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27 février 2010 6 27 /02 /février /2010 00:20

LES ORIGINES HISTORIQUES DU RIT MODERNE

Il n'y a jamais eu de Loges ni de Francs-Maçons au Moyen-Age. Les maçons, mortelliers et tailleurs de pierre, étaient groupés en guildes et corporations qu'on appelait le Métier.

Ils travaillaient dans des baraques provisoires, nommées loges en France, « bauhutte » en Allemagne.

Les différents métiers regroupés sous le titre générique de Maçons entraient dans la Guilde en prêtant serment sur les Saintes Ecritures. Ce serinent sanctifiait leur engagement de respecter leurs devoirs envers leurs employeurs, leurs collègues et les femmes de ces derniers, rien de plus. Les savetiers, les bouchers, les serruriers prêtaient identiquement serinent et il n'y a pas de secret ésotérique dans tout ceci.

Aucune Loge de Francs-Maçons -dans le sens d'assemblée d'hommes n'a existé avant la Renaissance, période où le pouvoir de l'église commence à régresser, tant sur le plan spirituel que sur le plan temporel.

C'est alors, au 17e siècle, et exclusivement au Royaume-Uni composé de l'Ecosse, de l'Angleterre et de l'Irlande, qu'apparaissent des Loges de Francs-Maçons, au sens où nous l'entendons.

Conglomérat hétéroclite d'anciens ouvriers du bâtiment, de bourgeois et de notables, vaguement fédérés dans des Grandes Loges locales ou provinciales. Cette institution aux principes religieux et moraux articulés autour de l'allégorie du Temple de Salomon, est profondément restée catholique, malgré les innovations anglicanes d'Henry VIII.

Des documents provenant de ces siècles anciens existent. Ce sont les très catholiques « Old Charges « : Anciens Devoirs.

Jusqu'à la naissance de la Grande Loge de Londres, il n'est jamais question d'initiation ni de symbolisme, mais bien d'emblèmes et d'une cérémonie de réception, dont le point essentiel est la communication secrète du mot de Maçon (Mason's word).

En 1717, sous l'impulsion de quelques Frères TOUS protestants et membres de l'Académie des Sciences (Royal Society of Sciences), donc influencés par les travaux scientifiques d'Isaac NEWTON, se forme la Grande Loge de Londres par la fédération de quatre Loges de cette ville. Ces fondateurs sont très différents des Maçons catholiques et petits-bourgeois qui peuplent les vieilles Loges du Royaume-Uni. Ils sont protestants, remuants, cultivés et convaincus. Et ils font aussitôt du neuf dans le cadre vermoulu de la vieille institution maçonnique. Ils sont, en effet, menés par DESAGULIERS, un homme intelligent et déterminé. Très vite, un certain nombre de Loges se rallient à la nouvelle organisation. Mais les choses ne se passent pas très bien avec les vieux Maçons catholiques et d'Irlande qui, d'abord, critiquent les nouveaux-venus et ensuite deviennent mauvais. La source, à partir d'ici, est l'ouvrage de base extraordinaire, en langue anglaise, de Bernard JONES, qui fut membre pendant 44 ans de la Loge « Ars Quatuor Coronati «, ouvrage préfacé par le célèbre historien J. Héron LEPPER, bibliothécaire et curateur de «Freemason's Hall » de 1943 à1952. Nos dires sont donc contrôlables au chapitre 12 du livre «Freemason's Guide and Compendium».

La Grande Loge de Londres s'est formée en 1717. Une Grande Loge rivale fut fondée en 1751, soit après 34 ans de critiques acerbes.

Les adhérents de cette Loge rivale, croyant qu'ils pratiquaient une forme plus ancienne et plus pure de maçonnerie, se sont appelés eux-mêmes les Antients. Et, pour se moquer d'eux, appelèrent les tenants de la Grande Loge de Londres, formée récemment, les « MODERNS ». Cette épithète est restée. Le nom exact de l'obédience de 1751 est « La Très Ancienne et Honorable Société des Maçons libres et acceptés ».

Ses destinées sont rapidement prises en mains par Laurence DERMOTT, un peintre irlandais de 32 ans, homme d'une grande qualité et d'une indomptable énergie. Dermott se met aussitôt à rédiger une Constitution et la publie en 1756. Ce document s'intitule curieusement « Ahiman Rezon », ce qui veut dire à peu près en hébreu : le «Guide secret du Frère ». Dermott explique clairement dans son ouvrage que ".. les Loges sont les seuls séminaires où l'homme peut entendre, comprendre et apprendre ses devoirs envers Dieu et aussi son prochain" .

Ce qui nous intéresse dans cette aventure, c'est de savoir pourquoi les Antients; en voulaient tellement aux Modems, dont les idéaux de tolérance et d'ouverture intellectuelle et religieuse nous sont connus par les Constitutions d'Anderson de 1723 et surtout de 1738.

En effet, l'édition de 1738 des Constitutions, dans le texte révisé de l'article 1er des Obligations du Maçon, entérine et donne force de loi à un usage qui s'est répandu comme une traînée de poudre tant en Angleterre que sur le Continent. Si la version de 1723 de l'article 1er des Obligations est déjà oecuménique dans son esprit et dans sa rédaction parfois ambiguë, le contexte du document, et en particulier sa longue introduction pseudo-historique, démontre sans équivoque, qu'il s'agit d'un oeucuménisme chrétien, réservé aux seuls tenants des diverses «dénominations « chrétiennes et excluant expressis verbis les athées, les libertins et les musulmans.

Dans la réalité des faits, dès le tout début de l'Ordre Moderne on trouve des traces indiscutables de la présence de Juifs et de « Mahométans » dans certaines Loges anglaises répandues à travers le Commonwealth et sur le continent.

Le nouveau texte de 1738 entérine donc un état de fait et une évolution des esprits qui débordent le cadre restreint et chrétien du projet initial des fondateurs. Tous les monothéismes sont donc désormais concernés. Cette ouverture élargie du compas andersonien se manifeste par la précision apportée dans la rédaction de l'article 1er des Obligations

"... en véritable noachide".

L'Ordre Moderne concerne désormais tous les descendants de Noé, les tenants des trois grands monothéismes: le Christianisme, l'Islam et le Judaïsme.

Dans les cinquante années qui suivront, certaines branches de l'Ordre Moderne verront affluer nombre de rationalistes voire de sceptiques qui côtoieront des ateliers de mystiques et de kabbalistes.

Il faut bien admettre que les Modernes commettent des erreurs entre 1717 et 1751.

Et les Antients publient un document de vifs reproches qui nous concerne, car il reprend toute la liste des griefs des Antients à rencontre des Modems.

Ce qui va nous permettre de bien saisir toutes les différences qui séparent ces deux formes Le Maçonnerie et ces deux rites.

Quelles sont ces accusations à l'encontre des Modernes ?

1. Entre 1730 et 1740, les Modernes ont interverti les mots de reconnaissance traditionnels des 1er et 2me degrés, c'est à dire l'ESSENCE MEME de la réception dans l'Ordre ainsi qu'en témoignent tous les manuscrits relatifs au Métier depuis la Renaissance.

Ce point précis, qui est tout à fait capital, sera développé immédiatement après l'énumération des griefs reprochés par les Antients aux Modems.

2. Les Modernes ont supprimé les prières en Loge. L'ancienne Maçonnerie, en effet, invoquait et continuera d'invoquer très longtemps, le Christ, la Vierge et nombre de Saints lors de l'ouverture de ses travaux, restés très catholiques.

3. Les Modernes ont déchristianisé les rituels. Les catéchismes démontrent que les rituels originaux possédaient un caractère chrétien affirmé, de même que les Constitutions d'Anderson de 1723 (hormis le chapitre des Obligations).

4 . Les Modernes ont ignoré et négligé de fêter les Saints, c'est-à-dire qu'ils ont tenu leurs banquets à des jours différents des deux Saint-Jean.

Cette coutume constituait un véritable « landmark « pour certains Maçons Antients, qu'ils perpétuent du reste de nos jours.

5. Les Modernes ont négligé, dans certains cas, de préparer les candidats de la manière accoutumée.

6. Les Modernes ont abrégé les rituels et ont, en particulier, négligé les catéchismes attachés à chaque degré.

7. Les Modernes ont cessé due réciter les Anciens Devoirs lors des initiations.

Ces Antients Devoirs étaient devenus sans objet dans le Nouvel Ordre Moderne, et leur omission était sans doute justifiée. Mais les Antients voient en cela un nouvel outrage des nouveaux venus.

8. Les Modernes ont introduit l'austérité dans les cérémonies en ayant notamment supprimé l'épée lors des initiations, sauf en ce qui concerne le couvreur extérieur qui porte l'épée.

On ne sait pour quel usage les Antients portaient l'épée en Loge. Les Français modernes, par contre, en ont fait un usage rituel particulier et essentiel de leur RIT. (cfr. les gravures de LEBAS (1745) notamment le 3ème degré).

9. Les Modernes ont laissé tomber en désuétude la cérémonie ésotérique d'installation du Maître, bien que certaines de leurs Loges continuent de la pratiquer.

Cette cérémonie était obligatoire chez les Antients, pour accéder au degré ultérieur de l'Arche Royale; degré que les Modernes n'accepteront de reconnaître que très tardivement.

10. Les Modernes se sont éloignés de l'ancienne manière d'arranger la Loge, notamment la position des trois grands luminaires, les rituels d'ouverture et de fermeture et la place des surveillants en Loge.

11. Les Modernes ignorent la fonction de diacre. Cette fonction est typiquement « Antienne « et les Loges modernes qui, après 1809, ont elles aussi adopté des diacres, l'ont fait sous l'influence dominante des Antients.

Si l'on examine les reproches qui ne portent pas sur des points assez accessoires de cérémonial, on remarque que trois accusations concernent la cessation d'un comportement religieux chez les Modernes :

-la cessation des prières en Loge;

-la déchristianisation des rituels;

-la non-célébration des fêtes de Saint-Jean.

Ceci met en évidence un comportement très différent entre les deux rites, résultant de valeurs fondamentales différentes.

Mais l'accusation la plus grave et la plus essentielle qui fut considérée comme une véritable horreur par la plupart des Maçons même appartenant à la Grande Loge des Modernes, fut l'inversion des mots sacrés des 1er et 2ème degrés qui, de temps immémorial, étaient BOAZ pour les Apprentis et JAKIN pour les Compagnons.

Pourquoi cette inversion proprement sacrilège ?

On prétend et on écrit que les divulgations publiées à partir de 1730 et le souci d'empêcher l'entrée de profanes ainsi avertis en Loge, sont à l'origine de cette inversion. Ce n'est pas exact.

Voici ce que dit JONES, sur base des archives authentiques : en réalité, la Franc-Maçonnerie s'est répandue rapidement en France, en Irlande et en Ecosse. Des Frères, en provenance de ces pays, apportaient en Angleterre des idées qui n'avaient pas pris naissance sur le sol anglais. La Grande Loge de Londres s'est vu pénétrée, vers 1730, de nombre de Maçons non-affiliés à son obédience et réclamant l'admission dans ses Loges. A ses yeux, chacun de ces Maçons non-affiliés était irrégulier et, afin de rendre leur accès difficile voire impossible, la Grande Loge prit une décision très grave.

Elle procéda à rien de moins que l'inversion des mots de reconnaissance des 1er et 2me degrés et émit un véritable ukaze interdisant à ses Loges d'admettre à leurs travaux tout Maçon qui, étant non-affilié, se révélerait non-averti de ce changement.

La Grande Loge des Modernes procéda à cette grave altération de la tradition avec les meilleures intentions mais, suivant JONES, ce faisant, elle s'est rendue coupable d'une profonde erreur de jugement et, par la suite, a payé un prix très élevé pour cette faute. L'inversion fut considérée par ses propres membres et par la totalité de tous les autres Maçons comme une violation extrêmement grave d'un landmark existant de temps immémorial.

Et de plus, une stupidité sur le plan de la logique des fondements de tout rite maçonnique qui demeure celle du Temple de Salomon.

On a beaucoup discuté sur la position des colonnes « J « et « B «, afin de savoir si elles sont situées à droite et à gauche en entrant dans le temple, ou bien lorsqu'on regarde de l'intérieur du temple vers l'extérieur. Le 1er Livre des Rois de la Bible, Chapitre 7, versets 15-21, nous apprend que JAKIN est à droite et BOAZ à gauche. Ensuite, le même Livre des Rois, même chapitre mais versets 38-39, nous apprend que :

" Il plaça les bases, 5 près du côté droit du Temple et 5 près du côté gauche du Temple; quant à la mer (d'airain), il l'avait placée à distance DU COTE DROIT DU TEMPLE, AU SUD-EST. "

La droite est donc le Sud pour les Hébreux, c'est à dire là où siègent les Compagnons, sous la colonne « -J ».

Ceci est la Tradition hébraïque exprimée par la Bible.

Si besoin en était, Flavius Josèphe confirme ce fait en ces termes

" Salomon mit 5 des bassins sur le côté gauche du Temple

QUI ETAIT CE COTE REGARDANT LE VENT DU NORD et autant au Sud mais regardant vers l'Est. Antiquité des Juifs, Livre VIII, Chapitre III, 6.

Nous retiendrons de ceci que la vraie pratique moderne, antérieure à l'inversion, est le respect de la position correcte :

BOAZ est le mot de l'Apprenti

JAKIN est le mot de Compagnon

C'est dans la Bible. C'est dans les « Old Charges «. C'est la Tradition. Un dernier élément vient étayer le bien-fondé de notre position visant à rétablir l'emplacement correct des colonnes ainsi que les mots traditionnels des Apprentis (B) et des Compagnons (J), et cet élément est d'ordre « canonique » ou, si l'on préfère, légal sur le plan du droit maçonnique.

Le 12 avril 1809, la Grande Loge des Modernes, dont le Rit était suivi en France (y compris l'inversion des mots et des colonnes !) prend la décision suivante applicable à toutes les Loges relevant de sa juridiction et pratiquant ses rituels : « que cette Grande Loge accepte l'avis du Comité de Charité qu'il n'y a pas lieu de maintenir en vigueur ces mesures qui furent prises en l'année 1739 ou environ, concernant les Maçons irréguliers, et enjoint par conséquent à toutes les Loges de revenir aux anciens landmarks de la société.

« Ainsi donc, si ces dispositions n'eurent aucun écho en France ni en Belgique, c'est sans doute à l'anglophobie de la France napoléonienne que l'on doit la subsistance, de nos jours, d'un usage en totale contravention avec le bon sens, la Tradition et la loi maçonnique des Modernes.

VALEURS EXPRIMEES PAR LE RIT MODERNE

Le Rit Moderne est donc une construction et un système symboliques qui répondent à une logique interne cohérente. Pas plus qu'aucun autre moyen de communication conventionnel, il n'autorise l'absolue liberté d'interprétation.

Il repose en effet, sur un certain nombre de VALEURS qui sont celles des Maçons andersoniens ou modernes, au début du XVIII ème siècle britannique et français.

Notons que l'œcuménisme religieux fut inventé et réalisé par les Maçons deux siècles et demi avant le Concile de Vatican II.

Ces valeurs sont universelles et sont, à nos yeux, celles de l'Ordre Moderne tel qu'il fut conçu par DESAGULIERS; elles ne sont toutefois pas circonscrites à une époque restreinte qui serait celle des lointaines origines. C'est parce qu'elles sont universelles qu'elles nous concernent et concernent le Rit que nous pratiquons, DE NOS JOURS.

Toutefois, la transmission du Rit au cours des siècles ne s'est pas faite sans altérations notables, dues à de mauvaises inspirations, à des négligences, à des modes, à des ignorances, à des opportunismes politiques, à des alignements ou tout simplement à l'influence déterminante et dominante du prestigieux Rit Ecossais Ancien Accepté.

Il convient donc, pour notre Loge, d'analyser les composants du Rit Moderne originel à la lumière de l'esprit universel qui l'a inspiré, afin de connaître - à défaut de pouvoir le pratiquer - notre Rit dans toute sa pureté et sa haute signification retrouvées.

Nous venons de voir que la Maçonnerie spéculative moderne est née dans un milieu newtonien, sans aucun doute chrétien, mais saturé d'intolérance religieuse et avide de paix, d'universalisme et des lumières de la science naissante. DESAGULIERS veut donner à l'Europe une CIVILISATION NOUVELLE, reposant sur des valeurs nouvelles.

Les statuts tolérants de 1738, encore largement empreints de christianisme, permettront que se fréquentent rapidement en Loge les tenants des trois grands monothéismes. Sur le continent, agnostiques et rationaliste se joindront à leurs efforts, dès la fin du siècle. Car les seuls critères «modernes « sont: l'observance de la Loi Morale et la pratique de la Religion universelle.

Le mouvement maçonnique moderne de 1717, ou la « Nouvelle Maçonnerie », repose fondamentalement sur :

- l'ouverture aux autres, avec pour objectif le Centre de l'Union;

- la tolérance religieuse;

- le respect d'une Loi Morale non-confessionnelle;

- la déchristianisation des rituels « antients » au profit d'une conception à la fois vétéro et néo-testamentaire (et non plus exclusivement catholique) dont l'articulation est le Maître de la Loge, identifié à l'Etoile Flamboyante.

EXPRESSION DE CES VALEURS DANS LES RITUELS MODERNES DU DEBUT DU XVIIIème SIECLE.

1. La Loge « moderne « illustre le message des deux Testaments, et donc du Livre sur lequel les Maçons modernes prennent leurs obligations. La Loge joue un rôle pédagogique par la disposition des éléments qui la composent. Cet enseignement est dispensé comme celui des cathédrales. Il faut le déchiffrer, il faut ENTRER dans les données de cette géographie sacrée, articulée autour de l'Etoile Flamboyante.

2. La Loge est l'image du Cosmos, orientée dans les trois directions de l'espace. Elle est surmontée d'une voûte étoilée, soutenue par trois piliers. Ces piliers s'appellent: Sagesse, Force et Beauté.

(Références: documents de 1730, 1743, 1744, 1760, 1772 et 1801)

3. La Loge des Maçons se tient dans leparvis du Temple de Salomon, et non dans le Temple, dont l'accès est réservé aux seuls prêtres. Elle est donc à l'air libre, raison pour laquelle la voûte étoilée constitue sa sixième dimension. On n'utilisera donc jamais le mot TEMPLE pour désigner l'endroit où se réunissent les Francs-Maçons des trois premiers degrés.

4. Le porche du Temple de Salomon est soutenu par deux colonnes situées à l'Ouest (et une troisième à l'Est). Dans l'authentique tradition moderne, Jakin est la colonne de droite; elle est attribuée au 1er Surveillant et symbolise la Force. Boaz est la colonne de gauche; elle est attribuée au 2nd Surveillant, et symbolise la Beauté.

Ceci était de pratique courante avant 1730 (manuscrit Chetwode Crawley de 1700, manuscrit Trinity Collège, Dublin, de 1711). Quant au Manuscrit Chetwode Crawley de 1700, il contient un catéchisme dont est extraite la réplique suivante :

Question "Où se trouvent les mots ?

Réponse " Dans Rois 1, 7 à 21, et Chronique II, dernier verset.

Les deux colonnes décrites dans la Bible sont de même taille, de couleur identique et n'ont pas de « sexe » (cfr. les théories « ésotériques « d'un Oswald Wirth).

L'emplacement des deux colonnes, et par conséquent les mots des Apprentis et des Compagnons, furent inversés vers 1730-1740 par la Grande Loge de Londres (cfr. supra)

Cette inversion, anti-traditionnelle et pur non-sens symbolique, a été maintenue dans certains rites jusqu'à nos jours, QUOIQUE ETANT DESORMAIS SANS OBJET, la cause qui avait, en effet, plus ou moins « excusé « cette mesure administrative aberrante ayant depuis longtemps disparu. Cette inversion devrait donc être oubliée et la vérité historique et biblique restaurée dans la plénitude de ses droits, qui sont ceux de la Tradition Moderne d'avant 1730.

5. La troisième colonne, située à l'Est, est représentée indifféremment par l'Etoile Flamboyante ou par le Vénérable Maiître (cfr. tableau de Loge de 1751).

6. Soutenue par trois colonnes, ou piliers, la Loge est éclairée par trois grandes lumières qui sont, au Rit Moderne : le Soleil, la Lune et le Maître de la Loge. (Mentions explicites dans: Masonry Dissected (Prichard, 1730), Le Sceau Rompu (1745), Le Recueil précieux de la Maçonnerie adonhiramite (1786), Le Régulateur du Maçon (1801). Explication : « Comme le soleil préside au jour et la lune à la nuit, de même le Maître préside à la Loge pour l'éclairer. » Extrait des rituels du XVIIIème siècle.

La conscience du Maçon est donc éclairée, au Rit Moderne, par le soleil, par la lune et le Maître de la Loge (c'est-à-dire l'Etoi le Flamboyante dont il porte l'emblème sur son sautoir et qu'il incame dans la Loge).

Chacune de ces trois grandes lumières est représentée dans la Loge par une bougie placée sur un haut chandelier, qui éclaire le tableau de la Loge, condensé symbolique de cette dernière.

7. Emplacement des Trois Grandes Lumières : cet emplacement est décrit dans les rituels acceptés les plus anciens de 1696, 1700 et 1704 et est illustrée sans équivoque par les gravures des divulgations de 1744, 1745, 1751 et 1801, ainsi que parles fameuses gravures de Philippe LEBAS (1745) qui illustrent avec tant de précision la pratique du Rit Moderne en France.

Cette disposition est: NE, SE, SO. C'est-à-dire une équerre ayant comme base l'Orient et non l'Occident.

Cette tradition a été maintenue par la Grande Loge de Londres de 1717 à 1813, date de sa fusion avec la Grande Loge des Antients, fusion par laquelle ses pratique propres ont été absorbées par l'Obédience dominante. Nous démontrerons plus loin que l'usage britannique contemporain, et celui du R.E.A.A., qui consiste à désigner comme « Grandes Lumières « le Volume de la Loi Sacrée, l'équerre et le compas, provient de la Grande Loge des Antients, qui s'est développé après 1751 en réaction contre l'esprit du Rit Moderne.

8. l'Etoile Flamboyabnte et la lettre « G « L'Etoile Flamboyante est présente dès le 1er degré

(a) sur le Tableau de Loge, entre le soleil et la lune;

(b) sur le sautoir du Vénérable Maître, auquel elle est identifiée.

9.La position moderne des Trois Grandes Lumières définit, non plus le cycle solaire d'une journée ordinaire, mais bien LES POSITIONS DU SOLEIL LORS DE CHACUN DES SOLSTICES.

Le jour où le soleil se lève le plus au NE est celui du solstice d'été, correspondant à la Saint-Jean Baptiste; le jour où il se couche le plus au SO est celui du solstice d'hiver, correspondant à la Saint-Jean l'Evangéliste.

Le solstice d'été est le midi de l'année; le solstice d'hiver en est le minuit. Ceci éclaire la notion sacrée du travail maçonnique qui s'accomplit de midi à minuit, c'est à dire d'une Saint-Jean (Ancienne Loi) à l'autre (Nouvelle Loi).

Symbolisme trinitaire : si les deux chandeliers extrêmes représentent les deux Saint-Jean, le chandelier central au SE représente aussi le Christ. Cette tradition est, elle aussi, authentique, et l'assimilation des Trois Grandes Lumières aux trois personnes de la Trinité est une constante des Rituels anciens (sources : 1724, 1725, 1726, 1744 et 1801).

La lumière SE se représente la deuxième personne de la Trinité, les lumières du NE et du SO correspondant au Père et à l'Esprit.

On comprendra pourquoi, au Rite Moderne français, le tétragramme de l'Ancienne Loi ne puisse jamais être représenté à l'Orient, mais toujours à l'occident, c'est à dire du côté du déclin, de la «décroissance » biblique.

10. Les meubles de la Loge. Ce mot, « meuble « (latin: mobilis, anglais : mobile) désigne un objet mobile, c'est-à-dire qui peut être aisément déplacé pendant une cérémonie. Au Rit Moderne, les trois meubles sont: la Bible, l'équerre et le compas. En effet, ces trois objets rituels changeaient de place au cours de la cérémonie de réception, la Bible étant prise entre les mains du néophyte, l'équerre se trouvant placée sous son genou droit et le compas pointé sur son coeur. (Masonry Dissected (1730); Déclaration Mystérieuse (1743).

L'initiation étant une démarche par définition a-dogmatique qui s'accomplit en dehors de toute influence ou contexte religieux contraignant, la fonction moderne de la Bible ne peut être d'éclairer la conscience du Maçon, mais bien de donner une dimension symboliquement sacrée à ses serments.

Au Rit Moderne, la Bible est ouverte à l'Evangile ésotérique de Saint-Jean, le seul Evangile ayant ce caractère initiatique particulier.

Rien ne recouvre le Livre, si ce n'est parfois l'épée du Vénérable Meure, signe de l'indéfectible fidélité qu'N doit observer envers le contenu du message de Jean La Bible repose toujours sur le « plateau « du Maiître de Loge etjamais sur un « autel «, pièce de mobilier typiquement « antienne « qui n'a pas sa place dans une Loge de Francs-Maçons qui se tient au parvis du Temple.

Quant à requerra et au compas, il est difficile de comprendre leur transformation à d'autres rites et même à certain Rite moderne après 1813, en « lumières ».

Au Rit Moderne, ces deux outils jouent un rôle de premier plan dans les initiations aux trois premiers degrés français. Ils sont mobiles; requerra sert à ce que le genou droit du récipiendaire, dénudé, soit posé dessus lors de la prestation de serment. Le compas doit être appliqué sur la mamelle gauche, découverte.

L'impétrant prête de la sorte serment « dans la position de requerra », jambe gauche et jambe droite en équerre, et lui-même étant situé « entre équerre et compas », position traditionnelle du Maçon, qui trouve tout son accomplissement lors de l'élévation à la Meitrise.

Il n'est donc jamais question d'agenouillement au Rite Moderne.

(Cette posture relève d'usages en vigueur dans d'autres rites, notamment lors des rituels évoquant un adoubement chevaleresque où elle trouve sa pleine signification dans le nécessaire abaissement précédant l'élévation).

En 1813, La Loge de Réconciliation, fondée après la fusion des Antients et des Modems, a adopté la pratique du vainqueur de l'affrontement des deux Rits au Royaume-Uni, c'est à-dire le Rit des Antients. Leurs usages ont définitivement supplanté la logique solaire et non-confessionnelle qui était celle des Modernes. Les trois lumières deviennent la Bible sur laquelle s'appuient l'équerre et le compas entrelacés. Notre Loge a débattu de la signification que prend cet ensemble symbolique.

Il exprime la croyance religieuse typiquement Antienne selon laquelle tout travail maçonnique repose sur, et tire sa justification de la Parole Révélée par Dieu dans les Saintes Ecritures.

Les tentatives d'explication de type libre exaministe relèvent d'une casuistique indéfendable aux yeux des usages immémoriaux de l'Ordre. Nous constatons de plus, et tous les auteurs de même que tous les documents consultés l'attestent, que cet usage n'a jamais appartenu et ne correspond pas aux valeurs du véritable Rit Moderne. Il relève du système de croyances religieuses et des valeurs du Rit Antient qui l'a imposé à la fraction moderne qu'il a absorbée en 1813 ; Il constitue de nos jours un landmark du monde maçonnique anglo-saxon.

En conclusion : la Bible n'est pas une lumière, contrairement à l'enseignement du Rit Ancien, repris par toutes les Maçonneries «régulières», c'est-à-dire inféodées à Londres et à la mentalité anglo-saxonne.

Cet usage, imposé en 1813 par la Grande Loge Unie d'Angleterre, peut paraître comme contradictoire, illogique et dogmatique. Contradictoire et illogique car un livre est un objet matériel qui n'est pas destiné à répandre la lumière, alors que le soleil, la lune et l'Etoile Flamboyante sont des astres qui, par définition, remplissent cette fonction. Dogmatique, car la lumière qui, dans la logique ancienne, devrait émaner « spirituellement » d'un livre, est aux yeux de ses promoteurs Antients, la Vérité Révélée à laquelle tout Maçon régulier DOIT CROIRE.

On voit combien le Rit Moderne et le Rit Ancien diffèrent radicalement en esprit sur ce sujet comme sur bien d'autres.

On peut conclure de l'ensemble des points traités que la géographie sacrée de la Loge moderne du premier quart du XVIIIème siècle constitue un tout cohérent.

Son message est clair pour celui qui s'efforce de le saisir. Le Rit Moderne est une tentative d'articuler les traditions néo-et vétérotestamentaires autour d'un axe.

Cette fonction de pont entre les deux Testaments est assurée par l'Etoile Flamboyante, le Christ, le Maître de la Loge, le Soleil de midi, le Flambeau du SE.

Elle est essentielle, car elle dévoile à l'Apprenti un message qui, à d'autres rites, est réservé au Prince Rose-Croix (R.E.A.A.) ou au Maître Ecossais de Saint-André (R.E.R.)

Les colonnes sont l'emblème des fondations salomoniennes et hébraïques de l'Ordre, de même que le delta et le tétragramme mystique qui, placés à l'Occident, témoignent de leur décroissance.

Les Trois Grandes Lumières ont une fonction solaire et johannique (et solsticiale).

Le passage de l'Ancienne Loi à la Nouvelle Loi est assuré par l'Etoile Flamboyante, Grande Lumière de la Franc-Maçonnerie, qui appartient aux deux Lois.

Le Rit Moderne, de par sa cohérence et sa richesse et aussi de par son antériorité sur tous les autres Rlts, est l'un de ceux qui auraient dû le mieux transmettre les usages les plus anciens et les plus authentiques.

Il méritait, à ce titre, d'être protégé contre les innovations et les altérations de toutes sortes.

CARACTERISTIQUES DE L'ECOSSISME

Il est difficile, voir impossible, de traiter de la spécificité du Rite Moderne, sans établir de comparaison avec d'autres Rits pratiqués aujourd'hui, et notamment le Rit Ecossais Ancien Accepté.

En effet, de nombreux usages propres à ce Rit sont passés, au cours du XIXème siècle, dans le Rit Moderne belge, au point de conférer à ce dernier

UN CARACTERE SYNCRETIOUE A TRES FORTE COLORATION ECOSSAISE.

Ce Rit, pratiqué par des Loges du Grand Orient de Belgique, de la Grande Loge de Belgique et de la Grande Loge Régulière de Belgique, n'a conservé, en fait, que de rares usages du Rit Moderne des origines.

Il en a abandonné bien d'autres, parmi les plus essentiels et les plus spécifiques, pour les remplacer par des usages plus récents, sous prétexte d'universalisme et de déchristianisation. (Le Rit Ecossais Ancien Accepté est, en effet, le plus pratiqué dans le monde).

Exemples: -disposition non-johannique des piliers-chandeliers soit SE/SO/NO;

- les trois Grandes Lumières deviennent la Bible, l'équerre et le compas la Bible étant ouverte au Xllème Chapitre des Juges et non à l'évangile de Jean

- le tableau de Loge devient un espace "sacralisé" et n'est plus utilisé rituellement

- le delta et le tétragramme sont placés à l'Orient de la Loge (et non plus à l'Occident)

- Les Trois Grandes Lumières sont disposées sur un « autel »

- La Loge des Maçons est confondue avec le temple des prêtres.

Cet alignement d'une part sur un Rit dominant et, d'autre part, sur des exigences imposées par la Grande Loge Unie d'Angleterre dès 1813, a bouleversé la logique et la cohérence du Rit Moderne des origines.

Il aboutit à des pratiques divergentes, composites et dénuées de cohésion intellectuelle.

Il n'est donc pas inutile de retracer brièvement les caractéristiques du R.E.A.A.

C'est en 1804 que le Rit Ancien fut ramené en France des Amériques par le comte de GRASSE-TILLY. Il s'aggloméra aussitôt aux Loges écossaises déjà existantes et les termes « ancien « et « écossais « devinrent synonymes. C'est le Guide des Maçons Ecossais (1815-1820), page 31 et 32 qui, pour la première fois, mentionne la Bible, l'équerre et le compas comme étant les Trois Lumières de la Maçonnerie. Pratique que la Maçonnerie opérative, la Maçonnerie d'acceptation et la Maçonnerie spéculative modernes du XVIIIème siècle ont toujours ignorée.

Désormais aussi, le Vénérable Maître, le 1er Surveillant et le 2ème Surveillant occupent une position solaire NON-SOLSTICIALE, NON-JOHANNIQUE, c'est-à-dire qu'ils siègent respectivement à l'Est, à l'Ouest et au Midi.

Tout concourt donc, c'est bien évident, à privilégier le symbolisme vétérotestamentaire dans la Loge, et à en expulser toute référence néotestamentaire, donc chrétienne.

Les pratiques rituelles «anciennes» de l'Ecossisme diffèrent en profondeur de celles du Rit Moderne, de même que ses axiomes fondamentaux que voici :

- croyance au Grand Architecte du l'Univers;

- croyance en l'immortalité de l'âme;

- obligation de placer le Volume de la Loi Sacrée sur l'autel, sous l'équerre et le compas.

Remarquons que la profession d'une CROYANCE, notamment en l'immortalité de l'âme, devient une imposition essentielle du Rit, et que les Trois Lumières sont le Livre, l'équerre et le compas posés sur un autel situé dans un temple.

Nous ne sommes donc plus en Loge réunie au parvis, entre Maçons d'une Loge de Saint-Jean. Nous sommes dans un Temple, entre pratiquants d'un culte biblique.

INTRUSION DE L'ECOSSISME DANS LE RIT MODERNE

Le prestige d'un système à 33 degrés, l'attrait d'un contenu « chevaleresque «, des dénominations glorieuses y afférentes et la dimension universelle enfin de sa pratique, ont conféré au Rit Ancien Accepté un ascendant qui a influencé les autres Rits pratiqués en Belgique au cours des XIXème et XXème siècles. Qu'ils soient du reste moderne, écossais ou français.

Nous relevons notamment les pratiques suivantes, typiquement écossaises dans leur déroulement rituel pour ne pas dire liturgique :

- la Bible est placée sur un « autel »

- le serment se prête sur les Trois Grandes Lumières : la Bible, l'équerre et le compas

- on institue un allumage rituel des flambeaux, absent du Rit Moderne

- le traçage au sol du tableau du degré est remplacé par un déroulement d'un tapis devenu permanent et sacralisé

- la chaine d'union s'effectue mains dégantées, alors que les gants constituent l'habit du Maçon, au même titre que le tablier

- on procède à une extinction rituelle des flambeaux

- on supprime l'effacement du tableau.

Lors de l'initiation au premier degré :

- les candidats sont introduits dans un « temple »

- la consécration du candidat s'effectue debout, et non placé « entre équerre et compas »

- introduction de la phase controversée de la « petite lumière »

- serment sur Trois Lumières (Bible, équerre et compas)

- obligation de procéder à un interrogatoire sous le bandeau

Lors des initiations aux deuxième et troisième degrés :

Ces divergences feront l'objet d'un travail ultérieur, les différences entre le Rit Moderne authentique et celui pratiqué de nos jours étant trop nombreuses. Principalement, l'utilisation d'un mot substitué lors du troisième degré donnant lieu à une recherche ultérieure de la Parole perdue, alors que l'essence même du troisième degré au Rit Moderne est que le mot des Maîtres n'est pas perdu et n'a donc nul besoin d'être recherché ultérieurement.

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