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30 juillet 2009 4 30 /07 /juillet /2009 00:47


On peut résumer l'histoire de la Franc-maçonnerie à celle de la longue succession de ses puissants protecteurs. Des St-Clair écossais aux Stuarts en passant par Frédéric II de Prusse, la Franc-maçonnerie ne doit son existence qu'aux soins prodigués par les puissants du moment. Fruit de l'idéalisme du XVIIIème siècle, toutes les têtes couronnées se sont penchées sur l'enfant prodige porteur de tous les espoirs d'une société qui se cherchait et la France n'a pas échappé à la règle : de l'éphémère duc d'Antin en passant par le comte de Clermont au régicide Duc de Chartres, prince de sang et ennemi juré du roi par opportunisme, la Franc-maçonnerie aura vécu à l'ombre de ses protecteurs ne cherchant qu'à se livrer aux délices de l'Art royal entre deux parties de triquet ou de chasses à cour ... On "maçonne" à tour de bras ici et là dans les ailes du château ou dans les bonnes auberges sans prendre réellement conscience de la portée du message délivré.

Pour l'essentiel, la maçonnerie relève de la mondanité et "le laboratoire social" se résume principalement à une nouvelle façon de pratiquer la sociabilité ainsi que l'a très bien montré par ailleurs André Kervella à la suite de Pierre Yves Beaurepaire dans son ouvrage "Réseaux maçonniques et mondains au siècle des Lumières".

Pourtant dans l'ombre, des hommes avisés cherchaient un peu plus loin et organisaient méthodiquement son administration nationale. L'enjeu était la réforme des institutions et le rétablissement des finances du Royaume. Le but : trouver à la noblesse d'épée une nouvelle place "sociétale" ayant pris conscience qu'à la noblesse de sang il convenait de substituer une noblesse de mérite, certes toujours élective mais non plus par le rang ni la seule condition de classe (les trois ordres). Telle fut la préoccupation majeure du Duc de Montmorency-Luxembourg dont la discrétion n'aura d'égale que la solidité de l'œuvre accomplie autour de la naissance du premier Grand Orient national, autrement dit du Grand Orient de France. Pour le premier baron de France il n'en fallait d'ailleurs pas moins. En passant de la Grande Loge dite de Clermont ou encore Grande Loge de France au Grand Orient( 1773) c'était aussi assurer une ère de réforme en conformité avec l'esprit du temps contre l'archaisme provincial qui montrait à l'évidence tous les signes décriés de l'ancien régime. Au final la naissance du Grand Orient de France en 1773 coïncide avec les aspirations de la noblesse - le philosophe Montesquieu en est un exemple - qui cherche de son côté à assoir une nouvelle légitimité en conformité avec l'émergence du tumultueux tiers état qui entend se faire entendre...

"Longue est la cohorte des « grands » d’une époque dont même le souvenir s’efface quelques années après leur mort. Dans la hiérarchie de l’Ancien Régime, la maison de Montmorency, avec sa noblesse « de temps immémorial », prenait place juste après les dynasties régnantes. Charles de Montmorency-Luxembourg est donc un personnage important dans le Paris de la deuxième moitié du XVIIIe siècle.

Pourtant, si sa vie peut encore retenir l’attention de l’historien, ce n’est pas par son rang dans la société de son temps, mais pour une raison qui l’aurait probablement étonné. Fondateur du Grand Orient de France, puis « administrateur général » de l’obédience jusqu’à la Révolution, il est un personnage clé pour mieux comprendre les liens entre la franc-maçonnerie, les Lumières et la Révolution. Car, en dépit de ce qui a beaucoup été écrit, la question est plus difficile qu’il n’y paraît.

La place des loges dans les Lumières puis la Révolution française reste l’une des questions classiques de l’historiographie du XVIIIe siècle. D’abord dénonciation formulée par certains contre-révolutionnaires, l’association de la franc-maçonnerie aux événements de 1789 à 1793 a ensuite été revendiquée par les Frères républicains de la fin du XIXe siècle. Mais, à la suite de Mathiez, nombre d’historiens professionnels du xxe siècle lui ont finalement contesté tout rôle réel dans l’orage révolutionnaire, cantonnant les loges à de simples sociétés de banquet et de réjouissances. Le débat a été relancé ces vingt dernières années avec les travaux de Ran Halévyl et Margaret Jacob.

Selon des modalités un peu différentes, tous deux lui attribuent un rôle important dans la mise en œuvre et la diffusion d’une sociabilité démocratique préparant la modernité politique.

Fondée sur deux principes nouveaux - élection et représentation - la formation du Grand Orient de France en 1773 est exemplaire de l’émergence de cette nouvelle sociabilité démocratique. Or, le véritable artisan de la transformation de la Première Grande Loge de France, c’est le duc de Montmorency-Luxembourg. C’est aussi lui qui, pendant plus de quinze ans, veillera méticuleusement à l’application de ces principes à la tête du Grand Orient comme « administrateur général ». Au grand désarroi des Frères... il exigera même d’être élu ! Dans les premiers jours de l’année 1789, le Grand Orient envoyait à toutes les loges de sa correspondance une circulaire pour rendre compte de son activité. Nul doute que le texte en ait été, si ce n’est rédigé directement, en tout cas validé par l’administrateur général. L’introduction est particulièrement intéressante. On y lit en effet :

« Éclairée sur leurs véritables intérêts, les LL :. ont senti la nécessité d’être gouvernées de manière uniforme, & de se soumettre à des règlements tirés de l’essence même de leur association : ce motif les a engagées à se réunir pour former un centre commun, & elles ont arrêté que le corps qui les régirait serait composé de leurs représentants ; en conséquence elles ont attribué à ce corps la puissance législative, & l’ont établi juge de leurs différents. La constitution du G :.O :., est donc purement démocratique : rien ne s’y décide que par le vœu des LL :., porté aux Assemblées générales par leurs représentants. »

Bien sûr, l’ambiance générale qui commence à marquer la société française en ce début d’année 1789 n’est peut-être pas tout à fait étrangère à ces paragraphes ; mais force est de constater que le texte s’inscrit aussi dans la continuité de la doctrine maçonnique patiemment mise en œuvre par Charles de Montmorency Luxembourg depuis 1773.

Mais, de la démocratie maçonnique à la démocratie politique, il y a un pas que le duc ne franchira pas. Les événements bousculent parfois les idées. D’autres prendront le relais. Le duc accueille favorablement les états généraux. On le sait en froid avec la cour dont il méprise la futilité. Aussi, quand l’atmosphère devient menaçante, la noblesse le porte-t-elle à sa tête, pensant ainsi cacher la cause du deuxième ordre derrière un visage respecté. En quelques mois, sa situation devient intenable et sa position - très délicate après la prise de la Bastille - le conduit à quitter la France dès le 15 juillet 1789. Mais si, incontestablement, il tourne le dos à la Révolution, il ne rallie pas la contre-révolution. Son souhait de rentrer en France sous le Consulat - la mort l’en empêchera - montre aussi qu’il admettait le nouvel ordre social et qu’il n’avait rien de commun avec ceux qui n’avaient « rien appris ni rien oublié ».

 

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29 juillet 2009 3 29 /07 /juillet /2009 22:42

De la Logia La Luz.- Sobre el Rito Francés.

Rite Français, Rite Moderne, Rite de fondation de la maçonnerie devrais je dire.
Mon F. Christophe et moi-même allons tenter de vous brosser un tableau plus ou moins complet de ce qu’est le Rite Français, rite de Fondation de la maçonnerie de par son message vétéro testamentaire puisé dans un monastère Bénédictin bâti dans la brume Ecossaise près de Kilwinning.Ce qui fait dire à mon éminent F. Gérard Pourpour que le Rite Français, Rite Primitif, prend sa source dans l’Ecossisme, comme tous les autres Rites qui viendront plus tard compléter le paysage maçonnique que nous connaissons aujourd’hui. Lors du Colloque Historique de Lyon le 24 novembre 2007 qui rassemblait le GCGdu GODF chantre de la Franc-maçonnerie adogmatique et le GCF de la Grande Loge Nationale Française représentant la GL Unie d’Angleterre.
Il a été rappelé par les deux parties que le Rite Français est le Rite de Fondation de la maçonnerie, mais également le Rite de Fondation du siècle des Lumières et qu’à ce titre il est l’héritier légitime et le vecteur du rêve qu’aient pu faire les conventionnels d’une société plus juste et plus éclairée.
Simplicité et absence de prétentions, convivialité, amitié chaleureuse, c’est ce que les frères ressentent dans nos Loges et dans nos Ateliers de Sagesse, sans que cela exclue la profondeur spirituelle. Le Rite Français est un Rite dans lequel l’initié fait des choses sérieuses sans se prendre au sérieux. Je crois exprimer, en le décrivant ainsi, le sentiment unanime des frères du Français. Je sais aussi combien les frères sont attachés à cet esprit, il s'agit ici de l'esprit de l'esprit. C’est certainement un de nos biens les plus précieux. Nous le devons largement, comme beaucoup d’autres choses, aux caractères et aux qualités humaines de nos Très Illustres et respectés prédécesseurs, notre désir le plus cher est de le maintenir et de continuer à jouir du bonheur qu’il nous procure.Il se pourrait d’ailleurs que ces caractéristiques du Rite Français au niveau des simples rapports humains soit le reflet de certaines caractéristiques de sa spiritualité ; un des principes fondamentaux du Rite Français est de croire à la perfectibilité de l'Homme, sinon l'initiation Maçonnique n'aurait pas de sens. Une autre considération préliminaire que je voudrais faire est la suivante :
Quelle est la spécificité du Rite Français parmi les Rites maçonniques les plus usités ?
La réponse pourra paraître paradoxale, mais je la crois juste et profonde.
La spécificité du Rite Français, c’est de ne pas en avoir.
Ce que je veux dire par là, c’est que les autres Rites ont subi de nombreuses influences, voir des influences extra maçonnique, et que ce sont ces influences qui donnent à chacun sa spécificité ; je n’irai pas jusqu’à dire que le Rite Français n’a subi aucune influence, mais il est sans aucun doute le Rite le plus chimiquement pur, si on le compare aux autres Rites qui proviennent de la maçonnerie du XVIII & XIX siècle, c'est-à-dire aux RER et au Rite Carolinien qui deviendra plus tard le REAA.
Il n’est pas question ici de lui donner un titre de supériorité sur les autres Rites auxquels j’ai eu l’audace de le comparer ; je ne fais que de constater un fait, qui permet de donner une réponse la plus juste possible, sur la question de la spécificité du Rite. En particulier, le Rite Français n’a pas de doctrine explicite, exprimée dans le discours, et en définitive dogmatique, attention, il convient de prendre ce mot dans son sens originel qui n‘a rien de péjoratif. Cela le différentie notamment du RER qui, lui, a incontestablement une telle doctrine, ce qui lui donne sa spécificité, et cela étant directement lié à l’influence extra maçonnique que ce Rite a subi. Que le Rite Français n’ait pas de doctrine ne veut pas dire qu’il ne contienne pas d’enseignement, mais son enseignement n’est nulle part développé sous la forme d’une doctrine explicite dans les textes du Rite. L’enseignement reste de bout en bout, enveloppé dans les symboles, et cela vaut aussi bien pour les grades bleus que pour les grades de sagesse. Si les grades de sagesse prolongent et parachèvent l’enseignement initiatique des grades bleus, cela ne doit pas pour autant faire sous- estimer l’importance de ces derniers.
Cependant si nombre de Maçons considèrent que les grades après la Maîtrise soit l’essentiel du système, et que les grades bleus ne sont qu’une sorte de propédeutique par rapport aux hauts grades, je peux vous dire qu’ils ont tort. Au Rite Français, les grades bleus sont plus que cela, car ils constituent les fondements de la spiritualité maçonnique toute entière, et ils contiennent en germe tout ce qui sera développé plus tard dans les grades de sagesse, qui trouvent leur utilité par : le besoin d’approfondir, de préciser et de compléter le travail accompli dans les ateliers symboliques et également par le désir d’élargir le cadre des travaux et de la transversalité inter-loges.
Je viens de parler de spiritualité, la spiritualité du Rite Français n’est pas autre chose que la spiritualité maçonnique. Dire ce qu’est la spiritualité du Rite Français, c’est donc finalement dire ce qu’est la spiritualité maçonnique elle-même, prise indépendamment des apports dont elle a pu être enrichie par les autres Rites.
Il faut d’abord convenir que cette spiritualité s’enracine dans la tradition judéo-chrétienne. Que l’on veuille ou non la Maçonnerie est une voie initiatique qui s’inscrit dans cette tradition, et qu’elle est une voie initiatique à côté d’autres ; elle ne prétend pas leur être supérieure, ni vouloir les englober toutes, s’il est vrai que toutes les voies initiatiques convergent vers le même but et que toutes les traditions découlent de la même source.
Pour le Maçon du Rite Français, la maçonnerie ne peut être qu’universelle.
Mes propos n’impliquent aucune intolérance vis-à-vis des autres voies, loin d’être une expression d’orgueil, je crois plutôt qu’il s’agit d’humilité, d’absence de prétentions, une simplicité qui marque l’esprit du Rite Français.
Ce n'est que dans le dernier tiers du XVIII siècle, avec l'apparition d'autres Rites, que les rituels pratiqués en France seront baptisés Rite Français ou Rite Moderne, et encore, l'expression désigne alors le Grand Orient plutôt qu'un Rite en particulier.
Rite de Fondation de la Franc-maçonnerie devrions nous dire.
Enrichi des constitutions d’Anderson ? Bien sûr et, c’est là une étape essentielle, puisque ces constitutions n’ont pas seulement mis provisoirement fin à un éparpillement de doctrines et à une fragmentation des pratiques, mais elles ont constitué le substrat premier de notre Maçonnerie Moderne. Ils ont aussi souhaité intégrer des héritages qui avaient inspiré l’ensemble des soldats du savoir face à la barbarie. C’est parce qu’ils ont su accepter de prendre à leur compte cet héritage bénédicto-templier, tel que l’avait défini le Marquis de Chefdebien.
Autre étape importante le siècle des Lumières avec le rassemblement de ce qui est épars par Roëttiers de Montaleau, aidé des FF codificateurs, ils ont été en mesure de retrouver la voie de l’unité en un temps où ne se comptaient plus, les patentes apocryphes et parfaitement imaginaires, les ordres, degrés et créations de Rites plus fantaisistes les uns que les autres, pour finaliser une reconstruction en 3 degrés et 5 Ordres. Je vous livre un court extrait d’un rituel manuscrit de cette époque :Toutes les connaissances maçonniques et l’application qu’on peut en faire, sont renfermées dans les trois premiers grades dénommés symboliques, mais il a été nécessaire pour faciliter le travail de ceux qui aspirent à la découverte de la vérité, d’établir les classes (Ordres) dans lesquels on peut donner un espèce de développement aux emblèmes qui s’offrent de toute part dans les trois premiers grades, sans cependant en tirer le voile en entier. Ce texte montre qu’il n’est pas nécessaire de poursuivre son chemin maçonnique au-delà du grade de M  pour être un excellent maçon : mais il indique aussi, clairement, que les Ordres de Sagesse du Rite Français permettent à tout M  maçon volontaire d’aller plus loin dans la recherche de la vérité.
Aujourd’hui le Rite Français ne cherche pas à faire valoir son antériorité. Mais il ne peut faire table rase d’un héritage spirituel qui de Kilwinning à nos jours a su conserver l’essentiel : l’organisation en 3 degrés et 5 Ordres, tout en laissant les régulateurs respectifs de chaque époque faire progresser notre Maçonnerie.
A ses débuts, la Franc-maçonnerie était en régime de civilisation chrétienne et malgré la sécession protestante, l’Europe d’alors est surplombée par la Romania catholique, Dieu restait au centre, mais très rapidement Dieu a perdu de sa transcendance. Avec les premières constitutions d’Anderson, sous l’influence de Desaguliers, la Maçonnerie est devenue une structure d’Ordre, son objectif alors était de permettre le développement d’un humanisme que nous dirions aujourd’hui progressif. Séparée des pouvoirs religieux et politiques, royaux au milieu du siècle des Lumières. Cette caractéristique emblématique de notre Ordre et de notre Rite fait qu’elle est la plus ancienne association Laïque de France. Avec à son centre des débats qu’imposait une idée neuve dont nous sommes aujourd’hui encore les dépositaires : la Tolérance. C’est pourquoi la Maçonnerie que nous voulons désormais proposer avec les 3 Degrés et 5 Ordres du Rite Français, est une Maçonnerie adogmatique : elle ne refuse aucune spiritualité, elle s’enrichit au contraire de chacune d’entre elles. Je sais que parmi certain de nos Frères cette affirmation étonne parfois. Je tiens ici à les rassurer, la Franc-maçonnerie adogmatique c’est aussi et d’abord une Maçonnerie libératrice et émancipatrice. Maçonnerie libératrice car son objectif essentiel reste le premier élément de la devise Républicaine La Liberté.
Maçonnerie émancipatrice ensuite car elle permet, plus on progresse en âge et en expérience, non de superposer de plus en plus d’habits à paillettes, mais, au contraire, de se délaisser de tous les oripeaux d’une hiérarchie grandissimiste de parade. De Kilwinning à nos jours cette Maçonnerie a privilégié la libération sur toute forme d’enfermement philosophique, spirituel voire politique ou social, c’est bien celle dont nous avons souhaité, être le porte étendard depuis la refondation du GCG  il y a à peine quinze ans. Plus de deux cent années de silence après avoir été muselé par une Maçonnerie Napoléono-impérialiste, propice à l’affadissement démocratique. Si le GODF est sorti de sa torpeur après la chute de l’Empire, les Hauts grades du Rite Français n’ont pu se relever, tant le poids du Rite Carolinien pesait avec son parcours en 33 grades.
Pendant plus de deux cent ans il y eut le Paradoxe suivant la plupart des FF\ du G\O\ travaillaient au Rite Français en Loge bleue avec son enseignement des modernes basé sur l’immanence. Pour se retrouver après la Maîtrise au R\E\A\A\ et sa philosophie issue des anciens qui est elle basée sur la transcendance.
C’est ainsi que certains FF ardents défenseurs du Rite Français en Loge Bleue sans GADLU, se précipitent dans les grades dits de Perfection, où revit non seulement le GADL’U  mais aussi le Christ comme dans certaines obédiences.
Certes, les Maçons du Rite Français étaient fondés à ressentir un manque tant qu’il ne leur était pas possible, ou qu’il était très difficile d’accéder aux hauts grades de leur Rite, puisqu’il ne restait plus de Chapitre de Rite Français reconnu par les obédiences et notamment par le Grand Collège des Rites du GODF.
Nous n’entrerons pas dans un contexte de concurrence spirituelle, malheureusement, selon moi de plus en plus ostentatoire de nos jours.
Le GCG du Rite Français est l’héritier de cette Maçonnerie dite moderne, son seul souhait est de contribuer à enrayer la chute inquiétante d’une certaine Maçonnerie en particulier aux Etats-Unis. Sept millions cinq cent mille Frères en 1945, seulement 1,5millions, 60 ans plus tard.
La pensée libératrice est le moteur essentiel de la Maçonnerie des Lumières pétris du mythe d’Hiram. Ressortie des limbes, recodifiée.
Résumons, voulez-vous le parcours tel qu’il se présente aujourd’hui :
Le Rite Français comporte 81 grades répartis comme suit :3 grades en Loge bleue4 Ordres dans les grades de sagesse plus un V° Ordre lui-même divisé en 3 Arches.
1er Ordre, la transition entre le monde d’avant et celui à découvrir ; de la vengeance à la justice. Retrouver, juger et punir les assassins du M tel est le fil rouge du 1er Ordre. Le premier Ordre a pour thème essentiel l’établissement de la justice. Quand règne la justice, alors la vérité est satisfaite et la paix peut s’établir : paix intérieure de l’homme, paix dans la société, dans la cité, paix entre les Nations. Au premier Ordre le maçon travaille à l’établissement de la justice dans tous les domaines.
2ème Ordre, établir la base du nouveau progrès : de la réunion des hommes à l’unité des valeurs. L’un des objectifs des maçons est de travailler à la réalisation de l’union des hommes. Mais sous des apparences vertueuses, l’union peut cacher des objectifs contradictoires et même opposés. L’union peut aussi être faite dans un but pervers : les mauvais compagnons, assassins du M  ont réussi leur forfait car ils étaient unis. L’union ne peut être féconde que si elle tend à réaliser l’unité des valeurs universelles portées par l’humanisme maçonnique. Dans les rituels originaux, ce thème est illustré par la recherche de la connaissance et sa découverte, connaissance symbolisée par un bijou précieux.
3ème Ordre, explique le mouvement : de la destruction à la construction. Les rituels d’origine nous racontent ici la reconstruction du Temple. Les maçons libérés reconstruisent le Temple en tenant la truelle d’une main et en ayant l’épée de l’autre. Deux enseignements sont contenus : aucune construction n’est jamais définitive, l’histoire humaine est celle d’un ternaire perpétuel : construction, destruction, reconstruction et ensuite les valeurs acquises sont toujours menacées et il convient d’être toujours prêt à se battre pour les défendre.
4ème Ordre, décrit la transmutation finale : de la Liberté à l’épanouissement. Le travail de l’apprenti maçon est consacré à la lutte qu’il doit mener pour devenir un homme libéré, donc libre. Libéré des obstacles imposés par la nature extérieure hostile. Libéré également des contraintes qu’il rencontre à l’intérieur de lui-même. A cette libération effectuée, à cette liberté conquise répond, en miroir, l’enseignement du IV° Ordre consacré à l’épanouissement de l’homme dans une société dont les structures et le fonctionnement permettent la réalisation de cet idéal. Ainsi, après avoir parcouru les étapes précédentes : établir la justice, travailler à réaliser l’unité des valeurs, reconstruire. Le maçon peut alors s’épanouir dans une société juste et plus éclairée.
Enfin le V° Ordre qui permet de vivre pleinement son détachement, comporte trois étapes, trois arches à franchir non pas, pour plagier les grades de 31,32, et 33ème du Rite Ecossais, mais comme un ultime rappel de cet essentiel en trois points qui ponctue toute la vie Maçonnique, l’universalisme, la tradition et l’esprit du Rite. Et dans cette construction, le grade ultime, Sublime Philosophe Inconnu, comprendra selon le texte historique de Roettiers de Montaleau, je cite :« Tous les grades physiques et métaphysiques et tous les systèmes particulièrement ceux adoptés par les associations maçonniques en vigueur ».Il est aujourd’hui le symbole de l’esprit du Rite, qui est le sérieux de l’esprit et non l’esprit du sérieux.
Ce sérieux de l’esprit est le gage d’une réussite qui dépasse aujourd’hui les frontières du GODF, presque la totalité des obédiences françaises ont repris à leur compte cette démarche ; elle dépasse les frontières de l’Hexagone, répandue en Europe, en Afrique, en Amérique du Nord et surtout en Amérique du Sud.
C’est pourquoi le GCG du GODF  a entrepris deux chantiers : un dans le temps, un dans l’espace.
* Dans l’espace, l’objectif est de rassembler les FF et SS qui, partout dans le monde désirent retrouver l’Original.
* Dans le temps , l’idée est de provoquer le travail des FF et des SS de toutes origines pour montrer au monde, que la Maçonnerie, notre Maçonnerie, révisée d’une Laïcité comme seul antidote crédible à tout dogmatisme, recèle des messages originaux, mais encore qu’elle demeure une structure sociale en marche des plus crédibles pour proposer un monde meilleur et plus éclairé, dans la lignée de la Maçonnerie du siècle des Lumières.

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29 juillet 2009 3 29 /07 /juillet /2009 03:43
LES ROIS

          - Le roi se rendit à GABAON pour y sacrifier, car c'était le principal des hauts lieux. SALOMON offrit mille holocaustes sur l'autel.

A Gabaon, l'Éternel apparut en songe à Salomon pendant la nuit, et Dieu lui dit: Demande ce que tu veux que je te donne.

Maintenant, Éternel mon Dieu, tu as fait régner ton serviteur à la place de David, mon père; et moi je ne suis qu'un jeune homme, je n'ai point d'expérience.

Accorde donc à ton serviteur un cœur intelligent pour juger ton peuple, pour discerner le bien du mal.

          - HIRAM, ROI DE TYR, envoya ses serviteurs vers Salomon, car il apprit qu'on l'avait oint pour roi à la place de son père, et il avait toujours aimé David.

Salomon fit dire à Hiram:

Voici, j'ai l'intention de bâtir une maison au nom de l'Éternel, mon Dieu.

Ordonne maintenant que l'on coupe pour moi des cèdres du Liban. Mes serviteurs seront avec les tiens, et je te paierai le salaire de tes serviteurs tel que tu l'auras fixé; car tu sais qu'il n'y a personne parmi nous qui s'entende à couper les bois comme les Sidoniens.

Et Hiram fit répondre à Salomon: J'ai entendu ce que tu m'as envoyé dire. Je ferai tout ce qui te plaira au sujet des bois de cèdre et des bois de cyprès.

Mes serviteurs les descendront du Liban à la mer, et je les expédierai par mer en radeaux jusqu'au lieu que tu m'indiqueras; là, je les ferai délier, et tu les prendras. Ce que je désire en retour, c'est que tu fournisses des vivres à ma maison.

Hiram donna à Salomon des bois de cèdre et des bois de cyprès autant qu'il en voulut.

Et Salomon donna à Hiram vingt mille cors de froment pour l'entretien de sa maison et vingt cors d'huile d'olives concassées; c'est ce que Salomon donna chaque année à Hiram.

           - Le roi ordonna d'extraire de grandes et magnifiques pierres de taille pour les fondements de la maison.

Les ouvriers de Salomon, ceux de Hiram, et les GUIBLIENS, les taillèrent, et ils préparèrent les bois et les pierres pour bâtir la maison.

          - Le roi Salomon fit venir de Tyr, HIRAM ABI, fils d'une veuve de la tribu de Nephthali, et d'un père Tyrien, qui travaillait sur l'airain. Hiram était rempli de sagesse d'intelligence, et de savoir pour faire toutes sortes d'ouvrages d'airain. Il arriva auprès du roi Salomon, et il exécuta tous ses ouvrages.

 

LES CHRONIQUES

 

            - SALOMON se rendit avec toute l'assemblée au haut lieu qui était à GABAON.

Et ce fut là, sur l'autel d'airain qui était devant la tente d'assignation, que Salomon offrit à l'Éternel mille holocaustes.

Pendant la nuit, Dieu apparut à Salomon et lui dit: Demande ce que tu veux que je te donne.

Salomon répondit à Dieu: Accorde-moi donc de la sagesse et de l'intelligence, afin que je sache me conduire à la tête de ce peuple.

            - Salomon envoya dire à HIRAM, ROI DE TYR: Voici, j'élève une maison au nom de l'Éternel, mon Dieu.

  Envoie-moi donc un homme habile pour les ouvrages en or, en argent, en airain et en fer, en étoffes teintes en pourpre, en cramoisi et en bleu, et connaissant la sculpture, afin qu'il travaille avec les hommes habiles qui sont auprès de moi en Juda et à Jérusalem et que David, mon père, a choisis.

Envoie-moi aussi du Liban des bois de cèdre, de cyprès et de santal; car je sais que tes serviteurs s'entendent à couper les bois du Liban. Voici, mes serviteurs seront avec les tiens.

Que l'on me prépare du bois en abondance, car la maison que je vais bâtir sera grande et magnifique.

Je donnerai à tes serviteurs qui couperont, qui abattront les bois, vingt mille cors de froment foulé, vingt mille cors d'orge, vingt mille baths de vin, et vingt mille baths d'huile.

Hiram, roi de Tyr, répondit dans une lettre qu'il envoya à Salomon:

Je t'envoie donc un homme habile et intelligent, HiIRAM ABI, fils d'une femme d'entre les filles de Dan, et d'un père Tyrien. Il est habile pour les ouvrages en or, en argent, en airain et en fer, en pierre et en bois, en étoffes teintes en pourpre et en bleu, en étoffes de byssus et de carmin, et pour toute espèce de sculptures et d'objets d'art qu'on lui donne à exécuter. Il travaillera avec tes hommes habiles et avec les hommes habiles de mon seigneur David, ton père.

Maintenant, que mon seigneur envoie à ses serviteurs le froment, l'orge, l'huile et le vin dont il a parlé.

Et nous, nous couperons des bois du Liban autant que tu en auras besoin; nous te les expédierons par mer en radeaux jusqu'à Japho, et tu les feras monter à Jérusalem. 
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28 juillet 2009 2 28 /07 /juillet /2009 22:29
Tablier maçonnique d'Hélvétius, porté par Voltaire le jour de son initiation

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28 juillet 2009 2 28 /07 /juillet /2009 22:22


« Le secret des Francs-maçons a été réellement gardé jusqu'ici et peut être rien n'a-t-il contribué davantage à recommander leur société. Le gouvernement d'Angleterre, celui de France, celui de Hollande, l'Inquisition de Rome, le feu Grand duc de Toscane, quelques princes d'Allemagne ont cru qu'il leur importait beaucoup de savoir quel était l'objet de cette mystérieuse association. Et de tant de puissances respectables, aucune n'a pu réussir. La fameuse Carton, de l'Opéra, en est venue à bout. Il y a un an que la fantaisie lui était venue de découvrir ce secret à quelque prix que ce fût. Fort à propos pour elle, un Franc-maçon se présenta, qui lui demanda ses bonnes grâces. Elle lui demanda à son tour en quoi consistaient les mystères de son Ordre. Il se défendit longtemps de la satisfaire sur ce point là, elle se défendit de même de le satisfaire sur l'autre. Le pauvre amant se trouvait ainsi dans le cas de Samson, il a cédé de même. La victorieuse Carton a communiqué sa découverte à M. Hérault, Lieutenant général de Police, et elle se vante aujourd'hui d'avoir plus fait que la reine Elisabeth qui ne put jamais obtenir une pareille confidence du comte d'Essex ».

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28 juillet 2009 2 28 /07 /juillet /2009 22:15

 

1774 : Réception au Grade d'Apprenti.

1774 : Réception au Grade de Compagnon.

1775 : Réception au Grade de Maitre.

1775 : Second Surveillant.

1778 : Vénérable.

1780 : Expert dans la Chambre des Provinces.

1780 : Second Surveillant dans la Chambre des Provinces.

1781 : Premier Surveillant dans la Chambre des Provinces.

1784 : Très Sage du Grand Chapitre Général de France.

1786 : Président de la Chambre des Provinces.

1787 : Président de la Chambre d'Administration.

1787 : Président de la Chambre des Grades.      

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24 juillet 2009 5 24 /07 /juillet /2009 06:11




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24 juillet 2009 5 24 /07 /juillet /2009 05:18

 

  CATÉCHISME DES APPRENTIFS.

DEMANDE.

Quel est le premier soin d'un maçon ?

REPONSE.

C'est de voir si la Loge est bien couverte.

DEMANDE.

Êtes-vous Maçon ?

REPONSE.

Mes Frères et Compagnons me reconnoissent pour tel.

DEMANDE.

A quoi connoîtrai-je que vous êtes Maçon ?

REPONSE.

A mes Signes, mes Marques et ma Parole.

DEMANDE.

Quels sont les Signes des Maçons ?

REPONSE.

L'Equerre, le Niveau, & la Perpendiculaire.

DEMANDE.

Quels sont les Marques ?

REPONSE.

Certains Attouchements réguliers que l'on se donne entre Frères.

DEMANDE.

Donnez-moi le Signe d'Apprentif ?

(On fait le Signe d'Apprentif.)

DEMANDE.

Donnez-moi l'Attouchement ?

(On donne l'Attouchement.)

DEMANDE.

Donnez-moi la Parole ?

REPONSE.

Je l'épellerai avec vous. Dites moi la première lettre, je vous dirais la seconde.

DEM. J

REP. A

DEM. K

REP. I

DEM. N

DEMANDE.

Que veut dire JAKIN ?

REPONSE.

Ma force est en Dieu ; & c'est le nom d'une des deux colonnes d'airain, placées à la porte du Temple de Salomon, auprès de laquelle s'assembloient les Apprentifs pour prendre l'Ordre.

DEMANDE.

Quel est le mot de Passes des Apprentifs ?

REPONSE.

T U B A L C A I N

DEMANDE.

Que veut dire TUBALCAIN ?

REPONSE.

C'est le fils de Lamech, le premier qui travaille les Métaux.

DEMANDE.

D'où venez-vous ?

REPONSE.

De la Loge de Saint-Jean.

DEMANDE.

Quelle recommandation nous apportez-vous ?

REPONSE.

Bon accueil aux Frères Visiteurs.

DEMANDE.

N'apportez-vous rien de plus ?

REPONSE.

Le Vénérable Maître de la Loge de Saint-Jean vous salue par trois fois.

DEMANDE.

Que venez-vous faire ici ?

REPONSE.

Vaincre mes passions, soumettre mes volontés & faire de nouveaux progrès dans la Maçonnerie

DEMANDE.

Où avez-vous été reçu Maçon ?

REPONSE.

Dans une Loge complette & régulièrement assemblée.

DEMANDE.

Combien y a-t-il de sortes de Loges ?

REPONSE.

Trois : sçavoir ; la simple, la juste & la parfaite.

DEMANDE.

Qui compose la Loge simple ?

REPONSE.

Trois, un Vénérable Maître, & deux Surveillans.

DEMANDE.

Où étoit placé le Vénérable ?

REPONSE.

A l'Orient.

DEMANDE.

Pourquoi ?

REPONSE.

De même que le Soleil se lève à l'Orient pour ouvrir le Jour, ainsi le Vénérable s'y place, pour ouvrir la Loge, l'éclairer, la gouverner, & mettre les Ouvriers à l'œuvre.

DEMANDE.

Où étoient placés les Surveillans ?

 REPONSE.

A l'Occident.

DEMANDE.

Pourquoi ?

REPONSE.

De même que le Soleil se couche à l'Occident, pour fermer le Jour, ainsi les Surveillans s'y placent pour fermer la Loge, payer les Ouvriers, & les renvoyer contens.

DEMANDE.

Où se tenoient les Apprentifs ?

REPONSE.

Au Septentrion.

DEMANDE.

Pourquoi ?

REPONSE.

Pour garder et renforcer la Loge.

DEMANDE.

Pourquoi vous êtes-vous fait recevoir Maçon ?

 REPONSE.

Parce que j'étois dans les ténèbres, & que j'ai voulu voir la lumière.

DEMANDE.

Par qui avez-vous été introduit en loge ?

REPONSE.

Par un Ami qui m'a remis entre les mains d'un autre Ami, que j'ai reconnu après pour le second Surveillant.

DEMANDE.

Qui vous a examiné en Loge ?

REPONSE.

Un expert

DEMANDE.

Dans quel état étiez-vous alors ?

 REPONSE.

Ni nud, ni vêtu ; cependant dans une posture décente & dépourvu de tous Métaux.

DEMANDE.

Pourquoi ni nud, ni vêtu ?

REPONSE.

Parce que la vertu n'a pas besoin d'ornemens pour paroître avec éclat.

DEMANDE.

Pourquoi dépouillé de tous métaux ?

REPONSE.

C'est que lorsqu'on bâtit le Temple de Salomon, on n'entendit aucun bruit de marteau, ou d'autres outils, composés d'aucun métal.

DEMANDE.

Comment a-t-on pu élever un si vaste & solide édifice, sans le secours d'aucun instrument construit de métaux ?

REPONSE.

C'est qu'Hiram, roi de Tyr, envoya à Salomon, les Cèdres du Liban, tous taillés & prêts à poser, & Salomon en fit faire autant dans les carrières, des pierres dont il avoit besoin pour son Temple.

DEMANDE.

Comment avez-vous été introduit en Loge ?

REPONSE.

Par trois grands coups.

DEMANDE.

Que signifie ces trois grands coups ?

REPONSE.

Trois Paroles de l'Ecriture Sainte : Frappez, on vous ouvrira ; Parlez, on vous répondra ; Demandez, on vous donnera.

DEMANDE.

Que vous ont produits ces trois grands coups ?

REPONSE.

Un second Surveillant.

DEMANDE.

Qu'a-t-il fait de vous ?

REPONSE.

Il m'a fait faire trois fois le tour de la Loge, par le Septentrion, & m'a remis à l'Occident, entre les mains du premier Surveillant.

DEMANDE.

Que cherchiez-vous dans cette route ?

REPONSE.

La lumière.

DEMANDE.

Que vous a fait faire le premier Surveillant ?

 REPONSE.

Il m'a fait mettre les pieds en équerre, il m'a fait voyager en Maçon, & il m'a présenté au Vénérable Maître.

DEMANDE.

Comment voyagent les Apprentifs ?

REPONSE.

De l'Occident à l'Orient.

DEMANDE.

Pourquoi ?

REPONSE.

Pour aller chercher la lumière.

DEMANDE.

Qu'est-ce que le Vénérable a fait de vous ?

 REPONSE.

Avec le désir sincère que j'avois & le consentement de la Loge, il m'a reçu Maçon.

DEMANDE.

Comment vous a-t-il reçu Maçon ?

 REPONSE.

Avec toutes les formalités requises ; j'étois dépourvu de tout Métaux ; j'avois le genou droit nud sur l'Equerre ; le soulier gauche en pantoufle ; la main droite sur l'Evangile ; & de la gauche je tenois un Compas à demi-ouvert sur la mamelle gauche, qui étoit nue.

DEMANDE.

Que faisiez-vous dans cette posture ?

REPONSE.

Je contractois un engagement de garder les Secrets des Maçons & de la Maçonnerie.

DEMANDE.

Quels sont ces Secrets ?

REPONSE.

Des Paroles, des Attouchements, & des Signes, sans nombre.

DEMANDE.

Qu'avez-vous vu quand vous avez entré en Loge ?

 REPONSE.

Rien que l'esprit humain puisse comprendre.

DEMANDE.

Qu'avez-vous vu quand vous avez été reçu Maçon ?

REPONSE.

Trois grandes Lumières, placées l'une à l'Orient, l'autre à l'Occident, & la troisième au midi.

DEMANDE.

Pourquoi point au Septentrion ?

REPONSE.

C'est que les rayons du Soleil pénètrent foiblement vers cette partie

DEMANDE.

A quoi servoient ces Lumières ?

REPONSE.

A éclairer ceux qui venoient à la loge, ceux qui y travailloient, & ceux qui s'en retournoient.

DEMANDE.

Que signifient ces trois Lumières ?

REPONSE.

Le Soleil, la Lune, & le Maître de la Loge.

DEMANDE.

Où étoit située votre Loge ?

 REPONSE.

Dans la vallée de Josaphat, au pied de la plus haute montagne.

DEMANDE.

Quelle forme avoit-elle ?

REPONSE.

Un quarré long.

DEMANDE.

Quelle longueur ?

REPONSE.

De l'Orient à l'Occident.

DEMANDE.

Quelle profondeur ?

REPONSE.

De la surface de la Terre au centre.

DEMANDE.

Quelle largeur ?

REPONSE.

Du Midi au Septentrion

DEMANDE.

Quelle hauteur ?

REPONSE.

Des pieds, des toises, & des coudées sans nombre.

DEMANDE.

Qui la couvroit ?

REPONSE.

Un Dais céleste, orné d'étoiles.

DEMANDE.

Qui la soutenoit ?

REPONSE.

Trois grands Piliers.

DEMANDE.

Comment les nommez-vous ?

REPONSE.

Sagesse, Force, & Beauté.

DEMANDE.

Pourquoi les nomme-t-on ainsi ?

REPONSE.

Sagesse pour inventer ; Force pour soutenir ; Beauté pour orner.

DEMANDE.

Combien y avoit-il de Fenêtres ?

REPONSE.

Trois.

DEMANDE.

Où étoient-elles situées ?

REPONSE.

L'une à l'Orient, l'autre au Midi, & la troisième à l'Occident.

DEMANDE.

Combien y avoit-il de Bijoux dans votre Loge ?

 REPONSE.

Six ; sçavoir : trois mobiles, & trois immobiles.

DEMANDE.

Quels sont les bijoux mobiles ?

REPONSE.

L'Equerre, le Niveau, & la Ligne d'à-plomb.

DEMANDE.

Quels sont les bijoux immobiles ?

REPONSE.

La Planche à tracer, la Pierre brute, & la Pierre cubique à pointe.

DEMANDE.

Quel est l'usage des bijoux mobiles ?

REPONSE.

L'Equerre sert à donner la forme ; le Niveau à mettre à l'uni ; & la Ligne d'à-plomb, à élever des perpendiculaires sur leurs bases.

DEMANDE.

Quel est l'usage des bijoux immobiles ?

REPONSE.

La Planche à tracer sert aux Maîtres pour faire leurs Plans ; la Pierre brute sert aux Compagnons pour travailler, & la pierre cubique à pointe sert aux Apprentifs pour aiguiser les outils.

DEMANDE.

A qui étoit dédiée votre Loge ?

REPONSE.

A Saint Jean.

DEMANDE.

Pourquoi ?

REPONSE.

C'est que du temps des guerres Saintes, dans la Palestine, les Chevaliers Maçons se réunirent aux Chevaliers de Saint Jean de Jérusalem.

DEMANDE.

Pourquoi met-on l'épée à la main quand on reçoit un Frère ?

REPONSE.

C'est pour écarter les profanes.

DEMANDE.

Combien y a-t-il de sortes de Maçons ?

 REPONSE.

De deux sortes ; sçavoir : les Maçons de théorie, & les Maçons de pratique.

DEMANDE.

Qu'apprenez-vous étant Maçon de théorie ?

REPONSE.

Une bonne morale, à épurer nos mœurs, & à nous rendre agréables à tout le monde.

DEMANDE.

Q'est-ce qu'un Maçon de pratique ?

REPONSE.

C'est l'Ouvrier Tailleur de pierre, & qui élève des Perpendiculaires sur leurs bases.

DEMANDE.

Quels sont les devoirs d'un Maçon ?

REPONSE.

De fuir le Vice, & de pratiquer la Vertu.

DEMANDE.

Quels sont ses qualités ?

REPONSE.

Force, Sagesse, & Beauté.

DEMANDE.

Comment réunit-il en lui ces trois qualités ?

REPONSE.

Sa Force est dans l'union avec ses Frères ; sa Sagesse, dans les mœurs, & la Beauté, dans son caractère.

DEMANDE.

Quelle heure est-il ?

REPONSE.

Douze heures sonnées.

DEMANDE.

Quel âge avez-vous ?

REPONSE.

Au dessous de sept ans.

Fin du Catéchisme des Apprentifs.

 

  CATÉCHISME DES COMPAGNONS.

  DEMANDE.

Etes-vous Compagnon ?

REPONSE.

Oui, je le suis, Vénérable.

DEMANDE.

Pourquoi vous êtes-vous fait Compagnon ?

 REPONSE.

Par rapport à la lettre G

DEMANDE.

Que signifie la lettre G ?

REPONSE.

Géométrie, ou cinquième des Sciences.

DEMANDE.

Avez-vous travaillé ?

REPONSE.

Oui, Vénérable.

DEMANDE.

Avez-vous été payé ?

REPONSE.

J'en suis content.

DEMANDE.

Où avez-vous travaillé ?

REPONSE.

Dans le Temple de Salomon.

DEMANDE.

Par où y êtes-vous entré ?

REPONSE.

Par la porte de l'Occident.

DEMANDE.

Qu'avez-vous remarqué ?

REPONSE.

Deux grands Piliers.

DEMANDE.

De quelle matière étoient-ils ?

REPONSE.

De bronze.

DEMANDE.

De quelle hauteur ?

REPONSE.

De dix-huit coudées.

DEMANDE.

Quelle en étoient la circonférence ?

 REPONSE.

De douze coudées.

DEMANDE.

Et l'épaisseur ?

REPONSE.

De quatre doigts.

 DEMANDE.

Quels étoient leurs ornements ?

REPONSE.

Deux Chapiteaux, décorés de Lys, avec des Pommes de grenades.

DEMANDE.

Combien y en avait-il ?

REPONSE.

Cent & plus.

DEMANDE.

Où se tenoient les Compagnons ?

REPONSE.

Au Midi.

DEMANDE.

Pourquoi ?

REPONSE.

Pour recevoir l'instruction, & faire bon accueil aux Frères Visiteurs.

DEMANDE.

Donnez-moi des signes de Compagnon ?

(On fait le Signe de Compagnon.)

DEMANDE.

Donnez-moi l'Attouchement ?

(On donne l'Attouchement.)

DEMANDE.

Donnez-moi la Parole ?

REPONSE.

Je l'épellerai avec vous. Dites-moi la première lettre, je vous dirai le seconde.

DEM. B

REP. O

DEM. O

REP. Z

DEMANDE.

Que signifie BOOZ ?

REPONSE.

La persévérance dans le bien ; c'est le nom de l'autre Pilier placé à la porte du Temple, auprès duquel s'assembloient les Compagnons pour recevoir leur salaire.

DEMANDE.

Quel est le mot de passe des Compagnons ?

REPONSE.

S C H I B B O L E T H.

DEMANDE.

Que veut dire SCHIBBOLETH ?

REPONSE.

C'était le mot de passe des Tribus qui étoient en guerre avec la Tribu d'Ephraïm ; les Sentinelles postées sur le bord du Jourdain, demandaient aux Ephraïmites ce mot, qu'ils ne pouvaient prononcer comme les autres ; alors, on les reconnoissoit pour ennemis, & on les précipitoit dans le Fleuve après les avoir tués.

 DEMANDE.

Comment voyagent les Apprentifs Compagnons ?

REPONSE.

De l'Occident au Midi ; du Midi au Septentrion, & du Septentrion à l'Orient.

DEMANDE.

A quoi se réduisent les principaux Signes de la Maçonnerie ?

REPONSE.

A quatre.

DEMANDE.

Qui sont-ils ?

REPONSE.

Le Guttural, le Pectoral, le Manuel & le Pédestre.

DEMANDE.

A quoi sert le Guttural ?

REPONSE.

A donner le Signe d'Apprentifs, & à nous faire souvenir que nous mériterions d'avoir la gorge coupée, si nous révélions le secret de la Maçonnerie.

DEMANDE.

A quoi sert le Pectoral ?

REPONSE.

A donner le Signe de Compagnon ; à marquer que nous gardons les secrets des Maçons, dans le cœur ; & à nous souvenir, que nous mériterions de l'avoir arraché, si nous étions capables de violer notre Serment.

DEMANDE.

A quoi sert le Manuel ?

REPONSE.

A donner l'Attouchement.

DEMANDE.

A quoi sert le Pédestre ?

REPONSE.

A marquer un Maçon, exact à mettre ses pieds en équerre.

DEMANDE.

Combien avez-vous d'ornemens dans votre Loge ?

 REPONSE.

Trois.

DEMANDE.

Qui sont-ils ?

REPONSE.

Le Pavé mosaïque, l'Etoile flamboyante, & la Houppe dentelée.

DEMANDE.

Quel étoit leur usage ?

REPONSE.

Le Pavé mosaïque pavoit le Temple, l'Etoile flamboyante étoit au centre, & la Houppe dentelée bornoit les extrémités.

DEMANDE.

Avez-vous vu votre Maître aujourd'hui ?

 REPONSE.

Oui, Vénérable.

DEMANDE.

Comment étoit-il habillé ?

REPONSE.

D'or & d'azur.

DEMANDE.

Depuis quel tems le servez-vous ?

REPONSE.

Depuis le Lundi matin jusqu'au Samedi au soir.

DEMANDE.

Comment le servez-vous ?

REPONSE.

Avec zèle, ferveur, & liberté.

DEMANDE.

Quel est le nom d'un Maçon ?

REPONSE.

G A B A N O N.

DEMANDE.

Et celui d'un fils de Maçon ?

REPONSE.

LUSTON.

DEMANDE.

Quel Privilège ont-ils en Loge ?

REPONSE.

D'être reçus avant tous les Princes, Seigneurs, & autres.

DEMANDE.

Que doit observer un Maçon ?

REPONSE.

Quatre choses ; le silence, le secret, la prudence, & la charité envers les Frères.

DEMANDE.

Que doit-il fuir ?

REPONSE.

La médisance, la calomnie, & l'intempérance.

DEMANDE.

Quel âge avez-vous ?

REPONSE.

Sept ans.

  Fin du Catéchisme des Compagnons.

 

 

CATÉCHISME DES MAITRES

 DEMANDE.

Etes-vous Maître ?

REPONSE.

Examinez-moi, puis approuvez-moi ou me désapprouvez, si vous pouvez.

Au lieu de cette réponse, on dit, si on veut, ces trois mots :

L'Acacia m'est connu.

DEMANDE.

Où avez-vous été reçu Maître ?

REPONSE.

Dans une Loge de Maître juste & parfaite.

DEMANDE.

Combien faut-il être pour compose une telle Loge ?

REPONSE.

Sept ; savoir : un très-respectable Maître, deux Vénérables Surveillans, & quatre Maîtres.

DEMANDE.

Comment avez-vous passé à la Maîtrise ?

REPONSE.

De l'Equerre au Compas.

DEMANDE.

Sans doute que vous étiez reçu Apprentif et Compagnon ?

REPONSE.

JAKIN & BOOZ me sont connus.

DEMANDE.

Et la règle de trois vous est-elle connue ?

REPONSE.

Je l'entends et la clef de toutes les Loges est à mon commandement.

DEMANDE.

Qu'avez-vous vu en entrant dans la Loge ?

REPONSE.

Tristesse & lumière.

DEMANDE.

Si l'un de vos Frères étoit perdu, où le trouveriez-vous ?

REPONSE.

Entre l'Equerre & le Compas.

DEMANDE.

Comment voyagent les Maîtres ?

REPONSE.

De l'Orient à l'Occident.

DEMANDE.

Pourquoi ?

REPONSE.

Pour aller répandre la lumière.

DEMANDE.

Avez-vous reçu des gages ?

REPONSE.

Oui, très-respectable.

 DEMANDE.

Où les avez-vous reçus ?

REPONSE.

Dans la chambre du milieu.

DEMANDE.

Par où y êtes-vous parvenus ?

REPONSE.

Par un escalier en forme de vis qui se monte par trois, cinq & sept.

DEMANDE.

Pourquoi ?

REPONSE.

C'est que trois Maçons gouvernent une Loge, cinq la forment ; sept la rendent juste & parfaite.

DEMANDE.

Qui s'est opposé à votre entrée dans la chambre du milieu ?

REPONSE.

Un premier Surveillant.

DEMANDE.

Qu'a-t-il exigé de vous ?

REPONSE.

Un Signe, une Parole, & un Attouchement.

DEMANDE.

Quand vous fûtes dans la chambre du milieu, que vîtes-vous ?

REPONSE.

Une grande lumière dans laquelle je crus appercevoir la lettre G

DEMANDE.

Que signifie la lettre G

REPONSE.

GOT, ou plus grand que vous très-respectable.

DEMANDE.

Qui peut être plus grand que moi, qui suis Maçon libre, & Maître d'une Loge aussi bien composée ?

REPONSE.

Elle signifie le nom de Dieu en Hébreu.

DEMANDE.

Donnez-moi le point parfait de votre entrée ?

REPONSE.

Donnez-moi le premier, je vous donnerai le second.

DEMANDE.

Je garde ?

REPONSE.

Je cache.

DEMANDE.

Que cachez-vous ?

REPONSE.

Le secret des Maçons & de la Maçonnerie.

DEMANDE.

Où gardez-vous ce secret ?

REPONSE.

Dans le cœur.

 DEMANDE.

Y a-t-il une clef pour y entrer ?

REPONSE.

Oui, très-Respectable.

DEMANDE.

Où gardez-vous cette clef ?

REPONSE.

Dans une Boëte de corail, en forme d'Arche, qui ne s'ouvre, & ne se ferme qu'avec d'autres clefs d'yvoire.

DEMANDE.

De quel métal est cette clef ?

REPONSE.

D'aucun ; c'est une langue accoutumée aux bons rapports, qui ne sait dire que du bien, en l'absence comme en la présence de ceux dont elle parle.

DEMANDE.

Que venez-vous faire ici ?

REPONSE.

Chercher ce qui étoit perdu.

DEMANDE.

Qu'est-ce qui étoit perdu ?

REPONSE.

La Parole du Maître.

DEMANDE.

Comment fut-elle perdue ?

REPONSE.

Par trois grands coups, & par la mort d'Adoniram.

DEMANDE.

Comment notre très-respectable Maître ADONIRAM fut-il assassiné ?

REPONSE.

Par trois Compagnons qui complotèrent de lui arracher le mot de Maître ou la vie.

DEMANDE.

Comment reconnu-t-on l'endroit où ces scélérats l'enterrèrent après l'avoir assassiné ?

REPONSE.

Par une branche d'Acacia, qu'ils mirent eux-mêmes sur son Tombeau.

DEMANDE.

Comment la Parole du Maître fut-elle recouvrée ?

REPONSE.

Les neuf Maîtres employés à la recherche d'Adoniram, convinrent ensemble, dans la crainte que le mot de Maître n'eut transpiré, que la première parole qu'ils profèreroient, en l'exhumant, seroit à l'avenir le mot de Maître.

DEMANDE.

Donnez-moi le signe de Maître ?

(on donne le signe de Maître.)

DEMANDE.

Donnez-moi l'attouchement ?

(On donne l'attouchement.)

 DEMANDE.

Donnez-moi la Parole à l'oreille ?

REPONSE.

Je l'épellerai avec vous. Dites-moi la première lettre, je vous dirais le seconde.

DEM. M

REP. A

DEM. K

REP. B

DEM. E

REP. N

DEM. A

REP. K

DEMANDE.

Quel est le mot de passe des Maîtres ?

REPONSE.

GIBLOS

DEMANDE.

Que fit-on du corps de notre très-respectable Maître Adoniram ?

REPONSE.

Salomon, pour récompenser son mérite le fit inhumer dans le Sanctuaire du Temple.

DEMANDE.

Que fit-on mettre sur son Tombeau ?

REPONSE.

Une médaille d'or faite en triangle où était gravé JEHOVA, l'ancien mot de Maître, qui est le nom de Dieu en Hébreu.

DEMANDE.

Avez-vous travaillé ?

REPONSE.

Oui, Vénérable.

DEMANDE.

Où avez-vous travaillé ?

REPONSE.

Dans la Chambre du milieu.

DEMANDE.

Avec quoi avez-vous travaillé ?

REPONSE.

Avec de la Craye, du Charbon & une Terrine.

DEMANDE.

Que signifie la Craye ?

REPONSE.

Zèle.

DEMANDE.

Que signifie le Charbon ?

REPONSE.

Ferveur.

DEMANDE.

Que signifie la Terrine ?

REPONSE.

Confiance.

 DEMANDE.

Quel âge avez-vous ?

REPONSE.

Sept ans & plus.

Fin du Catéchisme des Maîtres.

 DISCOURS DE MAITRE, POUR LA RECEPTION

Après l'obligation, le Récipiendaire étant debout devant le Vénérable Maître, &c. le Maître lui dit :

Mon cher Frère, pour commencer à vous instruire des mystères de la Maîtrise, il est bon de vous dire que notre respectable Maître Adoniram, grand Architecte du Temple de Salomon, possédant les secrets de la Maîtrise, aima mieux souffrir la mort que de révéler les dits secrets. Je pense que vous êtes dans les mêmes sentimens ; c'est pourquoi je me vois forcé de vous traiter de la même manière dont il fut traité par trois scélérats de Compagnons, qui attentèrent à sa vie pour avoir la paye de Maître. Du premier coup il fut étourdi, du second il trébucha, & du troisième il fut renversé.

Mon cher Frère, c'est à vous que j'adresse la parole : Vous représentez ici notre très-respectable Maître, reposant dans le Saint des Saints ; c'est ce que je vais vous expliquer par un récit abrégé de la vie & de la mort de ce grand Homme.

D A V I D, Roi d'Israël, ayant formé le projet d'élever un Temple à l'Eternel, amassa pour cet effet de riches trésors. Mais ce grand œuvre était réservé à son fils S A L O M O N, à qui Dieu donna le don de sagesse par son esprit, de force par sa puissance, & de beauté par ses richesses. SALOMON ayant pris l'année, le mois & le jour, pour commencer ce grand Edifice, en fit part à H I R A M, Roi de Tyr, son voisin, son ami & son allié, qui lui envoya les Cèdres du Liban tous taillés & prêts à poser ; SALOMON en fit de même dans les carrières, pour les pierres dont il avait besoin pour la construction de son Temple : mais HIRAM lui fit un bien plus précieux don en la personne d'Adoniram, issu de son sang, fils d'une veuve de la tribu de Nephtali ; son père se nommait HUR, excellent ouvrier dans l'Architecture & dans la fonte des métaux. SALOMON connaissant ses vertus, son mérite & ses talents, le distingua par le poste le plus éminent, lui donnant la conduite du Temple, & la direction des Ouvriers. Mais comme les Ouvriers étoient en grand nombre, il les sépara en trois classes, les Apprentifs, les Compagnons & les Maîtres, & leur donna à chacun d'eux un signe, une parole & un attouchement, pour pouvoir se faire connoître, & recevoir leur salaire. Trois scélérats de Compagnons, remplis d'avarice & d'envie, voulant toucher la paye de Maître, projetterent de l'avoir de force, ou la vie de notre très-respectable Maître Adoniram. Pour cet effet, l'un se place à la porte de l'occident du Temple, le second à la porte du midi, & le troisième à la porte du nord. Adoniram, selon sa coutume, vers la fin du jour, s'en vint pour faire la visite des travaux, afin d'en rendre compte à SALOMON, & entra dans le Temple par la porte de l'occident, où il trouva le premier de ces malheureux, qui lui demanda avec violence la paye de Maître ou la vie. Adoniram surpris, lui répondit néanmoins avec douceur : Mon Frère, ce n'est point de cette façon que je l'ai acquise ; travaillez, méritez, & vous l'aurez. Non content de cette réponse, ce téméraire le frappa d'un coup de règle, qui le fit fuir vers la porte du midi, où il trouva le second de ces scélérats, qui lui fit la même demande : Adoniram lui fit la même réponse. Ce malheureux le frappa d'un coup de rouleau qui l'étourdit ; &, fuyant vers la porte du nord, il trouva le troisième, qui l'arrêta, en lui demandant la parole de Maître, ou la vie. Mais Adoniram persista avec fermeté & courage à garder son secret : c'est de ce troisième malheureux qu'il reçu un furieux coup de maillet, qui le fit tomber mort vers la porte de l'orient. Ils se rassemblèrent entre eux, se demandèrent la parole de Maître ; voyant qu'ils ne l'avoient pas & honteux de leur crime, ils calevèrent le corps de notre respectable Maître, le portèrent hors du Temple, le cachèrent sous des décombres, dans l'intention, furtivement de nuit, de l'enlever & de le porter hors de Jérusalem ; ce qu'ils firent. Trois, cinq & sept jours se passèrent sans que SALOMON vit son grand Architecte ; il en fut fort inquiet, & ordonna à neuf des plus jeunes Maîtres d'aller à la découverte, & de lui en apporter des nouvelles. Trois partirent par la porte de l'orient, trois par la porte du midi, & trois par la porte de l'occident ; ils convinrent entr'eux de ne point s'éloigner les uns des autres plus loin que la voix humaine ne puisse s'entendre. L'un d'eux, fatigué de sa course, & voulant se reposer au pied d'une colline, s'aperçut que la terre étoit fraîchement remuée ; il s'en approcha, & en fouillant, il trouva le corps de notre respectable Maître Adoniram. Il appelle ses camarades qui, à sa voix, s'approchent de lui ; il leur fait part de la triste découverte : mais par respect, n'osant y toucher, ils recouvrirent la fosse, & se trouvant proche de là un arbre nommé Acacia, ils en arrachèrent une branche, la plantèrent sur l'endroit, pour pouvoir le reconnoître, & s'en retournèrent à Jérusalem, rendre compte à SALOMON de la perte de son grand Architecte. SALOMON, pénétré de la plus vive douleur, déchira ses vêtemens, & jura qu'il en seroit fait vengeance : il ordonna à neuf des plus anciens Maîtres, d'aller faire l'exhumation du corps, & de le rapporter à Jérusalem, avec pompe funèbre. Les Maîtres convinrent entr'eux, dans la crainte que par le force des tourmens & violence, le mot de Maître n'eut transpiré, que le premier signe, parole et attouchement qui seroit fait & proféré à la levée du corps, serviroit à l'avenir pour les Maîtres. De plus, ils se revêtirent de tabliers & gants de peau blanche, pour preuve de leur innocence, & qu'ils n'avoient point trempé leurs mains dans le sang innocent. Le plus ancien d'entr'eux s'avança, (en cet endroit, le Vénérable Maître, en continuant son Discours, opère & relève le Récipiendaire en lui donnant l'accolade) & en découvrant le gazon, dont ceci nous sert de symbole, il le prit par JAKIN, mais le doigt lui resta dans la main ; il le prit par BOOZ, de même, la chair étant putréfiée, les os quittèrent la peau ; mais pour plus de fermeté, il le prit par les cinq points de la Maçonnerie, que nous nommons la Grippe, & le releva de cette façon ; pied contre pied, genou contre genou, estomac contre estomac, la main derrière le dos, il proféra ces mots, M. B. qui signifie, le corps est corrompu ;ils le rapportèrent à Jérusalem, où SALOMON, pour récompenser ses vertus, son mérite & ses talens, le fit inhumer dans le sanctuaire du Temple, & fit mettre sur son tombeau une médaille d'or en forme de triangle, où étoit gravé JEHOVA, l'ancien mot de Maître, qui signifie le nom de Dieu en Hébreu. Son cercueil étoit de marbre noir, de sept pieds de long, cinq de large & trois de profondeur.

DISCOURS DE L'ORATEUR A la Réception d'un Apprentif.

Monsieur, la fermeté & le courage avec lequel vous avez surmonté tous les obstacles qui se sont présentés à vous symboliquement, dans le voyage mystérieux que l'on vous a fait faire, m'est un gage assuré du désir que vous avez d'être reçu dans notre Ordre ; c'est pourquoi ,vous devez vous dépouiller de tous faux préjugé du profane vulgaire. Vous êtes un homme qui allez renaître : vous étiez tout à l'heure privé de la vue par un bandeau, & si néanmoins vous êtes encore aveugle ; ce n'est que par gradation que vous commencerez à jouir du plaisir de la lumière ; ce n'est que lorsque vous serez instruit de nos mots, signes & attouchements que vous jouirez du plaisir & de l'avantage de posséder l'Art Royal. Vous devenez, en ce moment, citoyen du monde entier ; partout où vous trouverez des hommes, vous trouverez des Maçons prêts à vous secourir dans vos besoins, si vos mœurs sont simples, honnêtes & sincères. Notre Ordre, aussi ancien que respectable, puisque les Rois, Princes & Seigneurs se font un honneur de l'acquérir & de l'honorer de leur présence, ne vous engage à rien qui puisse blesser votre délicatesse ni votre conscience ; c'est la réformation des mœurs ; c'est de faire un homme fidel à Dieu, à son Prince, à l'Etat, ami de la veuve & de l'orphelin. Aimer & soulager les frères dans le besoin, de tout son pouvoir ; fuir le vice, & pratiquer la vertu : voila le Maçon, voila le secret ! Je pense que vous êtes dans ces sentimens-là ; c'est pourquoi je vous engage de répéter avec attention l'obligation que va vous faire prononcer le très-vénérable Maître de cette illustre Loge.

  FIN.


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23 juillet 2009 4 23 /07 /juillet /2009 22:55







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23 juillet 2009 4 23 /07 /juillet /2009 22:27

Le secret des Francs-Maçons

 De toutes les sociétés, que les hommes ont pu former entre eux, depuis le commencement du monde, il n'y en eut jamais de plus douce, de plus subtile, et en même temps de plus singulière, que celle des Francs-Maçons.

Unis ensemble par le tendre nom de Frères, ils vivent dans une intelligence qui ne se rencontre que rarement, même parmi ceux que les liens du sang devraient unir le plus étroitement. Cette union intime, qui fait tant d'honneur à l'humanité en général, répand dans le commerce particulier que les Francs-Maçons ont entre eux, des agréments dont nulle autre société ne peut se flatter.

Comme mon dessin principal n'est pas de faire ici l'éloge des Francs-Maçons, je n'entreprendrai point de démontrer méthodiquement les propositions que je viens d'avancer : ce sont des vérités de fait dont on pourra recueillir les preuves dans la suite de ma narration.

L'Ordre des Francs-Maçons a été exposé de tout temps à bien des contradictions. Le secret qu'on observe scrupuleusement sur tout ce qui se passe dans l'intérieur de leurs assemblées, a fait concevoir des soupçons très désavantageux à l'Ordre entier.

Les femmes, qui veulent être partout où il y a des hommes, ont été extrêmement scandalisées de se voir constamment bannies de la Société des Francs-Maçons. Elles avaient supporté plus patiemment de n'être point admises dans plusieurs Ordres qui ont fleuri en France à différentes reprises. C'était autant de Sociétés Bachiques, dans lesquelles on ne célébrait que le Dieu du Vin : on y chantait quelques Hymnes à l'honneur du Dieu de Cythère; mais on se contentait de chanter, tandis qu'on offrait à Bachus des sacrifices très amples et très réels. Il ne fut pas difficile d'éloigner les femmes de pareilles sociétés; elles s'en exclurent elles mêmes par vanité; et elles couvrirent du spécieux prétexte de décence, ce qui n'était au fond qu'une attention réfléchie sur leurs charmes.

Elles ont pensé bien autrement de l'Ordre des Francs-Maçons. Lorsqu'elles ont su avec quelle modération ils se comportaient dans leur repas, tant solennels que particuliers, elles n'ont pu imaginer quelles étaient les raisons que ces respectables Confrères avaient eues pour les exclure de leur société. Persuadées que sans elles, les hommes ne peuvent goûter que des plaisirs criminels, elles ont donné les couleurs les plus odieuses aux délices dont les Francs-Maçons jouissent dans leurs Assemblées.

Tous ces soupçons injurieux disparaîtront bientôt, lorsque je décrirai ce qui se passe dans les Assemblées de la Maçonnerie. Il est bien vrai que ce sont les plaisirs qui les rassemblent, mais ils ne connaissent pas ceux que le repentir ne suit jamais. Cela suppose un goût juste et décidé, qui, en les portant à tout ce qui est bon et aimable, leur inspire en même temps de ne rien rechercher avec passion. Cette paisible situation du cœur, qui est bien éloigné de l'ennuyeuse indifférence, fait naître sous leur pas des plaisirs toujours nouveaux. Ils seraient peut-être plus vifs, s'ils étaient secondés des passions; mais seraient-il aussi doux, aussi fréquents, aussi durables?

Je m'en rapporte à ceux qui en ont fait l'expérience. Je prendrais aussi volontiers pour juge les femmes elles-mêmes; mais je n'écouterais que celles que la maturité de l'âge, ou la décadence de quelques appâts rendent susceptibles de certains accès de raison.

Un soupçon d'une autre espèce à paru mériter bien plus d'attention. On avait imaginé qu'il y a tout à craindre pour la tranquillité de l'État, de la part d'une Société nombreuse de gens de mérite, unis si intimement sous le sceau du secret. Et on a cru d'abord, qu'en éloignant les femmes de leurs Assemblées, ils avaient eu en vue d'en bannir l'inutilité et l'indiscrétion, pour se livrer entièrement aux affaires les plus sérieuses.

Je conviens que ce soupçon avait quelque chose de spécieux. En effet, si la passion d'un seul homme a pu, comme on l'a vu plus d'une fois, causé dans un État d'étranges révolutions; que serait ce, si un corps aussi nombreux et aussi uni que celui dont je parle, était susceptible des impressions séditieuses d'intrigues et de cabales, que l'orgueil et l'ambition ne mettent que trop souvent dans le cœur de l'homme?

On n'a rien à craindre des Francs-Maçons sur cet article. Ils portent dans le cœur l'amour de l'Ordre et de la Paix. Aussi attaché à la Société Civile, qu'ils sont unis entre eux, c'est à leur Ecole qu'on peut apprendre, plus efficacement que de la bouche de ceux qui instruisent par état, quel respect, quelle soumission, quelle vénération nous devons avoir pour la Religion, pour le Prince, pour le Gouvernement. C'est chez eux que la subordination, mieux pratiquée que partout ailleurs, est regardée comme une vertu, et nullement comme un joug. On s'y soumet par amour, et non point par cette basse timidité, qui est le mobile ordinaire des âmes lâches et communes.

C'est en Angleterre que les Francs-Maçons ont pris naissance, et ils s'y soutiennent avec une vigueur, que l'écoulement de plusieurs siècles n'a pu altérer jusqu'à présent. L'économie de cette société est fondée sur un secret, qui a toujours été impénétrable, tant que les Anglais ont été les seuls dépositaires. Cette nation, un peu taciturne, parce qu'elles pensent toujours, être plus propre qu'aucune autre à conserver fidèlement un dépôt si précieux.

Nous languirions encore ici dans une ignorance profonde sur les mystères de cet Ordre, s'il ne s'était enfin établi en France. Le Français, quoique extrêmement prévenu pour son propre mérite, recherche néanmoins avec avidité celui des autres Nations, lorsqu'il a pour lui les grâces de la nouveauté: pour mieux dire, ce qui est nouveau pour le Français a toujours pour lui l'agrément du mérite. Les femmes commencèrent, il y a quelques années, à copier certaines modes anglaises. Ce sexe enchanteur, que le Français adore sans se donner le temps de l'aimer, donna bientôt le branle au goût de la Nation pour ces nouvelles découvertes. On voulut d'abord s'habiller comme les Anglais; on s'en lassa peu après. La mode des habits introduisit peu à peu la manière de penser; on embrassa leur métaphysique; comme eux, on devint Géomètre; nos pièces de théâtre se ressentirent du commerce Anglais : on prétendit même puiser chez eux jusqu'aux principes de la théologie : Dieu sait si on y a gagné à cet égard!

Il ne manquait enfin au Français que le bonheur d'être Franc-Maçon ; et il l'est devenu. Cette aimable et indiscrète Nation n'a pas plutôt été dans la confidence du secret de l'Ordre, qu'elle s'est sentie surchargée d'un poids énorme qui l'accablait. Les Associés Français n'ont osé d'abord se soulager autrement, qu'en débitant partout, qu'ils étaient les dépositaires d'un secret, mais que rien ne serait capable de le leur arraché. Un secret ainsi prôné est à moitié découvert. Ils ont néanmoins tenu bon pendant quelque temps. La pétulante curiosité des Français non Francs-Maçons flattait infiniment la vanité de ceux qui l'étaient, et encourageait leur discrétion : ils s'étonnaient eux-mêmes des efforts généreux qu'ils avaient eu le courage de faire, pour ne pas déceler ce qu'un serment solennel les obligeait de taire.

Une passion violente, qui trouve des obstacles, n'en devient que plus vive et plus ingénieuse pour se satisfaire. La curiosité française n'ayant pu percer à force ouverte les faibles barrières dans lesquelles leurs compatriotes avaient resserré leur secret, a mis en œuvre la ruse la plus conforme au génie de la Nation.

Les curieux ont affecté une indifférence dédaigneuse pour des mystères qu'on s'obstinait à leur cacher. C'était le vrai moyen de faire rapprocher des personnes, dont la discrétion n'était que rodomontade.

La ruse a eu son effet; les Francs-Maçons, abandonnés à eux mêmes, sont devenus plus traitables; on a réussi à les faire causer sur leur Ordre; l'un a dit une chose, l'autre une autre. Ces différentes collectes ont fait d'abord un tout assez imparfait; mais il a été rectifié par de nouveaux éclaircissements, et il a enfin été conduit au point d'exactitude, sous lequel je le présente aujourd'hui.

Je ne puis dissimuler, qu'en qualité de Français, je ne ressente un plaisir singulier dans cette espèce d'indiscrétion. Il est vrai qu'il y manque un assaisonnement bien flatteur, qui ferait l'obligation de ne point parler. Mais comme un appétit bien ouvert suppléé ordinairement à ce qui peut manquer dans un ragoût du côté de l'Art, le plaisir avec lequel je me porte à révéler les mystères de la Maçonnerie, est pour moi aussi vif que si j'avais des engagements pour me taire.

Le secret des Francs-Maçons consiste principalement dans la façon dont ils se reconnaissent. Deux Francs-maçons, qui ne se seront jamais aperçu, se reconnaîtront infailliblement, lorsqu'ils se rencontreront. C'est l'effet de certains Signes, dont ils sont convenus entre eux. Ils les emploient si fréquemment, soit dans leurs Assemblées, soit dans les rencontres particulières, qu'on pourrait les regarder comme autant de pantomimes. Au reste, les Signes dont ils se servent sont si clairs et si expressifs, qu'il n'est point encore arrivé de méprise à cet égard.

Nous avons trois exemples très récents, qui démontrent évidemment l'efficacité des Signes de la maçonnerie, et la tendre union qui règne parmi ces respectables Confrères.

Il y a environ trois ans qu'un armateur français, qui était Franc-Maçon, fit malheureusement naufrage sur les côtes d'une île, dont le Vice-Roi était aussi du même Ordre. Le Français fut assez heureux pour se sauver; mais il perdit, avec son vaisseau, son équipage et son bien. Il se fit présenter au Vice-Roi. Son embarras était de lui raconter son malheur d'une façon assez sensible pour mériter d'en être cru sur sa parole. Il fut fort étonné, lorsqu'il vit le Vice-Roi faire les Signes de la Maçonnerie. Le Français y répondit de tout son cœur. Ils s'embrassèrent l'un l'autre comme des frères, et causèrent ensemble avec toute l'ouverture de cœur que l'amitié de la plus tendre peut inspirer. Le Vice-Roi, sensiblement touché des malheurs du Français, le retint dans son île, et lui procura pendant le séjour qu'il y fit, tous les secours et tous les amusements possibles. Lorsque le Français voulut se remettre en mer pour travailler à réparer ses pertes, le Vice-Roi le combla de présents, et lui donna tout l'argent nécessaire pour retourner dans son pays. Le Français, pénétré de reconnaissance, fit à son bienfaiteur les remerciements que méritait sa générosité; et il profita de l'occasion d'un vaisseau qui mettait à la voile, pour revenir en France. C'est du Français lui-même que l'on a su le détail de cette aventure. Il s'appelait Préverot, il était frère de Monsieur Préverot, docteur en médecine de la faculté de Paris, mort depuis quelques années.

Il y a quelques mois qu'un gentilhomme Anglais venant à Paris, fut arrêté sur sa route par des voleurs. On lui pris soixante louis. Cet Anglais, qui était Franc-Maçon, ne fut pas plutôt arrivé à Paris, qu'il fit usage des Signes qui caractérisent la Maçonnerie. Cet expédient lui réussit : il fut accueilli par les Frères, à qui il raconta sa triste aventure : on fit une collecte pour lui dans une Assemblée, et on lui donna les soixante louis qui lui avaient été volés. Il les a fait remettre à Paris depuis son retour en Angleterre.

A l'affaire de Dettingen un garde du Roi eut son cheval tué sous lui, et se trouva lui-même tellement engagé dessous, qu'il lui fut impossible de se débarrasser. Un cavalier anglais vint à lui le sabre levé, et lui aurait fait un mauvais parti, si le garde, qui était Franc-Maçon, n'eut fait à tout hasard les Signes de l'Ordre.

Heureusement pour lui le cavalier anglais se trouva être de la même Société : il descendit de cheval, et aida le Français à se débarrasser de dessous le sien, et en lui sauvant la vie comme confrère, il le fit pourtant son prisonnier, parce qu'un Franc-Maçon ne perd jamais de vue que le service de son Prince.

Je vois déjà mon lecteur qui attend avec impatience que je dépeigne ces Signes merveilleux, capables d'opérer des effets si salutaires; mais je lui demande la permission de dire encore quelque chose de général sur l'Ordre des Francs-Maçons : j'entrerai ensuite dans un détail très étendu, dont on aura lieu d'être satisfait.

Il semble d'abord que la table soit le point fixe qui réunit les Francs-Maçons. Chez eux, quiconque est invité à une Assemblée, l'est aussi à un repas ; c'est ainsi que les affaires s'y discutent. Il n'en est point de leur Ordre, comme de ces Sociétés sèches à tous égards, dans lesquelles depuis longtemps l'esprit et le corps semblent condamnés par état à un jeune perpétuel. Les Francs-Maçons veulent boire, manger, se réjouir : voilà ce qui anime leurs délibérations.

On voit que cette façon de porter son avis peut convenir à bien du monde : l'homme d'esprit, celui qui ne passe pas pour tel, l'homme d'État, le particulier, le noble, le roturier, chacun y est admis, chacun peut y jouer son rôle. Ce qui est admirable, c'est que dans un mélange si singulier, et il ne se trouve jamais ni hauteur, ni bassesse. Le grand Seigneur permet à sa noblesse de s'y familiariser : le roturier y prend de l'élévation ; en un mot, celui qui a plus en quelque genre que ce soit, veux bien céder du sien; ainsi tout se trouve de niveau. La qualité de Frères, qu'ils se donnent mutuellement, n'est pas un vain compliment; ils jouissent en commun de tous les agréments de la Fraternité. Le mérite et les talents s'y distinguent néanmoins ; mes ceux qui ont le bonheur d'en être pourvus, les possèdent sans vanité et sans crainte, parce que ceux qui ne sont point partagés des mêmes avantages, n'en sont ni humiliés, ni jaloux. Personne ne veut y briller; tout le monde cherche à plaire.

Cette légère esquisse peut, se me semble, donner une idée assez avantageuse de la douceur et de la sagesse qui règnent dans la Société des Francs-Maçons. En vain a-t-on voulu leur reprocher, de ne tenir des Assemblées que pour parler plus librement sur des matières de Religion, ou sur ce qui concerne l'État ; ce sont deux articles sur lesquels on n'a jamais vu s'élever la moindre question parmi eux. Le Dieu du ciel et les Maîtres de la Terre y sont inviolablement respectés. Jamais on n'y traite aucune affaire qui puisse concerner la Religion ; c'est une des maximes fondamentales de la Société. À l'égard de la personne sacrée de Sa Majesté, on en fait une mention honorable au commencement du repas; la santé de cet auguste Monarque y est solennisée avec toute la pompe et la magnificence possible : cela fait, on ne parle plus de la Cour.

À l'égard des conversations que l'on tient durant le repas, tout s'y passe avec une décence qui s'étend bien loin : je ne sais même si les rigides partisans de la morale austère pourraient en soutenir toute la régularité. On ne parle jamais des absents; on ne dit du mal de qui que ce soit; la satyre maligne en est exclue; toute raillerie y est odieuse ; on n'y souffrirait pas non plus la doucereuse ironie de nos prétendus Sages, parce qu'ils sont presque toujours malignement zélés; et pour tout dire en un mot, on n'y tolère rien de ce qui parait porter avec soi la plus légère empreinte du vice.

Cette exacte régularité, bien loin de faire naître un triste sérieux, répand au contraire dans les cœurs et dans les esprits la volupté la plus pure ; on voit éclater sur leur visage le brillant coloris de la gaieté et de l'enjouement; et si les nuances en sont quelquefois un peu plus vives qu'à l'ordinaire, la décence n'y court jamais aucun risque, c'est la sagesse en belle humeur. Si pourtant il arrivait qu'un Frère vint à s'oublier, et que dans ses discours il eut la faiblesse de faire usage de ces expressions que la corruption du siècle a cru déguiser honnêtement sous le nom de "libertés", un signe formidable le rappellerait bientôt à son devoir, et il reviendrait à l'instant. Un Frère peut bien prévariquer, parce qu'il est homme, mais il a le courage de se corriger, parce qu'il est Franc-Maçon.

Il est temps de satisfaire à présent la curiosité du lecteur, et de lui faire voir en détail l'intérieur des Assemblées Francs-Maçonnes. Comme je me servirai, dans tout ce que je vais dire, des termes de l'Ordre, je crois qu'il est à propos de les expliquer ici, pour faciliter l'intelligence de tout ce que j'ai à dire.

Franc-Maçon (en anglais Free Mason) signifie Maçon libre. C'était dans l'origine une société de personnes, qui étaient censées se dévouer librement pour travailler un jour à la réédification du Temple de Salomon. Je ne crois pas que ceux d'aujourd'hui conservent encore le dessin d'un projet qui paraît devoir être de longue haleine. Si cela était, et que cette société se soutint jusqu'au rétablissement de ce fameux Édifice, il y a apparence qu'elle durerait encore longtemps. Au reste, tout ce goût de Maçonnerie est purement allégorique : il s'agit de former le Cœur, de régler l'Esprit, et de ne rien faire qui ne cadre avec le bon ordre; voilà ce qui désigné par les principaux attributs des Francs-Maçons, qui sont l'Équerre et le compas. Il n'y avait autrefois qu'un seul Grand Maître, qui était Anglais; aujourd'hui les différents pays dans lesquels il y a des Francs-Maçons ont chacun le leur. On appelle celui qui est revêtu de cette dignité, le Très Vénérable. C'est lui qui délivre aux Maîtres qui président aux assemblées particulières, des Lettres Patentes qu'on appelle Constitution. Ces présidents particuliers sont appelés simplement Vénérables. Leurs Lettres Patentes ou Constitutions sont contresignées par un Grand Officier de l'Ordre, qui est le Secrétaire Général.

Les Assemblées Maçonnes s'appellent communément Loges. Ainsi lorsqu'on veut annoncer une assemblée pour tel jour, on dit : il y aura Loge tel jour. Les Vénérables peuvent tenir Loge quand ils le jugeront à propos. Il n'y a d'Assemblées fixes que tous les premiers Dimanches de chaque mois.

Quoi que toutes les Assemblées des Francs-Maçons soient appelées Loges, ce nom est cependant plus particulièrement attribué à celles qui ont un Vénérable nommé par le Grand Maître. Ces Loges sont aujourd'hui à Paris au nombre de vingt deux. On les désigne par les noms de ceux qui y président; ainsi on dit, j'ai été reçu dans la loge de Monsieur N.

Comme les particuliers Francs-Maçons peuvent s'assembler quand ils veulent, ils nomment entre eux un Vénérable à la pluralité des voix, lorsque celui qui est nommé par le Grand Maître ne s'y trouve pas. Si cependant il s'y trouvait un des deux Grands Officiers, qui sont ordinairement attachés à celui qui d'office est Vénérable, on lui déférerait la Présidence. Je dirai dans un moment ce qu'on entend par ces Grands Officiers.

Les loges sont composées de plus ou moins de sujet. Cependant, pour qu'une assemblée de Francs-Maçons puisse être appelée Loge, il faut qu'il y ait au moins deux Maîtres, trois Compagnons et deux Apprentis. C'est en voyant le détail d'une Réception que l'on saura la différence de ces degrés de Maçonnerie.

Lorsqu'on est en Loge, il y a au-dessous du Vénérable deux Officiers principaux, appelés Surveillants. Ce sont eux qui auront soin de faire exécuter les règlements de l'Ordre, et qui y commandent l'Exercice, lorsque le Vénérable l'ordonne.

Chaque Loge a aussi son Trésorier, entre les mains duquel sont les fonds de la Compagnie. C'est lui qui est chargé des frais qu'il y a à faire; et dans la règle, il doit rendre compte aux Frères de la recette et des déboursés, dans l'Assemblée du premier Dimanche du mois. Il y a aussi un Secrétaire, pour recueillir les délibérations principales de la Loge, afin d'en faire part au Secrétaire Général de l'Ordre.

Un Vénérable, quoi que Chef de Loge, n'y a d'autorité qu'autant qu'il est lui-même zélé observateur des Statuts; car s'il tombait en contravention, les Frères ne manqueraient pas de le relever. Dans ce cas, on va aux opinions, (ils appellent cela ballotter); et selon l'espèce du délit, la punition est plus ou moins graves. Cela pourrait même aller jusqu'à le déposer et l'exclure des Loges, si le cas l'exigeait.

Lorsque c'est un Frère qui a prévariqué, le Vénérable le reprend; et il peut même de sa propre autorité lui imposer une amende, qui doit être payée sur le champ : elle est toujours au profit des Pauvres. Le Vénérable n'en peut user ainsi que pour les fautes légères : lorsqu'elles sont d'une certaine importance, il est obligé de convoquer l'Assemblée pour y procéder. On verra plus loin la cérémonie singulière qui s'observe lorsqu'il s'agit de l'exclusion d'un Franc-Maçon. J'observerai seulement ici, que lorsqu'un Frère est exclu, ou que sans être exclu, il a causé à la Société un mécontentement assez grave pour qu'on sévisse contre lui, on ne le fait pas pour cela sortir à l'instant de la Loge, on annonce seulement qu'elle est fermée. On croirait d'abord que fermer une Loge, désignerait que la porte doit être bien clause; c'est tout le contraire. Lorsqu'on dit que la Loge est fermée, tout autre qu'un Franc-Maçon peut y entrer, et être admis à boire et manger, et causer de nouvelles. Ouvrir une Loge, en terme Francs-Maçons, signifie qu'on peut parler ouvertement des mystères de la Maçonnerie, et de tout ce qui concerne l'Ordre; en un mot, parler tout haut sans appréhender d'être entendu d'aucun profane (c'est ainsi qu'ils appellent ceux qui ne sont point de la Confrérie). Alors personne ne peut entrer; et s'il arrivait que quelqu'un s'y introduisit, on fermerait la Loge à l'instant, c'est-à-dire, qu'on garderait le silence sur les affaires de la Maçonnerie. Au reste, il n'y a que dans les Assemblées particulières que l'on risque d'être quelquefois interrompu; car lorsqu'on est en Grande Loge, toutes les avenues sont aussi bien gardées, qu'aucun profane ne peut y entrer. Si cependant, malgré toutes les précautions, quelqu'un était assez adroit pour s'y introduire, ou que quelque Apprenti suspect parût dans le temps qu'on traite des mystères de la Maçonnerie, le premier qui s'en apercevrait, avertirait les Frères à l'instant, en disant "il pleut" : ces deux mots signifient qu'il ne faut plus rien dire de particulier.

Dans ces Assemblées solennelles chaque Frère a un tablier, fait d'une peau blanche, dont les cordons doivent aussi être de peau. Il y en a qui les portent tous unis, c'est-à-dire, sans aucun ornement; d'autres les font border d'un ruban bleu. J'en ai vu qui portait, sur ce qu'on appelle la bavette, les attributs de l'Ordre, qui sont, comme j'ai dit, une Équerre et un Compas.

Lorsqu'on se met à table, le Vénérable s'assied le premier en haut du côté de l'Orient. Le Premier et le Second Surveillants se placent vis-à-vis du Vénérable à l'Occident. Si c'est un jour de Réception, les Récipiendaires ont la place d'honneur, c'est-à-dire qu'ils sont assis à la droite et à la gauche du Vénérable.

Les jours de Réception, le Vénérable, les Surveillants, le Secrétaire, et le Trésorier de l'Ordre, portent au cou un cordon bleu taillé en triangle, tel à peu près que le portent les Commandeurs de l'Ordre du Saint Esprit, qui sont ou d'Église, ou de Robe. Au bas du cordon du Vénérable pendent une Équerre et un Compas, qui doivent être d'or, ou du moins dorés. Les Surveillants et autres Officiers ne portent que le Compas. Les lumières que l'on met sur la table, doivent toujours être disposées en triangle, il y a même beaucoup de Loges, dans lesquelles les flambeaux sont de figure triangulaire. Ils devraient être de bois, et chargés des figures allégoriques qui ont trait à la Maçonnerie.

Il faut que les Statuts n'ordonnent point l'uniformité sur cet article; car j'ai vu plusieurs de ces flambeaux qui étaient tous de différentes espèces, tant par rapport à la matière dont ils étaient composés, que par la figure qu'on leur avait donnée.

La table est toujours servie à trois ou cinq, ou sept, ou neuf services. Lorsqu'on a pris ses places, chacun peut faire mettre une bouteille devant soi. Tous les termes dont on se sert pour boire sont empruntés de l'artillerie.

La bouteille s'appelle le baril; il y en a qui disent barrique, cela est indifférent. On donne au vin le nom de poudre, aussi bien qu'à l'eau ; avec cette différence, que l'un est poudre rouge, et l'autre poudre blanche.

L'exercice que l'on fait en buvant ne permet pas qu'on se serve de verres; il n'en resterait pas un seul entier, après qu'on aurait bu : on n'a que des gobelets, qu'on appelle canons. Quand on boit en cérémonie, on dit : donnez de la poudre. Chacun se lève, et le Vénérable dit : chargez. Alors chacun met du vin dans son gobelet. On dit ensuite : portez la main à vos armes : en joue, feu, grand feu. Voilà ce qui désigne les trois temps, qu'on est obligé d'observer en buvant. Au premier, on porte la main à son gobelet : au second, on l'avance devant soi, comme pour présenter les armes; et au dernier, chacun boit. En buvant on a les yeux sur le Vénérable, afin de faire tous ensemble le même exercice. En retirant son gobelet, on l'avance un peu devant soi, on le porte ensuite à la mamelle gauche, puis à la droite; cela se fait ainsi par trois fois. On remet ensuite le gobelet sur la table en trois temps : on se frappe dans les mains par trois fois; et chacun crie aussi par trois fois : Vivat.

Cette façon de boire forme le coup d'œil le plus brillant que l'on puisse imaginer; et l'on peut dire, à la louange des Francs-Maçons, qu'il n'est point d'Ecole Militaire où l'exercice se fasse avec plus d'exactitude, de précision, de pompe et de majesté, que parmi eux. Quelque nombreuse que soit l'Assemblée, le mouvement de l'un est toujours le mouvement de tous; on ne voit point des traîneurs; et dès qu'on a prononcé les premières paroles de l'exercice, tout s'y exécute jusqu'à la fin, avec une uniformité qui tient de l'enchantement. Le bruit qui se fait en remettant les gobelets sur la table est assez considérable, mais il n'est point tumultueux : ce n'est qu'un seul et même coup, assez fort pour briser des vases qui n'auraient pas une certaine consistance.

Si quelqu'un manquait à l'exercice, on recommencerait, mais on ne reprendrait pas du vin pour cela. Ce cas est extrêmement rare, mais pourtant il est arrivé quelquefois. Cela vient ordinairement de la part des nouveaux reçus, qui ne sont pas encore bien informés à l'exercice.

La première santé que l'on célèbre est celle du Roi. On boit ensuite celle du Très Vénérable. A celle-ci succède celle du Vénérable. On boit après au Premier et au Second Surveillants; et enfin aux Frères de la Loge.

Lorsque qu'il y a des nouveaux reçus, on boit à leur santé, immédiatement après qu'on a bu aux Surveillants. On fait aussi le même honneur aux Frères visiteurs qui se trouvent dans la Loge: on appelle ainsi des Francs-Maçons d'une loge qui viennent en passant pour communiquer avec des Frères d'une autre. La qualité de Frères bien constatée par les Signes de l'Ordre, leur donne l'entrée et les honneurs dans toutes les Loges.

Il faut observer que lorsqu'on boit en cérémonie, tout le monde doit être debout. Lorsque le Vénérable sort de la Loge pour quelques affaires, le Premier Surveillant se met à sa place; alors le Second Surveillant prend la place du Premier, et l'un des Frères devient Second Surveillant : ces places ne sont jamais vacantes.

Le Premier Surveillant, devenu Vénérable, ordonne une santé pour celui qui vient de sortir, et il a soin d'y joindre celle de sa Maçonne : cela se fait avec la plus grande solennité : on en verra la description, lorsque je parlerai du repas de Réception. Si le Vénérable rentre dans la Loge pendant la cérémonie, il ne peut pas reprendre sa place; il doit se tenir debout jusqu'à ce que la cérémonie soit finie.

J'observerai ici, à propos de maçonne, que quoi que les femmes ne soient point admises dans les Assemblées des Francs-Maçons, on en fait toujours une mention honorable. Le jour de la Réception, en donnant le Tablier au nouveau reçu, on lui donne en même temps deux paires de gants, une pour lui, et l'autre pour sa Maçonne, c'est-à-dire, pour sa femme, s'il est marié, ou pour la femme qu'il estime plus, s'il a le bonheur d'être célibataire.

On peut interpréter comme on voudra le mot d'estime". Il n'avait autrefois qu'une signification très honnête : il désignait seulement un doux penchant, fondé sur l'excellence, ou sur la convenance des qualités du cœur et de l'esprit. Mais depuis que la pudeur des femmes leur a fait employer ce terme pour exprimer honnêtement une passion qui le plus souvent n'est rien moins qu'honnête, il est devenu très équivoque. Au reste, de quelque espèce que soient les engagements que les Francs-Maçons peuvent avoir avec les femmes, il est toujours certain que dans les Assemblées, tant solennelles que particulières, il n'est fait mention des Dames, que d'une façon très concise; on boit à leur santé, et on leur donne des gants; voilà tout ce qu'elles en retirent. Cela paraîtra peut-être un peu humiliant pour un sexe qui aime encore mieux qu'on dise du mal de lui, que rien du tout. Il me semble d'un autre côté, qu'un silence si respectueux, sur une matière qui demande à être traitée si souvent, doit éloigner bien du monde de la Maçonnerie. Une telle Société ne sera sûrement pas du goût de la plupart de nos jeunes et bruyants Etourdis, qui n'ont le plus souvent, pour toute conversation, que le récit obscène de quelques ridicules conquêtes, grossièrement imaginées par la corruption de leurs cœurs; ils s'ennuieraient infailliblement dans une compagnie dont les plaisirs et les conversations respirent la sagesse. Je n'ai que faire de dire, combien aussi on serait ennuyé d'une pareille acquisition.

Quoi que la décence et la sagesse soit toujours exactement observées dans les repas Francs-Maçons, elle n'exclut en aucune façon la gaieté et l'enjouement. Les conversations y sont assez animées; mais elles tirent leur agrément principal de la tendresse et de la cordialité fraternelle qu'on y voit régner.

Lorsque les Frères, après avoir tenu quelque temps la conversation, paraissent dans le dessein de chanter leur bonheur, le Vénérable charge de cette fonction le Premier ou le Second Surveillant, ou celui des Frères qu'il croit le plus propre à s'acquitter dignement de cet emploi. On a vu des Loges brillantes, dans lesquelles la permission de chanter, accordée par le Vénérable était solennisée par un concert de cors de chasse et d'autres instruments, dont les accords harmonieux répandaient au loin les respectables symboles de l'union intime et de la douce intelligence qui faisait le bonheur des Frères. Ce concert fini, on chantait les Hymnes de la confrérie.

Ces Hymnes sont de différentes espèces : les unes sont pour les Surveillants, d'autres pour les Maîtres; il y en a pour les Compagnons, et enfin on finit par celles des Apprentis. Toutes les fois qu'on tient Loge, on chante toujours, du moins les chansons des Compagnons et des Apprentis. On trouve des recueils de chansons, que l'on chante très souvent dans les Loges où règne le zèle de la Maçonnerie. Elles ne sont pas également bonnes: mais elles expriment toutes l'esprit de concordes et d'union, qui est l'âme de la Confrérie Maçonne.

Lorsqu'on chante la dernière chanson, les domestiques, que l'on appelle Frères Servants, et qui sont aussi de l'Ordre, viennent à la table des Maîtres, et ils apportent avec eux leurs canons chargés (on sait à présent ce que cela veut dire) : ils les posent sur la table des Maîtres, et se placent parmi eux. Tout le monde est debout alors, et l'on fait la chaîne, c'est-à-dire, que chacun se tient par la main mais d'une façon assez singulière. On a les bras croisés et entrelacés, de manière que celui qui est à droite, tient la main gauche de son voisin; et par la même raison, celui qui est à gauche, tient la main droite de l'autre : voilà ce qui forme la chaîne autour de la table.

C'est alors qu'on chante :

Frères et Compagnons

De la Maçonnerie,

Sans chagrin jouissons

Des plaisirs de la vie.

Munis d'un rouge bord,

Que par trois fois un signal de nos verres

Soit une preuve que d'accord

Nous buvons à nos Frères.

Ce couplet chanté, on boit avec toutes les cérémonies, excepté cependant qu'on ne crie point "Vivat". On chante ensuite les autres couplets, et l'on boit au dernier, avec tout l'appareil et toute la solennité Maçonne, sans omettre une seule cérémonie.

Ce mélange singulier de Maîtres et de Domestiques ne semble-t-il pas présenter d'abord quelque chose de bizarre, d'extraordinaires? Si pourtant on le considère que sous un certain aspect, quel honneur ne fait-il pas à l'Humanité en général et l'Ordre Franc-Maçon en particulier? On voit avec quelle attention ils réalisent à leur égard la qualité de Frère, dont ils portent le nom. Ce n'est point chez eux une vaine dénomination, comme dans ces tristes régions, où l'on semble ne faire un usage journalier des respectables noms de Père et de Frère, que pour les profaner indignement : les uns sont fièrement despotiques; les autres sont bassement esclave. C'est tout le contraire chez les Francs-Maçons; les Frères Servants goûtent avec leurs Maîtres les mêmes plaisirs; ils jouissent comme eux des mêmes avantages. Quel autre exemple pourrait aujourd'hui nous retracer plus fidèlement les temps heureux de la dignité Astrée? Les hommes alors n'étaient point fourmis au joug injuste de la servitude, ni à l'humiliant embarras d'être servis : il n'y avait alors ni supériorité, ni subordination, parce qu'on ne connaissait pas encore le crime.

Après avoir donné une idée générale de la manière dont les Francs-Maçons se comportent dans leurs Assemblées, je crois devoir à présent satisfaire l'impatience du lecteur, en lui faisant un détail bien circonstancié de ce qui s'observe dans les jours de Réception.

Pour parvenir à être reçu Franc-Maçon, il faut d'abord être connu de quelqu'un de cet Ordre, qui soit assez au fait des vies et meurs du récipiendaire, pour pouvoir en répondre. Celui qui se charge de cet office informe d'abord les Frères de sa Loge des bonnes qualités du sujet qui demande à être agrégé dans la confrérie : sur la réponse des Frères, le récipiendaire est admis à se présenter.

Le Frère qui a parlé du récipiendaire à la compagnie, s'appelle Proposant; et au jour indiqué pour la Réception, il a la qualité de Parrain.

La Loge de Réception doit être composée de plusieurs pièces, dans l'une desquelles il ne doit y avoir aucune lumière. C'est dans celle-là que le Parrain conduit d'abord le récipiendaire.

On vient lui demander s'il se sent la vocation nécessaire pour être reçu? Il répond que oui. On lui demande ensuite son nom, son surnom, ses qualités. Après qu'il a satisfait à ces questions, on lui ôte tout ce qu'il pourrait avoir de métal sur lui, comme boucles, boutons, bagues, boites, etc... Il y a même des Loges, où l'on pousse l'exactitude au point de faire dépouiller un homme de ses habits, s'il y avait du galon dessus. Après cela on lui découvre à un nu le genou droit, et on lui fait mettre en pantoufle le soulier qui est au pied gauche. Alors on lui met un bandeau sur les yeux, et on l'abandonne à ses réflexions pendant environ une heure. La chambre où il est gardé en dehors et en dedans par des Frères Surveillants, qui ont l'épée nue à la main, pour écarter les profanes, en cas qu'il s'en présentât quelqu'un. Le Parrain reste dans la chambre obscure avec le récipiendaire, mais il ne lui parle point.

Lorsque ce temps de silence est écoulé, le Parrain va heurter trois coups à la porte de la chambre de réception. Le Vénérable, Grand Maître de la Loge, répond du dedans par trois coups, et ordonne ensuite que l'on ouvre la porte.

Le Parrain dit alors qu'il se présente un gentilhomme, nommé N... qui demande à être reçu. Le Vénérable dit au Parrain : Demandez-lui s'il a la vocation. Celui-ci va exécuter l'ordre, et il revient ensuite rapporter la réponse du récipiendaire. Le Vénérable ordonne alors qu'on le fasse entrer; les Surveillants se mettent à ses côtés pour le conduire.

Il faut observer, qu'au milieu de la chambre de réception il y a un grand espace, sur lequel on crayonne deux colonnes, débris du Temple de Salomon. Aux deux côtés de cet espace on voit aussi crayonnés un grand J. et un grand B. On ne donne l'explication de ces deux lettres qu'après la réception. Au milieu de l'espace, et entre les colonnes dessinées, il y a trois flambeaux allumés, posés en triangle. Le récipiendaire, les yeux bandés, et dans l'état que je viens de le présenter, est introduit dans la chambre par les Surveillants, qui sont chargés de diriger ses pas. Il y a des Loges dans lesquelles, aussitôt que le récipiendaire entre dans la chambre de réception, on jette de la poudre ou de la poix-résine, dont l'inflammation fait toujours un certain effet, quoi qu'on ait les yeux bandés.

On conduit le récipiendaire autour de l'espace décrit au milieu de la chambre, et on lui en fait faire le tour par trois fois. Il y a des Loges où cette marche se fait par trois fois trois, c'est-à-dire, qu'on fait neuf fois le tour dont il s'agit. Durant la marche, les Frères Surveillants qui accompagnent, Font un certain bruit en frappant continuellement avec quelque chose sur les attributs de l'Ordre, qui tiennent au cordon bleu qu'il porte au cou. Il y a des Loges où l'on s'épargne ce bruit là.

Ceux qui ont passé par cette cérémonie assurent qu'il n'y a rien de plus pénible que cette marche, que l'on fait ainsi les yeux bandés. On est aussi fatigué lorsqu'elle est finie, que si l'on avait fait un long voyage.

Lorsque tous les tours sont faits, on mène le récipiendaire au milieu de l'espace décrit; on le fait avancer en trois temps, vis-à-vis le Vénérable, qui est au bout d'en haut derrière un fauteuil, sur lequel on voit l'Évangile selon Saint-Jean. Le Grand Maître dit alors au récipiendaire : vous sentez-vous la vocation pour être reçu? Le suppliant répond que oui. Faites-lui voir le jour, dit à l'instant le Grand Maître, il y a assez longtemps qu'il en est privé. On lui débande les yeux, et pendant qu'on est à lui ôter le bandeau, les Frères se rangent en cercle autour de lui, l'épée nue à la main, dont ils lui présentent la pointe. Les lumières, le brillant de ces épées, les ornements singuliers, dont j'ai dit que les Grands Officiers étaient parés, le coup d'œil de tous les Frères en tablier blanc, forment un spectacle assez éblouissant, pour quelqu'un, qui depuis environ deux heures est privé du jour, et qui d'ailleurs a les yeux extrêmement fatigués par le bandeau.

Ce sombre, dans lequel on a été pendant longtemps, et l'incertitude où l'on est, par rapport à ce qu'il y a à faire pour être reçu, jettent infailliblement l'esprit dans une perplexité qui occasionne toujours saisissement assez vif, dans l'instant où l'on est rendu à la lumière.

Lorsque le bandeau est ôté, ont fait avancer le récipiendaire en trois temps, jusqu'à un tabouret qui est au pied du fauteuil. Il y a sur ce tabouret une Équerre et un Compas. Alors le Frère qu'on appelle l'Orateur, parce qu'il est chargé de faire le discours de réception, dit au récipiendaire : vous allez embrasser un Ordre respectable, qui est plus sérieux que vous ne pensez. Il n'y a rien contre la Loi, contre la Religion, contre le Roi, ni contre les Mœurs. Le Vénérable Grand Maître vous dira le reste. On voit par ce discours que les Orateurs Francs-Maçons sont amis de la précision.

Il est cependant permis à celui qui y est d'office est chargé de haranguer, d'ajouter quelque chose à la formule usitée; mais il faut que cette addition soit extrêmement concise : c'est une règle émanée des instituteurs de l'Ordre, qui, par une sage prévoyance, on voulut bannir de chez eux l'ennui et l'inutilité. Ils ont prévu sans doute qu'une permission plus étendue introduirait bientôt parmi eux, comme ailleurs, l'usage fastidieux de ces longues et fades harangues, dont le jargon bizarre fatigue depuis longtemps les oreilles intelligentes.

Le devoir d'un Franc-Maçon consiste à bien vivre avec ses Frères, à observer fidèlement les usages de l'Ordre, et surtout, à garder scrupuleusement un silence impénétrable sur les mystères de la confrérie. Il ne faut pas de long discours pour instruire un récipiendaire sur cet article.

Lorsque l'Orateur a fini son discours, on dit au récipiendaire de mettre un genou sur le tabouret. Il doit s'agenouiller du genou droit, qui est découvert, comme je l'ai déjà dit. Selon l'ancienne règle de réception, le récipiendaire quoi que agenouillé sur le genou droit, devrait cependant avoir le pied gauche en l'air. Cette situation me paraît un peu embarrassante : il faut qu'elle l'est aussi parue à d'autres, car il y a bien des Loges dans lesquelles on ne l'observe point; on s'y contente de faire mettre le soulier du pied gauche en pantoufle.

Le récipiendaire ainsi placé, le Vénérable Grand Maître lui dit : promettez-vous de ne jamais tracer, écrire, ni révéler les Secrets des Francs-Maçons et de la Maçonnerie, qu'à un Frère en Loge, et en présence du Vénérable Grand Maître? On sent bien que quelqu'un qui a fait les frais de se présenter, poursuit jusqu'au bout, et promet tout ce que l'on exige de lui. Alors on lui découvre la gorge, pour voir si ce n'est point une femme qui se présente; et quoiqu'il y ait des femmes qui ne valent guère mieux que des hommes sur cet article, on a la bonté de se contenter de cette légère inspection. On met ensuite sur la mamelle gauche du récipiendaire la pointe d'un Compas; c'est lui-même qui le tient de la main gauche; il met la droite sur l'Évangile, et il promet d'observer tout ce que le Vénérable Grand Maître lui à dit. Il prononce ensuite ce Serment : En cas d'infraction, je permets que ma langue soit arrachée, mon cœur déchiré, mon corps brûlé, et réduit en cendre pour être jeté au vent, afin qu'il n'en soit plus parlé parmi les hommes : ainsi Dieu me soit en aide et ce Saint Évangile. Lorsque le serment est prononcé, on fait baiser l'Évangile au récipiendaire. Après cela le Vénérable Grand Maître le fait passer à côté de lui : on lui donne alors le tablier de Franc-Maçon, dont j'ai parlé ci-dessus : on lui donne aussi une paire de gants pour lui et une paire de gants de femmes pour la Dame qu'il estime le plus. Cette dame peut-être la femme du récipiendaire, ou lui appartenir d'une autre façon; on n'a point d'inquiétude là-dessus.

Quand la cérémonie de la présentation du tablier et des gants est faite, on enseigne au nouveau reçu les signes de la Maçonnerie, et on lui explique une des Lettres tracées dans l'espace décrit au milieu de la chambre où il a été reçu, c'est-à-dire, le "J", qui veut dire, Jakin.

On lui enseigne aussi le premier Signe, pour connaître ceux qui sont de la Confrérie, et pour en être connu. Ce signe s'appelle Guttural. On le fait en portant la main droite au coup, de façon que le pouce, élevé perpendiculairement sur la palme de la main, qui doit être en ligne horizontale ou approchant, fasse l'Équerre. La main droite ainsi portée à la gauche du menton, commence le signe : on la ramène ensuite au bas du côté droit, et on frappe un coup sur la basque de l'habit du même côté. Ce signe excite d'abord l'attention d'un Frère Maçon, si il y en a dans la compagnie où l'on se trouve. Il le répète aussi de son côté, et il s'approche. Si le premier lui répond, alors succède un autre signe : on se tend la main, et en la prenant, on pose mutuellement le pouce droit sur la première et grosse jointure de l'index, et l'on s'approche, comme pour se parler en secret. C'est alors qu'on prononce le mot Jakin. Voilà les signes qui caractérisent ceux que l'on appelle Apprentis. Ce sont aussi les premiers signes que font d'abord les Francs-Maçons, lorsqu'ils se rencontrent. On appelle le second, le signe manuel. Il est bon cependant d'observer que, depuis assez longtemps les Francs-Maçons français ont fait quelques changements à cette façon de se toucher. Selon l'usage qui est aujourd'hui en vigueur, deux Francs-Maçons qui cherchent à s'assurer l'un de l'autre, ne touchent point la même jointure; c'est-à-dire, que si le premier qui prend la main, presse à la première jointure, le second, doit presser la seconde., ou la troisième si le premier a pressé la seconde.

Selon les usages observés de temps immémorial parmi les Francs-Maçons, il y avait des interstices entre chaque degré que l'on acquérait dans l'Ordre. Quand on était reçu Apprenti, on restait dans cet état trois ou quatre mois, après lesquels on était reçu Compagnon, et six mois après on était admis à la Maîtrise. De cette manière on avait le temps de s'instruire; et lorsqu'on arrivait au dernier grade, on était bien plus en état d'en soutenir la dignité.

La vivacité française n'a pas pu tenir contre tous ces délais, on a voulu pénétrer dans un instant tous les mystères les plus cachés; et il s'est trouvé des Maîtres de Loge qui on eut la faible complaisance de sacrifier à l'impétueux empressement des récipiendaires, des usages respectables, que leur sagesse et leur antiquité auraient dû mettre à l'abri de toute prescription. Mais le mal est fait, et c'est le moindre que la confrérie Maçonne ait essuyé depuis qu'elle s'est établie en France. Il faut que le Français touche à tout; son caractère volatile le porte à marquer sur tout l'impression de sa main. Ce qui est médiocre, il le perfectionne; ce qui est excellent, il le gâte. La Maçonnerie m'en fournit des preuves, dont je parlerai dans quelque temps. Je viens à la cérémonie de la Réception.

Lorsque l'on a enseigné à l'Apprenti les signes de l'Ordre et le mot de "Jakin", que l'on peut regarder comme des termes sacramentaux de la Confrérie, on lui apprend de plus une autre façon de le prononcer. On a été obligé d'y avoir recours, pour éviter toute surprise de la part de quelques profanes, qui auraient pu, à force de recherches, découvrir les signes et les termes de la Maçonnerie. Lors donc qu'on a lieu de soupçonner, que celui qui a fait les signes de la Société pourrait bien n'en être pas, on lui propose d'épeler : on ne s'exprime pas plus au long; tout Franc-Maçon entend d'abord ce que cela veut dire. Alors l'un dit J, l'autre doit répondre A, le premier dit K, le second I, et l'autre N; ce qui compose le mot Jakin. Voilà la véritable manière dont les Francs-Maçons se reconnaissent. Il est vrai cependant que ces premiers signalements ne désignent encore qu'un Franc-Maçon Apprenti; il y en a d'autres pour les Compagnons et pour les Maîtres : je vais les expliquer en peu de mots.

La Cérémonie de l'Installation d'un Apprenti dans l'Ordre des Compagnons se passe toujours en Grande Loge. Le Vénérable, et les Surveillants, sont revêtus de tout l'appareil de leur Dignité.

Les figures sont crayonnées sur le plancher de la salle de réception, et au lieu d'une pierre informe, qui est dessinée dans le temps de la Réception d'un Apprenti, comme pour lui apprendre qu'il n'est encore propre qu'à dégrossir l'Ouvrage, on trace, pour la réception d'un Compagnon, une pierre propre à aiguiser les outils, pour lui faire connaître que désormais il pourra s'employer à polir son Ouvrage, et y mettre la dernière en main.

On ne lui fait point réitérer le Serment déjà fait; il est suffisamment exprimé par un signe, que l'on appelle Pectoral. On apprend au Récipiendaire à porter sa main sur la poitrine, de façon qu'elle forme une Équerre. Cette position annonce un serment tacite, par lequel l'Apprenti, qui va devenir Compagnon, promet, foi de Frère, de ne point révéler les secrets de la Maçonnerie. On lui donne ensuite l'explication du grand B, qui fait un pendant avec le J, dans l'espace où l'on a crayonné les colonnes du Temple de Salomon. Cette Lettre signifie Booz. On l'épelle, comme j'ai dit qu'on faisait le mot Jakin, lorsqu'on appréhende d'être surpris par quelqu'un qui s'annoncerait pour Compagnon sans l'être véritablement.

Le secret de la Réception des Maîtres ne consiste que dans une cérémonie assez singulière, et sur laquelle je vais apprendre aux Maîtres même, reçus depuis longtemps, quelques traits qu'ils ignorent absolument.

Lorsqu'il s'agit de recevoir un Maître, la salle de Réception est décorée de la même façon que pour la Réception des Apprentis et des Compagnons. Mais il y a plus de figures dans l'espace qui est décrit au milieu. Outre les flambeaux placés en triangle, et les deux fameuses colonnes dont j'ai parlé, on y décrit, du mieux que l'on peut, quelque chose qui ressemble à un bâtiment, qu'ils appellent Palais Mosaïque. On y dépeint aussi deux autres figures; l'une s'appelle la Houppe dentelée, et l'autre le Dais parsemé d'étoiles. Il y a aussi une Ligne perpendiculaire, sous la figure d'un instrument de Maçonneries, que les ouvriers ordinaires appellent le plomb ou l'aplomb. La pierre qui a servi à ces figures reste sur le plancher de la chambre de réception. On y voit de plus une espèce de représentation, qui désigne le tombeau de Hiram. Les Francs-Maçons font, en cérémonie, beaucoup de lamentations sur la mort de cet Hiram, décédé il y a bientôt trois mille ans. Ceci me paraît avoir quelque ressemblance avec les Fêtes que les anciens solennisaient autrefois si lugubrement, à l'occasion de la mort du malheureux amant de la tendre Vénus. On sait que pendant plusieurs siècles les femmes païennes, à certains jours marqués, célébraient par les accents les plus douloureux la mort cruelle d'Adonis.

Il y a bien des Francs-Maçons qui ne connaissent cet Hiram que de nom, sans savoir ce qu'il était. Quelques uns croient qu'il s'agit de Hiram Roi de Tyr, qui fit alliance avec Salomon, et qui lui fournit abondamment tous les matériaux nécessaires pour la construction du Temple. On croit devoir aujourd'hui des larmes à la mémoire d'un Prince qui s'est prêté autrefois à l'élévation d'un édifice dont on projette le rétablissement.

Hiram dont il s'agit chez les Francs-Maçons, était bien éloigné d'être Roi de Tyr. C'était un excellent ouvrier pour toutes sortes d'ouvrages en métaux, comme or, argent et cuivre. Il était fils de Tyrien, et d'une femme de la Tribu de Nephtali. Salomon le fit venir de Tyr, pour travailler aux ornements du Temple. On voit au quatrième livre des Rois le détail des ouvrages qu'il fit pour l'embellissement de cet édifice. Entre autres ouvrages, il est fait mention dans l'Écriture Sainte de deux colonnes de cuivre, qui avaient chacune dix-huit coudées de haut, et douze de tour, au-dessus desquelles étaient des corniches de fonte en forme de lys. Ce fut lui qui donna des noms à ces deux Colonnes : il appela celle qui était à droite Jakin, et celle de la gauche Booz. Voilà cet Hiram que l'on regrette aujourd'hui. Je crois qu'il y aura quelques Maîtres qui m'auront obligation de cet éclaircissement; on est toujours bien aise de savoir pour qui l'on pleure.

Au reste, je pense qu'il ne faudrait pas tant s'affliger de la mort de Hiram : si les Francs-Maçons n'ont besoin que d'ouvriers habiles, ils trouveront parmi nos modernes de quoi se consoler de la perte des anciens.

Cette dernière Réception n'est que de pure cérémonie; on n'y apprend presque rien de nouveau, si ce n'est l'addition d'un signe qu'on nomme Pédestral; il se fait en plaçant ses pieds de façon qu'ils puissent former une Équerre. On explique allégoriquement cette figure; elle signifie, qu'un Frère doit toujours avoir en vu l'équité et la justice, la fidélité à son Roi, et être irrépréhensible dans ses mœurs.

Voilà donc les quatre signes principaux qui caractérisent les Francs-Maçons.

Le Guttural, ainsi appelé, parce qu'on porte la main à la gorge en formant une Équerre.

Le manuel, dans lequel on se touche les jointures des doigts.

Le pectoral, où l'on porte la main en Équerre sur le cœur.

Et le Pédestral, qui prend son nom de la position des pieds.

À l'égard des mots que l'on prononce, pour constater la vérité des signes de la Maçonnerie, il n'y a que les deux dont j'ai parlé ci-dessus, savoir Jakin et Booz. Le premier est pour les Apprentis, et ils n'ont que celui-là. Les Compagnons et les Maîtres se servent des deux, et cela se pratique ainsi : Après que l'on a fait les premiers signes, qui sont de porter la main en Équerre au cou, de frapper ensuite sur la basque droite de l'habit, de se presser mutuellement la jointure des doigts, et de prononcer le mot Jakin ; on met la main en Équerre sur la poitrine, et on prononce Booz avec les mêmes précautions que l'on a observé au premier. Les maîtres non point d'autres mots qui les distinguent des Compagnons; ils observent seulement de s'embrasser, en passant les bras par-dessus l'épaule : voilà leur distinctif, qui est suivi du signe Pédestral. Tout cela se pratique avec tant de circonspection, qu'il difficile à tout autre qu'un Franc-Maçon de s'en apercevoir.

Je vais reprendre à présent l'endroit de la Réception d'un Apprenti, où j'en étais resté. Je ne suis pas sûr de ne pas tomber ici dans quelques redites, parce que je n'ai pas sous les yeux la feuille où j'en ai parlé : je vais en tout au hasard reprendre du mieux que je pourrai le fil de ma narration. On excusera, si je me répète; mais dans une affaire qui peut intéresser, j'aime mieux dire deux fois la même chose, que d'omettre la moindre particularité.

Lorsque le récipiendaire a prêté serment, le Vénérable Grand Maître l'embrasse, en lui disant : jusqu'ici je vous ai parlé en Maître, je vais à présent vous traiter en Frère. Il le fait passer à côté de lui. C'est alors qu'on lui donne le Tablier de Maçon, et deux paires de gants, l'une pour lui, et l'autre pour sa Maçonne. Le second Surveillant lui dit alors : nous vous donnons ces gants, comme notre Frère; et en voilà une paire pour votre Maçonne, ou pour la plus fidèle. Les femmes croient que nous sommes leurs ennemis, vous leur prouverez par là que nous pensons à elles. Le nouveau reçu embrasse ensuite les Maîtres, les Compagnons et les Apprentis; après cela se met à table.

Le Vénérable se place à l'Orient, les Surveillants à l'Occident, les Maîtres et Compagnons au midi, et les Apprentis au Nord; le nouveau reçu occupe la place d'honneur à côté du Vénérable. Chacun est servi par son Domestique, qui ne peut pourtant faire cette fonction que lorsqu'il est reçu Franc-Maçon. La Cérémonie de la Réception des Domestiques est la même que celle des Apprentis; ils ne savent que le mot Jakin; ils n'ont aussi que les premiers signes, et ne peuvent jamais parvenir à la Maîtrise.

Le service des domestiques se borne à mettre les plats sur la table, et à changer les couverts. Il est rare qu'on se fasse servir à boire : communément chacun a sa bouteille, ou barrique, devant soi. Voici comme on solennise la première santé, qui est celle du Roi.

Le Vénérable frappe un coup sur la table; le premier et le second Surveillants font la même chose : alors toute l'Assemblée tourne les yeux vers le Vénérable, et se prépare à écouter avec attention ce que l'on va dire. Car il faut remarquer, que lorsqu'on frappe sur la table, ce n'est pas toujours pour porter une Santé, cela se fait aussi toutes les fois qu'on a à dire quelque chose qui intéresse la Maçonnerie en général, ou seulement les Frères de la Loge.

Lorsque le second Surveillant a frappé, le Vénérable se lève, il porte la main en Équerre sur le cœur, et dit : A l'ordre, mes Frères. Le premier et le second Surveillants répètent la même chose. Le Vénérable ajoute : Chargez, mes Frères, pour une Santé. Ceci est répété de même par les Surveillants. Chacun met alors dans son Canon, autant de Poudre, tant rouge que blanche, qu'il juge à propos; on ne gêne personne sur la quantité, ni sur la qualité. Lorsque les Canons sont en état, le premier Surveillant dit au Grand Maître : Vénérable, nous sommes chargés. Le Grand Maître dit alors : Premier et second Surveillant, Frères et Compagnons de cette Loge, nous allons boire à la Santé du Roi, notre Auguste Maître, à qui Dieu donne une Santé parfaite et une longue suite de prospérités. Le premier Surveillant répète ce qu'a dit le Grand Maître. J'ai oublié de dire qu'il interpelle toujours l'Assemblée en commençant par les Dignités; ainsi il dit alors : Très Vénérable, Second Surveillant, Frères et Compagnons de cette Loge, nous, etc... Le second Surveillant dit après : Très Vénérable, premier Surveillant, Frères, etc...

Après cette dernière répétition, le Vénérable Grand Maître dit : Second Surveillant, commandez l'ordre. Alors celui-ci dit : Mes Frères, regardez le Vénérable; et en portant la main à son Canon, il ordonne ainsi l'Exercice : Portez la main droite à vos armes : on met la main à son Canon, mais sans le lever. En joue; on élève son Canon, et on l'avance devant soi. Feu, grand feu; c'est pour le Roi notre Maître. Chacun boit alors; et on a toujours les yeux sur le Vénérable, afin de ne retirer son Canon qu'après qu'il a fini de boire. Le second Surveillant, qui regarde aussi le Vénérable, suit le mouvement de son bras, et toute l'Assemblée les suit l'un et l'autre. En retirant son Canon, on présente les armes; ensuite on le porte à gauche et à droite; cet Exercice se fait trois fois de suite. On remet après ensemble, et en trois temps, les Canons sur la table., on se frappe trois fois dans les mains; et on crie trois fois Vivat.

La scrupuleuse uniformité qui règne dans cet Exercice, et la sage gaieté qui pare le visage des Frères, et qui reçoit encore les agréments les plus vifs, par la joie dont tout bon Français est toujours pénétré, lorsqu'il peut témoigner solennellement de son zèle pour son Roi; tout cela forme, indique-t-on, un point de vue ravissant qui seul attirerait à l'Ordre ceux mêmes qui paraissent aujourd'hui dans les dispositions les moins favorables pour les Francs-Maçons.

Je me souviens d'avoir dit, qu'après la santé du Roi, on buvait à celle du Très Vénérable Grand Maître, Chef de l'Ordre; et qu'on buvait ensuite à celle du Vénérable Grand Maître de la Loge où l'on se trouve; celle des Surveillants, du Récipiendaire et des Frères, etc... Tout cela se fait avec grande cérémonie.

Il est à propos d'observer, que quoique ce soit presque toujours le Vénérable de la Loge qui propose boire à la santé de quelqu'un, il est pourtant permis au premier ou second Surveillant, et même à tout autre, de demander à porter une santé. Voici comme cela se fait.

Celui qui veut proposer une santé, frappe un coup sur la table, tout le monde prête silence. Alors le proposant dit : Vénérable, premier et second Surveillant, Frères et Compagnons de cette Loge, je vous porte la santé de tel. Si c'est à un des Dignitaires que l'on boit, on ne le nomme point dans le compliment qu'on adresse aux Dignités. Par exemple, si c'est au Vénérable, on commence par dire : Premier et second Surveillants, Frères, etc... Si c'est au premiers Surveillant, on dit : Vénérable, second Surveillant, Frères, etc...

Celui à la santé duquel on boit, doit se tenir assis pendant que l'on boit; il ne se lève, que lorsque l'on a fini la cérémonie, et que tout le monde s'est assis.

Alors il remercie le Vénérable, le premier et le second Surveillants, et les Frères, et leur annonce, qu'il va faire raison du plaisir qu'on lui a fait de boire à sa santé. Il fait alors tout seul l'Exercice dont j'ai fait mention.

Comme toutes les cérémonies, qui s'observent pour les santés, prennent bien du temps, et qu'il pourrait se trouver quelqu'un des Frères assez altéré, pour avoir besoin de boire dans les intervalles, on accorde à chacun la liberté de boire à sa fantaisie; et ceux qui boivent ainsi, le font, pour ainsi dire, en cachette, c'est-à-dire, sans les cérémonies usitées.

Je n'entreprendrai pas d'exprimer le plaisir singulier que goûtent les Francs-Maçons dans cette manière de porter des santés : eux seuls le sentent, et ne pourraient pas le rendre. J'ai oui dire, en propres termes, à des Enthousiastes de l'Ordre, qu'à ce sujet, le sentiment ne pouvait rien prêter à l'expression.

Quoi que la manière dont on porte les santés occupe une bonne partie du temps que les Francs-Maçons consacrent à leurs Assemblées, il leur en reste cependant assez pour se procurer mutuellement des instructions, qui sont toujours très satisfaisantes, tant par rapport aux choses même qu'on y apprend, que par rapport à la manière dont elles sont enseignées. Quand on veut former un Frère nouvellement reçu, on lui fait quelques questions sur les Usages de l'Ordre. S'il ne se sent pas assez fort pour répondre, il met la main en Équerre sur la poitrine, et fait une inclination : cela veut dire, qu'il demande grâce pour la réponse. Alors le Vénérable s'adresse à un plus ancien, en lui disant, par exemple : Frère N. que faut-il pour faire une Loge? Le Frère répond : Vénérable, trois la forment, cinq la composent, et sept la rendent parfaite.

À l'égard des Maîtres, on leur fait des questions bien plus relevées., ou plutôt, sur une question très simple, le Maître interrogé répond de la façon la plus sublime. Par exemple le Vénérable Grand Maître dit à un Surveillant : Frère, d'où venez-vous? Celui-ci répond : Vénérable, je viens de la Loge de Saint-Jean. Le Vénérable reprend : Qu'y avez-vous vu, quand vous avez pu voir? Le Surveillant répond : Vénérable, j'ai vu trois Grandes Lumières, le Palais Mosaïque, le Dais parsemé d'étoiles, la Houppe dentelée, la Ligne perpendiculaire, la Pierre à tracer, etc... On ne peut rien voir de mieux détaillé que cette réponse; et quoi qu'elle ne paraisse pas absolument bien clair, elle satisfait infiniment les Frères qui l'entendent, et elle cause un plaisir bien vif à toute la compagnie. De temps en temps, on fait aussi répéter les Signes de la Maçonnerie. Ceux qui les possèdent parfaitement, les font avec une dignité qui charme les spectateurs; et ceux qui ne sont pas encore bien formés, ou qui sont un peu gauche dans leurs façons, procurent quelquefois de l'amusement aux Frères, par l'embarras qu'ils éprouvent à se perfectionner dans la formation des Signes. Il serait inutile d'entrer dans un plus long détail des matières sur lesquelles peuvent rouler les instructions, ou les conversations des Frères de la Maçonnerie; tout est à peu près de la même force que ce que je viens de rapporter.

C'est donc en vain qu'on a voulu répandre sur l'Ordre des Francs-Maçons les soupçons les plus odieux; les plaisirs qu'ils goûtent ensemble n'ont rien que de très pur; et l'uniformité qui y règne n'occasionne jamais l'ennui, parce qu'ils s'aiment tendrement les uns les autres. Je conçois bien que tout autre qu'un Franc-Maçon s'amuserait à peine de bien de choses qui paraissent faire les délices de leur Société : mais tout ceci est une affaire de sentiment, fondée sur l'expérience. Quand on est Franc-Maçon, tout ce qui concerne l'Ordre affecte singulièrement l'esprit et le cœur. Ce qui serait insipide pour un profane, devient plaisir très vif pour un Franc-Maçon : c'est un effet bien marqué de ce qu'on appelle une grâce d'état.

Il n'y a donc rien que de très simple et de très innocent dans les conversations que les Francs-Maçons tiennent à table; et la pureté des sentiments, qui distingue cette Société de tant d'autres, tire encore un nouvel éclat des Hymnes joyeuses que les Frères chantent entre eux, lorsqu'on a tenu table pendant quelque temps.

On sait, que c'est assez souvent par les chansons que le caractère de chaque particulier se manifeste. Tel, par état, ou par respect pour son âge, ne tiendra que des discours convenables, qui, à la fin d'un repas, l'esprit un peu échauffé par les vapeurs d'une sève agréable, croit pouvoir s'échapper un peu, et côtoyer, pour ainsi dire, l'indécence, s'il ne s'y livre pas totalement. C'est une maxime assez ordinaire, Tout est permis en chantant. Les Francs-Maçons ne l'ont point adoptée, et leurs chansons, aussi pures et aussi simples que leurs discours, annoncent également la gaieté et l'innocence. Il sera facile au lecteur d'en juger par lui-même; je donnerai à la fin de cet ouvrage un recueil assez curieux de leurs principales chansons.

C'est partout une impolitesse, lorsqu'on est à table, de parler à l'oreille de son ce voisin; mais communément, ce n'est qu'une impolitesse. C'est un crime chez les Francs-Maçons, qui est puni plus ou moins sévèrement, à proportion que le Frère qui a prévariqué est plus ou moins entêté. J'observerai ici, à la honte de nos Français, que c'est chez eux que l'on a été obligé de faire usage, pour la première fois, de la formule singulière, consacrée pour l'exclusion d'un Franc-Maçon.

Le Vénérable ne procède pas d'abord à la rigueur; il commence par avertir avec douceur; et lorsque que le Frère qui a manqué, se range à son devoir, il n'est condamné qu'à une amende. J'ai dit ci-dessus qu'elle était toujours au profit des pauvres, parce que ça a toujours été l'usage parmi les Francs-Maçons. On a jugé à propos, dans quelques Loges modernes, de garder cet argent pour se régaler en commun.

Lorsque le Frère qui a été admonesté n'a pas égard aux remontrances du Vénérable, on agit contre lui à la rigueur, si le cas paraît l'exiger. Le Vénérable consulte, ou va aux opinions; et lorsque les avis se réunissent pour l'exclusion d'un Frère, voici comment on y procède. Le Vénérable frappe sur la table, et dit : A l'ordre mes Frères. Les Surveillants frappent aussi, et répètent ce qu'a dit le Vénérable. Lorsque tout le monde paraît attentif à l'ordre donné, le Vénérable met la main en équerre sur la poitrine; il s'adresse au premier ou au second Surveillant, et il lui dit : Frère, pourquoi vous êtes vous fait recevoir Maçon ? Celui qui est interrogé répond : Vénérable, c'est parce que j'étais dans les ténèbres, et que je voulais voir le jour. Le Vénérable : Comment avez-vous été reçu Maçon ? Réponse : Vénérable, par trois grands coups. Le Vénérable : Que signifient ces trois grands coups ? Réponse : Frappez, on vous ouvrira; demandez, on vous donnera; présentez-vous, et l'on vous recevra. Le Vénérable: quand vous avez été reçu, qu'avez-vous vu? Réponse : Vénérable, rien que je puisse comprendre. Le Vénérable : Comment étiez-vous vêtu quand vous avez été reçu en Loge? Réponse : Vénérable, je n'étais ni nu, ni vêtu; j'étais pourtant d'une manière descentes. Le Vénérable : Où se tenait le Vénérable, quand vous avez été reçu? Réponse : Vénérable, à l'Orient. Le Vénérable : Pourquoi à l'orient? Réponse : Vénérable, parce que, comme le soleil se lève en Orient, le Vénérable s'y tient pour ouvrir aux ouvriers, et pour éclairer la Loge. Le Vénérable : Où se tenaient les Surveillants? Réponse : Vénérable, à l'Occident. Le Vénérable :

Pourquoi l'Occident? Réponse : parce que, comme le soleil se couche en occident, les Surveillants s'y tiennent pour payer les ouvriers, et pour fermer la Loge.

Le Vénérable prononce alors la sentence d'exclusion, en disant: premier et second Surveillants, Frères et Compagnons de cette Loge, la Loge est fermée. Les Surveillants répètent la même chose. Le Vénérable dit alors aux Frères qu'il a manqué, que c'est par rapport à la faute qu'il a commise, et qu'il n'a pas voulu réparer, qu'on a fermé la Loge.

Dès la celui qui est l'objet de la réprimande est exclu de l'Ordre; et il n'est plus fait mention de lui, lorsqu'on invite les Frères pour assister à une Réception; et on a soin en même temps de faire avertir les autres Loges, du caractère peu sociable de celui contre lequel on s'est trouvé dans l'obligation de sévir : alors il ne doit être admis nulle part, c'est un des statuts de l'Ordre.

Au reste, il faut que l'obstination d'un Frère soit poussée un peu loin, pour qu'on en vienne à une telle extrémité. Un Ordre, qui ne respire que la douceur, la tranquillité et la paix, ne permet pas qu'on prononce contre un des membres aucun arrêt rigoureux, sans avoir tenté auparavant toutes les voies possibles de conciliation.

Une interruption aussi affligeante doit altérer considérablement le plaisir que goûtent les Frères à chanter les Hymnes de leur Ordre. Cependant, comme il est de règle de chanter dans les Assemblées ordinaires, on reprend le fil des chansons, lorsque le calme est entièrement rétabli. J'ai déjà dit que l'on finissait par la chanson des Apprentis; et j'ai fait observer que les Domestiques ou Frères Servants venaient alors se mettre en rang avec les Maîtres. J'ai décrit au même endroit, de quelle façon on se conduisait dans cette dernière cérémonie : ainsi je me crois dispensé d'en parler ici davantage. Je pourrai quelques jours entrer dans un plus grand détail, lorsque je donnerai une histoire complète de cet Ordre. On y verra son origine, ses progrès, ses variations; peut-être aussi que ce qui se passe aujourd'hui, me fournira l'histoire de sa décadence et de sa ruine.

Cet Ordre, quoique parvenu chez les Français, aurait pu s'y conserver dans toute sa dignité, si l'on eut apporté plus d'attention et de discernement dans le choix que l'on a fait de ceux qui demandaient à être admis. Je ne dis pas qu'il eut fallu exiger de la naissance, ou des talents supérieurs : il aurait suffi de s'attacher principalement à l'éducation et au sentiment; en un mot, aux qualités de l'esprit et du cœur. On n'aurait pas multiplié à l'infini une Société, qui ne se soutiendra jamais que par le mérite marqué de ses membres.

Je ne suis point de l'opinion de ceux qui croient que les sentiments ou les mœurs appartiennent à un quartier plutôt qu'à un autre. On pense actuellement aussi bien au Marais qu'au Faubourg Saint-Germain, et bientôt on y parlera la même langue, et on y aura les manières aussi nobles. J'observerai cependant à l'égard des Francs-Maçons, que ce préjugé de mérite local pourrait avoir quelque lieu.

L'époque de leur décadence peut se rapporter au temps où cette Société s'est étendue vers la rue Saint Denis : C'est là qu'en arrivant, elle s'est sentie frappée d'influences malignes, qui ont altéré d'abord la régularité de ses traits, et l'ont ensuite entièrement défiguré par le commerce de la rue des Lombards. Je laisse aux véritables et zélés Francs-Maçons le soin de faire entendre clairement ce que je dis ici; ils y sont intéressés.

Ce qui est certain, c'est que, par une trop grande facilité, on a admis à la dignité de Compagnons et de Maîtres, des gens, qui y dans de Loges bien réglées, n'auraient pas eu les qualités requises pour être des Frères Servants. On a été plus loin : la religion du Grand Maître a été surprise au point, de lui faire accorder des patentes de Maîtres de Loge, à des personnes incapables de commander dans la plus vile classe des profanes. Alors, pour la première fois, la Maçonnerie étonnée a vu avec horreur s'introduire dans son sein le méprisable intérêt, et l'indécence grossière.

Lorsque des gens de certaines étoffes sont curieux de faire une Société, que ne cherchent-ils dans leur espèce de quoi la former?

Le sage Anglais, chez qui la Maçonnerie a pris naissance, nous fournit des exemples de quantité de sociétés, aussi différentes entre elles, qu'il y a de différentes classes de sujets dans un État ; et ce qu'il y a de remarquable, à la honte de certains Français intrus dans la Maçonnerie, c'est que les sociétés, même du plus bas étage, observent toujours à leur façon la plus exacte décence.

Il y a entre autres à Londres une société, qu'on appelle la Coterie des deux sols, ainsi nommée parce que chaque associé met deux sols sur la table, en entrant dans l'assemblée. Cette confrérie n'est composée que d'artisans très grossiers, parmi lesquels on n'a jamais entendu dire qu'il se soit rien passé de contraire au bon ordre. La vertu les unit; elle est véritablement un peu grossière, mais c'est la vertu de leur état. Ces associés ont des statuts assez conforme à leur grossièreté. Je ne citerai pour exemple que le IV. Article de leur règlement, qui est conçu en ces termes : si quelqu'un jure, ou dit des paroles choquantes à un autre, son voisin peut lui donner un coup de pied sur les os des jambes. Cette façon singulière d'avertir son voisin me paraît assez expressive. Ce qui est admirable, c'est que lorsqu'on en a fait usage, il n'en est jamais résulté aucun désordre; au contraire, celui qui est averti de cette manière ne s'en fâche point, il se tient pour bien averti, et il se corrige.

On aurait pu de même former à Paris des sociétés convenables au génie et aux manières de quantités de particuliers, qui ne sont point faits pour pratiquer des personnes qui pensent. On leur aurait donné des règlements à leur portée. Celui que je viens de citer, aurait pu y figurer d'autant mieux, qu'ils y sont accoutumés; comme dans leurs quarts d'heures d'enjouement, ou lorsque la vente ne donne pas, ils se livrent volontiers à ce noble exercice, ils auraient pu s'en servir aussi, pour s'avertir charitablement de leurs fautes.

Le Très Vénérable qui est aujourd'hui à la tête de l'Ordre, va, dit-on, travailler efficacement à écarter delà Confrérie Maçonne, tout ce qui n'est pas digne d'elle. Ce grand ouvrage avait été projeté par son illustre Prédécesseur, qu'une mort prématurée vient d'enlever au monde et à la Maçonnerie.

On a remarqué, que les Francs-Maçons parisiens n'ont pas eu l'attention de faire faire un Service pour le repos de l'âme de ce dernier Grand Maître. Les uns ont cru que, par un privilège spécial, un véritable Maçon, et à plus forte raison, celui qui est revêtu de l'auguste Dignité de Très Vénérable, prenait en quittant ce monde un libre essor vers le Ciel, sans appréhender aucun écart sur la route.

D'autres ont imaginé, qu'en recevant des Anglais et l'Ordre Franc-Maçon, les associés avaient peut-être hériter en même temps du peu de goût que cette Nation paraît avoir pour le purgatoire.

Quelle que puisse être la raison qui a fait omettre ce service, les Francs-Maçons Normands ont agit tout autrement : ils ont ordonné une Pompe funèbre dans l'Église des Jacobins de Rouen; ils en ont fait les honneurs; l'invitation a été solennelle, et les Frères des sept Loges de Rouen s'y sont transportés et vêtus de deuil; ils ont observé, autant que la circonstance le leur a permis, les cérémonies de leur Ordre, en ordonnant, qu'on marcherait trois à trois à la Pompe funèbre. Cela a été ponctuellement exécuté, à l'honneur de la Maçonnerie, et à l'édification de tous les fidèles Normands

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