Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
27 novembre 2010 6 27 /11 /novembre /2010 20:06

genere-miniatureCA2JXA9R

Le vade mecum des Ordres de Sagesse du Rite Français

Claude Darche

Sortie prévue le 10 Janvier 2011

Edition DERVY

Continuant la série des Vade-mecum, guides d’apprentissage de la symbolique maçonnique, avec la même démarche explicative que dans ses précédents ouvrages et après s’être attachée au Rite Ecossais Ancien et Accepté, Claude Darche aborde le Rite Français.

Les hauts grades du Rite Français se distinguent tout d’abord par leur appellation : ce sont des ordres et, contrairement aux hauts grades du REAA, le terme de perfection n’est pas évoqué, car ici, nous allons vers la sagesse. C’est Daniel Ligou dans son ouvrage Rituels du Rite Français moderne qui observe que «l’une des grandes originalités du Rite Français est le fait d’appeler Ordre, ce que d’autres régimes appellent degrés ou grades, (…) tout autant que d’en avoir réduit le nombre à quatre.

L’explication généralement donnée est que chacun de ces ordres synthétise une série de grades de divers rites écossais, et par la suite, du Rite Ecossais Ancien et Accepté avec ses 33 grades qui n’existaient évidemment pas en 1786 ». Le Rite Français est pratiqué par différentes obédiences maçonniques dont le Grand Orient de France où il est majoritaire mais également à la Grande Loge Nationale Française, à la Grande Loge Traditionnelle et Symbolique Opéra, à la Grande Loge Mixte de France, à la Loge Nationale Française...

L’ouvrage de Claude Darche présente chacun de ces ordres, leur signification symbolique et les symboles qui y sont rattachés. Pour chacun, elle commente les interprétations qu’il convient de faire et explicite, de manière claire et précise, son sens profond.

Repost 0
26 novembre 2010 5 26 /11 /novembre /2010 21:57

41P3BXQKDWL__SL500_AA300_.jpg

 

 

Faisant suite à la publication de notre précédent article, P'tit frère nous a adressé le message suivant:

Excellente introduction !

J'attends la suite avec impatience... Comptes-tu nous en faire profiter sur le blog ?

Dans le cas contraire, où peut-on se procurer ces dits cahiers ?

Fraternellement,

Ton p'tit Frère

Quelques jours après, Jean Claude Villant  répondait directement à P'tit frère sur le blog, et lui portait toutes les informations demandées. 

Bonjour P'tit frère

Voici la réponse après vérifications.

La suite a été publié dans deux petits livres rédigés par René Guilly:

1° La Position des Colonnes du Temple et l’Ordre des Mots Sacrés du 1° et 2° degré.

2° Les trois Colonnes Sagesse Force et Beauté et les trois Grands Chandeliers.

Le premier livre, « La Position des Colonnes du Temple et l'Ordre des Mots Sacrés du 1er et 2e degrés »sera publié à Paris en 1961.

Une 2e édition, quasiment identique à la première, sera également publiée presque aussitôt.

Une troisième édition, augmenté et entièrement refondue sera publiée en 1997 chez DERVY, sous l’intitulé : Les deux Grandes Colonnes de la Franc-maçonnerie « les Colonnes du Temple de Salomon, les Mots Sacrés des deux premiers Grades » .

Le second livre, Les trois Colonnes Sagesse, Force et Beauté et les Trois Grands Chandeliers, sera publié à Paris en 1963.

Une seconde édition augmentée et refondue a été publiée le 2 Novembre 2010 chez VEGA, sous l’intitulé : Les trois Grands Piliers de la Franc-Maçonnerie.

Voici l'avant propos de Roger Dachez et Pierre Mollier, paru dans le 1er livre à l’occasion de sa 3° édition.

AVANT-PROPOS

La publication de cet ouvrage, premier volume d'un diptyque, répond à la demande de nombreux chercheurs depuis déjà d'assez nombreuses années.

Une première édition des deux études de cet ensemble fut publiée en 1961 et 1963 respectivement, sous l'égide de la Loge du Devoir et de la Raison (Cahiers du Rite Moderne Français Rétabli), et la signature de René G.

L'auteur, qui devait acquérir une notoriété considérable et méritée dans l'érudition maçonnique française sous le pseudonyme de René Désaguliers, y proposait une première approche de l'histoire et de la tradition maçonniques selon une méthode entièrement nouvelle en France. On peut dire à bon droit que l'Ecole Authentique de l'histoire maçonnique française, fondée par René Désaguliers, trouvait en l'espèce son manifeste et, d'emblée, l'un de ses fleurons.

Loin du discours assez faible des ouvrages de « symbolisme », ânonnant péniblement des significations d'une portée morale et intellectuelle souvent limitée, et empruntant surtout à des sources étrangères, pour l'essentiel, à la tradition maçonnique, le travail de redécouverte profondément novateur à cette époque auquel se livra René Désaguliers consista donc à rechercher dans les plus anciens textes maçonniques connus, d'origine anglaise, écossaise et irlandaise, de 1696 à 1730 environ, l'émergence et les premiers commentaires des principaux symboles repris par la tradition maçonnique spéculative.

Cette démarche proprement archéologique permit surtout de reconstituer le processus de mise en place et le développement des systèmes symboliques fondamentaux dont dérivent, ou auxquels empruntèrent plus tard, les principaux Rites maçonniques connus. Les oublis et les confusions inévitables qu'entraînent le cours de l'histoire et la dispersion des esprits ont souvent mêlé, pas toujours avec bonheur, des ensembles symboliques à l'origine cohérents et chargés de significations fortes et claires, pour aboutir à de véritables chimères traditionnelles, à d'énigmatiques « Tours de Babel » dont le sens profond et authentique ne pouvait être retrouvé.

Avec deux problèmes fondamentaux, celui de la Position des Colonnes du Temple, dont traite le présent volume, d'une part, et celui des Trois Colonnes Sagesse, Force et Beauté et les Trois Grands Chandeliers, qui fera l'objet du prochain volume de cette collection, d'autre part, René Désaguliers pouvait aborder, grâce à une restitution historique rigoureuse, certains aspects majeurs de la symbolique maçonnique et mettre en lumière les confusions et les erreurs parfois profondes auxquelles un certain affaiblissement des notions traditionnelles avait pu conduire, dès la fin du XVIII° siècle, et plus encore dans le cours du siècle suivant. Plus de trente ans après sa première publication, ce travail surprendra encore, n'en doutons pas, plus d'un lecteur.

La recherche ainsi initiée se poursuivit, notamment dans le cadre des travaux parus à partir de 1970, et aujourd'hui encore, dans la revue Renaissance Traditionnelle"'.

Dans leur forme première, ces études ne pouvaient plus être publiées sans modification, malgré la demande insistante — et compréhensible — de nombreux lecteurs.

Grâce au mouvement suscité par René Désaguliers, certains problèmes nouveaux ont dû être abordés, certaines incertitudes ont pu être levées. Il importait d'en tenir compte. En outre, les acquisitions de l'investigation historique ont, depuis, jeté un jour neuf sur les circonstances de fondation de certains Rites ou systèmes maçonniques (et notamment le Rite Ecossais Ancien et Accepté).

L'édition profondément remaniée que nous proposons aujourd'hui au lecteur, en reprenant la structure, les thèmes et souvent les conclusions de la première, forme cependant, à de nombreux égards, un ouvrage entièrement nouveau. Elle témoigne de la permanence d'une recherche, et de la nécessaire remise en cause d'un savoir toujours en genèse.

Merci à nos deux Frères

Repost 0
17 novembre 2010 3 17 /11 /novembre /2010 00:04

Document manuscrit fourni par Bernard Trinquet à Jean-Claude Villant qui l'a transcrit. Ce document lui avait été donné par Jean Cuillerat, un Frère qui travaillait au Rite Français Traditionnel dans la respectable Loge Les 2 Cygnes. Ce document doit dater du début des années 1960

Le Rite Moderne Français Rétabli

Ce Cahier est le premier d'une série dans laquelle seront successivement examiné les principaux problèmes que la Loge du Devoir et de la Raison a eu à étudier et à résoudre pour réaliser un des buts qu'elle s'était assigné lors de sa fondation en 1955 retrouver les origines et les pures traditions de ce que l'on nomme couramment Rite Français.

Lorsque ce travail fut assez avancé, notre Loge estima que l'expression Rite Français était incomplète, aussi bien à l'égard du passé qu'à celui, nous l'espérons de l'avenir et adopta pour désigner l'ensemble de ses Rituels des trois premiers degrés le terme qui lui paraissait plus précis et plus exact de Rite Moderne Français Rétabli.

C'est pourquoi, pour la bonne compréhension de la pensée directrice de cette série de cahiers, il y a une question liminaire à laquelle il faut absolument répondre : Qu'entend la Loge du Devoir et de la Raison par Rite Moderne Français et plus spécialement Par Rite Moderne Français Rétabli?

Nous devons faire appel pour cela à quelques notions d'histoire maçonnique.

LE RITE MODERNE

Chacun sait que le 24 Juin 1717 marque une date d'une importance capitale pour l'histoire de la Maçonnerie Universelle. Ce jour-là, quatre loges de Londres et de Westminster se constituèrent en Grande Loge. Après quelques années assez effacée, cette institution connut bientôt une grande prospérité. En 1723, elle publia, sous la signature de James Anderson, la première édition de ses Constitutions imprimées. La maçonnerie se répandit rapidement, non seulement en Angleterre, mais aussi dans une grande partie du monde.

Cependant, après les vingt ou trente premières années le nouveau corps connut des difficultés sérieuse en raison, sans doute, de problème administratifs posés par une expansion que personne n'aurait pu prévoir et de l'existence d'éléments indépendants où dissidents. Loin de s'atténuer avec le temps, ces difficultés finirent par provoquer une crise extrêmement grave, qui allait avoir pour l'avenir de la franc-maçonnerie mondiale des conséquences considérable.

En effet, le 5 décembre 1753 un certain nombre de loges formèrent à Londres une seconde Grande Loge, Cette nouvelle obédience, dont la loge la plus ancienne n'avait été fondée qu'en 1747, reprochait aux maçons de la Grande Loge de 1717 de s'être écartée des usages anciens et c'est pourquoi elle prit officiellement le nom de : Grande Loge des Francs et Acceptés Maçons selon les Vieilles Institutions.

Il faut d'ailleurs préciser, si l'on veut rester dans une perspective historique exacte, que les premiers membres de cette Grande Loge n'étaient pas à proprement parler des dissidents; ils ne provenaient pas, semble-t-il, de loges placées sous la juridiction qu'ils contestaient. Il y avait notamment parmi eux des "opératifs" qui n'avaient pas voulu ou pu rejoindre la Grande Loge de 1717. Quant aux "spéculatifs", leur origine était vraisemblablement diverse: ils comptaient de nombreux éléments étrangers à l'Angleterre proprement dite, en particulier des Irlandais. Une des conséquences de ce fait fut l'établissement rapide d'excellentes, relations entre le nouveau corps et les Grandes Loges d'Irlande et d'Ecosse.

Quoiqu'il en soit, si le terme de « schisme » ne peut être appliqué sans réserve à l'origine des événements, ceux-ci prirent bientôt un tel caractère et la polémique devint si vive qu'il faut bien, malgré tout l'employer et considérer que c'est une véritable scission qui partagea la maçonnerie d'Angleterre, puis les loges britanniques en deux fractions profondément opposées.

Le nouveau corps trouva en Laurence Dermott, un Irlandais précisément, un animateur redoutable. C'est très vraisemblablement lui qui fut l'auteur du surnom méprisant de « Modernes » donné aux membres de la Grande Loge de 1717 tandis que lui-même et ses amis s'intitulaient fièrement « Anciens ». Ces appellations, aussi curieux que cela puisse paraître, connurent une très grande fortune. Il est inutile d’en souligner le caractère aberrant, puisque le but de Laurence Dermott était précisément de jeter le trouble, au profit d'une cause qu'il croyait juste.

Si, comme nous le verrons dans ce cahier et les suivants, la Grande loge de 1717 avait en effet apporté au système maçonnique primitif un certain nombre de modifications, dont quelques unes sont à rejeter et d'autres à conserver, il n'en reste pas moins que sa filiation traditionnelle est indiscutable et ne le sera jamais. Cependant l'appellation de Rite Moderne a été retenue pour désigner le rituel qui était le sien et qu'elle a répandu dans le monde entier, jusqu'à ce que la Grande Loge de 1753 qui pratiquait, elle, ce qu'il est convenu d'appeler le Rite Ancien puisse rivaliser avec elle, outre-manche et outre-Atlantique, ce qui ne se produisit qu'à une époque déjà éloignée de sa fondation.

II est au dessus de toute discussion que ce Rite Moderne, fut exclusivement pratiqué par les premières loges constituées en France entre 1720 et 1730 par la Grande Loge, fondée au plus tard en 1735 (*), qui devait donner naissance par filiation directe au Grand Orient de France en 1773. Et même si, de cette dernière date à 1799 la maçonnerie française connut à son tour un schisme, il est important de souligner- ce qui n'a pas été fait à notre connaissance - qu'aucune question de rite n'opposait les deux Grands Orients rivaux et qu'il n'y eu aucune difficulté sur ce point lors de la réunification de 1799, lorsqu'en 1801 le Grand Orient publie Le Régulateur du Maçon, dans la stricte tradition du Rite moderne, on peut considérer, avant la nouvelle division qu'annoncera en 1804, la création de la « Grande Loge Générale Ecossaise de France », que ce rituel est à cette date celui de la plus grande majorité des maçons français.

ï.'auteur de ce cahier à d'ailleurs essayé d'illustrer dans des conférences accompagnées de projection d'estampes et de documents maçonnique du XVIIIème et du début du XIXème siècle, la parenté très étroite qui existe entre Le Régulateur du Maçon de 1801 et la Grande Loge de 1717, voire même des sources maçonniques plus anciennes et du plus haut intérêt, telles que les « Edimbourg Rugglater House Manuscript » daté de 1696 et découvert en 1930,

LE RITE FRANÇAIS

Il est parfaitement clair, à notre avis, que la maçonnerie pratiquée en France au XVIIIème siècle pour les trois premier grades provenait pour l'essentiel de la grande Loge de 1717, laquelle avait recueilli sans aucun doute, un héritage traditionnel d'une valeur incomparable.

Malheureusement cette perspective historique si attachante et si sure, s'est trouvé compromise par des difficultés de vocabulaire en rapport avec la question des hauts grades. En effet, malgré la réprobation de la Grande Loge de 1717, les hauts grades avaient proliféré au XVIIIème siècle dans divers pays et particulièrement en France. Le Grand Orient de France qui, dès sa fondation avait, adopté une attitude conciliante tendant à fédérer dans son sein le plus grand nombre possible de loges bleues étendit cette politique à l'égard des corps de Hauts Grades qui existaient déjà et conclut avec certaine d'entre eux des traités d'alliances.

Une des conséquences de cet esprit d'association fut la constitution en 1786 d'un ensemble de quatre grades supérieurs: ceux d'Elu, d'Ecossais, de Chevaliers d'Orient, de Roses Croix, qui avec les trois première degrés du Rite Moderne forma un système à sept grades que l'on, nomma Rite Français, Cette dénomination fut regrettable car si certain de ces grades supérieurs étaient peut-être français, les trois premiers degrés ne l'étaient qu'assez peu, leur origine anglaise ne pouvant être mise en doute.

On ne voulait sans doute d'ailleurs pas tout contester, cette origine qui se distingue de systèmes qui, eux, s'intitulaient Ecossais ((tel que celui, par exemple du Rite Ecossais Rectifié.). Des son apparition, le terme de Rite Français qui recouvrait des éléments divers: anglais, français, écossais même) s'opposa à celui de Rite Ecossais qui était loin, de son côté, de provenir en droite ligne d'Ecosse. Cette opposition de deux termes peu conforme l'un et l'autre à l'exactitude historique, fit fortune au XIXe siècle avec l'apparition du Rite Ecossais Ancien et Accepté et ne contribua pas peu à embrouiller dangereusement les problèmes.

Mais si l'on désire rester, comme c'est notre propos ici, dans le seul cadre de la maçonnerie des trois première degrés - c'est-à-dire de la maçonnerie bleue, quelques observations s'imposent afin d'avancer plus aisément dans une question fort complexe.

En ce qui concerne la maçonnerie bleue, la pluralité des Rites ne semble pas avoir été la règle en Franc au XVIIIe siècle, Le rituel « écossais» le plus ancien que l'auteur de ce cahier connaisse pour cette période est, au Fonds Maçonnique de la Bibliothèque Nationale, un remarquable manuscrit provenant du Rite Ecossais Rectifié et porte la date de 1782.

Ce qui frappe le plus au contraire, dans l'étude des documents rituels français de 1740 à 1780, pour les trois premiers degrés, c'est leur constante et étroite parenté. Manifestement ils proviennent tous d'une même source et cette source nous l'avons dit c'est la G. L. des Modernes de 1717.

C'est bien pourquoi le Rite pratiqué en France au XVIIIe siècle ne porte pas de nom. Pour que l'on commence à dénommer les rites, il faut qu'il y en ait plusieurs. Le nom de Rite Moderne qui a trouvé son origine après 1753, dans des événements que nous avons déjà rappelés, ne pouvait pas être usité puisqu'on ne connaissait pratiquement pas, dans notre pays, son rival le Rite Ancien. Il avait par ailleurs, une origine polémique déplaisante et comportait de ce fait, des intentions blessantes, ainsi qu'une bonne part d'injustice.

Le nom de Rite Moderne ne se répandit guère en France qu'au XIXème siècle, sous l'influence anglaise et fut employé comme un équivalent de Rite Français. Vuillaume intitule la seconde partie de son Manuel Maçonnique; Tuileur du Rite Français ou Moderne mais c'est le terme de Rite Moderne qu'il emploie le plus volontiers ensuite.

Rite Français ou Rite Moderne appellations devenues nécessaires par l'apparition ultérieure de rites sont synonymes au XIXème siècle et s'appliquent aussi bien aux trois premiers degrés qu'aux quatre grades supérieurs. On lit

souvent, en titre de rituels imprimés ou de tuileurs: « Hauts-Grades du Rite Moderne » ce qui est tout à fait inexact puisque les Modernes de 1717 étaient officiellement opposés à tous les degrés supérieurs. De même Rite Français désigne couramment le système des trois degrés de la maçonnerie bleue, usage, nous l'avons déjà souligné également contestable.

En fait pour revenir encore une fois au seul problème des trois premiers degrés Rite Français semble avoir été après 1786 plutôt le terme officiel employé par le G. O. D. F. tandis que Rite Moderne obtient la préférence de certains auteurs du XIXème siècle désireux, sans doute, de souligner la filiation entre ce Rite et la G. L. des Modernes de 1717.

C'est vraisemblablement à son caractère officiel que le terme de Rite Français a dû survivre seul de nos jours, tandis que celui de Rite Moderne lié au niveau général d'instruction maçonnique disparaissait dans le dernier tiers du XIXème siècle jusqu'à ne plus être compris couramment aujourd'hui, Il est à remarquer qu'en Belgique où le Grand Orient pratique des rituels de même origine ; l'expression de Rite Moderne est encore assez usuelle, les Belges n'ayant en effet pas les mêmes raisons que nous de s'attacher à celle de Rite Français.

LE RITE MODERNE FRANÇAIS

II est apparu à notre LOGE que, de nos jours, le choix était devenu à peu près impossible entre le non de Rite Moderne qui a le mérite appréciable de souligner la filiation directe avec les fondateurs de 1717 et celui de Rite Français concerné par l'usage officiel. Ce dernier n'est pas d'ailleurs entièrement injustifié si l'on considère l'apport de la France à ce Rite du XVIIIème siècle et le fait que notre pays demeure l'un des derniers où sa pratique soit largement répandu. Des motifs ont décidé notre Loge à associer les deux termes équivalents, et en respectant leur ordre historique d'apparition, de parler désormais de rite Moderne Français ce qui a l'avantage, semble-t-il d'éliminer une dualité artificielle et irritante de sauver de l'oubli l'Epithète vénérable de « Moderne » et de reconnaître la profonde francisation de l'héritage de la Grande Loge de 1717.

LE RITE MODERNE FRANÇAIS RETABLI

Cependant vouloir recueillir en France, en 1955, la tradition véritable du Rite Moderne Français, c'est-à-dire, répétons-le une fois de plus, celle qui à travers le XIXème et le XVIIIème siècle français remonte jusqu'aux Maçons anglais de 1717 était une entreprise qui se heurtait à de redoutables obstacles.

En effet, si le Rite Moderne a connu des enrichissements imprégnés du meilleur esprit traditionnel, et qui doivent être conservés. Les altérations furent également nombreuses.

L'objet de ce cahier est précisément d'étudier une inexactitude regrettable dont l'origine se trouve en Angleterre même. La France n'échappa pas à cette évolution qui se trouva aggravée par des traductions maladroites et par un manque d'information qui est une maladie chronique de la maçonnerie dans notre pays. Mais c'est surtout à partir de 1880 que s'ouvrit pour le Rite Moderne Français une période profondément néfaste où les mutilations succédèrent aux mutilations de telle sorte que le système initial, déjà profondément altéré devint méconnaissable et à peu près incompréhensible.

Pour remédier au vide qui en résultait un certain nombre de FF. estimables à d'autres titres pensèrent qu'il suffisait d’introduire dans les rituels leur vues personnelles. Ces vues différent profondément de génération en génération depuis 1880 et cette curieuse illusion ayant toujours cours de nos jours, il en résulte par superpositions  successives, une confusion apparemment indescriptible et profondément décourageante pour qui s'efforce de recueillir le véritable enseignement maçonnique.

C'est pourquoi, désireuse de se séparer nettement de ces errements dont on peut considérer qu'ils conduisent la plus respectable et à coup sûr la plus riche tradition maçonnique, celle des maçons de 1717, dont nous sommes sans conteste les dépositaires, à sa ruine et à sa disparation prochaine la loge du Devoir et de la Raison a cherché un terrain supplémentaire qui puisse s'appliquer à son effort et définir une tendance rituelle qui réponde aux aspirations actuelles de certains maçons français. Son activité ayant consisté uniquement à retrouver, en s'efforçant de ne perdre jamais de vue les règles de l'honnêteté historique et scientifique, les usages anciens du Rite et à les rétablir dans leur forme et autant que possible dans leur signification symbolique, elle a décidé de préciser la dénomination de Rite Moderne Français par celle de Rite Moderne Français Rétabli.

Notre Loge espère que d'autres maçons français sont susceptibles de s'intéresser aux différentes étapes qui ont marqué son travail de restauration Traditionnelle. C'est à leur intention que nous entreprenons de rédiger ces cahiers.

Nous aurons toujours soin, chemin faisant, de ne pas perdre de vue Le Rite Ecossais tel qu'il est actuellement pratiqué en France pour les trois premiers degrés et dont les points de contacts avec les rites originels du Grand Orient de France sont très nombreux. De plus, prendre conscience du rite que l'on pratique ne doit pas, amener à mépriser les autres. A l'origine de la Maçonnerie spéculative, il n'y avait selon toute probabilité qu'un seul ensemble traditionnel de symboles et d'usages, très largement répandu et dont tous les rites actuels proviennent. C'est pourquoi les rites, à notre avis ne peuvent s'expliquer que les uns par les autres et l'on doit souligner ce qui les rapproche beaucoup plus que ce qui les oppose.

La première grande, très grande difficulté présentés par le Rite Moderne est la question si irritante des colonnes du Temple de Salomon et de l'ordre des mots sacrés du premier et du deuxième degré.

C'est à l'étude de ce problème que sera consacré ce premier cahier.

 (*) Et non en 1736 comme l'atteste un intéressant manuscrit entré récemment au fond, maçonnique de la Bibliothèque Nationale.

 

Repost 0
16 novembre 2010 2 16 /11 /novembre /2010 03:14

46097550 Rudyard Kipling 18651936 1891 oil on canvas

                                                                 Rudyard KIPLING                                                                                 

Nuit d’Agapes

Le moment venu, le roi Salomon déclarait

A ses ouvriers qu’il voyait tailler la pierre :

Nous allons mettre en commun, l’ail, le vin et le pain,

Et festoyer tous ensemble. Je descendrai de mon trône,

Et tous les frères devront venir à ces agapes,

En tant que Compagnons, ni plus, ni moins !

Qu’on envoie promptement une chaloupe à Hiram de Tyr,

Lui qui assure l’abattage et le transport sur les flots

De nos arbres si beaux. Dites-lui, que les Frères et moi

Désirons parler avec nos Frères qui naviguent sur les mers,

Et que nous seront heureux de les rencontrer à ces agapes,

En tant que Compagnons, ni plus, ni moins !

Qu’on porte aussi le message à Hiram Abib,

Le Grand Maître des forges et des mines :

Moi-même et les Frères, nous aimerions qu’il soit possible

Que lui-même et ses Frères viennent à ces agapes,

Portant riches décors ou simples vêtures,

En tant que Compagnons, ni plus, ni moins !

Dieu a assigné à chacun sa place : au cèdre majestueux,

A la modeste hysope, et au mûrier sauvage, au figuier

Et à l’aubépine… mais cela n’est pas une raison suffisante

Pour reprocher à un homme, de n’avoir pas réussi à être,

Ce à quoi il n’était pas nécessairement destiné !

Et à propos de notre Temple, je maintiens et j’affirme :

Nous ne sommes que des Compagnons, ni plus, ni moins !

Ainsi il ordonna, et ainsi il fut fait.

Et les Coupeurs de Bois, et les Maçons de Marque,

Avec les simples matelots de la flotte de Sidon,

Et les amiraux du Royal Arche,

Vinrent s’asseoir et se réjouir à ces agapes,

En tant que Compagnons, ni plus, ni moins !

Dans les carrières, il fait encore plus chaud

que dans les forges d’Hiram,

Nul n’y est à l’abri du fouet du gardien.

Le plus souvent, il neige sur la passe du Liban,

Et le vent souffle toujours, au large de la baie de Jaffa.

Mais quand le moment est venu, le messager apporte

L’ordre du roi Salomon : alors oublie tout le reste !

Que tu sois Frère parmi les mendiants, l’ami des rois

Ou l’égal des princes, oublie tout cela !

Seulement Compagnon ! et oublie tout le reste.

 

Le Palais

Quand j’étais Roi, et Maçon – un maître prouvé et habile,

Je me dégageai un emplacement pour élever un Palais,

Tel qu’un Roi se doit de construire.

Je décidai, et fis creuser selon mes propres instructions.

Et juste là, au dessous du limon, j’atteignis

Les restes d’un Palais que jadis

Tel un Roi, un autre avait fait bâtir.

Il n’avait aucune valeur dans la façon,

Et aucune intelligence dans le Plan.

Cà et là, ses fondations ruinées couraient au hasard :

Maçonnerie grossière, maladroite.

Cependant, gravé sur chaque pierre on lisait :

« Après moi viendra un autre Bâtisseur ;

Dites-lui qu’un jour, j’ai su, moi aussi ! »

M’en servant rapidement pour mes propres tranchées,

Où mes fondations, bien conçues – elles ! s’élevaient,

J’ai placé ses pierres taillées et ses pierres d’angle,

Les retaillant et les ajustant à ma façon.

De ses plus beaux marbres j’ai fait moudre de la chaux

Que j’ai brûlée, éteinte, puis étendue.

Et j’ai pris ou délaissé, selon mon bon plaisir,

Les cadeaux posthumes de cette humble dépouille.

Pourtant, je n’ai éprouvé ni mépris, ni gloire,

Et comme nous les arrachions et les dispersions,

J’ai lu dans ces fondations rasées,

Au fond du cœur et de l’âme de leur bâtisseur.

Pareillement, ( en son temps ) il s’était élevé

Et avait plaidé ( et défendu sa cause ).

Pareillement j’ai compris

La forme du rêve qu’il avait poursuivi,

En face de l’œuvre qu’il avait réalisée.

Quand j’étais Roi, et Maçon

Dans le plein zénith de ma vanité,

Ils m’envoyèrent une Parole du fond des ténèbres.

A voix basse, et me prenant à part

Ils m’ont dit : La fin ultime des choses t’est interdite.

Ils m’ont dit : Tu as maintenant joué tout ton rôle.

Et ton Palais deviendra comme celui de l’autre,

Des décombres dont un roi à son tour, usera pour bâtir.

J’ai dis à mes ouvriers de quitter mes tranchées,

Mes carrières, et mes quais, et ( de laisser là )

Leurs ciseaux ( qui travaillaient la pierre ).

Tout mon ouvrage, je l’ai abandonné et confié au destin

De ces années qui n’ont plus foi ( en l’avenir ) ;

Seulement, j’ai gravé sur les madriers,

Seulement, j’ai gravé sur la pierre :

« Après moi viendra un autre Bâtisseur ;

Dites-lui qu’un jour j’ai su, moi aussi ! » .

Repost 0
12 novembre 2010 5 12 /11 /novembre /2010 13:39

Convention du Rite Français du 6 mai 2006

Intervention de Marcel THOMAS

L'esprit du Rite Français

Vénérable Maître, Très Respectables Frères, vous tous mes Frères.

On m'a demandé de faire une petite planche d'introduction sur l'esprit du Rite Français. C'est très simple, mais j'ai voulu aussi faire une petite planche en survolant un peu l'origine du Rite Français, en me limitant à des considérations très générales. Je ne fais pas un cours d'histoire, j'exprime simplement quelques réflexions que tout Frère pourrait se faire s'il avait un peu étudié le Rite Français, ce qui est certainement le cas de vous tous.

Quel est l'esprit du Rite Français ? A-t-il eu un esprit particulier ? A-t-il évolué, a-t-il été modifié, a-t-il été édulcoré ? Au fait. L'histoire nous laisse-t-elle un esprit particulier ? Je crois en un esprit maçonnique qui, au rythme du temps, s'exprime différemment. Un petit tour rapide sur les origines du Rite Français. Cette origine remonte à l'introduction de la Franc-maçonnerie en France dans les années 1720-1730. Les textes qui, à partir de 1737, nous font connaître cette première maçonnerie française, montrent clairement que les éléments de base du Rite Français tel que nous le pratiquons aujourd'hui, étaient déjà présents, et que ce Rite n'est que le résultat d'un développement des pratiques survenues au cours du 18ème siècle. On peut même dire peut-être 17ème, mais ce n'est pas sûr.

Les premiers textes français et les textes anglais de cette époque étaient semblables. Admettons donc que l'origine du Rite Français prend racine dans un monde maçonnique écossais mais aussi anglais, il ne faut pas l'oublier.

Le temps fait son œuvre, les rituels se « francisent », n'oublions pas que la maçonnerie de l'époque, Grande Loge de France, puis Grand Orient de France n'avaient pas de rituel officiel. Devant cette grande diversité, les instances du Grand Orient de France, vers 1779-1785, imposent un rituel officiel. Cela devient le Rite Français que nous connaissons. L'obligation est prise devant le Grand Architecte qui est Dieu. Devons-nous en déduire que la croyance en Dieu était obligatoire ? Je laisse de côté cette question.

Qui est Franc-maçon à cette époque ? Un noble, un homme de loi, un notaire, un avocat, un ecclésiastique, un militaire, un négociant, et obligatoirement un aubergiste, toujours pas d'artisan, ni d'ouvrier. Ces élites ne nous ont pas laissé de grande trace de charité et de bonté. Ces hommes ne devaient pas beaucoup se préoccuper des problèmes du peuple. Sauf, et cela est prouvé, par des aumônes collectives. La conscience, la bonne conscience est sauve. Le temps passe. Révolution, Empire, Restauration, République, Second Empire. Le monde évolue ou plutôt se transforme, change. Naissance du monde industriel. Le prolétariat se développe, les échanges internationaux surgissent, un esprit de classe sociale se radicalise. La Franc-maçonnerie subit ces transformations.

La Maçonnerie se politise. Des loges deviennent des lieux de débats sociaux. La croyance officielle en Dieu s'estompe. La pratique rituellique de notre rite s'édulcore. Le symbolisme disparaît. Le Grand Orient gardien, peut-être même propriétaire de notre rite, laisse ce rite se déliter. Le recrutement change. Rares sont les nobles, absents les ecclésiastiques. Surgissent les fonctionnaires, les militaires, les politiques, les députés, maires et autres démagogues. Des artisans en petit nombre. Jamais de salariés, pas plus d'ouvriers ni d'employés. Quel esprit rassemble ces hommes ? Des idées modernes : démocratie, liberté, progrès social, une morale laïque et républicaine qui semble suffire à cette maçonnerie française.

Le temps passe, le Rite Français existe toujours, seulement au Grand Orient, et uniquement aux trois grades bleus, complètement défigurés : absence de la Bible, et de tout ce qui s'y rapporte. Les hauts grades disparaissent au profit de ceux du Rite Ancien et Accepté. C'est tellement mieux trente trois degrés que sept.

Vers 1955-1958, un Frère, René GUILLY, membre d'une loge du Grand Orient, veut remettre l'invocation au Grand Architecte de l'Univers. La présence de la Bible ouverte, au prologue de l'évangile selon Saint Jean. Cela se heurte à un mur infranchissable, selon même l'expression de René GUILLY. Suivent ne succession de péripéties dont je ne parlerai pas, un éminent Frère va certainement nous développer ça dans quelques instants.

Nous arrivons à aujourd'hui. Le rite a repris force et vigueur. Il existe chez nous, la GLTSO, qui, avec la LNF, a l'honneur d'avoir remis ce rite en place. Il existe aussi à la GLNF, il est pratiqué aussi en Belgique. Le renouveau du Rite Français, dû à des Frères dont la préoccupation spirituelle n'était pas la dernière de leurs priorités nous apporte non seulement une approche nouvelle, mais aussi symbolique, souvent oubliée de notre Rite Français. La recherche du texte le plus proche de l'original nous incite à une réflexion sur notre monde.

Une certaine distance est prise avec les textes d'autres rites. Notre rituel semble dépouillé. Non, il est simple. Pas un mot de trop. Rien n'est laissé au hasard.

Quel est donc l'esprit du Rite Français ? Là, je laisse la parole à un éminent Frère du Rite Français, que certains de vous connaissent, Edmond MAZET : « Simplicité et absence de prétention, Convivialité, Amitié chaleureuse, c'est ce que nos Frères ressentent dans nos assemblées, sans que cela exclue la profondeur spirituelle. Le Rite Français est un rite dans lequel, comme on dit, on fait des choses sérieuses sans se prendre au sérieux. »

J'ai dit Très Vénérable

Repost 0
4 novembre 2010 4 04 /11 /novembre /2010 23:13

 

Philippe LANGLET

La Bible et la Loge

Editions de la Hutte

genere-miniature.gif

" [...] Les rapports entre la Bible et la Loge ou, plus généralement, entre la Bible et la Franc-Maçonnerie, soulèvent d'emblée plusieurs questions complexes dont l'absence de prise en compte a renforcé quelques malentendus et suscité quelques erreurs de perspective. Non pas quant à sa présence. Celle-ci est un des principes fondamentaux de la Maçonnerie qui en fait une organisation initiatique traditionnelle. En vérité, on ne peut parler de Franc-Maçonnerie si l'on évacue la présence et l'usage de la Bible, sans compter les différentes influences qu'elle exerce sur les rituels. Il paraît difficile d'en faire l'économie car elles se manifestent de manière prégnante. "

" [...] En plus de la présence et de l'utilisation matérielle de la Bible, nous savons, par les nombreuses références, qu'elle est la principale source d'inspiration des rituels et catéchismes. "

C'est alors que Philippe Langlet nous exposera, méthodiquement et scientifiquement - comme toujours -, la présence nécessaire, indispensable et fondatrice du Volume de la Loi Sacrée dans les rituels vivants, comme dans nombre de rituels anciens à la source de la Franc-Maçonnerie moderne.

Cela sera aussi l'occasion de mettre en rapport les variantes de traduction et d'interprétation du Livre à l'extraordinaire diversité symbolique des Rites, rituels et systèmes en Loge bleue, lesquels se rejoignent tous dans une unité d'esprit issue de cette mémoire commune.

13,5 x 18 cm, 216 pages, noir sur offset sans bois 80 g. Couverture quadri sur carte 250 g pelliculée brillant. Broché dos carré collé.

Repost 0
11 octobre 2010 1 11 /10 /octobre /2010 23:42


cah-Verts.jpgLes Cahiers Verts sont une revue d’études maçonniques, symboliques, et spirituelles publiée par le Grand Prieuré des Gaules, Ordre des Chevaliers Maçons Chrétiens de France.

Historiquement, les Cahiers verts étaient réservés exclusivement aux membres de l’Ordre.

Depuis 2005, date de parution du « Hors-série » consacré aux Convents fondateurs du Régime Ecossais Rectifié, le Conseil national du GPDG a opté pour une diffusion élargie.

Désormais, le grand public éclairé ainsi que les Frères d’autres obédiences ont eux aussi accès à cette publication annuelle pour mieux connaître cette Franc-maçonnerie chrétienne que pratique le Grand Prieuré des Gaules.

N°1 : (2006)

La renaissance du Rite Français par Jacques Olivier

Le grade de Souverain Prince Rose-Croix et la restauration du Rite Français par Jean-François Var

N° 2 : (2007)

Histoire du Rite Français par Jacques Olivier

N° 3 : (2008)

Le Rite Français tel qu'il est pratiqué au GPDG par Jacques Olivier

Le grade de Souverain Prince Rose+Croix dans l’expérience spirituelle des membres du Régime Rectifié par Jean-François Var

N°4 : (2009)

Néant

N° 5 (2010) 

Néant

Repost 0
11 octobre 2010 1 11 /10 /octobre /2010 02:59

En 1786, le Grand Orient propose un texte de référence pour les trois grades bleus, diffusé sous la forme de copies manuscrites.

La Révolution passée, en 1801, les Rituels sont  imprimés sous le titre du Régulateur du maçon.

regulateur.gif
En 1858, une nouvelle rédaction du Rite Français dit Murat, du nom du Grand Maître, est publiée. « Idéologiquement », le texte n'est guère différent de celui du Régulateur.

 

Murat GM

  L'après-Convent de 1877 conduit à des retouches plus hardies. En 1879, le Grand Collège des Rites, chargé par le Conseil de l’Ordre du Grand Orient, fait disparaitre des rituels les formules trop ouvertement religieuses.

En 1886, une commission de 12 membres, présidée par l'avocat Louis Amiable (1837-1897), procède à une nouvelle révision adoptée en Conseil de l'Ordre les 15-16 avril. Le nouveau rituel français, se réfère grandement au positivisme. 

Le rituel Amiable, quelque peu modifié en 1907 sous l'autorité du Grand Commandeur Jean-Baptiste Blatin, restera en l'état jusqu'en 1938.

louis amiable

Louis Amiable

En 1938, à l'initiative d'Arthur Groussier, alors Grand Maître du Grand Orient pour la 9e fois, un nouveau modèle du Rite Français est adopté.

La nouvelle version est une tentative de retour aux sources symboliques du système français.

En 1955, la version définitive du rituel Groussier, légèrement aménagée dans la forme sous l'autorité de Paul Chevalier, est imprimée et diffusée. 

groussier

En 1955, Avec l'accord de Francis Viaud, alors Grand Maître du Grand Orient de France, il est décidé de « réveiller » le Rite Français dans sa version originale. À cet effet est créée la loge du Devoir et de la Raison (1955). Ses membres, conduits par René Guilly, auraient pu utiliser le modèle imprimé du Régulateur (1801). Ils préfèrent essayer de reconstituer à partir de ce dernier, mais en y incluant des ajouts tirés de divers documents du xviii eme siècle, un rituel proche de celui qui est pratiqué dans la franc-maçonnerie française adolescente. Ainsi naît le Rite Moderne Français Rétabli : « Moderne », puisqu'il s'inscrit dans la tradition de la Grande Loge Anglaise des Modernes ; « Français », car il est fidèle à la version implantée en France et traduite en français ; « Rétabli », pour affirmer que le texte est le résultat d'un travail de reconstruction, de recomposition et de restitution historiques, symboliques et philologiques.

En 1968, les frères qui fondent avec René Guilly, la Loge Nationale Française apportent le Rite Moderne Français Rétabli qui donnera, après un long et minutieux travail « d'archéologie symbolique » pour retrouver des documents encore plus originaux, le Rite Français Traditionnel.

GUILLY

  

En 1978, des frères de la Loge Nationale Française, conduits par Roger Girard, rejoignent la Grande Loge Nationale Française en y apportant le Rite Français  d'après le canon du Régulateur de 1801. 

roger girardRoger Girard


Repost 0
4 octobre 2010 1 04 /10 /octobre /2010 13:12

R∴ L∴ de « L’Amitié » N° 9

à l’Orient de Genève

Loge Mixte au Rite Français - Rituels de 1786

Fondée le 11.11.1991 sous le titre distinctif de « La Concorde »

Membre de LITHOS CONFEDERATION DE LOGES

 

Le Rite Français d'après les Rituels de 1786

La Loge de « L' Amitié » travaille au Rite Français, d'après les Rituels de 1786. Il s'agit de la version la plus ancienne connue du Rite Français Traditionnel (R.F.T.) ou Rite Moderne Français Rétabli (R.MF.R.), qui est sans doute le plus ancien Rite de la Maçonnerie spéculative encore pratiqué.

Issu de la Grande Loge de Londres de 1717 (dite des « modernes), ce rite apparaît en France dès l'introduction de la Franc-Maçonnerie spéculative, au début XVIIIème siècle. Originellement venu de Grande Bretagne, il est codifié en 1786 sous une forme quasi identique à celle que nous connaissons aujourd'hui. Ce rite était au début XVIIIème quasiment la traduction mot à mot des rituels anglais. Par la suite des ajouts cérémoniels furent introduits (épreuves de l'eau et du feu dans les voyages, calice d'amertume, etc.) Le résultat de cette histoire est que si le rite « Français » s'est un peu éloigné du rite pratiqué en Angleterre par la première Grande Loge, il est aujourd'hui néanmoins celui qui est resté le plus fidèle aux pratiques du XVIIIème siècle.

Le Rite Français contribua puissamment à l'essor de la Franc-Maçonnerie en Europe. Au cours de la fin du XVIIIème siècle, en une période de conflits européens, il fut pratiqué à l'origine dans des loges composées de militaires, qui l'exportèrent dans leurs expéditions et le teintèrent de certaines particularités militaires (usage de l'épée en loge, voûte d'acier). On doit sans doute y voir aussi l'origine du vocabulaire employé au cours des agapes, tels que « canons », « poudre », etc...

C'est peut être aussi pour cette raison que le Rite Français peut paraître plutôt « dépouillé » au premier abord et qu'il est de caractère « rigoureux », ou en tout cas réglementaire, dans son exécution.

Historique

En 1717 se forme la Grande Loge de Londres. En son sein, dans la décennie 1720, se met en place un système en trois grades, connu par la publication en 1730 de la Masonry Dissected de Samuel Prichard.

La Franc-Maçonnerie qui s'implante en France vers 1725 est issue de la Grande Loge de Londres.

Le rite traduit en français est pratiqué par la quasi-totalité des loges qui se créent dans le royaume et ne semble pas avoir un nom particulier qui le définit.

L'apparition d'autres systèmes maçonniques, dits presque toujours « écossais », la volonté du Grand Orient de France d'organiser et de contrôler la franc-maçonnerie française, et le désir de nombreuses loges d'avoir une version universelle des rituels, provoquent la fixation d'un rite qualifié en 1785-1786 de « Français ». Au sein du Grand Orient, pour les grades bleus, dans la 4ème chambre dite Chambre des Grades, créée en 1782, et au sein du Grand Chapitre Général de France, quelques frères, notamment Alexandre-Louis Roëttiers de Montaleau, ont mené à bien ce travail.

En 1785, le modèle français est à peu près fixé. En 1786 le Grand Orient propose un texte de référence pour les trois grades bleus, diffusé sous la forme de copies manuscrites. L'ensemble est désigné sous le nom de Rite Français. Les trois premiers sont d'origine anglaise. L'objectif est en fait de se distinguer des divers systèmes dits écossais, souvent élaborés ou synthétisés en France, mais qui viennent rarement en droite ligne d'Écosse.

La Révolution passée, en 1801, le Grand Orient le fixe en le faisant imprimer dans le Régulateur. On notera qu'au début du siècle, ledit Régulateur du maçon (1801) inspiré du Rite des Modernes, et le Guide des maçons écossais (1803), en partie inspiré du Rite des Anciens, texte de référence du Rite Écossais Ancien et Accepté, divergent plus sur la forme que sur l'esprit. Pourtant la concurrence de ces deux rites conduit à un effet de nomination. Le terme de Rite Français va ensuite s'imposer dans le dernier tiers du XIXème siècle. Quoi qu'il en soit durant tout le XIXème siècle, la différenciation entre Rite Français et Rite Ecossais va aller en croissant.

En 1858, une nouvelle rédaction du Rite Français, dit Murat, est publiée, le texte n'est guère différent de celui du Régulateur du Maçon. Le nouveau modèle continue de définir la maçonnerie de manière « classique », dans la tradition andersonienne. On reste dans l'héritage de la philosophie des Lumières et dans un spiritualisme assez flou pour ne pas trop gêner les consciences. Ce premier toilettage se fait cependant dans une Obédience qui, depuis l'amendement Charles Duez adopté le 13 avril 1849, précise que la Franc- Maçonnerie « a pour base l'existence de Dieu et l'immortalité de l'âme ».

L'après-Convent de 1877 conduit à des retouches plus hardies. En 1879, le Grand Collège des Rites, chargé par le Conseil de l'Ordre du Grand Orient, fait disparaître des rituels les formules trop ouvertement religieuses, comme la référence au Grand Architecte de l'Univers, les devoirs envers Dieu au 1°, l'explication métaphysique de la lettre G au 2° et l'invocation à Dieu du signe d'horreur au grade de Maître. En 1886, une commission de 12 membres, présidée par l'avocat Louis Amiable (1837-1897), procède à une nouvelle révision adoptée en Conseil de l'Ordre les 15-16 avril. Le nouveau rituel français, qui prendra le nom de son principal rédacteur, est accompagné d'un « rapport sur les nouveaux rituels pour les loges » rédigé par Amiable lui-même. Ce codicille explique que le nouveau texte se réfère grandement au positivisme. Sa philosophie générale est la « neutralité entre les diverses croyances » et le fait que « les données certaines fournies par l'état actuel de la science devaient être par nous mises à profit ». Daniel Ligou a présenté les violentes critiques adressées au rituel Amiable par Oswald Wirth. Un rapport d'Amiable, adopté par le Grand Collège des Rites et transmis par le Conseil de l'Ordre du Grand Orient à toutes les loges en mars 1896, clôt provisoirement le débat.

Durant ce demi-siècle, le rituel Amiable, quelque peu modifié en 1907 sous l'autorité du Grand Commandeur Jean-Baptiste Blatin, restera en l'état jusqu'en 1938, date où, sur l'initiative d'Arthur Groussier, alors Grand Maître du Grand Orient pour la 9ème fois, un nouveau modèle du Rite Français est adopté. La nouvelle version est une tentative de retour aux sources symboliques du Rite Français.

En 1955, la version définitive du rituel Groussier, légèrement aménagée dans la forme sous l'autorité de Paul Chevalier, est imprimée et diffusée. Malgré quelques apports et quelques ajouts opérés par un certain nombre de loges, le rituel Groussier est toujours en vigueur aujourd'hui dans les Loges du grand Orient de France.

Dans le long travail de reconstruction des obédiences dans l'après-guerre, des maçons érudits et/ou versés dans les recherches initiatiques ou symboliques souhaitent retrouver ou revivifier les potentialités de la tradition maçonnique française du XVlIIème siècle. Ainsi, au sein du Grand Orient de France, des maçons regrettent que les frères attirés par le symbolisme et le respect des pratiques rituelles quittent le Rite Français pour le Rite Ecossais.

Ce petit groupe pense que l'on peut concilier option symbolique et rigueur rituelle au sein du Rite Français. Ses membres auraient pu utiliser le modèle imprimé du Régulateur du Maçon (1801). Ils préfèrent essayer de reconstituer à partir de ce dernier, mais en y incluant des ajouts tirés de divers documents du XVIIIème siècle, un rituel proche de celui qui est pratiqué dans la Franc-Maçonnerie française adolescente. Ainsi naît le Rite Moderne Français Rétabli, qui s'inscrit dans la tradition de la Grande Loge Anglaise, car il est fidèle à la version des « Moderns » implantée en France et traduite en français, « Rétabli » pour affirmer que le texte est le résultat d'un travail de reconstruction, de recomposition et de restitutions historiques, symboliques et philologiques.

Quelques frères du Grand Orient de France, fondateurs ou affiliés à la Grande Loge Nationale Française Opéra (devenue ensuite Grande Loge Traditionnelle et Symbolique Opéra) apportent en 1958 le Rite Moderne Français Rétabli à la nouvelle Obédience.

En avril 1968, trois Loges quittent la GNLF-Opéra pour constituer une Fédération de Loges sous le nom de Loge Nationale Française (L.N.F.).

Ces trois Loges, « Jean-Théophile Désaguliers » et « Fidélité » à l'Orient de Neuilly-sur-Seine et « James Anderson » à l'Orient de Lille, étaient régulièrement détentrices des Rites suivants:

- le Rite Moderne Français Rétabli (R.M.F.R.)

- le Rite Ecossais Rectifié (R.E.R.)

- le Rite Anglais Emulation (R.A.E.).

En 1973, les deux pôles principaux se séparent et il existe momentanément deux L.N.F. : l'une à Paris, à tendance plus théiste, et l'autre à Lille, plus humaniste.

En 1976, la L.NF. de Lille, alors conduite par son fondateur et Grand Maître Général, Jacques Martin, intègre une Loge mixte indépendante « Le Temple de la Paix Céleste » et décide de modifier son Titre Distinctif, la L.N.F. étant, jusque là, strictement masculine. D'abord, la L.N.F. de Lille retient le Titre de : « Ordre Maçonnique Universel Humanitas pour les Pays de Langue Française - Grande Loge Indépendante et Souveraine des Rites Unis ». Ensuite il sera décidé de réserver le titre « GLISRU » aux seules Loges symboliques ou Loges bleues, le titre « Humanitas » regroupant les Ateliers supérieurs.

Le 11 novembre 1991 est fondée à Genève la Loge mixte « La Concorde », qui adhère à la GLISRU et adopte le Rite Français d'après les Rituels de 1786, version la plus ancienne connue du Régulateur du maçon de1801.

Le 25 janvier 1992 elle reçoit du Suprême Conseil de l'Ordre Maçonnique Universel Humanitas pour les Pays de Langue Française - Grande Loge Indépendante et Souveraine des Rites Unis une Patente l'autorisant « à se livrer aux travaux des premiers grades symboliques de la Maçonnerie du Rite Français Traditionnel ».

Après dix-sept années de travail, de nombreuses péripéties et plusieurs changements d'Obédience, en 2008 la Loge quitte la Grande Loge Mixte de Suisse, change son titre distinctif en « L'Amitié » et est admise dans Lithos - Confédération de Loges, au sein de laquelle elle continue à travailler au même Rite, avec les mêmes Rituels et dans le même esprit que celui voulu par ses fondateurs.

Pour contacter la Loge

Temple : Maison des Compagnons - 25, rte de Colovrex - CH 1218 Le Grand-Saconnex, Genève

amitié@lithoscl.org

www.lithoscl.org

 

 

Repost 0
3 octobre 2010 7 03 /10 /octobre /2010 22:20

Panorama de la France prérévolutionnaire

Pour saisir les événements qui vont suivre et tenter de comprendre le comportement souvent choquant de celui qui deviendra Philippe-Egalité Grand Maître des francs-maçons il est nécessaire de procéder à un constat de l’état de la France prérévolutionnaire des années 1770.

Le renouveau démographique permet une population de prés de vingt-huit millions d’habitants, nous hissant au premier rang de l’Europe. Par comparaison la Russie immense n’en a que vingt-trois, l’Espagne onze et l’Angleterre neuf. Les « jeunes », ceux qui auront vingt ans en 1789 ont décuplé.

L’espérance de vie passe enfin à vingt-huit ans. La population est à 85% rurale. Cela n’empêche pas le développement de grandes villes. Lyon dépasse les 120 000 habitants, Marseille 100 000, Bordeaux 70 000. Metz, Nîmes, Strasbourg, Orléans, Amiens oscillent entre 50 000 et 35 000 âmes.

Quant à Paris, c’est une population de 600 000 personnes qui en fait une mégapole pour le temps, seulement dépassée par Londres avec prés de 800 000 londoniens. Paris est le centre du monde civilisé tant littéraire que scientifique. Un réseau de trente-deux académies provinciales qui communiquent entre elles permet de commenter et de diffuser les plus récentes découvertes et souvent les idées les plus novatrices.

L’économie du pays reste terriblement fragile après la faillite du système Law. Une mauvaise récolte qui fait flamber le prix du pain et paralyse l’activité, peut générer un « mouvement social ». La fiscalité reste « un labyrinthe inextricable » dans lequel les historiens actuels se perdent encore. La seule certitude est qu’elle demeure, malgré les efforts réels de quelques financiers, pesante, inefficace et surtout effroyablement injuste. L’état, le roi donc, vivait du rapport d’impôts directs et indirects.Pour simplifier considérons que la plupart des taxes directes sont acquittées par les roturiers. La noblesse paye « l’impôt du sang » en se battant pour le pays et en levant des troupes. Le clergé considère que, chargé de l’éducation et de la charité publique il n’a pas à être imposé. L’Eglise condescend à une participation volontaire, purement bénévole le « don gratuit » qu’elle acquitte tous les trois ans et encore non sans discuter. Les taxes indirectes, dont la perception est cédée à des compagnies privées sont encore plus mal perçues. Dans ce que nous pourrions appeler le domaine de la culture il nous faut constater que tout bouge. Si dans les années 1685 seulement 29% des hommes et 14% des femmes savent lire le taux passe à 47% et 27% un siècle plus tard.

La grande évolution dite philosophique est le passage au développement d’idées modernes en opposition à la coutume et à la tradition. Les « Lumières » viennent bouleverser une société qui vénérait tout ce qui était ancien « du seul fait de son origine immémoriale. » Les idées directrices sont :

- croyance en un progrès infini des sciences et de l’humanité, faisant reculer les ténèbres de l’ignorance,

- confiance en l’observation et l’expérience,

- aspiration au bonheur individuel,

- souci d’un nouveau système éducatif pour les enfants (Rousseau, Mme de Genlis),

- apologie de la raison contre la foi et la révélation biblique,

- lutte contre la « superstition » de la religion, surtout catholique,

- appel à la tolérance contre le « fanatisme » de l’Eglise,

- régénération de la société.

Il est impératif de réaliser que dans son ensemble l’audience des Lumières reste limitée. La province rurale et la classe paysanne (plus de 85% de la population) restent fidèles à l’Eglise. La pratique religieuse est assidue pour 98% des habitants du royaume. Ces idées ne prendront un sens prémonitoire qu’à posteriori. Il ne faut pas oublier que si Voltaire récuse la monarchie de droit divin, il reste partisan de la monarchie absolue. Il soutiendra, à la différence du duc de Chartres, le « coup d’Etat » de Maupeou. N’oublions pas que le mot absolutisme n’a été forgé qu’en 1797, huit ans après la disparition de l’Ancien Régime.

Louis Philippe Joseph d’Orléans, duc de Chartres puis duc d’Orléans, pair de France.

Nous entrons maintenant dans la franc-maçonnerie moderne. J’entends par-là que la maçonnerie traditionnelle contemporaine française que nous pratiquons actuellement à la G.L.N.F. est la descendante directe de l’organisation administrative et de la synthèse rituelle, qui vont émerger des travaux du Grand Orient de France de cette fin du XVIII° siècle.

.Louis Philippe Joseph d’Orléans n’est à sa naissance le 13 avril 1747, au château de Saint- Cloud que duc de Monpensier. Il est surtout prince du sang. Arrière-petit-fils du Régent, il descend par sa mère d’une fille de Louis XIV et de Madame de Montespan Mademoiselle de Blois. Comme nombre de ses devanciers il fait très tôt preuve d’un goût prononcé pour la carrière militaire récompensé par une charge de colonel du régiment de Chartres-Infanterie en mars 1752, il n’a pas encore cinq ans.

Nous devons préciser que le décès de son grand-père vient de faire de lui le nouveau duc de Chartres.

Le nouveau Grand Maitre est un « prince du sang ».

Il poursuit sa fabuleuse carrière en devenant colonel de Chartres-Cavalerie en 1764. Il épouse, le 5 avril 1769 à Versailles, Louise Marie Adélaïde de Bourbon-Penthièvre, petite-fille du comte de Toulouse lui-même bâtard légitimé de Louis XIV et de Madame de Montespan, qui reçoit le fabuleux héritage du duc de Penthièvre. Sa fortune alliée à celle de sa femme fait de lui un des princes les plus riches du royaume. Au cours de ses noces il scandalise les vieux courtisans par son mépris pour l’étiquette. Il allie les opinions philosophiques du XVIII° siècle aux moeurs dissolues de la Régence. Son opposition au chancelier Maupeou lui vaut d’être exilé dans ses terres par Louis XV ce qui ne l’empêche pas, grâce à l’appui du duc de Montmorency-Luxembourg de succéder en juin 1771 au duc d’Antin d’autant que son attitude frondeuse attire la sympathie de nombre de Grands.

Après la grande maîtrise du comte de Clermont c’est de nouveau un prince du sang, mieux encore ; c’est le premier prince du sang qui devient Grand Maître. Nous allons y revenir.

A l’avènement de Louis XVI Chartres reparaît à la cour. Bientôt la jeune Marie-Antoinette le prend en aversion puis le déteste ce qui ne l’affecte pas mais va le gêner. Il espère que son beau père, le duc de Penthièvre, sollicite pour lui la survivance de sa charge de grand amiral de France, il se prépare en embrassant une carrière d’officier de marine.

Il embarque donc sur le vaisseau l’Alexandre comme garde-marine (enseigne) en 1772. En 1776 il est promu lieutenant général des armées navales (contre-amiral, chef d’escadre).Il embarque alors sur le Saint-Esprit Le 27 juillet 1778 lors de la bataille au large d’Ouessant il fait preuve de courage et se montre fin manoeuvrier mais les navires anglais parviennent à s’échapper. Ce demisuccès lui attirera l’estime des uns et les reproches des autres. Il poursuit sa carrière d’officier de marine mais son beau-père est persuadé que Chartres veut le dépouiller de sa charge de grand amiral. Il écrit alors, dans un souci d’apaisement, à Louis XVI qu’il renonce à sa carrière sur les mers tout en le priant de créer pour lui une charge de colonel général des hussards et des Troupes légères le 18 novembre 1778. Cette fonction est purement honorifique Le roi accepte et met fin ainsi à sa carrière militaire.

Profondément froissé il cesse alors de paraître à la cour puis part pour l’Angleterre. Comme Voltaire il s’éprend de ce pays et de ses moeurs. Il se lie avec le prince de Galles, futur George IV, encore plus libertin que lui. A son retour en France il introduit la mode des courses de chevaux et celle de la simplicité des vêtements.

Après la carrière militaire, la vie publique.

Il n’y a de fortune qui, quand son possesseur s’applique, n’arrive à disparaître et sur ce point le duc de Chartres s’est considérablement appliqué. Un train de maison plus que dispendieux, un goût prononcé pour les collections les plus onéreuses, une prodigalité sans égale, une inadaptation chronique pour la gestion ont raison de la plus grande partie de son patrimoine. A la mort de son père en 1785 il hérite le titre de duc d’Orléans. La succession grevée de nombreuses dettes et les spéculations immobilières ne le lui permettent de retrouver sa fortune d’antan. Même la construction des galeries du Palais-Royal très fructueuse au point de vue pécuniaire n’y suffit pas, tant sa prodigalité et sa générosité, à des fins politiques, sont grandes La cour s’en indigne plus par jalousie et pour plaire à la reine que par sens de la probité.

En 1787 Chartres maintenant Orléans devient membre de l’Assemblée des notables. Il en profite pour interpeller, lors du lit de justice du 19 novembre, le roi. Il lui déclare que le droit de voter des impôts n’appartient qu’aux états généraux. Il est aussitôt exilé, le 21 novembre, dans sa terre de Villers-Cotterets. Il n’en revient le 23 mars 1788 exactement dans les mêmes dispositions. Comme s’annoncent les états généraux il se fait nommer par la noblesse de trois « circonscriptions », Paris, Villers-Cotterets et Crespy-en-Valois. Il choisit cette dernière car c’est celle qui demande le plus de réformes. Le 4 mai, à Versailles, une procession précède l’ouverture des états généraux. Belle occasion pour Orléans de provoquer le régime. Il défile avec le tiers-état. La foule l’acclame. La reine manque de s’évanouir de colère. Il souhaite que les trois ordres soient alliés en une chambre unique et, suivi de 46 députés de la noblesse il se réunit le 25 juin au tiers qui vient de se constituer en Assemblée nationale. Le peuple promène son buste en triomphe ce qui est particulièrement apprécié par la reine !

Les jardins du Palais-Royal où se réunissent les orateurs populaires, deviennent un centre d’agitation. Cette agitation est soutenue sinon orchestrée par un nouvel agent du duc d’Orléans. Cet officier d’artillerie, de petite noblesse récente, à l’avancement digne de la marche d’un escargot (il restera capitaine 17 ans) partage les idées du prince et se met à son service en 1788, après avoir quitté l’armée. Il excelle dans l’invention et l’organisation de ce que nous appellerions actuellement les coups tordus. Il est franc-maçon. Il participe activement à l’élaboration de la marche sur Versailles du peuple de Paris les 5 et 6 octobre, rédige avec Brissot la pétition à l’origine de la fusillade du Champ de Mars et j’en passe ! La postérité reconnaît en lui l’homme de lettre plus que le politique ou le militaire puisqu’il se nomme Pierre Choderlos de Laclos, auteur des Liaisons dangereuses.

Philippe Egalité.

Dans les premiers temps de la Révolution, le duc d’Orléans se trouve incontestablement à la tête d’un parti qui ne recule devant rien pour lui faciliter l’accès au trône. Sa haine pour Marie- Antoinette et pour la cour est réelle. Il rencontre Mirabeau qui cherche un prétendant pour personnifier la révolte. Ce dernier est déçu de la rencontre. Lamartine rapporte qu’il s’écrie : »Ce jean-foutre ne mérite pas la peine qu’on se donne pour lui. »

Il poursuit son escalade révolutionnaire. Membre du club des Jacobins, il est élu député à la Convention nationale et doit changer de nom et choisit, avec déplaisir, celui de Philippe Egalité. Sous la pression de la Montagne il vote la mort de Louis XVI, cette lâcheté dégoûte jusqu’à Robespierre qui s’exclame : » Il était le seul qui pouvait se permettre de ne pas voter la mort » Il n’est pas à un reniement près d’autant qu’il lui reste à renier la Franc-maçonnerie. Il ne va pas tarder à le faire.

Les événements qui troublent le royaume depuis 1789 ne peuvent pas épargner la francmaçonnerie.

Les esprits sont troublés et le trouble augmente avec le temps. Fidèles au roi qui règne encore les maçons font des dons à l’Assemblée nationale pour aider la patrie. Mais dès 1790, le Grand Orient se demande si « pendant que tout respire l’égalité, pendant qu’on se plaît à en répandre les principes, la Maçonnerie n’aurait pas à se plaindre d’être négligée ». Les dettes du G. O. s’aggravent. Les loges oublient l’engagement solennel de subvenir à ses besoins. En 1792 la correspondance entre le G. O. et ses loges se ralentit. Dans une circulaire du 24 janvier 1793 où figure encore le sceau orné des trois fleurs de lys alors que le roi a été guillotiné le 21, l’Ordre demande à ses membres de conserver les rites, les documents dont ils sont dépositaires et de ne pas livrer à l’abandon leurs archives.

On sent à ce moment, dans les quelques ateliers qui subsistent, la différence qu’il existe maintenant entre les frères roturiers et les frères aristocrates, surtout dans les loges militaires. Le duc de Montmorency-Luxembourg a émigré dès le 15 juillet 1789 et mourra au Portugal, dans son lit. Il est remplacé à la direction de l’ordre par le président de la Chambre d’Administration, Tassin de l’Etang guillotiné avec son frère, maçon comme lui le 3 mai 1794. Le duc d’Orléans, toujours Grand Maître en titre ne se manifeste pas depuis longtemps.

Philippe l’Apostat.

Encore une fois je cite Pierre Chevallier :

Le dimanche 24 février 1793 le Journal de Paris publie dans un supplément à son numéro 55 la lettre du régicide Egalité au journaliste Milcent :

« Paris, ce 22 février 1793, an II de la République.

« J’ai vu, citoyen Milcent, dans votre bulletin du 20 de ce mois, les inquiétudes qu’a conçues votre correspondant de Toulouse, sur ce que trois ou quatre Loges de Francs-Maçons y ont repris leurs travaux ; et sur ce qu’on a fait recevoir Maçons une partie de l’état-major. Je ne puis, malgré ma dignité de Grand-Maître vous donner aucun renseignement sur ces faits qui me sont inconnus ; mais je veux vous mettre en l’état de répondre aux réflexions et considérations relatives à moi, qu’a mêlées votre correspondant à ses récits vrais ou faux.

« Tu sais, dit-il, qu’il a couru un bruit dans toute la France, que le citoyen Egalité, Grand- Maître de toutes les Loges, avait un grand parti à Paris.

En effet dès le mois de juillet 1789, le parti de la Cour répandit ce bruit qu’il croyait apparemment utile à ses vues. Un ramas de calomniateurs contre-révolutionnaires s’en empara au mois d’octobre de la même année ; et depuis un parti d’intrigants a essayé de le rajeunir, j’ignore à quelle fin[…].

« […] Quoiqu’il en soit, voici mon histoire maçonnique Dans un temps, où, assurément, personne ne prévoyait notre révolution, je m’étais attaché à la franche-maçonnerie qui offrait une sorte d’image de l’égalité, comme je m’étais attaché aux parlements qui m’offraient une sorte d’image de la liberté ; j’ai depuis quitté le fantôme pour la réalité. Au mois de décembre dernier, le secrétaire du Grand-Orient s’étant adressé à la personne qui remplissait auprès de moi les fonctions de secrétaire du Grand-Maître pour me faire parvenir une demande relative aux travaux de cette société, je répondis à celui-ci en date du 5 janvier :

« ‘’ Comme je ne connais pas la manière dont le Grand-Orient est composé, et que d’ailleurs je pense qu’il ne doit pas y avoir aucun mystère ni aucune assemblée secrète dans une République, surtout au commencement de son établissement, je ne veux plus me mêler en rien du G : . O :. ni des Assemblées de Francs-Maçons…’’

« Je reviens à votre correspondant ; il dit : ’’ Il a couru ici un bruit, qui peut être faux que cet Egalité était à Toulouse pour visiter les départements.’’ Comme depuis le commencement de la Convention Nationale, je n’ai jamais été trois jours sans assister à ses séances, il sera clair, même pour le correspondant, que je n’ai pas fait de voyage à Toulouse ; je n’en dirai pas davantage sur cet objet.

Mais il dit encore : ‘’ Tu sais aussi peut-être que les aristocrates disent tout haut qu’ils veulent la Liberté…et l’EGALITE ; et ce mot Egalité imprimé en petites capitales, me désigne…évidemment à l’aide d’un calembour.

« Assurément, […] si c’est moi que les aristocrates […] veulent et désignent dans leurs voeux […] je suis bien aise d’avoir cette occasion de les prévenir publiquement que s’ils veulent de moi, je ne veux point d’eux ; et j’ajoute que je ne veux pas davantage de tout parti, société, attroupement, intrigue ou conciliabule qui aurait le projet de me faire avoir ou partager un pouvoir quelconque.

« Je vous prie, citoyen Milcent, de faire parvenir cette réponse à votre correspondant par la voie de votre journal.

Je suis votre concitoyen… »

Avec un tel sens du reniement le bon prince mérite aussi le titre de « Philippe l’Apostat » !

Le rôle du duc de Montmorency-Luxembourg.

Découvrons maintenant sa véritable « histoire maçonnique ».Cette histoire pourrait se

nommer « Les Talents Gâchés ».

Comme nous l’avons vu tout sourit au jeune duc de Montpensier devenu duc de Chartres en 1752. Le schisme de 1758, l’interdiction de 1767 rendent obligatoire une réaction que seule la disparition du Grand Maître autorise car jusqu’en 1814 il est élu à vie. C’est là que nous voyons apparaître le duc de Montmorency-Luxembourg. Anne-Charles-Sigismond de Montmorency, marquis de Royan, duc d’Olonne, de Châtillon-sur-Loing, duc de Piney-Luxembourg, premier baron chrétien de France, pair du royaume, maréchal de camp.

Il est né en 1737 et noblesse oblige entame en 1748, il a 11 ans, une carrière militaire comme lieutenant en second qu’il terminera en 1780 à 43 ans comme maréchal de camp. Si son goût personnel ne le porte pas vers cette activité il sait s’adapter. Séduit par les « Lumières » et par les philosophes il se fait accorder par la Grande Loge de France les patentes nécessaires à la constitution d’une loge dans son régiment du Hainaut, Saint-Jean de Montmorency-Luxembourg. Il y est initié le 12 juin 1762 et en prend la maîtrise. Il y passe la vie heureuse des ateliers de province, loin des Assemblées de Paris. Il n’a d’autre titre maçonnique que Maître de Loge ; mais il n’a aucune difficulté pour approcher le comte de Clermont dont il partage le rang et les idées politiques d’opposition au gouvernement de Louis XV. L’un et l’autre souhaitent plus de rigueur dans le recrutement des frères.

L’histoire imparfaite de la fondation du Grand Orient n’a pas pu établir son degré de connivence avec Clermont dans leur désir de sauver la Grande Loge de l’anarchie. Clermont l’a-t-il chargé d’initier et de former Louis Philippe d’Orléans ? On ne sait. Toujours est-il qu’il est élu Administrateur spécial le 24 juin 1771 et le restera malgré ses démissions refusées de 1784 et 1788 jusqu’à son émigration le 15 juillet 1789. Il recompose lui-même sa loge de Saint-Jean de Montmorency-Luxembourg avec des frères qui, en août 1773, fournirent la majorité des grands Officiers et Officiers d’honneur du Grand Orient. Il a sa garde rapprochée, il peut alors construire. Il va s’y employer sans conflit majeur avec le futur Grand Maître qui affiche un désintérêt croissant pour la Haute administration du G :. O :. .

Les débuts du G.O D.F.

Dès son élection le 24 juin 1771, huit jours après le décès du comte de Clermont le duc de Chartres ne montre qu’un intérêt frileux pour son mandat qui, rappelons le était à cette époque ad vitam. La cérémonie d’installation est prévue pour fin novembre de la même année ; mais le duc ne signe le procès-verbal d’acceptation que le 5 avril 1772. Son élection n’est confirmée par l’ensemble des députés des loges de Paris et de province que le 8 mars 1773. Le duc est installé le 22 octobre.

Pour être impartial il faut bien dire que ces retards ne sont pas dus qu’au « tempérament velléitaire et versatile » de Son Altesse car, comme les autres princes du sang qui s’étaient opposés à la ’’réforme Maupéou’’, il lui était interdit de se présenter à la cour et la défense n’est levée que fin décembre 1772.

Les statuts font du poste de Grand Maître une charge plus honorifique qu’active. Tout est fait en son nom, il préside les assemblées et nomme les Officiers d’honneur. Le pouvoir effectif est détenu par l’Administrateur, le duc de Luxembourg. Il a pour les affaires maçonniques un secrétaire particulier dont le plus fort du travail est d’obtenir et de transmettre le mot de semestre réservé aux seuls maçons réguliers. Nous ne trouvons à ce poste que des militaires issus des hussards. Il a aussi ses loges particulières, une au Palais-Royal, fief des Orléans. Elle fonctionne en 1772. Sa loge officielle est Saint-Jean de Chartres à l’orient de Monceau qui prend rang du 20 décembre 1773.

Création des loges d’adoption.

C’est sous son mandat que le 10 juin 1774, sur la proposition du Grand Orateur, le frère Bacon de la Chevalerie, le Grand Orient décide de « prendre en considération »  les femmes » qui n’étaient pas admises dans la maçonnerie régulière. Le professeur d’histoire Henri Félix Marcy explique qu’elles sont agrégées d’une « manière oblique » qui permet de ne pas transgresser un des principes fondamentaux d’Anderson. Il ajoute » Les loges d’adoption du XVIII° siècle ne sont guère que des groupes para maçonniques constitués par des frères réguliers pour satisfaire la curiosité des femmes, faire taire les calomnies et donner aux fêtes maçonniques en même temps qu’une tenue de bon ton imposée par la présence des dames, un attrait que ne pouvait avoir une réunion purement masculine. » Il leur est alors imposé des règles et un rituel qui n’a rien à voir avec le métier de constructeur. Les trois grades sont - Apprentie, Compagnonne, Maîtresse – et les allégories bibliques concernent la pomme d’Eve, Noé et son Arche, la Tour de Babel etc…Elles sont surtout fréquentées

par les dames de la haute noblesse qui y « maçonnent ». La maçonnerie d’adoption disparaît avec la Révolution pour renaître timidement avec l’impératrice Joséphine. Le duc de Chartes, toujours entouré d’un essaim de jolies femmes n’est pas insensible à cette réforme. Sa propre femme, Louise-Marie- Adélaïde de Bourbon-Penthièvre est affiliée. Sa soeur la duchesse de Bourbon est proclamée Grande Maîtresse des Loges d’Adoption en 1777 et en 1781 c’est le tour de la princesse de Lamballe, sa belle-soeur qui connaîtra un destin si funeste.

Visite en province.

En avril 1776 il visite les « provinces méridionales » accompagné par son épouse et Mme de Genlis. Nous avons le détail de ce périple dans l’Etat du G :. O :. de France de 1777 sous le titre ’Voyage du S.G.M. dans les provinces méridionales de la France’’. A Bordeaux le vicomte de Noé, maire de la ville et franc-maçon comme pratiquement tout ce qui compte dans la cité reçoit le prince. Il est soutenu par les deux loges du G. O. de Bordeaux, l’Amitié dont il est membre et la Française. Ces deux loges ne s’entendent que modérément et surtout ignorent l’Anglaise. Dans une correspondance le vénérable de la Française répond à Paris :» Quant à ce que vous nous écrivez au sujet d’une loge sous le titre distinctif de l’Anglaise, tout ce que nous pouvons vous répondre jusqu’à présent c’est que le Grand Orient ne connaît et ne fraternise qu’avec les deux loges qui lui sont réunies par la voie des constitutions ou d’agrégation. Il a établi une commission pour traiter cet objet avec les Grands Orients étrangers. ». La visite se déroule dans l’allégresse, les fêtes se succèdent. Pendant le banquet un bénédictin mondain, dom Galleas membre de la Française, lit une ode de sa composition. Il ne termine pas devant l’hilarité des convives et, vexé, se retire. Le 13 mai le duc de Chartres pose la première pierre du nouveau Théâtre que construit Victor Louis, membre de la Française. Le prince poursuit son inspection. L’Obédience le remercie de ce voyage véritable promotion de l’Art Royal dans le Sud de la France.

Le temps du divorce.

Il s’éloigne peu à peu de la maçonnerie bien qu’en participant de temps à autres à ses cérémonies. A partir de 1787 la politique accélère ce mouvement mais les frères lui gardent leur attachement tout en réagissant à ses prises de position selon leur propre idéal et leur propre conscience.

Ne pouvant pas ignorer l’article du 23 février, le Grand Orient réagit le 13 mai 1793 en assemblée extraordinaire qui décide d’accepter la démission du Grand Maître et de surseoir à son remplacement « jusqu’à ce qu’on ait examiné s’il convient aux circonstances de conserver cette dignité et son inamovibilité ».

Le rôle essentiel de Roettiers de Montaleau.

Le temps n’est plus à la spéculation sur la fraternité, la liberté, l’égalité. On entre dans celui de l’horreur absolue où le fils dénonce le père, où le frère accuse le frère. Les loges disparaissent ou bien entrent en sommeil. Certaines survivent grâce à des frères d’exception comme Alexandre-Louis Roettiers de Montaleau qui préserve et conserve les archives du Grand Orient. Il n’accepte pas le titre de Grand Maître qui lui est proposé en pleine terreur et prend celui de Grand Vénérable de la Francmaçonnerie française. En 1799 il est élu Président de la Chambre d’administration. En 1804 le nouveau Grand Maître Joseph Bonaparte le nomme son Premier Représentant particulier. Il le reste jusqu’à sa mort, le 30 janvier 1808. Ses obsèques religieuses ont lieu à Saint-Sulpice et les loges multiplient les cérémonies funèbres en son honneur. Ligou conclut : » La dette contractée à son égard par les Maçons d’après 1793 ne peut être comparée qu’à celle des Maçons de 1773 envers Montmorency-Luxembourg. »

Double marque historique.

L’essentiel de ce qui demeure au XXI° siècle du bi lan de l’histoire de la Franc-maçonnerie pour ses premières décennies d’existence en France, avant la Révolution peut se résumer en deux conclusions.

- Les Francs-maçons sont légitimistes et respectueux de la religion en place.

« Que la Franc-maçonnerie à la veille de la Révolution ait été résolument apolitique et pleinement respectueuse de la religion établie ressort avec une parfaite évidence des documents ayant pour auteurs les dignitaires, soit du Grand Orient, soit de la Grande Loge dite de Clermont, soit encore de la Mère Loge Ecossaise du Contrat Social. »

- Les Francs-maçons s’emparent du droit d’association.

« L’un des traits marquants de l’histoire de l’ordre, sous l’Ancien Régime, est d’avoir fait triompher de facto le droit de s’associer librement sans la permission du roi ni celle de l’Eglise. »

Pierre Menvielle Tichadel.

Bordeaux, 2010.

Repost 0

Présentation

  • : Le blog de MONTALEAU
  • : Instruction du rite Français
  • Contact

Recherche

Liens