprits vers l'idéal de notre Ordre, efforçons-nous de rapprocher tous les hommes et toutes les femmes par la fraternité.

Ek, ka levé lespri nou woté lidéyal Lafranmasonri, annou fôsé ko nou lyanné tout nonm ek tout fanm épi chenn lafraternité.

Franc-maçons, étendons la main droite. Promettons de conserver les uns pour les autres la plus fraternelle affection et de travailler sans relâche à réaliser la Fraternité universelle.

Franmason, annou lonjé lanmen dwet nou. Annou pwomet yonn douvan lot pli gran lanmou fraternel ek travay san répi pou Fraternité tout nonm oliwon latè a.

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31 mai 2011 2 31 /05 /mai /2011 12:58

Cantique pour la fête de la Saint Jean d’hiver

R.L. La Parfaite Union Or . de Douay

5803

 1

Le signal est donné par

les nombres mystiques,

Par de joyeux cantiques,

Dans un accord touchant et fraternel,

Chantons de la St Jean le retour

solennel.

Apprentis, Compagnons

Et respectables Maîtres,

Chantons,

Répétons, répétons,

Ainsi que de tous temps

Ont chanté nos ancêtres :

Gloire aux généreux Fondateurs

De la Maçonnerie !

Gloire aux vertueux sectateurs

De sa douce philosophie !

 2

Salut, gloire au mont révéré

Dont l'orgueilleuse cime,

Dans un lieu terrible, assuré,

Conserve le dépôt sacré

De notre doctrine sublime !

Salut, gloire aux Maçons

    Dans les deux hémisphères,

      Dont les mêmes leçons

    Font un peuple de Frères !

      Elus, Grands Écossais,

       Chevaliers d'Orient,

 Souverains Rose-Croix, sublimes

            Dignitaires,

     De nos derniers secrets,

        Sages dépositaires,

   Vous qui de l'amitié placez le

             sentiment

Au rang de nos plus doux mystères,

             Chantez,

        Avec nous répétez,

Ainsi qu 'en tous pays font aujourd'hui

           nos Frères :

 Gloire aux généreux Fondateurs

       De la Maçonnerie !

  Gloire aux vertueux sectateurs

    De sa douce philosophie !

 3

Dieux ! Quelle éclatante lumière

 Vers l’Orient frappe mes yeux !

 Oh ! d’un anneau sublime, effet

           prodigieux !

 Quelle subit sur ce Temple

             s'opère !

       Ses murs ont disparu,

    Sa voûte est dans les cieux,

   Sa base au centre de la terre,

  Je vois l'élite des humains

    Se tenant par les mains,

       Avec nous répètent

   Ces vœux de tous les temps

   Pour l'Ordre maçonnique :

Gloire aux généreux Fondateurs

       De la Maçonnerie !

 Gloire aux vertueux sectateurs

   De sa douce philosophie !

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31 mai 2011 2 31 /05 /mai /2011 12:48

Le Temple est décoré au Premier Grade.

A l’Orient est préparé un plateau avec des branches de sapin.

On peut ajouter des plantes vertes à l’Orient.

(La lumière est très basse)

Le Vénérable :

Frère Premier Surveillant, dans quel but sommes-nous réunis aujourd’hui ?

Le Premier Surveillant :

Pour célébrer la mémoire de Saint Jean l’Evangéliste.

Le Vénérable :

Frère Second Surveillant, à quel moment de l’année les Maçons célèbrent-ils cette fête ?

Le Second Surveillant :

Les Maçons célèbrent la fête de Saint Jean l’Evangéliste au solstice d’hiver, lorsque le soleil disparaît au dessous de l’horizon et que, dans son éclat, ne restent plus que de pâles et vagues lueurs, qui parviennent à peine à éclairer la terre.

Le Vénérable :

Mes Frères, depuis que nous avons célébrés la saint Jean d’Eté, la Fête de Saint Jean le Baptiste, la Lumière s’est progressivement affaiblie. Insensiblement, pendant que nous nous trouvions dans l’euphorie des réalisations, les ténèbres ont envahi notre Temple, nos esprits, nos cœurs. Nos œuvres se sont détachées de nous. Nous les avons contemplées d’abord avec une légitime fierté, nous les avons admirés avec vanité, nous abusant sur leur portée. Nous avons perdu le sens du vrai. Tels les juifs qui se sont prosternés devant le Veau d’or, nous devînmes admiratifs de nos créations, souvent même nous avons incité les autres à en louer la grandeur alors qu’elles n’étaient que de petites pierres dans la construction du Temple.

Frères Surveillants, qu’est devenue le Lumière ?

Le Premier Surveillant :

Très Vénérable, ma colonne disparaît dans les ténèbres qu’aucune lumière ne perce.

Je cherche en vain mes ouvriers….

Auraient-ils, eux aussi, succombé à la tentation profane de dompter le onde, de le plier à leur égoïsme au lieu de s’intégrer dans l’universalité des êtres.

Le Second Surveillant :

 Très Vénérable, la lune répand une lueur pâle sur ma colonne. Le soleil a disparu derrière l’horizon, ne nous faisant parvenir indirectement que quelques rayons.

Les Apprentis ne perçoivent plus que faiblement ce à quoi il doivent tendre. Ils restent cependant prêts au travail.

L’Orateur :

Les Maçons quelque soient leurs grades et qualités, ne devraient jamais oublier qu’ils restent toujours des Apprentis.

Rentrons en nous-mêmes mes Frères, reprenons le maillet et le ciseau afin de nous débarrasser des impuretés qu’une vaine ambition et un intérêt mesquin ont pu y laisser.

L’obscurité règne en nos cœurs et nos esprits comme elle règne dans ce Temple.

Travaillons au retour de la Lumière.

(Musique)

Le Vénérable :

Frère Second Surveillant, vous qui apprenez le Métier aux Apprentis, dites-nous comment nous pouvons retrouver le chemin de la Lumière.

Le Second Surveillant :

Très Vénérable, l’histoire de l’humanité nous apprend que toute connaissance trouve sa source dans la travail. Le Travail n’est pas une punition que Dieu aurait infligé à l’homme chassé du Paradis terrestre. C’est la prise de conscience par l’homme de ses possibilités et de soi-même. C’est le moyen dont il dispose pour bâtir son Paradis. Malheur à lui cependant s’il s’en détache, si son travail lui devient étranger, si ses mains ne s’ouvre que pour recevoir l’or du lucre. Seul l’homme qui taille inlassablement son moi trouvera le chemin de la Lumière.

Le Vénérable :

Frère Premier Surveillant, le travail seul suffit-il pour acquérir la Lumière ?

Le Premier Surveillant :

De la Création, seul l’homme travaille Très Vénérable. Son activité n’est pas celle de l’animal, laquelle n’est qu’une répétition des mêmes gestes eu cours des cycles saisonniers. Par son travail, l’homme apprend à connaître la matière. Il d »couvre l’enchaînement des phénomènes. Il peut aussi prétendre à une certaine maîtrise de la matière.

Mais sa connaissance serait bien pauvre si elle n’était qu’un enregistrement des faits. L’homme, seul parmi tous les êtres, est capable d’établir des relations entre les faits, de formuler des principes et d’en tirer des déductions. S’il a pu progresser jusqu’à défier les astres, s’il est parvenu à maîtriser les forces les plus rebelles de la nature, si, un à un, il arrache à cette nature mystérieuse ses secrets, c’est grâce à sa raison. Le travail et la raison sont un tout. Sans le travail, la raison n’existe pas, sans la raison, il n’y aurait pas de travail constructif.

Comme le lune, qui brille dans la nuit, nous fait découvrir le soleil, ainsi le travail nous fait découvrir la lumière de la raison, qui est à l’homme ce que le soleil est à la terre.

Le Vénérable :

Que le soleil brille donc dans le Temple.

(L’éclairage est forcé à l’Orient)

(Musique)

Le Vénérable :

Frère Orateur, sommes-nous suffisamment préparés maintenant pour recevoir toute la Lumière.

L’Orateur :

Non, Très Vénérable. Quoique Raison et Travail soient de très précieux instruments, ils n’en sont pas moins insuffisants.

Le travail peut devenir un instrument d’asservissement, d’aliénation. Au lieu de se libérer par le travail, l’homme ne cherche souvent qu’à se libérer du travail.

Paradoxalement, il s’encombre de nouveaux besoins dont la satisfaction exige une activité toujours plus frénétique, une aliénation toujours plus profonde.

Par son travail, l’homme crée ainsi sa solitude ; son égoïsme crée un monde dans lequel ses frères deviennent ses ennemis. La raison seule n’a pas non plus la force de guider l’homme vers la connaissance. Alors qu’elle lui fait découvrir les secrets de la nature, elle le détourne de lui-même. Il emploie sa science à la domination d’autrui.

Le Vénérable :

Frère Orateur, nous possédons donc les moyens de faire jaillir la Lumière, et cependant, avec ces outils, nous approfondissons les ténèbres.

Ne voyez-vous aucun moyen pour sortir de cette contradiction ?

L’Orateur :

Si, Très Vénérable, l’Amour.

(Musique douce)

Le Vénérable :

Frère Orateur, que signifie la flamme allumée à l’Orient ?

L’Orateur :

Très Vénérable, c’est la flamme de l’Amour.

L’Amour qui est la connaissance intime des êtres.

Par l’amour qui est le lien intime reliant la sagesse d’aujourd’hui à celle d’hier. L’amour qui est le sens de la tradition, transformant le passé en présent actif.

L’amour donne à la sagesse sa FORCE génératrice.

Le Vénérable :

Frère Second Surveillant, que signifie la flamme allumée sur votre colonne ?

Le Second Surveillant :

Très Vénérable, c’est la flamme de l’Amour.

L’amour est la source de toute création. Toute création porte en elle in étincelle de cet Amour. Le Franc-Maçon est l’homme qui a découvert en lui cette étincelle et qui veut l’activer jusqu’à ce qu’elle devienne une flamme brillante. Un homme qui a la ferme volonté de se aire consumer par son feu pour que, tel le Phénix, il renaisse purifié, marchant sur le chemin de la vérité, capable enfin de créer lui-m^me dans la beauté.

(Musique)

Le Vénérable :

Mes Frères, les Francs-Maçons célèbrent aujourd’hui la Saint Jean d’Hiver parce que Jean l’Evangéliste à apporter au monde un message d’amour.

L’amour, c’est l’espoir d’une nouvelle vie. L’amour, c’est illumination intérieure qui nous anime. L’amour chasse les ténèbres.

Aujourd’hui cet espoir, cet amour est symbolisé par le sapin dont les aiguilles ne perdent jamais leur couleur verte. Le vert est la couleur attribué à Jean l’Evangéliste, comme elle était celle d’Ather en Egypte, de Janus qui connaissait le passé et l’avenir, de Fraya la déesse de la Lumière et de la Fécondité chez les Germains.

Le vert symbolise l’Espérance et l’espoir de la Lumière.

Comme l’arbre de la Saint Jean ou de Noël s’embrase à l’intérieur des foyers, ainsi la flamme de l’initiation illumine nos cœurs et en chasse les ténèbres.

Frères Premier et second Surveillants, veuillez m’aider à dédier ce Temple à l’Amour.

Mes Frères, debout et à l’ordre.

(La lumière est portée à son maximum)

(Musique douce)

Le Maître des Cérémonies va chercher les deux Surveillants qui se placent face à l’autel du Vénérable.

Le Vénérable vient se placer entre eux.

Le Maître des Cérémonies présente les rameaux de sapin dans une corbeille.

Ils en prennent chacun un et le place sur l’autel dans un vase en disant :

Le Vénérable :

SAGESSE

Le Premier Surveillant :

FORCE

Le Second Surveillant :

BEAUTE

Ils regagnent leur place.

Le Vénérable :

Prenez place, mes Frères.

Frère Maître des Cérémonies, veuillez distribuez les rameaux de sapin à tous les Frères.

Ceux-ci les mettent à la boutonnière.

(Musique)

Le Vénérable :

Frère Second Surveillant, nous venons de raviver la Lumière en nous.

Comment pouvons-nous la faire jaillir pour qu’elle éclaire notre Temple.

Le Second Surveillant :

Très Vénérable, nous avons découvert que la Lumière de l’Amour brille en tout homme. Mais l’homme ne peut la répandre s’il ne devient complètement lumière lui-même. Il doit faire sienne la parole de Bouddha : « Sois ta propre lampe ». Cette lumière lui fera découvrir son unité profonde de matière et d’esprit. Il prendra conscience aussi que son existence n’est pas une existence isolée mais participe de la substance même de l’univers.

Le Vénérable :

Frère Premier Surveillant, que pouvons-nous faire pour que plus de lumière encore éclaire notre Temple.

Le Premier Surveillant :

Très Vénérable, nous avons découvert que le lumière de l’Amour brillant en l’homme n’est pas une flamme perpétuelle. Chaque instant qui passe la remet en question. Celui qui s’arrête à la concrétisation d’un seul idéal risque de s’égarer dans le dogmatisme et la stérilité.

Celui, au contraire, pour qui chaque réalisation appelle une nouvelle idéalisation, pour qui la mort est génératrice d’une vie nouvelle, celui-là poursuivra son ascension vers la connaissance.

Le Vénérable :

Frère Orateur, que pouvons-nous faire pour que toute la lumière se fasse dans notre Temple ?

L’Orateur :

Très Vénérable, notre Frère Goethe a résumé l’ascension vers la Lumière dans les mots : « Stirb und werde » : « Meurs et deviens ». En effet, la résurrection se fait toujours à partir d’un mort qui paraît définitive. Le nouveau devenir n’est pas étranger à cette mort nécessaire, il en est au contraire la conséquence pleine de problème.

Le « Stirb und werde » de Goethe exprime la Tradition qui nous relie au passé et à l’avenir.

Nous devons être les maillons solides de la Tradition symbolisée par notre Chaîne d’Union.

(Musique)

Le Vénérable :

A ce moment de l’année, seule la Lumière de l’Esprit brille dans les ténèbres. Cette Lumière de l’Esprit est faite d’Amour et d’Espoir

Se répandant sur les êtres et les choses, elle génère la Vie. La Saint Jean d’Hiver, la fête de l’Evangéliste apporte la vision d’une Vie nouvelle, d’un renouveau de la Lumière.

L’Orateur :

Il y eu un homme envoyé de Dieu

son nom était Jean

Il vint pour servir de témoin

pour rendre témoignage de la Lumière,

afin que tous crussent par lui.

Il n’était pas la Lumière

mais il parut pour rendre témoignage de la Lumière.

Cette Lumière, était la véritable Lumière

qui, venant dans le monde

éclaire tout homme.

Elle était dans le monde

et le monde a été fait par elle

et le monde ne l’a point connue.

Le Vénérable :

Mes Frères, nous venons de raviver la Lumière en nous et dans le Temple.

Nous sommes prêts à commencer un nouveau cycle de travail.

Puis-t-il être fructueux.

Gardons toujours intact en nous le feu de l’Amour.

Activons en la flamme pour qu’elle illumine le Temple.

Faisons la rayonner dans les ténèbres du monde profane.

Qu’on reconnaisse toujours en nous les Vrais Enfants de la lumière.

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10 mai 2011 2 10 /05 /mai /2011 19:20

Merci à notre frère ZENON, qui vient de nous adresser ce document maçonnique exceptionnel et de toute beauté.

De quoi s'agit-il ?

D'un tablier réalisé dans l'esprit des tabliers du XVIIIè et qui transcrit picturalement et symboliquement cet épisode rituélique du 9è Maître. Sa création vient d'être terminée.

/////////

« Tablier au Neuvième Maître »

2011, Rite Français variante « Salvador Allende – Louise Michel », 34,7 × 35,5 cm

 tablier

 

 Peau d'agneau pyrogravée et peinte par Tabliers "éva" - meb5@wanadoo.fr

 

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10 mai 2011 2 10 /05 /mai /2011 19:07

L’ésotérisme des bâtisseurs de cathédrales.

Jean van Win, SPRC

La phrase composée de la sorte comporte trois concepts distincts : d’abord, celui de l’ésotérisme, ensuite, celui des bâtisseurs ou constructeurs, enfin celui de la cathédrale, c’est à dire du plus grandiose des monuments de la catholicité romaine.

Ces trois éléments juxtaposés reflètent une croyance partagée par certains maçons : les bâtisseurs de cathédrales pratiquaient entre eux, et gravaient dans la pierre des églises, collégiales et cathédrales, le message et les signes d’un ésotérisme qui, pour certains auteurs de la fin du XIXe siècle, devient pure hérésie, voire anticléricalisme si ce n’est athéisme.

Voyons rapidement chacun de ces concepts séparément, avant de comprendre, car il est bien davantage question de comprendre que d’adhérer.

L’ésotérisme.

L’ésotérisme est une façon de penser qui concerne la vie intérieure et qui se manifeste dans la discrétion voire dans le secret. De même que le symbole, dont seul un petit nombre peut saisir le sens, écrit Marie-Madeleine Davy dans son indispensable « Initiation à la Symbolique romane », parue chez Flammarion.

L’ésotérisme est un mode de pensée universel, à la fois dans le temps et dans l’espace. Il y a ésotérisme lorsqu’il y a connaissance réservée à des élus et dévoilée dans le secret. Cette pensée remonte aux temps les plus anciens. On la retrouve abondamment en Grèce. Ensuite à Rome, chez les Celtes et les Etrusques et les Germains, au sein même du christianisme avec diverses traditions secrètes dont le gnosticisme ; au moyen âge avec les Templiers, les Cathares, la légende du Graal, les grands poètes dont le plus grand est sans doute Dante, avec l’alchimie, la divination, la magie, l’astrologie ; à la Renaissance avec Paracelse et une floraison de penseurs et d’écrivains ésotéristes ; au XVIIe siècle avec la Rose-Croix, et au XVIIIe siècle avec les sciences occultes, la théosophie naissante ; au XIXe siècle avec les sciences occultes envahissantes, le théosophisme affirmé et l’école de Papus, au XXe siècle avec un récapitulatif de tout ce qui précède, affublé du bien commode préfixe : néo.

Une constatation d’ensemble : l’ésotérisme semble l’apanage d’intellectuels et de penseurs à tout le moins lettrés, c’est à dire capables de lire et d’écrire, et surtout libres de penser en marge des cadres imposés.

La question posée revient donc à savoir si, dans tout ce fatras omnidirectionnel, les bâtisseurs de nos cathédrales ont pu constituer un vecteur de l’un ou l’autre de ces systèmes secrets variés.

L’existence d’un ésotérisme chrétien est à la fois affirmée par certains, dont évidemment Guénon qui y voit « le côté intérieur de la tradition chrétienne », mais il est rigoureusement récusé par d’autres, et principalement par l’Eglise catholique romaine, qui nie absolument l’existence de la moindre dimension ésotérique dans la doctrine chrétienne.

En effet, comment concilier des affirmations contradictoires telles « ne donnez pas de perles aux pourceaux », Matthieu VII, 6, avec « ce que je vous dis dans les ténèbres, dites-le au grand jour », Matthieu X, 27.

De même aussi, comment concilier l’affirmation « on n’allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau mais bien sur un lampadaire pour éclairer au grand jour », avec son contraire absolu « étroite est la porte et resserré le chemin qui mène à la vie, et il en est peu qui le trouvent », Matthieu VII, 6.

A l’examen des textes chrétiens, tant canoniques qu’apocryphes, on peut donc recourir à nombre de références qui étayent tout et son contraire. Par exemple, d’une part, la croyance en un ésotérisme chrétien provenant de la pensée même de Jésus marquée d’un supposé sens occulte contenu dans ses paraboles, et, d’autre part, l’absence totale et même le refus de ce mode de pensée dans la doctrine qu’il a prêchée.

Les bâtisseurs, ou maçons opératifs.

Ainsi donc, s’il existe un ésotérisme chrétien, ou des traces de toute autre pensée ésotérique ayant une origine différente au sein du christianisme, les ouvriers qui ont bâti les merveilleuses cathédrales en ont-ils constitué le vecteur ? Voyons-les donc tels qu’ils étaient, à la fois spirituellement et sociologiquement

Au XIIe siècle, l’art de bâtir est dirigé par le maître d’œuvres, qui est à la fois architecte et ingénieur, voire même entrepreneur. Son statut social est souvent très important. Il possède des maisons, parfois un château. Il signe souvent ses ouvrages. Gagnant jusqu’à vingt fois le salaire d’un ouvrier qualifié, il est proche du pouvoir dont dépend sa fortune, et il en partage bien des privilèges. On l’appelle aussi le Maître Maçon. C’est lui qui dispose d’une formation, empruntée à Pythagore et à Euclide notamment. Nous devrions en retrouver des traces dans notre grade de compagnon maçon….

Quant au maître de l’ouvrage, il est souvent constitué par une collectivité religieuse, monastère, cloître ou chapitre de chanoines. Il regroupe les seuls lettrés du temps, le clergé séculier connaissant à diverses époques un état voisin de la décrépitude. Les moines sont souvent eux-mêmes à la fois maîtres de l'ouvrage et maîtres d'oeuvres. Il y a d’autre part des écoles ou collèges de bâtisseurs, qui connaissent des formes diverses et hiérarchisées d’organisations corporatives, et ce tout au long du moyen âge. Ces ouvriers travaillent pour compte des chanoines et des chapitres constitués en conseils privés pour les évêques. La main d’œuvre abondante et non qualifiée est recrutée dans la classe des déracinés : serfs en fuite, fils de paysans, enfants de familles nombreuses, auxquels s’ajoutent des ouvriers spécialisés, tels les maçons et les tailleurs de pierre. Cette dernière catégorie comportait tant les « dégrossisseurs de moellons » (rough stones masons) que les tailleurs-sculpteurs (free stones masons, en abrégé freemasons ou frimaçons sous le cardinal Fleury), la notion contemporaine et distincte d’artiste étant alors inconnue et inexistante.

Tout ce personnel était illettré. Les comptes de salaires sont truffés d’erreurs d’addition que ne commettrait pas un enfant de 10 ans de nos jours. Les marques de tâcherons, de carrier et les signes de pose sont des graffiti rudimentaires palliant la méconnaissance généralisée de l’alphabet.

Cette main d’œuvre illettrée est profondément catholique romaine, comme la totalité de la société du temps. La culture est aux mains exclusives des clercs. La composition des images religieuses relève de principes imposés par l’Eglise catholique, codifiés avec précision, et dont tout écart est puni. Les sculpteurs racontent l’histoire sainte aux fidèles, eux aussi illettrés, selon une tradition chrétienne dont les moines et les maîtres d’œuvre sont les exclusifs et vigilants dépositaires.

Y eut-il un secret des Maçons ? Divers règlements corporatifs révèlent qu’à la fin du moyen âge, des engagements devaient être pris de ne pas révéler « certains trucs du métier », et rien de plus. Cette obligation du secret n’était du reste pas particulière aux métiers du bâtiment, mais concernait la plupart des métiers syndicalement organisés. Les cordonniers et les serruriers avaient la leur…

Knoop et Jones, avant l’école française, ont étudié à fond l’ensemble des Old Charges anglaises, c’est à dire les Anciens Devoirs. Tous ces manuscrits, sortes de règlements ou constitutions professionnels, préconisent sévèrement ceci : « le premier devoir du Maçon est de fuir l’hérésie, et aussi d’aimer Dieu, la Sainte Trinité, la Vierge Marie, tous les saints et la Sainte Eglise, de ne pas se quereller et d’être discrets ».

Il existe plus d’une centaine de ces manuscrits, qui vont de 1389 à 1722. Les principaux textes sont : le Ms Regius, datant de 1389 ; le Ms Cooke, du début du XVe siècle ; le Ms Plot datant de 1686 ; le Ms Grand Lodge date de 1583 ; le Ms Roberts date de 1722. Ils ne contiennent absolument rien qui soit de nature ésotérique, observent Knoop et Jones. Ils furent rédigés par quelques moines pieux et étaient destinés à être lus lors de quelque grande occasion aux « ouvriers totalement illettrés, profondément crédules et superstitieux », ainsi que les décrit Bernard Jones.

La cathédrale.

Monument grandiose et manifeste éclatant de la dogmatique romaine, la cathédrale est le symbole vivant de la toute puissance de l’Eglise, mais aussi de la spiritualité chrétienne la plus authentique. La cathédrale est symbole. Sa fonction même est d’ordre symbolique, dans une société théocratique et théocentrique, dans laquelle tout possède une signification spirituelle et symbolique qui ramène à Dieu. Elle est aussi enseignement.

Marie-Madeleine Davy écrit que « la foi pénètre l’existence, ou mieux, elle EST l’existence ». Les moines, et personne d’autre, ont aussi conservé, vaille que vaille, des lambeaux de traditions symboliques venues de Mésopotamie, d’Egypte, de Perse, de Chine, d’Inde et de Palestine, toutes régions d’où proviennent les éléments exotiques qui ornent parfois chapiteaux et portiques.

L’alchimie y a sa place, nullement ésotérique au sens moderne du terme. Elle est intégrée dans l’univers symbolique de la cathédrale. Certains prélats s’adonnent du reste à l’Art Royal, alors que d’autres s’y opposent et le rejettent. Mais au XIIe siècle, l’alchimie est une discipline, à la fois naturelle et hermétique, ce qui n’est nullement un péché. L’alchimie sert à rappeler au fidèle, parmi d’autres imageries allégoriques, qu’il est le temple de Dieu ; elle est considérée comme une science « sacramentelle ».

L’Eglise n’est toutefois pas unanime à considérer que le peuple a besoin d’images édifiantes et terrifiantes. Saint Bernard, par exemple, critique avec ironie mais fermeté tout ce fatras de monstres ridicules « que les moines doivent considérer comme du fumier » écrit ce saint homme qui n’en était pas pour autant doucereux.

En conclusion, comment, dans ces conditions, admettre la thèse des romanciers anticléricaux du XIXe siècle, soutenant que nos ouvriers illettrés et dévots aient constitué le véhicule de telle ou telle tradition ésotérique héritée du culte d’Isis ou des Druides celtiques ? Et à supposer un instant que tel ait été le cas, il faudrait admettre que cette transmission secrète se fût exercée par le truchement des seuls maîtres d’œuvres, ce qui implique qu’elle se fût infiltrée à l’insu des chapitres de chanoines, à l’insu des évêques très vigilants et des financiers de ces très coûteux chantiers. Quelle se soit, de plus, exercée à l’insu des ouvriers naïfs et superstitieux chargés de leur exécution relève, une fois encore, du wishful thinking.

Ou bien, infiniment plus absurde encore, avec leur complicité hérétique à tous ? ? Et enfin, question déterminante, à l’intention de qui se serait faite la délivrance de ce « message », le public fréquentant les églises catholiques étant composé de pratiquants sincères mais naïfs, incapables de saisir la portée cachée des allusions dites ésotériques ? Le message de l’Eglise a toujours été exclusivement exotérique.

Mais la réponse à ces objections est bien connue, et elle fleurit même dans certains milieux maçonniques, perméables ô combien aux fables et aux mythes. La Tradition ésotérique se serait donc transmise à l’usage exclusif des seuls « Initiés ».

Soit, mais initiés à quoi ? Au culte d’Isis, sous Saint Louis ? Aux pratiques des Druides, sous Philippe le Bel ? Et existe-t-il un seul et unique document irrécusable qui permette d’étayer scientifiquement ces imaginatives extravagances ? La réponse est clairement non.

Conclusion.

Pourquoi, et qui a propagé cette ridicule image du Maçon anticlérical, qui fait encore recette de nos jours, et même dans une certaine maçonnerie ? Qui est l’inventeur de l’ymagier anticlérical, et dans quel but ?

Pour deux raisons, à mon analyse, qui tiennent à la conception française d’une maçonnerie nationaliste et politique, lorsqu’elle affirme :

La Franc-Maçonnerie est née en France et non en Angleterre ou en Ecosse. Elle fut même exportée de France vers l’Angleterre, à l’origine ! Elle descend en droite ligne des constructeurs de cathédrales, qui pratiquaient un ésotérisme de nature anticléricale, hérétique, en marge de l’Eglise catholique, et en filiation directe des Grands Initiés Egyptiens, des Collegia Fabrorum romains, des Druides celtiques, suivis par les Templiers, les Rose-Croix, les Alchimistes et quelques autres « atlantes ». Bref, remarquons-le, par un ensemble éclectique d’opposants préhistoriques au papisme.

Cette filiation anticléricale et hérétique est revendiquée à la fin du XIXe siècle par les francs-maçons français en rupture avec la tradition maçonnique. L’intrusion de la politique en loge, vers 1860, qui coïncidera bientôt avec l’éjection du GADLU et de la Bible, amène la nouvelle institution laïcisée à se fabriquer une justification et une filiation honorables, à la fois historique et spirituelle : celle du tailleur de pierres, du maçon, de l’ymagier anticlérical, Grand Initié et détenteur de secrets extraordinaires, malgré la toute puissance spirituelle et temporelle de l’Eglise. On sait le sort que réservait la Sainte Inquisition à cette sorte de gens.

Ce bâtisseur de cathédrales purement imaginaire est donc l’ancêtre rêvé du maçon « bouffeur de curés » : ennemi de l’Eglise catholique, mais néanmoins seul détenteur des traditions et des mystères antiques véritables, c’est à dire qui ne relèvent pas du judéo-christianisme. Il est l’archétype de la Tradition Authentique (allons-y pour les guénoniennes majuscules !), qui vient de partout, sauf de Rome et de Jérusalem.

Et cette ahurissante conception a trouvé des échos complices dans certains milieux intellectuels. Et assure des tirages pharamineux voire pharaoniques à des auteurs populaires.

 

Pour certains, il s’agit d’un rêve. Ne leur reprochons pas de choisir cette option, souvent fascinante car bien plus douce et consolante que la dure réalité.

« Je suis belle, ô mortels, comme un rêve de pierre…

« Je trône dans l’azur comme un sphinx incompris…

« Car j’ai pour fasciner ces dociles amants

« De purs miroirs qui font toutes choses plus belles :

« mes yeux, mes larges yeux, aux clartés éternelles…

Pour d’autres, cette option lénifiante est un calcul idéologique. A ce titre, il est licite, équitable et salutaire de le dénoncer, comme toute imposture morale et intellectuelle. Je ne m’en priverai jamais. El sueño de la Razon produce montruos.

*****

Bibliographie .

Fortement recommandables :

** Initiation à la Symbolique romane, M.M. Davy, Champs, Flammarion.

** L’Esotérisme, Pierre A. Riffard, Robert Laffont.

** Images et Symboles, Mircea Eliade, TEL, Gallimard.

Très intéressants :

L’Ordre corporatif dans la Belgique ancienne, André Frantzen, D. De Brouwer,1941

Le Moyen Age, Christian Papeians. Ed. Artis-Historia, Bruxelles.

Chateaux et Cathédrales, Marcel Brion, Edito Service, Genève.

Les Bâtisseurs de cathédrales, Jean Gimpel, Seuil.

Freemason’s Guide and Compendium, Bernard E. Jones, Harrap & Company Ltd, London.

Signs & Symbols in Christian Art, George Ferguson, Hesperides Book, New York-Oxford University.( Prescriptions iconographiques de l’Eglise).

La Bible et les Saints, Gaston Duchet, Guide iconographique, Flammarion.

Textes politiques. Saint Bernard de Clairvaux. 10/18, Union générale d’éditions.

La Franc-Maçonnerie opérative, Louis Lachat, Ed. Figuière, Paris.

Contestable et tendancieux :

Les origines religieuses et corporatives de la Franc-Maçonnerie, Paul Naudon, Dervy

Délirant et imaginaire :

Le Message des constructeurs de cathédrales, Christian Jacq, Rocher.

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10 mai 2011 2 10 /05 /mai /2011 19:02

Pâques et la Rose Croix : christiques ?

Jean van Win SPRC

Dernièrement, un brave frère fort agnostique me disait ne supporter le grade de Rose-Croix que parce qu’il était « christique » et non chrétien. De son côté, un frère français, il y a quelques jours, estimait que le Rite Ecossais Rectifié (RER) était fort « christique ».

J’éprouve une certaine difficulté à bien saisir ce que ces frères veulent dire. « Christique » est un adjectif qui relève de la pure invention. C’est un néologisme, pire encore, un « maçonnisme » qui me semble tout à fait saugrenu. Il n’a aucune existence légale ou sémantique. Il n’apparaît ni dans le Larousse, ni dans le Robert, ni, bien entendu, en l’Académie Française qui sont, comme chacun sait, les trois mamelles du bien parler et du bien écrire. C’est un barbarisme pur et simple, mais assorti de connotations insidieuses et retorses. Néanmoins, son emploi se généralise et il trouve un certain accueil dans des dictionnaires grands ouverts aux « nouveautés ».

On effectue même aujourd’hui la distinction suivante : « christique : relatif au Christ, à Jésus-Christ lui-même, par rapport à chrétien qui prendrait alors le sens de « relatif au christianisme». Comme si christianus, soit chrétien, ne signifiait pas relatif au Christ, la religion chrétienne ayant été fondée et prêchée par le Christ. Mais cela permet de parler du Christ en l’isolant de sa religion, en lui donnant une dimension « universelle », ce que certains n’ont pas manqué de faire. C’est là un débat métaphysique qui n’a pas sa place ici.

Plus innocent est le stupide « rituélique », que l’on trouve parfois sous des plumes respectables, mais qui s’efforcent alors d’en justifier l’emploi sous des prétextes inventifs. « Rituélique » n’existe pas davantage que christique. C’est un autre maçonnisme parfaitement barbare, inconnu des dictionnaires précités comme de (presque tous) les prosateurs célèbres.

Le mot adéquat est « rituel », qui est un adjectif signifiant « qui a trait au rite ». Un chant rituel. Un livre rituel. Comme souvent, l’adjectif fut pris substantivement, selon cet usage francophone insupportable qui se doit d’amputer tout mot pluri syllabique. « Un rituel » est donc devenu abusivement substantif sans en avoir le statut, mais entériné comme tel par des dictionnaires peu regardants. Un rituel. Un ado. La télé. Mon prof. Un mag. Mon beauf. La docu. L’actu.

Un « rituel maçonnique» est donc un « livre rituel maçonnique», l’adjectif s’étant substitué au substantif qu’il qualifie. Rituélique est donc à proscrire sans l’ombre d’une pitié.

De même que, tant que nous y sommes, est à pourfendre la perpendiculaire ! En réalité, il s’agit du « fil d’aplomb » que l’Eternel fit descendre au milieu de son peuple ( Amos, VII, 7-9). Fil d’aplomb, et non « fil à plomb », selon une autre pittoresque déformation. En vertu de quel impératif physique, métaphysique ou ésotérique, en effet, le poids qui sert à tendre le dit fil devrait-il être en plomb ? Ce vil métal n’a rien à faire ici. Les poids supportés par des fils d’aplomb que nous admirons dans les musées du Compagnonnage sont tous en acier, en fer, en laiton. Pas en plomb, métal mou et déformable, inadéquat sur un chantier.

Le fil d’aplomb est donc le fil perpendiculaire servant à vérifier le parfait aplomb d’un mur vertical. Par abréviation, puisque le mot fil est décidément beaucoup trop long à prononcer, il devient le perpendiculaire. Et non pas la, vous avez raison. C’est du reste ainsi que le désignent les anciens rituels non encore « améliorés » par les instituteurs de la IIIe république.

Mais l’implacable logique de cette honorable caste, responsable de tant de ravages en maçonnerie, fit que, non contente d’introduire « la fée électricité » dans nos rituels, ainsi que le détestable « départ des compagnons » qui sévit en Belgique, elle imposa désormais le genre féminin à cet instrument, en raison probable de la présence d’un e muet terminal, marque usuelle du féminin. Voici donc notre perpendiculaire transsexuelle. Un des 10.000 glissements de sens dont est coupable la maçonnerie du XIXe siècle.

Je digresse solidement, une fois encore. Revenons donc à nos moutons « christiques ».

L’emploi de ce néologisme barbare n’est pas innocent. En qualifiant le grade de Rose-Croix de « christiques », nos violeurs de syntaxe savent ce qu’ils font : un péché contre l’esprit. Il ne leur sera donc pas pardonné. Un bon agnostique à coloration anticléricale ne peut adhérer à quoi que ce soit de chrétien. C’est contre sa conscience et sa dignité, car il voit se profiler dans l’ombre Rome et ses complots de centenaires parkinsoniens, voire même l’Inquisition qui brûla vives 6 .000 sorcières qui toutes, notons-le bien, étaient innocentes.

La chose est simple : est chrétien ce qui se rapporte au christianisme, c'est-à-dire à la foi en Christ, fils de Dieu, Réparateur de la Chute originelle et Rédempteur du genre humain par sa Résurrection promise à tous. En latin, ceci se dit christianus, et jamais christicus. Et l’Ascension se produit trois jours plus tard, après une descente aux Enfers sur laquelle on n’insiste jamais...

Y a-t-il plus parfait paradigme du processus initiatique universel que cet ensemble d’événements régénérateurs ?

Par extension, et l’on ne veut voir que ce seul aspect des choses dans nos contrées, est chrétien ce qui est surtout catholique, apostolique et romain, et, selon certaine vox populi, « d’un dogmatisme coercitif, borné, attardé, inquisitorial, réactionnaire, pédophile et milliardaire ».

On ignore bien des choses du monde protestant, orthodoxe, réformé, ainsi que des nombreuses églises d’Orient et d’Occident se réclamant du christianisme, toutes dénuées d’attaches avec Rome. On en admire d’autant plus la religion égyptienne, Zoroastre, Mazda, Bouddha, Mithra, Isis et Osiris, et quelques autres traditions religieuses, pourvu qu’elles soient non chrétiennes, ce qui révèle notre étonnante largeur de vues ! Et de préférence orientale, comme le souligne avec insistance Guénon…La maçonnerie de la fin du XIXe fut égyptolâtre et adoratrice d’Isis, alors que, simultanément, elle foulait aux pieds les infantiles superstitions catho.

Dans cette foulée, dont il subsiste hélas des relents contemporains, il convient d’éviter soigneusement la référence chrétienne. Nous vivons en Belgique avec « ces idées-là » depuis Théodore Verhaegen et consorts, sous Léopold 1er, excentricités qui ont valu à la maçonnerie belge le privilège glorieux d’être mise hors la loi maçonnique universelle à deux reprises : en 1854 puis en 1872. Et, pour une fois, c’est la France qui a suivi nos audaces sur ce terrain scabreux, et elle ne vaut donc guère mieux que nos propres esprits forts. Car oui, pour une fois, c’est chez nous Belgicains qu’on tousse et éternue, et chez nos amis méridionaux d’outre Quiévrain qu’ensuite on se mouche.

L’inconvénient en Maçonnerie, c’est que pour parvenir « très haut », ce qui est devenu un droit démocratique et une sorte d’obligation s’adressant à n’importe qui, il faut bien passer par le grade de Rose-Croix, dix-huitième de l’échelle du REAA ou IVe Ordre du Rite Français, qui est « infiniment chrétien » en ce que son thème unique se réfère, non pas allusivement, comme il est d’usage en franc-maçonnerie, mais clairement et explicitement, à la Passion de Jésus et à sa Résurrection. C’est à tout le moins ce que ce grade est demeuré à certain Rite Français ( mais il en existe aussi des interprétations radicalement néologistes) et, paraît-il, en Grande Bretagne.

Depuis son apparition en 1760, des ajouts multiples, à relents hermético alchimiques, dont certains d’un burlesque absolu, y ont été déversés par des scribes inspirés, afin de le rendre, semble-t-il, « plus universel », soit une fois encore moins chrétien. Parce que la thématique initiatique de la Mort et de la Résurrection est évidemment tout à fait insuffisante par elle-même. L’ « enrichissement » obtenu par des emprunts et des ajouts multiples et hétéroclites romantiques ne m’apparaît toutefois pas d’une une intense clarté, mais c’est là une opinion.

J’affirme calmement que le thème de ce très beau grade est de forme chrétienne : mort et résurrection, ténèbres et lumière, disparition dramatique des vertus théologales et leur retour lumineux parmi les hommes en recherche et en voyage… Je dis bien : de forme. De même qu’il me plaît de voir aussi, dans le grade de Maître Maçon, la thématique profondément bouddhiste du « Si tu rencontres le Bouddha, tue-le ».

Cette tradition chrétienne est toujours vivante dans sa forme originelle. Les candidats agnostiques au grade chrétien de Rose-Croix (ils sont légion) sont bien gênés et certains renâclent. La plupart franchissent l’obstacle avec condescendance, en le déclarant « christique », c'est-à-dire en relation directe avec l’homme Jésus, le prophète exalté « de gauche » qui a « tempêté contre les cléricaux juifs ». Il est des nôtres, quoi ! Cet espèce de SDF, préfiguration de Karl Marx, vitupérant les riches et exaltant les pauvres, n’aurait du reste jamais dit qu’une seule chose digne d’intérêt : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même », slogan hélas démenti par toute l’histoire comportementale du monde vivant, et dont la source originale est en réalité en Lévitique XIX, 18. Une fois encore, le Premier Testament sert de carrière d’idées au Deuxième, et montre bien que ce dernier n’est pas aussi nouveau que cela, car il puise sans cesse dans les poches de son grand frère.

Le même barbarisme « christique » sert couramment pour (dis)qualifier le RER ou les versions antérieures à 1786 du RF. Ce rite écossais de France est réputé « christique », ce qui permet de le tolérer, parfois avec répugnance et incompréhension, dans le concert des rites que l’on pratique de nos jours. Mais tous les rites, à l’origine, étaient judéo-chrétiens.

Le grade de Rose-Croix et le RER sont restés chrétiens et se réfèrent l’un et l’autre à la religion chrétienne. Ni l’un ni l’autre n’exigent (plus) que ceux qui s’en approchent soient DEJA chrétiens avant de les rejoindre, tout au moins en est-il ainsi au RER. C’est Willermoz lui-même qui écrit cela ! Ni d’ailleurs qu’ils le deviennent après.

Quelle religion chrétienne ? C’est une autre affaire. En fait, non, c’est une affaire d’importance majeure. C’est l’affaire des candidats concernés, et d’eux seuls. Ils ont sous la main et à portée des yeux ce qui leur est nécessaire pour pouvoir un jour abandonner la lettre qui leur colle aux semelles, et privilégier l’esprit. Il leur faudra apprendre à voler plus haut de leurs propres ailes, afin de contempler le soleil en face.

Encore faut-il qu’ils le désirent, même confusément au départ. Mais ce désir-là est indispensable. Il n’y a pas à disserter sur ce qui ne relève que de la conscience individuelle. « Je ne juge pas », dit Jésus en dessinant sur le sable…Voir Jean et son récit de la Femme adultère ; quelle leçon de tolérance, même contre la règle, pour un maçon…

Mevlâna a fondé le Soufisme. Quelle autre leçon de tolérance pour un maçon. Il écrit :

« Viens, viens, qui que tu sois, viens aussi.

Que tu sois un infidèle, un idolâtre ou un païen, viens aussi.

Notre couvent n’est pas un lieu de désespoir,

même si cent fois tu as violé un serment.

Viens aussi ».

Dans toute fraternité, il y a d’abord l’accueil, et aussi l’absence de jugement qui, pour le maçon, donne le pas à la clémence sur la justice. A l’amour sur la justice. A la pitié et à la compréhension sur la justice.

Ce qui élève l’homme, lorsqu’il désire pareille élévation avec ferveur, est profondément maçonnique. Il doit pour cela souffrir, persévérer, mourir, ressusciter. Et l’homme, en ses quêtes éternelles et pourtant renouvelées à chaque génération, recrée, simule et vit ce processus depuis l’aube des temps. Peu importe qu’on le qualifie de christique ou non. La réalité est muette, car elle se situe bien au-delà des mots. Paix profonde à vous.

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31 mars 2011 4 31 /03 /mars /2011 00:33

Le Frère Charles-Joseph, prince de Ligne.  

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I. L’Européen.

Né à Bruxelles le 23 mai 1735, au cœur des Pays-Bas méridionaux autrichiens, mort à Vienne le 13 décembre 1814, au moment où, Napoléon étant battu, le Congrès de Vienne remodelait l’Europe en y incluant une création de toutes pièces : la Belgique.

Le prince Charles-Joseph, que l’on ne confondra pas avec son fils le prince Charles, demeura toute sa vie fidèle aux Habsbourg, dynastie à laquelle le liait un serment d’allégeance qu’il ne songea jamais à rompre.

Cet homme, le plus grand écrivain de nos régions avant l’indépendance de 1830, avait connu une existence comblée, heureuse, extrêmement active et cosmopolite au cours de laquelle, durant 40 années, il alterna les voyages, les guerres, la fréquentation des cours, l’amour des femmes et des jardins.

Il fut l’ami des souverains de l’époque : l’impératrice Marie-Thérèse, la reine Marie-Antoinette, l’empereur Joseph II, le roi Frédéric II, l’impératrice Catherine II…Allié à de nombreuses familles illustres, il fut cousin à divers degrés de l’empereur du Saint-Empire, des rois de France, de Prusse, d’Espagne et de Pologne. Il fut couvert de titres dans les Pays-Bas, grand d’Espagne, prince du Saint-Empire. Il a commandé des soldats wallons, croates, hongrois et allemands. Ce qui ne l’empêcha pas de porter le tablier d’Apprenti Maçon.

Chassé de son cher Beloeil en 1794, par les troupes de la Révolution française, et réfugié à Vienne dans une petite maison, il ressentira jusqu’à la mort la nostalgie de son pays hennuyer. Quasi ruiné, subsistant tant bien que mal, cet exilé accepta les coups du sort avec philosophie et résignation, conservant, malgré les deux épreuves épouvantables qu’il connut dans sa vie, un certain sourire…

II. L’Ecrivain.

C’est à Vienne qu’il confia à l’édition tout ce qui coula de sa plume, et ce fut abondant. Citons essentiellement ses Mélanges littéraires, militaires et sentimentaires, dont les 34 volumes furent achevés en 1811. Ces mélanges ne comprennent pas sa volumineuse correspondance, chef d’œuvre de l’art épistolaire, ni les Fragments de l’histoire de ma vie, où il se raconte et raconte son époque sur le ton de la conversation.

Madame de Staël publia en 1809 un choix de textes du prince, en un volume intitulé Lettres et pensées du maréchal prince de Ligne. Albert Lacroix, le célèbre éditeur maçon qui fut d’une inlassable activité sous le règne de Léopold 1er, publia un ensemble plus complet en quatre volumes. Constituée en 1914, la Société des Amis du prince de Ligne a édité un périodique Les Annales Prince de Ligne (1920-1938), qui a repris vie en 1986 sous le titre Nouvelles Annales Prince de Ligne. Les écrits littéraires et moraux du prince sont actuellement réédités par la Librairie Champion, dont notamment les Contes immoraux. La totalité des Mélanges devrait sortir bientôt sur CD-Rom.

III. Le Franc-Maçon.

Les activités maçonniques du prince de Ligne ne sont pas sans évoquer, mutatis mutandis, celles de son contemporain le chevalier de Seingalt, mieux connu sous le nom de Casanova, qui délaissa un instant l’érotisme pour l’ésotérisme, en écrivant l’un des textes les plus intelligents de son siècle sur la pratique maçonnique.

Sous des dehors désinvoltes et volontiers sarcastiques, parfois narquois envers certains aspects de l’Ordre, le franc-maçon convaincu que fut le prince Charles–Joseph de Ligne, nous a laissé certains textes montrant le sérieux qu’il accordait à une démarche pas toujours bien comprise par « les gens du monde », notamment par les maçons éphémères entourant Marie-Antoinette ou le prince de Bourbon-Condé.

Charles-Joseph fut initié à « La Bienfaisante », à l’Orient de Gand, peut-être en 1765, mais de toute façon avant 1771. Il avait donc entre 30 et 36 ans. A Bruxelles, il s’affilia à « L’Heureuse Rencontre », loge très snob où la noblesse du rang le plus haut était en écrasante majorité. En 1777, on relève son nom sur le tableau des frères de la loge, suivi de la mention : « colonel propriétaire, chevalier de la Toison d’Or ». A Paris, notre voyageur perpétuel fréquenta la loge « La Persévérance », et participa aux activités de la loge « Saint-Jean de Chartres » à Monceau. A Versailles, sous les yeux de Marie-Antoinette, il assista aux tenues de la loge « Saint-Jean de Montmorency-Luxembourg ».

Quant à ses officiers du régiment de Ligne, ils constituèrent la loge tournaisienne « La Ligne Equitable », qui se réunissait à l’Orient de Mons. Il est à peu près certain que cette loge fut fondée en tant que loge militaire ; ils étaient presque tous membres de la loge « Les Frères Réunis » à l’Orient de Tournai. Ils se donnèrent pour Vénérable Maître le fils aîné du prince Charles-Joseph, le major Charles de Ligne, qui tenait loge en son hôtel particulier de la rue de la Grosse Pomme.

Dans son ouvrage Fragments de l’histoire de ma vie, Ligne se livra à quelques anecdotes plaisantes et souvent très critiques à l’égard de la Maçonnerie du temps ; Ligne se moqua en particulier des épreuves qui, il est vrai, étaient encore très physiques à l’époque. Mais il n’épargna pas un certain ridicule qui était attaché à l’exercice de quelques hauts grades : « On m’accordait les honneurs de Maître Ecossais dans les provinces qui dépendaient de moi. On ne pouvait croire que je ne fusse qu’un apprenti, et même compagnon…Je faisais faire des confessions générales ; je faisais croire qu’il se passait des horreurs, dont on nous a soupçonnés ».

Le prince de Ligne voyait certes en la Maçonnerie du XVIIIe siècle une société d’agrément ; mais il y voyait aussi une institution à fondement moral dont ce philosophe appréciait les préceptes, reposant essentiellement sur des qualités auxquelles il était attaché et qu’il professait en tout : probité, loyauté, fidélité, bienfaisance, tolérance, cosmopolitisme.

Il écrivit à ce sujet des lignes qui ne laissent aucun doute, et dont la plus belle est peut-être celle-ci, que j’apprécie particulièrement chez cet homme de haut rang qui pratiquait l’humilité avec naturel : « J’ai fait attendre des empereurs, mais jamais un soldat ».

Son texte intitulé « Testament maçonnique » de 1796, deux ans à peine après sa ruine presque totale, est un résumé assez représentatif de ce que fut un maçon pratiquant la maçonnerie d’esprit français, catholique, voltairien, sceptique, tolérant, pragmatique, poli et mesuré : « Je ne sais trop comment les francs-maçons sont à présent dans le monde. Ils ont eu bien du haut et bien du bas… En attendant, quand la franc-maçonnerie est de bonne compagnie, ce qui est rare malheureusement, tout concourt de l’émulation, des connaissances, de l’agrément et de l’excellente plaisanterie. La Maçonnerie exige de l’éloquence, de la mémoire, de la présence d’esprit, de la bravoure de corps et d’esprit, de la douceur, de la patience, de la modération, de la sobriété, de la prudence, de la charité, de la générosité, l’amour du prochain, de l’imagination, de la voix, de la complaisance, de la gaieté. »

Ligne parla bien de la Maçonnerie. Ce qui vaut mieux encore, c’est qu’il incarna ces qualités idéales, et que sa vie fut moralement exemplaire. De la profondeur sans perdre ni l’élégance ni la légèreté. Et ceci au coeur même du siècle du scepticisme et de l’amoralisme, le fait mérite d’être signalé !

IV. Le philosophe des Lumières.

Cet homme pratiqua les vertus de son temps ; il fut probe, il fut libre, il fut sceptique, il fut voltairien. Il écrivit : « Je ne veux pas qu’on me dise que, si l’on ne croyait pas à l’immortalité de l’âme, on commettrait tous les crimes les plus horribles ; il me semble, moi, que la vertu a sa récompense dans ce monde-ci. Le sentiment intérieur est un enfer si, en rentrant en soi-même, on se trouve un crime ».

Plus important encore, il écrivit ce qui suit à Rousseau : « Comme vous, je n’aime ni les trônes ni les dominations : vous ne régnerez sur personne, mais personne ne régnera sur vous ».

Au point de vue religieux, ses vues ne furent pas moins originales. Il écarta bien entendu l’irréligion et l’athéisme et pensa « qu’il faut de la religion ». « Il y a des preuves pour ceux qui les trouvent ; de la foi pour ceux qui ne les trouvent pas, des consolations pour les uns et pour les autres ».

Quant à l’immortalité de l’âme, il y adhéra mais, une fois encore, pour de bonnes raisons d’une étonnante logique : « Ce qui seul suffit pour faire croire à l’immortalité de l’âme, c’est l’injustice du sort. Comment cet Etre admirable qui a fait de si belles choses pourrait-il être si habile, si universel, si grand, sans être juste ? Et comment le serait-il, si tant de braves gens malades, estropiés, n’ont pas quelque autre état à espérer ? ».

Le prince adhéra au catholicisme par tradition et par raison, certes, mais il le voulut intelligent, souriant, ouvert, indulgent, tolérant, voire impertinent. Cet aimable voltairien pouvait se muer à l’occasion en parfait disciple de Joseph II : « Lorsque la mesure des moines sera à son comble, que le danger des uns, l’inutilité des autres auront été bien reconnus, en détruisant les cloîtres, on détruira du même coup les préjugés en théologie ».

Les voyages incessants de Ligne ont incarné l’idéal cosmopolite des maçons du XVIIIe siècle. Ce qu’il écrit évoque irrésistiblement les utopies du chevalier Ramsay, en des termes curieusement similaires : « être de toutes les nations, de toutes les langues, de toute parenté, de tout dialecte ». Ce qui le différencie de toutes les grandes familles non régnantes du XVIIIe siècle, c’est son européanisme. Militaire, écrivain, diplomate, polyglotte, Français en Autriche, Autrichien en France, se revendiquant de six patries différentes, il n’appartenait en fait qu’à la République des Lettres, véritable puissance européenne avec deux siècles d’avance.

Aux trois Europe auxquelles il se rattachait – l’Europe des cours et des dynasties, l’Europe des services et l’Europe des Lumières -- vint s’ajouter, à partir de la terrible année 1794, l’Europe de la Contre-Révolution. Il y adhéra, comme tous les humanistes européens, adversaires de la terreur révolutionnaire, et ensuite du despotisme impérial.

Un aspect peu connu de cet humanisme que professa le prince fut son attitude tolérante et pragmatique envers le sort des Juifs. Elle est d’autant plus méritoire que ni la société civile, ni la société religieuse, ni la société maçonnique ne partageaient ses vues.

L’antisémitisme des loges de l’époque est attesté en de multiples occasions. Larudan déjà, en 1747, trouva absurde que des loges d’Amsterdam initiassent des juifs. La loge de Berne, en 1744, affirma détenir des motifs qui la forcèrent à exclure les Juifs. La loge de Liège (1774) ferma ses portes à « cette nation infâme » réprouvée de Dieu et des Chrétiens. Et Willermoz lui-même, tout bon chrétien rectifié qu’il fût, traita les Juifs de « nation sacrilège qui combla la mesure de ses iniquités en abjurant le Réparateur universel »…

Dans ce contexte dont les idées furent largement partagées par les « bien-pensants », Charles de Ligne écrivit calmement, en prenant de très nettes distances : « Je conçois très bien l’origine de l’horreur qu’inspirent les Juifs ; mais il est grand temps que cela finisse. Une colère de 1800 ans me paraît avoir duré longtemps assez ». Et il ajouta assez prophétiquement : « Il faut sortir de ce cercle vicieux. Qu’on leur accorde donc un statut civique ; ils ont de grandes vertus ; jamais ivres, toujours obéissants, sujets fidèles au souverain au milieu des révoltes comme ils sont fidèles à leur religion. Ou bien, autre solution, qu’on leur offre la possibilité de reconstituer une patrie en Palestine ».

Un Chapitre belge de Chevaliers Rose-Croix du Rite Moderne Français se devait d’honorer la mémoire d’un grand Belge, d’un grand écrivain, d’un grand voyageur, d’un grand humaniste, d’un grand Européen, d’un grand Maçon qui ne connut que la maçonnerie d’esprit français. Je suis certain que toutes les Sœurs et tous les Frères Fondateurs du chapitre mixte Le Prince de Ligne en la Vallée de Bruxelles partagent mon sentiment.

Un dernier détail : le devise de la famille de Ligne est : « Quo rescumque cadunt, stat semper Linea recta ». Ce qui signifie : « lorsque tout s’effondre, Ligne reste toujours droite ».

Notre Chapitre a adopté la devise : « Semper Linea Recta : Ligne toujours droite ». Fidèles inébranlablement à notre projet depuis 1984, sans doute avons-nous mérité d’hériter la moitié de cette belle devise…

Semper Linea Recta

Jean VAN WIN

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22 mars 2011 2 22 /03 /mars /2011 15:42

A propos des couleurs, du noir et du blanc

Jean van Win,

TS et PM du chapitre libre Le Prince de Ligne

On pourrait disserter longtemps sur le dualisme résultant de la lutte de deux principes, ou encore du manichéisme résultant de la coexistence perpétuelle de ces deux principes, ou enfin de toute opposition de deux principes à un certain niveau qui deviendrait complémentarité à un niveau supérieur. Tout ceci a été fait mille fois depuis des siècles, avec une résurgence active et récente du côté de René Guénon et consorts.

Je voudrais limiter mon intervention de ce midi à deux observations personnelles, comme de coutume impertinentes et anti-conformistes. La première porte sur la symbolique des couleurs en général. La seconde traite des rapports dialectiques des signifiants au grade d’apprenti.

Les couleurs sont fortement symbolisées dans la plupart des religions et des institutions qui s’en inspirent. En Maçonnerie, nous avons des loges bleues ou symboliques, des loges rouges ou capitulaires, des loges noires ou aréopagitiques, des loges blanches ou Suprêmes Conseils.

Au RER, la loge de Maîtres Ecossais et de Saint André est dite loge verte pour des raisons « ésotériques » remontant à la Stricte Observance Templière. A tous les grades, dans presque tous les rites authentiques, les couleurs prennent une grande importance.

Le christianisme a repris lui aussi à son compte la symbolique des couleurs et l’on se souvient des messes particulières, selon les fêtes célébrées, pour lesquelles le prêtre revêtait des chasubles couvrant toutes les nuances de l’arc-en-ciel et dont la signification était alors connue de tous les fidèles.

Alain Gheerbrant écrit que le premier caractère du symbolisme des couleurs est son universalité. Je veux bien, s’il veut dire par là que les couleurs servent en tous lieux et en tous temps de supports à la pensée symbolique. Mais les interprétations, quant à elles, varient du tout au tout, à la fois dans le temps et dans l’espace.

C’est un truisme de dire que tel ou tel signifiant sert de support à la pensée symbolique. L’homme symbolise en effet sur tout, et plus particulièrement lorsqu’il rêve, comme l’a si bien démontré toute l’œuvre de Carl Gustav Jung. Mais aussi lorsqu’il s’adonne aux arts sous toutes leurs formes, l’art qui est le plus formidable réceptacle de la pensée symbolique. Mais l’intérêt provient des conjectures qu’il élabore à partir d’un support donné.

Un bel exemple de confusion mentale dans ce domaine me fut offert récemment en loge par un Frère qui disserta longuement sur la signification symbolique du Soleil et de la Lune, avec le cortège banal et traditionnel de déclinaisons qui portent sur la puissance génératrice, la force, le rayonnement du premier, et la passivité, la faiblesse et la féminité de la seconde.

Hélas, ce Frère a tout simplement perdu de vue que le soleil est du genre masculin dans les langues latines et du genre féminin dans les langues germaniques, et que pour la lune, c’est exactement l’inverse. Toutes les interprétations symboliques n’ont donc pas une valeur universelle, et ne parlent donc qu’aux gens du cru.

Par ailleurs, s’il est vrai que les archétypes révèlent des structures mentales identiques et de troublantes coïncidences entre le fonctionnement de cerveaux humains très éloignés dans le temps et dans l’espace, il n’est pas moins vrai que les réponses symboliques fournies par les mêmes cerveaux au départ des mêmes signifiants n’ont aucun rapport. Le noir par exemple est l’expression du deuil en Occident. Ailleurs dans le monde, il s’agit du blanc qui joue ce rôle. Et il en va ainsi de toute la gamme de l’arc-en-ciel.

Vous vous réfèrerez au dictionnaire des symboles de Gheerbrant et Chevalier pour en parcourir la nomenclature, en passant par les Navajos, les Grecs, les Egyptiens, les Mayas, les Aztèques, etc. Chaque peuple, chaque civilisation, chaque religion attribue des significations particulières à chacune des couleurs, le noir étant souvent associé aux ténèbres, à l’angoisse et aux forces néfastes, et le blanc à la lumière et aux puissances de bon augure. A moins, bien entendu, qu’il n’en aille tout autrement…

Je pense donc que le symbolisme des couleurs en général est une constante du fonctionnement du cerveau humain mais qu’il produit des représentations très diversifiées. De même que les coutumes, les lois, les croyances, les comportements des groupes humains, les représentations symboliques sont le produit du cadre culturel et historique dans lesquels elles ont pris naissance. Il n’en va pas autrement des religions, des droits coutumiers, ou de la franc-maçonnerie qui, qu’on le veuille ou non, est le produit de la société chrétienne, écossaise, anglaise et protestante qui l’a suscitée, à un moment donné de l’histoire de l’humanité.

La question qui se pose donc—et que je me pose de façon aiguë en ce moment—est de savoir ce qu’il advient d’une élaboration de ce type dès lors que les conditions de cette élaboration sont modifiées sous l’action du temps et de l’évolution culturelle et sociale.

En conclusion, si la symbolisation des couleurs est bien une constante universelle, les significations inventées par l’homme sont essentiellement relatives et le produit de son milieu culturel.

Le christianisme possède sa symbolique des couleurs, strictement codifiée. L’Islam a la sienne, où dominent le vert et le blanc. Les civilisations diverses ont la leur. La Maçonnerie a élaboré la sienne, d’une très grande richesse, mais mal connue, mal entretenue et mal travaillée. Les Devoirs des Compagnons du Tour de France ont conservé cette symbolique de façon très vivante.

Mes quelques commentaires sur le rapport dialectique des symboles du premier grade maçonnique vont nous ramener au thème de ce midi : le noir et le blanc. Comme chacun sait, la dialectique est une forme de raisonnement qui procède par opposition et par dépassement des oppositions.

Le blanc n’est pas une couleur. Il est la synthèse de toutes les couleurs, de l’infrarouge à l’ultraviolet. Vues à une certaine distance, les couleurs juxtaposées de l’arc-en-ciel se perçoivent comme une masse blanche. Le noir, au contraire, est absence de couleur, de même que l’obscurité n’est jamais qu’absence de lumière. Le noir exprime donc la notion de rien, alors que le blanc symbolise le tout.

En tant que couleurs, le noir et le blanc sont des extrêmes absolus. En effet, toutes les couleurs se déclinent en nuances : bleu pastel, bleu horizon, bleu marine, bleu lavande, ou encore vert d’eau, vert émeraude, vert gazon, vert billard, etc…Mais il n’y a pas de blanc pâle ou foncé. Ni de noir clair ou foncé. Dans chacun de ces deux cas, il n’y a qu’un extrême absolu qui ne souffre pas la moindre altération. Il s’agit donc de deux bornes infranchissables qui fixent les limites du monde sensible, tant il est vrai que nos sens, y compris notre intellect, sont les seuls outils permettant à l’homme d’appréhender l’univers.

Le tableau de loge, qui est le plan de travail des apprentis au premier grade, comporte une série d’outils et d’instruments. L’outil sert au travail de la pierre, et l’instrument à la vérification de l’ouvrage. L’outil est à l’apprenti, l’instrument est au compagnon. Rapportons-nous à la réception au grade de compagnon maçon.

Ils ne sont pas disposés au hasard ni sans structure ordonnée. Ils sont tous proposés à notre réflexion dans un rapport dialectique ; je veux dire par là que leur juxtaposition engendre une troisième entité, distincte de chacun de ses composants. Par exemple : le compas sert à mesurer et aussi à tracer des cercles, figure qui symbolise généralement le ciel ; l’équerre sert à tracer des carrés, figure allégorique de la terre. Mais, placés comme ils le sont en loge, c’est à dire juxtaposés étroitement, compas et équerre forment un couple, qui possède sa propre nature et sa propre existence en tant que couple. Ce couple résulte du rapport existant entre le ciel et la terre et l’espace ménagé entre les deux instruments, leur enfant si l’on veut, ressortit aux deux signifiés. Et n’oublions pas que le maçon se trouve placé entre l’équerre et le compas. De même que la lettre G.

Il en va de même du couple formé par les deux colonnes, qui ne peut se commenter au grade d’apprenti. Ou encore du couple perpendiculaire-niveau, du couple maillet-ciseau, ou du couple soleil-lune.

Et le noir et le blanc, dans tout ceci ?

Nous n’en sommes pas si loin. Considérons le pavement mosaïque, qui n’est du reste mosaïque que parce qu’il est celui du temple de Salomon construit pour abriter la Loi reçue par Moïse de l’Eternel. Voici bien un ensemble composé de carrés blancs et noirs alternés. Chaque carré blanc est encerclé exclusivement de carrés noirs et inversement. La plus absolue des oppositions, répétée sans fin. Nous sommes bien ici dans le domaine de la terre, d’autant que la forme des dalles est carrée, symbole elle aussi de la terre, et enfin, que le maçon foule aux pieds cette représentation située au plus bas niveau de la loge.

Je m’interrogeais hier sur le rapport dialectique de ce dispositif si évidemment manichéen, dualiste, terrestre. Où donc était-il, ce rapport ? Où donc était ce troisième terme donnant accès à la résolution de l’opposition entre deux symboles, dont le deuxième était singulièrement absent de ma réflexion ? Pourquoi donc ma thèse coinçait-elle brusquement à propos du blanc et du noir ? Et levant les yeux, je découvris alors mon deuxième symbole !

Il était là, témoin présent et silencieux, majestueux, serein. Symbole traditionnel né aux origines, mais hélas perdu en grande partie dans les loges maçonniques contemporaines.

Car, mes Frères, la tradition de notre Fraternité veut que toute loge ait pour seule couverture la voûte étoilée, le ciel constellé d’étoiles, la coupole hémisphérique et d’ « ordre divin » qui surmonte et protège toute construction carrée due à la main de l’homme. Car chacun sait, bien sûr, que la loge se tient à l’air libre, dans le Porche du temple, et non dans le temple lui-même.

Dans notre rite en tous cas !

Le pavement mosaïque, profondément terrestre dans sa représentation combinant les deux couleurs les plus absolues sous la forme carrée, s’oppose au ciel étoilé, lui-même porteur du soleil, de la lune, et de l’étoile, bref, de tout ce qui peut éclairer d’en-haut l’âme humaine.

Et, entre ces deux principes symboliques clairement représentés, voici donc mon troisième terme : la loge, son tapis ou tableau, les Frères assemblés, et puis moi, au milieu et entre zénith et nadir, les pieds bien sur la terre, mais le nez dans les étoiles

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