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17 octobre 2009 6 17 /10 /octobre /2009 16:42

Décoration de la loge

La loge doit être tendue en bleu azur clair, éclairée de cinq bougie, savoir : une à l’orient devant le Vénérable, deux devant le premier Surveillant, et deux devant le 2° Surveillant.

On trace sur le pavé la loge telle qu’elle est portée à la fin de ce grade.

Les compagnons portent le tablier tout blanc.

Ils peuvent porter un ruban bleu à la boutonnière où est suspendue une petite truelle de métal.

Obligation

Moi…. Promets devant le Grand Architecte de l’Univers qui est Dieu, et cette respectable  assemblée de garder le secret de compagnon, qui va m’être confié, vis à vis des apprentis, comme j’ai gardé celui des apprentis vis-à-vis des profanes. Et encore que je vienne à enfreindre mon serment, je consens d’avoir la gorge coupée, le cœur percé, mon corps brulé et réduit en cendres pour être dispersées sur le sable brulant de la mer, pour qu’il ne soit point fait mention de moi parmi les hommes ni parmi les maçons.

Ainsi Dieu me soit en aide, et son Saint Evangile.

Signe

Le signe est de porter la main fermée et le pouce élevé sur le cœur, on le retire précipitamment en forme d’équerre en le laissant tomber sur les basques de l’habit. On appelle ce signe pectoral.

Attouchement

L’attouchement se donne en se prenant réciproquement la main droite, et en se pressant avec le pouce la seconde phalange du second doigt, par cinq pulsations dont deux précipitées et trois lentes.

Mot de passe

Pour entrer en loge nous avons un mot de guet que le frère Terrible exige, et qu’on doit dire en entrant, sans quoi la porte vous serait refusée, ce mot est Schiboleth.

Mot sacré

Nous avons un mot sacré comme les apprentis et qui s’épelle également. Ce mot est Booz.

Marche

La marche se fait en formant trois équerres.
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17 octobre 2009 6 17 /10 /octobre /2009 15:01

Décoration de la loge

La loge est décorée d’une tapisserie en bleu ou l’on met, si l’on veut, les attributs de la maçonnerie.

A l’orient de la loge est un trône et un fauteuil, le tout garni en bleu. C’est la place du Vénérable. Il a devant lui, une table faite en équerre, couverte d’un tapis bleu, ou il y a dessus une épée, un compas, un maillet et une bible ; et à ses pieds un coussin de drap ou de velours bleu également en équerre sur lequel  les récipiendaires se mettent à genoux quand ils prêtent leur obligation.

On doit arriver au trône par trois grandes marches de toute la largeur de la loge ; l’espace qu’occupe la troisième marche autour du trône, s’appelle l’orient, et c’est la place qu’occupent tous les frères possédant le grade d’Ecossais et les autres grades supérieurs.

Il doit y avoir sur l’orient trois tables faites en équerre, pareilles à celle qui est devant le Vénérable, dont une pour le Secrétaire à la droite du Vénérable, et deux à la gauche dont l’une pour le Trésorier et l’autre pour l’Orateur : celle de ce dernier est la plus proche du trône.

Il y a également plusieurs sièges pour les frères possédant les hauts grades. Dans les assemblées nombreuses ceux-ci se placent sur ces trois marches et garnissent ainsi tout l’orient.

Le premier Surveillant est placé à l’occident du côté du midi, il a devant lui son épée nue et son maillet.

Le second Surveillant est placé à l’occident du côté du nord, il a également devant lui son épée nue et son maillet.

A côté des deux Surveillants doit être une petite colonne surmontée d’une boule ou d’une plaque en laiton. Cette colonne doit être à la hauteur de leur siège, et c’est la dessus qu’ils frappent avec leur maillet pour diriger les travaux de la loge.

Sur le carreau au milieu de la loge doit être placé un tableau en toile d’un carré long, sur lequel sont peints tous les attributs et emblèmes de la maçonnerie.

La loge est éclairée par trois grandes lumières qu’on nomme étoiles, placées en triangle autour de ce tableau, c'est-à-dire une du côté de l’orient, à la droite en entrant à la loge ; la seconde du côté du premier Surveillant ou du midi ; et la troisième du côté du second Surveillant ou du nord. Il doit y avoir au dessus du trône une grande étoile flamboyante avec la lettre G au milieu : elle doit être éclairée en transparent par derrière.

Les maitres et compagnons sont dispersés par toute la loge.

Les apprentis se tiennent tous du côté du nord et portent le tablier blanc.

Obligation

Moi …… promets, devant le Grand Architecte de l’univers et cette respectable assemblée, de ne jamais divulguer à aucun profane les secrets de la Franche Maçonnerie qui peuvent m’être dévoilés actuellement ou dans la suite, sous peine d’avoir la gorge coupée, mon cœur déchiré, mes entrailles arrachées, mon corps brulé et mes cendres jetées aux vents, afin qu’il ne soit plus fait mention de moi parmi les hommes, ni parmi les maçons. Ainsi soit-il.

Ainsi Dieu me soit en aide.

Signe

Le signe est de porter la main droite au col, en équerre, les doigts étendus le pouce élevé, ensuite la tirer horizontalement sur l’épaule droite et de là, la laisser tomber perpendiculairement sur la cuisse droite.

Ce signe forme une équerre parfaite, et il est relatif à la partie du serment déjà fait d’avoir la gorge coupée.

Attouchement

L’attouchement est de prendre la main droite d’un frère et de presser avec le pouce la première phalange de son doigt index par trois pulsations ou battements dont deux précipités et un lent.

Mot de passe

On ne peut entrer en loge sans donner au frère Terrible, à qui l’entrée est confiée le mot de passe : ce mot est Tubalcaïn.

Mot sacré

Il y a un mot pour se reconnaitre en tout temps ; ce mot qui est Jakin ne doit se dire qu’en épelant les lettres.

Marche

Elle se fait en portant le pied droit en avant et rapportant le gauche jusqu’au talon droit, ce qui forme une équerre ; On fait trois pas de cette sorte sur une ligne droite, c'est-à-dire en avançant, et pendant cette marche on se tient à l’ordre, c'est-à-dire ayant la main droite en équerre sous la gorge.

Age

Trois ans et plus.

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16 octobre 2009 5 16 /10 /octobre /2009 15:13

La Loge Saint Jean d’Ecosse fut fondée à Marseille le 27 Aout 1751, sous l’impulsion d’un écossais Georges Duvalmon, muni de pouvoirs datés d’Edimbourg le 17 Juin 1751.

Il donna ses pouvoirs à Alexandre Routier le 17 Mai 1762 et la loge prit le titre de Mère Loge Ecossaise de Marseille.

Cette Loge puissante, non seulement par elle-même, mais aussi par les Loges qu’elle crée en France et au delà des mers eut une très grande influence sur le monde maçonnique de l’époque.

Mise en sommeil durant la Révolution, elle reprend ses travaux en 1801, pour les arrêter définitivement en 1814.

Cette Loge pratiquait, un Rite en sept Grades, assez semblable au Rite Français et dont la structure s’organisait ainsi :

Premier Grade : Apprenti

Deuxième Grade : Compagnon

Troisième Grade : Maitre

Quatrième Grade : Maitre Elu, dit des Neuf

Cinquième Grade : Ecossais Vrai d’Ecosse

Sixième Grade : Chevalier de l’Orient

Septième et dernier Grade : Prince de Rose Croix

Les relations entre les deux Rites n’étaient pourtant pas simples et l’observation suivante était adressée à tout candidat au Grade de Maitre Elu dit des Neuf.

« Le grade qui vient de vous être conféré, se retrouve dans le Rite Français, mais avec des changements tels que vous ne pourriez vous faire reconnaitre pour Elu, dans les Loges constituées par le Grand Orient de France, comme les Elus français ne peuvent pénétrer dans nos Conseils parce que malgré la parité des diverses circonstances du grade, les points de reconnaissance diffèrent assez pour que nous ne puissions fraterniser jusque la ; c’est ce qui motive l’obligation que vous avez prêtée, mon frère, de ne communiquer les secrets de vos grades capitulaires à aucun maçon d’un autre rite que celui professé par cette respectable loge.

J’aime à croire que vous n’enfreindrez jamais cet engagement, qui est de rigueur.

Ne vous présentez donc dans les loges françaises, mon frère, que comme maitre, parce que leurs membres ne sont accueillis par nous que dans le symbolique.

D’où viennent,  direz-vous, ces différences entre les mêmes grades dans les deux rites ?

Elles proviennent de ce que le Rite Ecossais donne les grades dans leur antique simplicité, tandis que dans le Rite Français un esprit de réforme, d’innovation a fait faire beaucoup de changements. Plusieurs ne sont pas sans mérite, il faut l’avouer, mais enfin nos pères n’en avaient pas eu l’idée, et chez l’étranger ou l’on est  plus fidèle aux anciennes formules, aux  anciennes coutumes, les grades y ont conservé leur texture primitive, et bref, on n’y reconnait point les hauts grades français, tandis qu’on y reconnait les hauts grades écossais, tels qu’ils se donnent parmi nous.

Cet avantage n’est point à négliger dans ces contrées parce que beaucoup de leurs habitants, dans leurs voyages de long cours, sont en rapport avec différentes nations : il n’y a pas chez toutes des ateliers français, et chez presque toutes il y a des ateliers écossais.

A la vérité ceux qui tiennent en quelque sorte à la glèbe, c'est-à-dire qui ne quittent point le sol de la France, doivent être jaloux de pratiquer les loges de leur pays.

C’est aussi ce qui est loisible au Symbolique, mon frère, pour tous ceux de vous qui, pour une légère rétribution sont affiliés à la Respectable loge de l’Aimable Sagesse* à l’orient de Marseille, et j’ai lieu de penser que cette même loge acquiescera aux propositions que je lui ai fait d’affilier à son Souverain Chapitre, les membres du notre. Lorsque j’aurai une réponse positive à cet égard, je m’empresserai de vous en faire part.

Nota – Cette proposition a été acceptée.

Nota- On peut faire la même observation à tous les candidats que l’on reçoit dans les grades subséquents, en substituant au mot Elu, celui du grade que l’on vient de conférer.

*La Loge de l’Aimable Sagesse, est membre du Grand Orient de France et pratique le Rite Français.

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16 octobre 2009 5 16 /10 /octobre /2009 02:39

Note sur les Chapitres

L’autorité des Chapitres est le Grand Orient en son Grand Chapitre.

Le Chapitre Métropolitain composé de la réunion de sept Chapitres, n’a aucune attribution ni prérogative sur les autres. Il s’assemble aux solstices d’été et d’hiver, et à l’équinoxe du printemps.

Les autres assemblées sont extraordinaires, et surtout les 22 ou 23 du mois.

Il a encore d’autres assemblées d’obligation le jeudi qui précède le dimanche d’après la pleine lune du printemps ; le vingt neuvième jour du quatrième mois, et le huitième jour du dixième mois de chaque année.

Il y a dans cette Maçonnerie quatre grades qui sont le complément des trois précédents, sous la dénomination de premier, deuxième, troisième et quatrième ORDRES.

  1. Elu Secret.
  2. Grand Elu Ecossais.
  3. Chevalier d’Orient.
  4. Rose Croix.

Remarques

Il y a beaucoup d’autres grades que les sept décrits dans cet abrégé, mais le Grand Orient de France a pour régime de ne reconnaitre que les trois grades symboliques et les quatre ordres des Hauts Grades.

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16 octobre 2009 5 16 /10 /octobre /2009 02:14

Note sur le Grand Orient

Le Grand Orient est le législateur de l’ordre ; il en a aussi le gouvernement et réunit  tous les pouvoirs. A lui appartient de constituer des Loges ou des Chapitres dans toute l’étendue du territoire Français et dans les pays étrangers qui font partie de sa correspondance.

Il est régi par 169 officiers ; savoir : 7 grands premiers dignitaires, 63 officiers d’honneurs, 99 officiers ordinaires.

Le Grand Orient a six ateliers particuliers ; savoir : une grande Loge d’administration, qui connait de tout ce qui est relatif à la correspondance, aux sceaux et aux finances.

Une grande Loge symbolique, qui connait des demandes en constitution, de certificats de Maçons réguliers, des affaires contentieuses qui peuvent naitre dans les Loges et de tous les objets qui les intéressent.

Un grand Chapitre qui connait des demandes en lettres capitulaires et en brefs des hauts grades ; il statue sur les affaires contentieuses élevées dans les Chapitres et sur tous les objets qui les intéressent.

Une grande Loge de conseil et d’appel, composée de 33 officiers ordinaires et de 15 représentants de services ; elle statue sur les appels des décisions émanées des deux grandes Loges et du Grand Chapitre et nomme aux offices vacants.

Une grande Loge des Grands Experts, qui connait des fautes commises dans le Grand Orient, ou relative à son administration.

Un grand Directoire des Rites. Ce Directoire régit, quant au dogme, tous les Rites reconnus par le Grand Orient.

Les assemblées du Grand Orient sont fixées aux deux fêtes de Saint Jean, et les travaux sont présidés par S.A.S, le Prince Archichancelier de l’Empire, premier représentant du Grand Maitre.

Il a d’autres assemblées, les deuxièmes vendredi des premier, sixième et huitième Mois.

Adresse du Grand Orient : A M. Le GRAND DE NETORI, rue du Four, N°. 47, vis-à-vis celle de l’Egout, faubourg Saint Germain.

La Maçonnerie symbolique comprend trois Grades :

1°. Celui d’Apprenti ;

2°. Celui de Compagnon ;

3°. Celui de Maitre.

Ornements de la Maçonnerie symbolique.

Les apprentis et les compagnons portent un tablier blanc.

Les maitres portent un cordon de droite à gauche ; c’est un ruban bleu moiré de quatre pouces de largeur, au bas duquel sont attachés un compas et une équerre croisés en sautoir et dorés.

Le tablier est bordé et doublé en bleu.

Fonctions des officiers.

Le Vénérable préside la Loge et veille à l’administration des finances.

Les Surveillants aident le Vénérable dans les travaux.

L’Orateur est le conservateur né des règlements ; il donne ses conclusions sur tous les objets soumis à la discussion, et fait aux nouveaux reçus un discours moral sur l’union maçonnique.

Le Secrétaire rédige toutes les planches des travaux.

Le Trésorier est chargé de tout ce qui a rapport aux finances.

Le Garde des Sceaux est chargé d’apposer les sceaux et timbre dont il est le gardien, sur toutes les planches émanées de la Loge et dont elle a ordonné l’expédition.

Le Garde des Archives a soin de tout ce qui y est déposé, et en tient registre par ordre de N°. Tout est sous sa responsabilité.

L’Hospitalier fait la quête à la fin de chaque assemblée, visite les frères de la Loge qui sont malades, en rend compte à chaque tenue, et distribue les secours ordonnés.

Le 1° Expert remplace le second surveillant absent, examine les visiteurs qui se présentent ; conduit ou fait voyager les candidats quand il n’y a pas de frère Terrible.

Les autres Experts remplacent le premier lorsqu’il est absent.

Le Maitre des Cérémonies introduit les Visiteurs reconnus par l’Expert, s’empare des nouveaux reçus au moment de leur proclamation, et veille à ce que chacun soit placé en Loge selon son rang.

Le Frère Terrible fait voyager les Candidats.

Le Député représente la Loge au Grand Orient ; il reçoit les pièces qui y sont adressées par elle, rend compte de tout ce qui intéresse le bien de l’ordre en général, et celui de l’atelier en particulier.

Le Maitre des Banquets veille à tous ce qui leur est relatif.

L’Architecte est le gardien de tous les bijoux, meubles et ustensiles de la Loge ; il veille à leur conservation, comme à la plus grande économie de tout ce qui est usuel, et est le vérificateur de la caisse.

Les Adjoints aux divers offices remplissent les mêmes fonctions que les officiers titulaires, lorsque ces derniers sont absents.

Nota. Les devoirs particuliers de chacun de ces officiers sont toujours relatés dans les règlements particuliers des Loges.

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15 octobre 2009 4 15 /10 /octobre /2009 02:40
Le temps était bas, et le soleil, en pâlissant, avait vu la nuit sur la terre. Au bruit des manteaux sonnant l'appel sur les timbres d'airain, Adoniram, s'arrachant à ses pensées, traversa la foule des ouvriers rassemblés ; et pour présider à la paye il pénétra dans le temple, dont il entrouvrit la porte orientale, se plaçant lui-même au pied de la colonne Jakin.

Des torches allumées sous le péristyle pétillaient en recevant quelques gouttes d'une pluie tiède, aux caresses de laquelle les ouvriers haletants offraient gaiement leur poitrine.

La foule était nombreuse ; et Adoniram, outre les comptables, avait à sa disposition des distributeurs préposés aux divers ordres. La séparation des trois degrés hiérarchiques s'opérait par la vertu d'un mot d'ordre qui remplaçait, en cette circonstance, les signes manuels dont l'échange aurait pris trop de temps. Puis le salaire était livré sur l'énoncé du mot de passe.

Le mot d'ordre des apprentis avait été précédemment JAKIN, nom d'une des colonnes de bronze ; le mot d'ordre des autres compagnons, BOOZ, nom de l'autre pilier ; le mot des maîtres JÉOVAH.

Classés par catégories et rangés à la file, les ouvriers se présentaient aux comptoirs, devant les intendants, présidés par Adoniram qui leur touchait la main, et à l'oreille de qui ils disaient un mot à voix basse. Pour ce dernier jour, le mot de passe avait été changé. L'apprenti disait TUBALKAÏN ; le compagnon, SCHIBBOLETH ; et le maître, GIBLIM.

Peu à peu la foule s'éclaircit, l'enceinte devint déserte, et les derniers solliciteurs s'étant retirés, l'on reconnut que tout le monde ne s'était pas présenté, car il restait encore de l'argent dans la caisse.

"Demain, dit Adoniram, vous ferez des appels afin de savoir s'il y a des ouvriers malades, ou si la mort en a visité quelques-uns."

Dès que chacun fut éloigné, Adoniram vigilant et zélé jusqu'au dernier jour, prit, suivant sa coutume, une lampe pour aller faire la ronde dans les ateliers déserts et dans les divers quartiers du temple, afin de s'assurer de l'exécution de ses ordres et de l'extinction des feux. Ses pas résonnaient tristement sur les dalles : une fois encore il contempla ses oeuvres, et s'arrêta longtemps devant un groupe de chérubins ailés, dernier travail du jeune Benoni.

"Cher enfant !" murmura-t-il avec un soupir.

Ce pèlerinage accompli, Adoniram se retrouva dans la grande salle du temple. Les ténèbres épaissies autour de sa lampe se déroulaient en volutes rougeâtres, marquant les hautes nervures des voûtes, et les parois de la salle, d'où l'on sortait par trois portes regardant le septentrion, le couchant et l'orient.

La première, celle du nord, était réservée au peuple ; la seconde livrait passage au roi et à ses guerriers ; la porte de l'Orient était celle des lévites ; les colonnes d'airain, Jakin et Booz, se distinguaient à l'extérieur de la troisième.

Avant de sortir par la porte de l'occident, la plus rapprochée de lui, Adoniram jeta la vue sur le fond ténébreux de la salle, et son imagination frappée des statues nombreuses qu'il venait de contempler évoque dans les ombres le fantôme de Tubal-Kaïn. Son oeil fixe essaya de percer les ténèbres ; mais la chimère grandit en s'effaçant, atteignit les combles du temple et s'évanouit dans les profondeurs des murs, comme l'ombre portée d'un homme éclairé par un flambeau qui s'éloigne. Un cri plaintif sembla résonner sous les voûtes.

Alors Adoniram se détourna s'apprêtant à sortir. Soudain une forme humaine se détacha du pilastre, et d'un ton farouche lui dit :

"Si tu veux sortir, livre-moi le mot de passe des maîtres."

Adoniram était sans armes ; objet du respect de tous, habitué à commander d'un signe, il ne songeait pas même à défendre sa personne sacrée.

"Malheureux ! répond-il en reconnaissant le compagnon Méthousaël, éloigne-toi ! Tu seras reçu parmi les maîtres quand la trahison et le crime seront honorés ! Fuis avec tes complices avant que la justice de Soliman atteigne vos têtes."

Méthousaël l'entend, et lève d'un bras vigoureux son marteau, qui retombe avec fracas sur le crâne d'Adoniram. L'artiste chancelle étourdi, par un mouvement instinctif, il cherche une issue à la seconde porte, celle du Septentrion. Là se trouvait le Syrien Phanor, qui lui dit :

"Si tu veux sortir, livre-moi le mot de passe des maîtres !

- Tu n'as pas sept années de campagne ! répliqua d'une voix éteinte Adonirm.

- Le mot de passe !

- Jamais !"

Phanor, le maçon, lui enfonça son ciseau dans le flanc ; mais il ne put redoubler, car l'architecte du temple, réveillé par la douleur, vola comme un trait jusqu'à la porte d'Orient, pour échapper à ses assassins.

C'est là qu'Amrou le Phénicien, compagnon parmi les charpentiers, l'attendait pour lui crier à son tour :

"Si tu veux passer, livre-moi le mot de passe des maîtres.

- Ce n'est pas ainsi que je l'ai gagné, articula avec peine Adoniram épuisé ; demande-le à celui qui t'envoie."

Comme il s'efforçait de s'ouvrir un passage, Amrou lui plongea la pointe de son compas dans le coeur.

C'est en ce moment que l'orage éclata, signalé par un grand coup de tonnerre.

Adoniram était gisant sur le pavé, et son corps couvrait trois dalles. A ses pieds s'étaient réunis les meurtriers, se tenant par la main.

"Cet homme était grand, murmura Phanor.

-Il n'occupera pas dans la tombe un plus vaste espace que toi, dit Amrou.

- Que son sang retombe sur Soliman Ben-Daoud !

- Gémissons sur nous-mêmes, répliqua Méthousaël, nous possédons le secret du roi. Anéantissons la preuve du meurtre ; la pluie tombe ; la nuit est sans clarté ; Éblis nous protège. Entraînons ces restes loin de la ville, et confions-les à la terre."

Ils enveloppèrent donc le corps dans un long tablier de peau blanche, et, le soulevant dans leurs bras, ils descendirent sans bruit au bord du Cédron, se dirigeant vers un tertre solitaire situé au-delà du chemin de Béthanie. Comme ils y arrivaient, troublés et le frisson dans le coeur, ils se virent tout à coup en présence d'une escorte de cavaliers. Le crime est craintif, ils s'arrêterent ; les gens qui fuient sont timides... et c'est alors que la reine de Saba passa en silence devant des assassins épouvantés qui traînaient les restes de son époux Adoniram.

Ceux-ci allèrent plus loin et creusèrent un trou dans la terre qui recouvrit le corps de l'artiste. Après quoi Méthousaël, arrachant une jeune tige d'accacia, la planta dans le sol fraîchement labouré sous lequel reposait la victime.

Pendant ce temps-là, Balkis fuyait à travers les vallées ; la foudre déchirait les cieux, et Soliman dormait.

Sa plaie était plus cruelle, car il devait se réveiller. (...) le bruit du meurtre d'Adoniram s'étant répandu, le peuple soulevé demanda justice, et le roi ordonna que neuf maîtres justifiassent de la mort de l'artiste, en retrouvant son corps.

Il s'était passé dix-sept jours : les perquisitions aux alentours du temple avaient été stériles, et les maîtres parcouraient en vain les campagnes. L'un d'eux, accablé par la chaleur, ayant voulu, pour gravir plus aisément, s'accrocher à un rameau d'acacia d'où venait de s'envoler un oiseau brillant et inconnu, fut surpris de s'apercevoir que l'arbuste entier cédait sous sa main, et ne tenait point à la terre. Elle était récemment fouillée, et le maître étonné appela ses compagnons.

Aussitôt les neuf creusèrent avec leurs ongles et constatèrent la forme d'une fosse.

Alors l'un d'eux dit à ses frères :

"Les coupables sont peut-être des félons qui auront voulu arracher à Adoniram le mot de passe des maîtres. De crainte qu'ils n'y soient parvenus, ne serait-il pas prudent de le changer?

- Quel mot adopterons-nous ? objecta un autre.

- Si nous retrouvons là notre maître, repartit un troisième, la première parole qui sera prononcée par l'un de nous servira de mot de passe ; elle éternisera le souvenir de crime et du serment que nous faisons ici de le venger, nous et nos enfants, sur ses meurtriers, et leur postérité la plus reculée."

Le serment fut juré ; leurs mains s'unirent sur la fosse, et ils se reprirent à fouiller avec ardeur.

Le cadavre ayant été reconnu, un des maîtres le prit par un doigt, et la peau lui resta à la main ; il en fut de même pour un second ; un troisième le saisit par le poignet de la manière dont les maîtres en usent envers le compagnon, et la peau se sépara encore ; sur quoi il s'écria : MAKBÉNACH, qui signifie : LA CHAIR QUITTE LES OS.

Sur-le-champ ils convinrent que ce mot serait dorénavant le mot de maître et le cri de ralliement des vengeurs d'Adoniram, et la justice de Dieu a voulu que ce mot ait, durant des siècles, ameuté les peuples contre la lignée des rois.

Phanor, Amrou et Méthousaël avaient pris la fuite ; mais reconnus pour de faux frères, ils périrent de la main des ouvriers, dans les États de Maaca, roi du pays de Geth, où ils se cachaient sous les noms de Sterkin, d'Oterfut et de Hoben.

Néanmoins, les corporations, par une inspiration secrète, continuèrent toujours à poursuivre leur vengeance déçue, sur Abiram, ou le meurtrier... Et la postérité d'Adoniram resta sacrée pour eux ; car longtemps après ils juraient encore par les fils de la veuve, ainsi désignaient-ils les descendants d'Adoniram et de la reine de Saba.
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15 octobre 2009 4 15 /10 /octobre /2009 02:22



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14 octobre 2009 3 14 /10 /octobre /2009 13:51

 Georges Luquet (1876-1965), membre du Grand Orient de France et Grand Chancelier d'Honneur de son Suprême Conseil, le Grand Collège des Rites, était un historien compétent. Il fut l'auteur d'un excellent livre, publié en 1963, La Franc-Maçonnerie et l'État en France au XVIIIè siècle. Il fut aussi l'un des premiers historiens maçons après Albert Lantoine (1869-1949), à rechercher dans les gazetins de l'époque, mais avec davantage de souci pour l'exactitude que son prédécesseur, des témoignages contemporains sur les débuts de la Franc-Maçonnerie en France et à Paris.

 Il découvrit dans la bibliothèque du Grand Collège des Rites, à une date indéterminée, un rituel manuscrit pour lequel il rédigea une présentation et dont il effectua une transcription dactylographiée. C'est ce rituel que nous présentons aujourd'hui à nos lecteurs. Il s'agit probablement du plus ancien rituel manuscrit français des trois grades de la Maçonnerie symbolique. Avant d'en montrer l'intérêt, tentons de le replacer dans un contexte plus général.

 PROGRÈS RÉCENTS DES HISTORIENS DE LA FRANC-MAÇONNERIE

 1. Les îles britanniques.

 Depuis un peu plus d'un siècle, nos Frères anglais ont fondé une Loge de Recherche, Quatuor Coronati No. 2076, dont les membres s'attachent à étudier l'histoire de la Franc-Maçonnerie en se basant principalement sur les documents. L'histoire des débuts de la Franc-Maçonnerie anglaise est désormais assez bien connue grâce à eux et à leurs publications qui comprennent non seulement des documents officiels - par exemple les premiers procès-verbaux de la première Grande Loge, de juin 1723 à septembre 1758 -, mais encore une grande partie des manuscrits maçonniques et des documents profanes touchant à la Franc-Maçonnerie anglaise de cette époque.

 Ainsi, dans un volume devenu classique, The Early Masonic Catechisms (1943), nos collègues Knoop, Jones et Hamer, ont scrupuleusement transcrit le texte de la vingtaine d'instructions maçonniques de langue anglaise, manuscrites ou imprimées, dont l'existence est connue pour la période 1696-1730.

 Le mot catechism s'explique par le fait que ces textes incluent une série de questions et de réponses qui constituent des instructions orales, fort semblables dans leur forme aux petits "Livres" que nos lecteurs connaissent. Le plus élaboré et le plus célèbre est Masonry Dissected (La Maçonnerie Disséquée) de Samuel Prichard, ouvrage publié le 20 octobre 1730 à Londres, qui connut jusqu'en 1787  de nombreuses réimpressions et traductions.

 Ceux qu'intéressent les problèmes que posent ces documents dont certains sont d'origine écossaise, se reporteront aux trente pages de l'introduction placée en tête de l'ouvrage de Knoop, Jones et Hamer, en tenant compte du fait que ses trois co-auteurs étaient anglais. Dans un livre récent (1988), David Stevenson, un non-maçon, lecteur à l'université de St. Andrews, a remis en question la prédominance de l'Angleterre sur l'Écosse, en ce qui concerne l'importance à accorder au contenu et à la signification historique de ceux de ces textes maçonniques qui sont antérieurs à 1723, prédominance qui n'avait guère été mise en question avant lui.

 2. La France.

 En ce qui concerne les débuts de la Franc-Maçonnerie française, soit la période qui recouvre les activités de la première Grande Loge de France et s'arrête lorsque le Grand Orient de France fut fondé en 1773, nos connaissances ont fait d'importants progrès depuis la publication du livre de Luquet en 1963.

 C'est en 1965 que fut publiée anonymement la transcription (effectuée par Daniel Ligou) du plus ancien registre parvenu jusqu'à nous des procès-verbaux d'une loge parisienne, la loge du bijoutier Coustos, qui se tenait “à la ville de tonnerre dans la rue des boucheries faubourg saint germain” à Paris. Ce registre commence le 18 décembre 1736 et se termine le 17 juillet 1737.

Autre auteur à avoir retrouvé et commenté avec pertinence de nombreux documents inédits de cette période, Pierre Chevallier, dont les deux premiers livres, Les Ducs sous l'Acacia (1964) et La Première Profanation du Temple Maçonnique (1968) sont infiniment plus détaillés à cet égard que sa remarquable Histoire de la Franc-Maçonnerie française (1974-1975).

Les livres et les articles de M. Alain Le Bihan, parus entre 1966 et 1981, ont fait progresser de manière considérable nos connaissances sur le 18ème siècle.

Grâce aux manuscrits découverts entre les deux guerres par le F... Sitwell dans les archives de l'Anglaise No. 204 de Bordeaux, documents transcrits et commentés par lui mais, à la suite de son décès en juin 1931, restés pratiquement inconnus en France jusqu'à ce que je retrouve originaux et transcriptions dans les années 1970-1990, un certain nombre de problèmes fondamentaux, portant notamment sur les débuts de l'Écossisme français, ont pu être éclaircis.

Enfin les événements parisiens de la décennie 1760-70 sont devenus compréhensibles depuis la découverte et la publication du Mémoire Justificatif (1773) de Brest de la Chaussée.

 Depuis une trentaine d'années, les historiens de la Maçonnerie française se sont surtout attachés à préciser les "événements" maçonniques des années 1725-1773, dont le déroulement était encore mal connu. Faute de documents, l'élément rituel a moins retenu leur attention.

 Si tant est qu'un rituel au sens moderne du mot - question que nous aborderons dans le paragraphe suivant - ait alors existé en France, on ne semble pas en avoir imprimé le texte comme on le fait de nos jours, et nous ne savons rien des cérémonies maçonniques françaises avant 1737.

 Par contre, au cours de la quinzaine d'années suivante, plusieurs brochures parurent en français, qui prétendaient dévoiler "le secret" des Francs-Maçons, la manière dont s'effectuait la "réception" des nouveaux membres de l'Ordre et les thèmes d'autres grades. Dans un volume paru en 1971, Harry Carr, alors Secrétaire et Rédacteur en chef de la revue anglaise Ars Quatuor Coronatorum, a réuni douze de ces textes, imprimés entre 1737 ou 1738 et 1751. Malheureusement pour les lecteurs de langue française, ces documents ne furent publiés qu'en traduction anglaise. Quelques-uns ont été reproduits en France ou en Suisse, ces dernières années, en fac-similé.

 Depuis que ces textes anglais et français ont été publiés, certains historiens ont fait remarquer qu'il était difficile d'apprécier le degré d'authenticité qu'on pouvait leur accorder, dans la mesure même où, si ces textes ne constituaient pas le fruit pur et simple de l'imagination de leurs auteurs respectifs, ils ne pouvaient alors avoir été écrits que par des Maçons qui n'auraient pas respecté le serment prêté lors de leur initiation.

 Toutefois, en ce qui concerne les catechisms de langue anglaise (les premières instructions imprimées en français n'ont pas d'ancêtre manuscrit connu), la comparaison entre certaines versions manuscrites antérieures à 1723, considérées comme vraisemblablement authentiques, et les versions imprimées après cette date, permet de constater que certains membres de ces deux familles de textes présentent entre eux davantage que de simples affinités et que par conséquent le témoignage qu'ils apportent ne peut être négligé.

 QU'EST-CE QU'UN RITUEL MAÇONNIQUE ?

 Tel que nous entendons ce mot aujourd'hui, un rituel maçonnique comprend les paroles prononcées et les actions effectuées par les membres d'une Loge au moment d'ouvrir et de fermer leurs travaux, et lorsque l'initiation ou un grade maçonnique est conféré.

 Aucun des catechisms manuscrits ou imprimés en langue anglaise, antérieurs à 1760, ne constitue un rituel au sens précédent. Lorsqu'ils reproduisent un dialogue, le but de celui-ci n'est que de vérifier la qualité maçonnique d'un interlocuteur auquel on demande de communiquer certains mots (pour les plus anciens de ces catechisms, "le Mot de Maçon"), de reproduire certains signes ou de décrire certains instants spécifiques vécus par lui au moment de son initiation.

 Les plus anciens textes français connus qui, à partir de 1738, prétendent décrire la cérémonie de "réception", utilisent pour ce faire le style narratif. Par exemple, le premier texte français de cette famille, Réception d'un Frey=Maçon, commence ainsi:

  Il faut d'abord être proposé à la Loge comme un bon Sujet, par un des Frères, sur sa réponse, l'on est admis à se présenter, le Récipiendaire est conduit par le Proposant, qui devient son Parain, dans une des Chambres de la Loge, où il n'y a pas de lumière, & où on lui demande s'il à la vocation d'être reçu, [...]

 Ce que nous appelons aujourd'hui rituel, existait-il déjà alors en France ou en Angleterre ? On peut se poser la question en relisant par exemple Le Secret des Francs-Maçons (1744).

 On croirait d'abord que fermer une Loge désignerait que la porte en doit être bien close ; c'est tout le contraire, lorsqu'on dit que la Loge est fermée, tout autre qu'un Franc-Maçon peut y entrer & être admis à boire et manger, & causer de nouvelles. Ouvrir une Loge en termes Francs-Maçons signifie qu'on peut parler ouvertement des Mystères de la Maçonnerie & de tout ce qui concerne l'Ordre, en un mot, penser tout haut sans appréhender d'être entendu d'aucun profane (c'est ainsi qu'ils appellent ceux qui ne sont point de la Confrérie.) Alors personne ne peut entrer, & s'il arrivait que quelqu'un s'y introduisît, on fermerait la Loge à l'instant, c'est-à-dire, qu'on garderait le silence sur les affaires de la Maçonnerie.

 Comme on ne trouve ici, et pas davantage dans d'autres textes sensiblement contemporains, aucune allusion à une ouverture rituelle en forme de dialogue, on peut se demander si, jusque dans les années 1740, les travaux d'une loge n'auraient pas simplement commencé au moment où le Maître prononçait des mots tels que "A l'ordre, mes Frères", vraisemblablement accompagnés de coups de maillet. Dans cette hypothèse, ce n'est qu'ensuite que l'ouverture formelle, telle que nous la connaissons aujourd'hui, aurait été progressivement élaborée en s'inspirant des très anciennes questions qui, originellement, ne servaient qu'à vérifier la qualité maçonnique d'un inconnu. Ces questions, accompagnées de leurs réponses-clefs, étaient entretemps devenues des "Instructions" dont certaines nous sont encore familières. Par exemple : “Etes-vous Franc-Maçon ? - Mes Frères me reconnaissent comme tel” ou bien : “Où se tient votre Maître ? - A l'Orient - Pourquoi ?” Etc.

 INTÉRÊT ET DESCRIPTION DU MANUSCRIT TRANSCRIT PAR LUQUET

 Le manuscrit transcrit par Luquet constitue à mon avis un document unique dont l'intérêt exceptionnel peut être résumé par les trois caractéristiques suivantes :

 Il reproduit le dialogue échangé au moment de l'ouverture et de la clôture de la Loge pour les trois grades, ainsi que certaines parties concernant l'initiation et les augmentations de salaire, ce qui en fait le plus ancien rituel (au sens moderne du mot) connu de langue française.

Les mots "sensibles" y sont tracés au moyen de l'un des chiffres maçonniques de l'époque et, fréquemment, ces mots ou d'autres ne sont indiqués qu'au moyen d'une lettre initiale, chiffrée ou non. Il semble que cette technique n'aurait guère été employée si le scripteur de ce texte avait été un Maçon parjure, ayant l'intention de le confier à un imprimeur pour se faire de l'argent

Enfin, on va le voir plus loin, la manière dont ce manuscrit a été composé semble indiquer qu'au cours de son élaboration des renvois lui ont été incorporés, "comme si" des ajouts y avaient été introduits au fur et à mesure que des modifications ou innovations rituelles parvenaient à la connaissance de son auteur.

 Laissons maintenant Luquet décrire lui-même ce manuscrit.

 Le manuscrit se compose de deux cahiers ou fascicules cousus ensemble, le premier de 20 feuilles doubles, le second de 10 feuilles doubles, soit au total 120 pages de 17 x 25 cm. La première page du premier cahier sert de couverture et porte le titre, entièrement écrit en hiéroglyphes :

  LE VRAI CATECHISME | DES FRERES | FRANCS-MAÇONS | REDIGE SUIVANT LE CODE | MYSTERIEUX ETAPPROUVE | DE TOUTES LES LOGES JUSTES ET REGULIERES

  Au-dessous est le dessin d'un niveau contenant dans son triangle, en hiéroglyphes, le mot MAÇO | NS. Tout au bas de la page est laissé blanc un champ correspondant à celui où sont inscrits, dans les titres des livres, les lieu et date de publication. Entre la couverture et la première page du texte sont brochées dans le cahier deux feuilles simples, soit 4 pages, non paginées, débutant par le titre : Idée du but de la Maçonnerie.

Viennent alors 32 pages numérotées de 1 à 32, débutant par le titre : Grade d'Apprenti | Ouverture de LOGE, et contenant les grades d'Apprenti (p.1-12), de Compagnon (p. 13-20) et de Maître (p. 21-32). Elles sont suivies de 6 pages, paginées, débutant par le titre : Histoire de la | MAÇONNERIE  | pendant que le | RECIPIENDAIRE | est dans le TOMBEAU. Le verso de la page 5, paginé par erreur 4, au lieu de 6, porte comme titre : Ordre ou Langage des | Banquets. Suivent 30 pages de Renvois, numérotées de 1 à 32, la pagination sautant par erreur de 6 à 9 (il ne peut s'agir d'une feuille enlevée après coup). Quelques-unes de ces pages sont restées blanches, partiellement ou même totalement. Viennent ensuite 4 pages non numérotées et restées blanches, sauf, en tête de la première, le titre : Renvoi historique. Puis 10 pages sans pagination, dont la première est intitulée : Préparation d'une LOGE | DE MAITRE, terminent le premier fascicule. L'avant-dernière de ces pages ne contient que 4 lignes d'écriture, et la dernière, au verso de la précédente, est entièrement blanche.

  Le second fascicule n'a, d'un bout à l'autre, aucune pagination. Il comprend d'abord 3 pages intitulées : Des nombres connus | chez les MAÇONS ; puis une page blanche ; puis une page intitulée : Extrait tiré de la Préface | du Livre de l'Exode [etc.] ; puis une page blanche ; puis 2 pages intitulées : Remarque historique | maçonnique ; puis 14 pages blanches ; puis une page intitulée Préface (c'est en fait un résumé de la préface du Sceau Rompu) ; puis 4 pages dont l'ensemble est intitulé : KHATAMPHAROUQ ou | le Sceau Rompu.

  Les 17 dernières pages sont blanches.

  Le manuscrit, y compris la notice: Idée du but de la Maçonnerie, intercalée entre le titre et la première page, est écrit en entier de la même main, sauf peut-être deux ou trois additions sans intérêt pour leur contenu, et dont la plus longue ne dépasse pas deux lignes, pour lesquelles une hésitation est permise. Le manuscrit ne porte aucune date ; nous ignorons par suite quand il a été écrit. On peut toutefois arriver, dans une certaine mesure, à établir entre ses différentes parties ce qu'on appelle en préhistoire une chronologie relative, c'est-à-dire ici l'ordre dans lequel elles ont été successivement écrites.  L'auteur [...] a certainement écrit en premier lieu les 32 premières pages du manuscrit, puis les pages qui forment la fin du premier fascicule, et dont la plus grande partie est constituée par les Renvois aux demandes et réponses de la première partie. Ces deux parties du premier fascicule correspondent à ce qu'un géologue appellerait deux couches ou étages, chronologiquement successifs.

  La troisième partie du manuscrit, à savoir le second fascicule, composé, à la différence du premier, de notices qui, tout en ayant un intérêt maçonnique, ne concernent pas le rituel proprement dit, peut fort bien avoir formé d'abord un cahier indépendant, et n'avoir été rattaché au premier que plus tard.

  Arrêtons ici un instant la citation extraite de l'Introduction écrite par Luquet et tentons d'établir avec lui la Table des Matières de ce manuscrit. Deux cahiers, nous dit-il, respectivement de 20 et 10 feuilles doubles, formant ensemble 120 pages de 17 x 25 cm. Le premier cahier comporte donc 80 pages et le second 40.

Premier Cahier, partiellement paginé :

1.         Page 1 = couverture du cahier portant le titre général : Le Vrai Catéchisme...,

2.         4 pages brochées supplémentaires : Idée du but de la Maçonnerie,

3.         32 pages comportant les rituels des trois grades,

4.         6 pages (avec une erreur de pagination) : 1ere Histoire de la Maîtrise... & Ordre ou Langage des Banquets,

5.         30 pages de renvois, comportant également une erreur de pagination,

6.         4 pages blanches, avec le titre : Renvoi historique,

7.         10 pages : Préparation d'une LOGE DE MAÎTRE.

 En additionnant le nombre de pages indiqué par Luquet, on arrive à 82 pages (avec les 4 pages brochées supplémentaires, à 86 pages), en contradiction avec l'indication que ce premier cahier comporte 80 pages.

 Second Cahier non paginé :

1.         3 pages : Des nombres connus chez les MAÇONS,

2.         1 page blanche,

3.         1 page : Extrait tiré de la Préface du Livre de l'Exode,

4.         1 page blanche,

5.         2 pages : Remarque historique maçonnique,

6.         14 pages blanches,

7.         1 page : Préface,

8.         4 pages : KHATAMPHAROUQ ou le Sceau Rompu,

9.         17 pages blanches.

 Nous arrivons au total de 44 pages, également en contradiction avec l'indication de Luquet selon laquelle ce second cahier comprend 40 pages.

 Un autre point doit être maintenant abordé. Comme l'indique Luquet, une partie du premier cahier inclut trente pages de renvois. Voici ce que Luquet écrivait à leur sujet.

 La deuxième partie du manuscrit, composée essentiellement de renvois complémentaires aux Instructions de la première partie, a certainement été écrite après elle. Pour son contenu, elle ne présente aucun ordre systématique ; il n'existe aucune concordance entre l'ordre de succession des renvois et l'ordre des pages correspondantes de la première partie. Par exemple, pour nous en tenir aux deux premiers renvois, le premier concerne le grade de Maître et le second le grade d'Apprenti. On ne peut même pas conclure de l'ordre de succession des renvois dans le manuscrit à l'ordre chronologique dans lequel ils ont été écrits.

  D'après divers indices concordants, j'inclinerais à croire que l'auteur, après avoir écrit la première partie, avait commencé par numéroter dans son cahier un nombre de pages blanches égal au nombre (32) des pages de la première partie, avec l'intention de porter sur chacune d'elles les renvois de la page correspondante du texte primitif.

  Mais cette méthode par trop mathématique s'est, à l'usage, révélée impraticable, d'autant plus que par la suite de la bévue commise dans la pagination, qui saute de 6 à 9, il n'y avait dans les pages des renvois aucune page pour les renvois des pages 7 et 8 du texte primitif. Certaines pages des renvois n'ont pas été assez longues pour contenir tous les renvois de la page correspondante de la première partie ; l'auteur a été obligé d'inscrire ces renvois sur une autre page des renvois où il restait de la place ou même qui était totalement blanche.

  L'ordre de succession des renvois sur les pages de renvois ne permet donc aucune conclusion sur l'ordre chronologique dans lequel il y ont été inscrits. Mais on peut distinguer dans ces renvois deux époques successives, grâce à un autre indice matériel, à savoir selon qu'ils font ou non usage des trois point disposés en triangle (\) comme signe d'abréviation. [...]

  Luquet continue en tirant des conclusions sur la date de composition des renvois comprenant le signe \ car, écrit-il,

 Dans les textes datés connus de moi, ce signe est employé pour la première fois en 1766, et, au moins jusqu'en 1774, dans une mesure très restreinte, pour les termes maçonniques les plus usuels.

 Or des lettres autographes d'Estienne Morin, datées de 1757, que j'ai retrouvées récemment, montrent au contraire un usage relativement fréquent du signe\, ce qui avance d'une dizaine d'années la datation approximative que Luquet pensait pouvoir attribuer aux renvois qui en font usage.

 Indication importante de Luquet : “Les \ ne se rencontrent pas une seule fois dans la première partie du manuscrit”. Il en tire la conclusion suivante :

 Il semble légitime de distinguer dans le premier fascicule du manuscrit trois couches ou périodes successives : d'abord la première partie, datant de 1745 au plus tard ; ensuite les renvois hiéroglyphés sans \, compris approximativement entre 1745 et 1766 ; enfin les renvois avec \, postérieurs à cette dernière date."

 Pourquoi Luquet attribue-t-il à la première partie du manuscrit la date de “1745 au plus tard” ? Voici sa réponse:

 Cette première partie [celle qui comprend les rituels des trois premiers grades] bien que plus complète, même sans tenir compte des additions des renvois postérieurs, que toutes les divulgations imprimées mises ensemble, présente une ressemblance étroite et souvent textuelle avec le Sceau rompu (1745). [...] la similitude des demandes et réponses des Instructions dans le Sceau rompu et dans notre manuscrit donne à penser qu'elles ont été copiées les unes et les autres sur des cahiers de rédaction semblable. Il paraît en conséquence légitime de conclure que la première partie de notre manuscrit a été copiée sur des cahiers de grades qui existaient en 1745 et par suite représente le rituel pratiqué au plus tard à cette date. [...]

 Il m'apparaît que d'autres hypothèses auraient pu également être envisagées par Luquet : l'auteur du manuscrit pourrait être le même que celui du Sceau rompu (le présent manuscrit aurait constitué son “brouillon”), il pourrait avoir recopié son manuscrit sur le Sceau rompu. Cependant le chiffre utilisé dans le présent manuscrit ne semble pas plaider en leur faveur. Nous reviendrons sur la question de la chronologie relative des textes et des éditions des différentes brochures publiées en France à partir de 1738 dans le prochain numéro de Masonica.

 Laissons à nouveau la parole à Georges Luquet.

 A mon avis, quand on publie un texte, ce n'est point le trahir, mais le servir, que d'en faciliter la lecture à ses lecteurs éventuels. Aussi ai-je substitué sans scrupule l'orthographe et la ponctuation actuellement en usage à celles du manuscrit, qui y sont d'ailleurs assez flottantes, les articulations du discours étant indiquées par des ponctuations variées, et un même mot recevant, à diverses reprises, des orthographes différentes. En particulier, j'ai à l'occasion ajouté des points d'interrogation.

  Le manuscrit utilise indifféremment pour les initiales les majuscules et les minuscules, rendues tantôt par une même forme de lettre, tantôt par des formes différentes. J'ai suivi l'usage actuel, mettant en majuscule l'initale des noms propres et celle des mots qui commencent une phrase. Dans les autres cas, j'ai employé indifféremment, comme le manuscrit, des majuscules ou des minuscules.Toutefois, pour le mot ordre, j'ai mis régulièrement une majuscule lorsqu'il signifie l'Ordre maçonnique, une minuscule lorsqu'il est employé soit dans quelqu'un de ses sens profanes, soit dans l'expression être ou se mettre à l'ordre. Je me suis cru également non seulement autorisé, mais même obligé, à corriger certains lapsus évidents. [...]

 La transcription matérielle [...] soulevait deux difficultés, relatives l'une aux hiéroglyphes de l'alphabet secret des Maçons, l'autre aux abréviations. J'ai [...] substitué aux hiéroglyphes les lettres ordinaires correspondantes, majuscules pour les hiéroglyphes écrits sur la ligne, minuscules pour les hiéroglyphes écrits au-dessus de la ligne et généralement plus petits, correspondant à des lettres finales de mots abrégés. Ces lettres correspondant à des hiéroglyphes ont été composées en italique, pour les distinguer de celles qui dans le manuscrit étaient en lettres ordinaires. En particulier, on peut distinguer ainsi dans un même mot les lettres qui dans l'original sont écrites en clair et celles qui sont rendues par des hiéroglyphes.

  Les mots, qu'ils soient écrits en clair ou en chiffre, sont fréquemment abrégés, spécialement dans la première partie du manuscrit. Pour ces abréviations, l'auteur a employé des procédés variés. Dans des cas relativement rares et exclusivement pour des mots écrits en lettres ordinaires, il supprime un plus ou moins grand nombre de lettres internes du mot et écrit les lettres conservées comme dans un mot complet (par exemple : prpaux ou ppaux pour principaux).

  Le plus souvent, la première ou les premières lettres sont écrites sur la ligne, comme dans des mots non abrégés, et la ou les finales sont écrites en l'air, autrement dit au-dessus de la ligne. Parfois, ces lettres finales sont remplacées par un signe qui ne correspond pas à une lettre déterminée, mais indique simplement une abréviation quelconque. Dans d'autres cas, les lettres initiales sont seules écrites, sans finales en l'air. Que les finales soient rendues ou non, le mot abrégé est suivi soit d'un point, soit d'un nombre variable de points de suspension disposés horizontalement. Le point unique et les points de suspension se rencontrent également après des mots écrits en entier, mais en hiéroglyphes.

  J'ai transcrit fidèlement les lettres du manuscrit, tant dans leur nature que dans leur position sur la ligne ou en l'air, sous la seule réserve que lorsque les lettres finales étaient rendues par un signe indéterminé, je lui ai substitué la lettre précise convenable. Mais il m'a semblé opportun d'apporter à l'usage des points un peu plus de simplicité et de cohérence. J'ai distingué d'une part les mots complets, en entendant par là les mots dont les finales sont écrites aussi bien que les initiales, même s'il manque les lettres intermédiaires, d'autre part les mots incomplets, privés de leurs dernières lettres. J'ai fait suivre d'un point unique les mots incomplets, et n'en ai mis aucun après les mots complets.

  Sous ces diverses réserves, ma transcription, sans être servile, est rigoureusement fidèle.

 Résumons les modifications de Luquet :

 Il a modernisé l'orthographe, la ponctuation et l'emploi de lettres majuscules ou minuscules du manuscrit, et a choisi de les rendre cohérents.

Il a corrigé des “lapsus évidents”.

Il a “substitué aux hiéroglyphes les lettres ordinaires correspondantes...”. Dans sa transcription dactylographiée, Luquet a souligné ces lettres afin d'indiquer à un éventuel imprimeur qu'elles devraient être composées en italique.

Il a “substitué la lettre précise convenable” au signe (qu'il n'indique pas) qui, dans le manuscrit, était utilisé comme signe terminal des mots abrégés, et modifié le nombre de points utilisés à la suite de ces mots abrégés.

Il a distingué entre des renvois de première et de seconde périodes, en fonction de la présence ou de l'absence du signe \ qui, d'après ce qu'il écrit, se trouve dans les seconds et non dans les premiers.

DESCRIPTION DE LA PRÉSENTE TRANSCRIPTION

Luquet pensait bien faire et faciliter la tâche du lecteur en introduisant les modifications énumérées par lui. Aujourd'hui, grâce aux techniques modernes et à une conception différente de ce qui doit caractériser une transcription “rigoureusement fidèle”, notre travail serait différent : il nous paraîtrait normal de reproduire le manuscrit original en fac-similé et de présenter en regard de chacune de ses pages une transcription qui en rendrait la lecture aisée, tout en permettant, là où il y aurait difficulté de lecture ou équivoque possible, l'examen et le contrôle du texte original.

 Mais la transcription effectuée par Luquet ne permettant pas de reconstituer le manuscrit original aujourd'hui disparu, j'ai scrupuleusement recopié son texte dactylographié (même là où j'ai des raisons de penser que sa transcription est inexacte) à l'exception suivante: dans certains cas, Luquet avait noté à la main, en marge de sa transcription, que tel mot - chiffré ou non - lui semblait erroné et qu'il avait jugé bon de le rectifier. J'ai alors toujours rétabli le texte original, tel que Luquet l'indiquait.

 Luquet avait transcrit en lettres majuscules soulignées les lettres initiales et les mots qui dans le manuscrit original étaient tracés en hiéroglyphes. Je les ai transcrits en majuscules italiques en respectant sa disposition typographique lorsque certaines lettres étaient placées au-dessus de la ligne.

 Afin de faciliter les références à des passages spécifiques du texte, j'ai ajouté [entre crochets carrés] une numérotation aux 125 questions et réponses que comprend le manuscrit primitif du grade d'Apprenti.

 Mais - à la différence de Luquet - j'ai choisi de ne pas insérer dans le texte de ce qui constitue la première partie du premier cahier du manuscrit original, les ajouts des renvois que Luquet dit se trouver dans sa seconde partie. En effet, la distinction faite par Luquet entre renvois de première ou de seconde période, en fonction de la présence ou de l'absence du signe \, est contredite par la transcription même de Luquet : on voit aussi bien les nombreux renvois qu'il indique être de seconde période, ne comporter aucun signe \, alors que le seul renvoi à comporter ce signe à trois reprises (le premier "Discours pour une Réception d'Apprenti" [39+]), est indiqué par Luquet lui-même comme un renvoi de première période.

 Mon choix ne facilitera peut-être pas la lecture de ces renvois. En contrepartie il me semble avoir l'avantage inappréciable de permettre la lecture d'un trait de ce qui était - j'en suis presque convaincu - l'état primitif d'un rituel authentique de langue française, à une époque que nous allons maintenant brièvement tenter de préciser.

QUELLE DATE ATTRIBUER À CE RITUEL?

 Un élément donne à ce sujet une indication précieuse : on verra dans ce rituel (D et R 26-27) qu'il est fait mention d' “un mot de passe en qualité d'Apprenti”, et qu'une allusion à ce mot se retrouve à la clôture des travaux (D et R 120-121).

 Les mots de passe maçonniques ont fait l'objet d'une étude intéressante par le Brigadier A.C.F. Jackson, il y a une vingtaine d'années (AQC 87, 1974, pp. 106-131). Il y rappelle que c'est dans L'Ordre des Francs-Maçons Trahi (1745) qu'on trouve (p. 99) la première mention imprimée connue d'un Mot de passe pour chacun des trois grades, et qu'elle y est accompagnée du commentaire suivant :

 Ces trois Mots de passe ne sont guères en usage qu'en France, & à Francfort sur le Mein. Ce sont des espèces de Mots du guet, qu'on a introduits pour s'assurer d'autant mieux des Frères que l'on ne connait point.

 Le Brigadier Jackson avait donc demandé au Frère (Prof. Dr.) Karl Demeter qui, en 1967, avait publié une histoire de la très ancienne Loge L'Union (Die Frankfurter Loge zur Einigkeit 1742-1966) de Francfort sur le Main, des renseignements à ce sujet. Dans sa réponse reproduite dans l'article d'AQC, p. 108, le Frère Demeter indiquait qu'il lui avait été impossible de trouver des informations concernant les mots de passe dans les archives de sa Loge, qui avaient appartenu à l'historien Kloss avant d'être aujourd'hui préservées dans la bibliothèque du Grand Orient des Pays-Bas.

 Pourtant Kloss avait publié en 1842 un livre intitulé Annalen der Loge zur Einigkeit..., réimprimé en fac-similé en 1972, dans lequel on trouve des renseignements du plus haut intérêt concernant l'époque et les circonstances dans lesquelles les mots de passe apparaissent en Maçonnerie. Le 30 janvier 1745, l'Union de Francfort recevait une lettre de la Loge Aux Trois Globes de Berlin, datée du 19 janvier précédent, dans laquelle des "mesures de précaution" étaient proposées par les Frères berlinois. Elles consistaient en "des signes et des mots maçonniques supplémentaires" qui furent immédiatement adoptés par les Frères de Francfort, qui décidèrent de suggérer leur adoption aux Loges avec lesquelles ils étaient eux-mêmes en correspondance (Annalen, pp. 14 & 15).

 Ces indications confirment celles du Trahi, et notre rituel date, à mon avis,de 1745 au plus tôt (Luquet écrivait “au plus tard”), année au début de laquelle la correspondance entre Berlin et Francfort signale l'invention des mots de passe, et au cours de laquelle non seulement le Trahi, mais encore une autre brochure non moins intéressante, Le Sceau Rompu, furent publiées. On se rappellera que dans sa présentation du manuscrit, Luquet signalait “une ressemblance étroite et souvent textuelle” avec cette seconde brochure.

lire le rituel de LUQUET : link

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12 octobre 2009 1 12 /10 /octobre /2009 10:14

Le Rite français, descend presque en droite ligne des premiers rituels anglais introduits après 1730 en France.

 Une tentative de reconstitution historique permet d’aborder le sujet.

En Angleterre au XVIIIe siècle les loges se réunissent autour d’une table, à l’étage d’une taverne ou d’un établissement similaire. Le Vénérable Maître siège à une extrémité et les deux surveillants à l’autre extrémité. Ce sont les seuls officiers dignitaires de la loge et là ils en sont les représentants aux tenues de Grande Loge où ils votent librement en fonction des intérêts de la loge. Les cérémonies proprement dites sont brèves et l’essentiel du travail maçonnique consiste en répétitions des catéchismes. Tous les membres arrivent ainsi à connaître le rituel par coeur. Cette mémorisation trouve sans doute sa source dans le fait que l’art de la mémoire est vivace dans une société où la Bible est très bien connue. Complémentairement les locaux de la loge sont mal éclairés, les frères n’ont pas une grande habitude de la lecture et les lunettes indispensables à partir d’un certain âge sont rares et chères.

Comment et où les fondateurs de la Franc maçonnerie française ont-ils été reçus Francs-maçons ? Nul n’a de réponse à cette question. Pas plus que nous ne possédons le moindre indice quant aux rituels en usage. Masonry Dissected  va être traduit en français avant 1738, et circule sous le manteau à Paris. En 1745, Les Franc-maçons trahis et le secret des Mopses révélé présente un rituel complet pour les trois degrés. Cet ouvrage et toutes les divulgations françaises qui vont suivre seront finalement codifiés par le Grand Orient de France quelques années avant la révolution de 1789. Le rite français sera publié par Roëttiers de Montaleau, Grand Vénérable du Grand Orient de France en 1801, sous le titre de Régulateur du Maçon.

Entre 1738 et 1801, la Franc-maçonnerie en France et en Europe va abandonner son rituel d’origine britannique pour établir un système purement français. Les raisons en sont multiples et provoquent un changement fondamental dans l’approche de la Franc-Maçonnerie. Au XVIIIe siècle, la Grande Loge d’Angleterre se considère comme la Mère Loge du monde et elle insiste pour que toutes les loges en Europe et d’ailleurs reconnaissent sa souveraineté. Elle n’intervient pourtant en rien dans le fonctionnement des loges qu’elle crée ou qui s’affilient à elle. Elle estime que toutes ces loges travaillent comme celles de Londres. Comme il est interdit de mettre sur papier les rituels, les mots et signes de reconnaissance, elle suppose que ceux-ci sont connus et semblables aux siens. C’est donc la mémoire des premiers fondateurs de loges en France sur lesquels repose l’usage correct des rituels. Alors même qu’un autre obstacle se dresse : les traductions d’anglais en français. Elles ne peuvent être effectuées par des traducteurs professionnels, pour autant qu’il y en ait eu qui soient Francs-maçons. Aussi les traductions du vocabulaire purement maçonnique sont presque toujours très approximatives. On fait plus souvent appel à une analogie plutôt qu’à une traduction correcte et cette situation existe toujours aujourd’hui. Si cela ne suffisait pas, il se glisse une fausse interprétation fondamentale de ce qu’est la Franc-maçonnerie en Angleterre. Elle est supposée détenir des secrets très précieux. Ce qui est une grave erreur pour une institution dont le but essentiel est la charité envers ses membres. Aussi les premières loges en Europe qui prétendent être en possession des secrets de la Franc-maçonnerie acquièrent la réputation d’être une société secrète, ce qui est interdit dans la plupart des pays, et de posséder des secrets très précieux. Si on ne possède pas ces secrets on les invente et ainsi apparaissent de nombreux prétendus Hauts Degrés. La communication de ces secrets, dans l’esprit de la plupart des gens, représente des moyens de s’enrichir, soit par magie ou par des opérations alchimiques. Ces secrets ne peuvent donc être connus que par des personnes dignes de les recevoir. D’où la hiérarchie des grades pour permettre à la Franc-Maçonnerie de s’adapter à la société de castes qui règne en Europe. C’est ainsi que dès 1745 des grades supérieurs à celui de Maître Maçon apparaissent sous le nom d’Écossais. Ragon cite plus de 1 000 grades divers.

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10 octobre 2009 6 10 /10 /octobre /2009 20:06

« ... sixième grand maître de l'ordre maçonnique sous le titre de grand vénérable, était conseiller à la grande chambre, et jouissait comme magistrat de la plus honorable réputation. Il avait adopté avec enthousiasme les principes maçonniques. Président de la chambre des provinces du Grand Orient en 1787, il succéda, en 1793, au Frère Tassin, en qualité de président de la chambre d'administration : le FrèreTassin venait de périr sur l'échafaud révolutionnaire. Roettiers de Montaleau fut menacé du même sort; cependant il eut le bonheur, quoique suspect, de voir sa proscription se borner à une détention qui cessa en 1795. Son zèle pour l'ordre était tel que, du fond de son cachot, il dirigeait les opérations du Grand Orient. Il y eut toutefois un interstice de plusieurs années dans le mouvement de l'ordre maçonnique en France : les réunions paisibles des Frères ne pouvaient avoir lieu au milieu des passions. Enfin le calme reparut. Roettiers de Montaleau fut le premier à en profiter pour ranimer le zèle des maçons et des loges; il paya de ses deniers les dettes du Grand Orient : le feu sacré reparut à sa source. L'ingratitude n'est pas le vice des maçons. La grande maîtrise était vacante par suite de la lettre que le duc d'Orléans, grand maître de l'ordre, avait adressée, en 1793, au journal de Paris, et qui avait déterminé le Grand Orient à déclarer démissionnaire ce prince naguère fidèle à l'ordre. En 1796, le Grand Orient offrit à Roettiers de Montaleau la dignité de grand maître; il la refusa modestement, et n'accepta que le titre de grand vénérable, dont il se démit en 1804, assuré que Joseph Bonaparte, roi d'Espagne, frère de l'empereur, acceptait le patronat suprême. II fut installé en qualité de représentant particulier du grand maître. Le Grand Orient était la puissance reconnue de l'ordre en France ; mais il existait encore des débris de l'ancienne grande loge de France, qui menaçait de faire schisme. Roettiers de Montaleau voulait la paix, l'union, l'amitié, et pour parvenir à ce triple bien, il rapprocha les esprits, confondit en un seul tous les systèmes, et il eut la gloire, par un concordat passé le 28 juin 1799 entre ces deux puissances, de réunir au Grand Orient l'ancienne grande loge.

Une fête brillante célébra cette fusion longtemps inespérée. L'horizon maçonnique s'obscurcit de nouveau par les prétentions de quelques frères du rite écossais, dit du 33e degré à établir une contre-puissance. Le prudent Roettiers de Montaleau vit le danger, et résolut de le faire cesser. Par ses soins, son adresse, son esprit conciliateur et ses vues toujours pures, il concilia toutes les opinions et obtint le concordat du 5 décembre 1804 qui réunit ce rite au Grand Orient où il est depuis longtemps professé concurremment avec le rite français. Cette belle vie de notre illustre frère cessa malheureusement le 30 janvier 1807 ; Roettiers de Montaleau fut regretté de l'ordre entier. Le Grand Orient lui fit faire des obsèques magnifiques dans l'église de Saint-Sulpice ; il y assista en corps ainsi que les vénérables et députés des différents ateliers de l'orient de Paris. C'était le premier hommage de ce genre que le Grand Orient rendait à son chef. »

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