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19 janvier 2010 2 19 /01 /janvier /2010 13:28

Mais qui est le Grand Architecte de l’Univers ?

Commentaires sur une singularité principielle

exclusive au Rite Français

Ce personnage fictif est le plus grand commun diviseur de la franc-maçonnerie universelle, cette autre fiction qui n’est au fond qu’une paresse de langage. Il y a des francs-maçonneries ; de même qu’il y a des compréhensions diverses et opposées du concept Gadlu. Symbole pour les uns, Dieu créateur pour les autres, vestige superflu enfin pour les derniers, qui sentent en lui « l’odeur du vase vide » chère à Renan.

A-t-on raison de mêler aussi étroitement des conceptions religieuses avec les modalités du système symbolique et didactique qu’est la franc-maçonnerie ? Dans leur énorme majorité, les diverses maçonneries qui s’exercent sur la planète identifient le Gadlu avec Dieu ; c’est ce que prétendent à tout le moins les tenants des trois religions du livre. Les Juifs avec Yaweh dit parfois Jéhovah ; les Musulmans avec Allah ; les Chrétiens avec Jésus, ou encore avec l’avatar chrétien de Yaweh, Dieu.

Notre Ordre n’est-il donc pas « un empire qui suit ses propres lois » ? La conception dominante qui prévaut dans les maçonneries « régulières parce que croyantes » nie avec constance cette affirmation. La franc-maçonnerie de type anglo-saxon est « un système de morale qui recourt à des allégories et à des symboles » pour propager son enseignement moral, essentiellement religieux et monothéiste. Seuls, quelques dizaines de milliers de francs-maçons hérétiques nient ce caractère fondamental, pour lui en substituer un autre, essentiellement continental, français et même parisien, dans le sillage récent des Lumières et inspiré par la Raison. Les opinions, valeurs et croyances y sont autres ; les deux systèmes, au mépris de leur Vertu suprême proclamée à tous vents qui ne saurait être que la Tolérance, ne se comprennent pas, ne se supportent pas, ne se parlent pas et même se combattent, au nom de la Fraternité des Hommes. Comprenne qui pourra ; laissons cela. Le divorce entre le discours et les actes est une fois encore consommé. Les hommes semblent être ainsi faits, « à l’image de Dieu » disent certains, ce qui est peu encourageant…

Revenons donc à ce pauvre Grand Architecte qui est encore toléré avec réticence par le groupe des maçonneries « libérales », c'est-à-dire celles qui réunissent des membres qui ne sont pas obligatoirement des croyants en quelque transcendance. Ce Grand Architecte est une nouvelle fois indiscuté par les uns, ignoré et combattu par les autres. A-t-il néanmoins un sens quelconque pour un franc-maçon du second groupe ? Un franc-maçon mécréant peut-il le supporter, le comprendre, l’adopter ? Le Gadlu est-il nécessaire ? Superflu ? Scandaleux ? Quelle est en définitive sa place dans une démarche initiatique, pour autant qu’il y en ait encore une ? Et puis, question essentielle, à quel titre serait-il associé à une démarche de cherchants, qui persévèrent et souffrent en espérant retrouver une Parole qu’ils disent perdue ? Parole de qui, perdue par qui, comment, quand, pourquoi ?

L’ouverture des Travaux, quelle que soit la solennité ou la sobriété mises à sa réalisation rituelle, prétend à une « rupture entre le monde profane et le monde sacré ». Ces mots sont déjà lourds de sens, et je leur préfère de loin ceux de « séparation entre la vie sociétale et la vie initiatique et symbolique ». Profane, en maçonnerie, s’oppose à initiatique, et non à sacré, domaine qui serait celui des religions, et qui n’est aucunement celui de la maçonnerie. Il existe là une confusion essentielle qui porte la responsabilité de bien des malentendus au sein de l’Ordre comme de l’Eglise.

Toutes les loges de tous les rites, à ma connaissance, procèdent à une recréation d’un univers restreint, d’une nature différente et secrète, observant d’autres règles partagées par les assistants, et instaurant un comportement de substitution, purement conventionnel voire ludique et quelque peu fantastique. Il n’est pas sans évoquer le « il était une fois » ou encore « et alors on dirait que toi tu es le roi et moi la princesse… ».

Les gestes, bruits, phrases, lumières, voire parfois les parfums créent ensemble un cadre conventionnel « autre » qui n’est pas sans évoquer le théâtre. Car il s’agit de jouer un rôle, et l’on sait qu’il est des comédiens qui se contentent d’exercer leur métier, consciemment et le mieux possible, tandis qu’il en est d’autres qui prétendent devoir être « habités » voire même « possédés » par leur personnage. Question purement psychologique, conditionnée par le tempérament et la relative clarté d’esprit de chacun.

Les trois coups sont frappés ; le tableau de loge dévoilé entre comparses ayant tous le même âge ; les Lumières allumées ; l’heure juste est venue ; la convention est installée selon les règles immuables, et le miroir est collégialement traversé.

La réalité commune nous habite les uns et les autres autour d’une idée centrale et partagée : nous construisons un Temple. C’est au-delà de cette constatation simple et convenue que commencent les problèmes. L’allégorie du Temple à construire est une vieille idée, qui se trouve déjà notamment dans la « Nova Atlantis » de Francis Bacon, qui précède de 50 ans le Misanthrope de Molière. De même que dans le « Summum Bonum » de Frisius, sans oublier la « Septimana Philosophica » de Maier. Une idée dans l’air du temps, point du tout originale.

Nos ancêtres d’avant 1717 reprennent cette image pour en faire un paradigme moral. Qui sont-ils ? Essentiellement des anti-papistes londoniens de fraîche date, si l’on considère Désaguliers, dont le père était un immigrant huguenot français, et Anderson, dont le père était un immigrant presbytérien écossais. Ils développent donc un support didactique « salomonien », destiné à mener vers Dieu ceux qui désirent aller à Sa rencontre par des voies plus personnelles que celles, dogmatiques depuis Nicée, de l’Eglise catholique romaine, démonétisée depuis Henri VIII. Mais ceci dans un cadre pluraliste, celui d’un Centre d’Union, bien éloigné d’un Centre d’Unité.

La rédaction de leur charte fondamentale—une compilation de textes réglementaires catholiques des quatre siècles précédents—est le fait d’Anderson, un besogneux généalogiste qui œuvre vers 1720-1722. Aussitôt après, les traces documentaires catholiques disparaissent bien à propos. Les adeptes de la méthode nouvelle sont dits freemasons, francs-maçons. Ils s’habillent et pensent « franc-maçon ». Tablier, gants de travail, outils et instruments divers, dessin du plan de travail posé à même le sol de la loge qui n’est aucunement le Temple, mais bien le Porche du Temple, ce bâtiment étant réservé aux ecclésiastiques de service, et non aux corps de métier constructeurs. Les maçons se réunissent dans le Porche ; il n’y a du reste pas de toit, entre les Colonnes et le portail, on y voit donc le soleil, la lune et les étoiles …

Leur président temporaire est un compagnon élu parmi les membres dits compagnons, qui devient master, maître.

Tout leur univers conventionnel, reconstitué avec minutie, évoque l’Art Royal de la Construction, royal car il fut celui de Salomon, devenu le maître de l’ouvrage depuis la mort de David ; Hiram Abif, ce fils d’un Tyrien et d’une veuve de la tribu de Nephtali, en fut le maître d’oeuvre, et les francs-maçons les compagnons ouvriers.

Dans une telle perspective, l’organigramme logique et complet s’établit comme suit : des ouvriers pour la taille puis la pose des pierres ; des maîtres pour l’encadrement et la présidence des travaux ; un architecte pour la conception et l’exécution du plan. Et par conséquent, un architecte pour le tracé du plan.

Il est impossible, irréaliste et profondément illogique d’imaginer un chantier, même fictif comme le nôtre, dont les plans n’auraient pas été tracés par un architecte. La planche à tracer des maîtres, utilisée journellement dans la loge, ne peut se substituer au Plan, à la Conception globale, à l’Intention. Imaginer un chantier sans architecte est un non-sens.

Mais il n’y a aucune obligation de transcendance dans une conception purement symbolique du travail maçonnique. S’il y eut une idée, il faut bien qu’il y ait eu un cerveau humain pour la concevoir. C’est tout.

S’il y a sur le chantier à la fois du personnel qualifié ( compagnons) et du personnel non qualifié ( apprentis), s’il y a des contremaîtres et des conducteurs de travaux (maîtres), s’il y a un Maître de l’ouvrage (Salomon) et un Maître d’oeuvre (Hiram), s’il y a un plan, il y a un architecte. Ou alors, tout l’édifice allégorique s’écroule et l’on joue à autre chose.

Les architectes de l’Antiquité et du moyen âge sont souvent connus ; Imhotep, architecte égyptien issu d’une longue lignée d’architectes, est même célèbre au point d’avoir été déifié. Le seul édifice antique qui se soit apparemment passé d’architecte est la tour de Babel. On connaît le sort qui lui fut réservé, car « la confusion se mit dans les travaux ».

On sait bien que le Hiram Abif de la Bible ( Rois et Chroniques) était un Thyrien, habile fondeur en métaux. Rien de plus qu’un artisan décorateur en quelque sorte. Un immigré fort doué, au service de Salomon, car jamais aucun nom d’architecte n’est avancé dans la Bible concernant le Temple. Comme s’il avait été édifié proprio motu. Les inventeurs du grade de Maître, vers 1725 et à Londres selon la tradition ( ?!), font d’Hiram un architecte, l’Architecte. Logique, il en faut bien un.

Si l’on examine maintenant ce grade très complexe, difficile à saisir pour un jeune maître, et même difficile à appréhender globalement pour un maître accompli, on débouche sur des constatations fort curieuses, dont l’interprétation ne sera pas partagée par tous, loin s’en faut. Prenons pour guide le troisième grade du Régulateur du Maçon de 1801 ( éd. A l’Orient, commentaires de Pierre Mollier, Paris, 2004). Le rituel couvre les pages 193 à 227. Quelques observations préalables à la conclusion sur le Grand Architecte de l’Univers :

--page 201 : « Le T.R. fait passer à sa droite, tout bas, l’ancien mot de maître J, qui doit lui revenir par la gauche ». Ceci est propre et exclusif au Rite Français, et indique très clairement que le mot n’est pas perdu avec la mort d’Hiram, que les maîtres du Rite Français le connaissent toujours, et qu’il sera donc tout à fait inutile de le rechercher (la Parole Perdue du REAA) comme cela se pratique dans des rites originaires de la maçonnerie dite des Anciens, c'est-à-dire d’Irlande et d’Ecosse.

--page 208 : « Ils avoient remarqué qu’Hiram visitoit tous les soirs les travaux »…Le drame est un crime de chantier ; il ne se produit pas dans le Temple [dans lequel des maçons n’auront du reste rien à faire lorsque la construction sera terminée. La loge, selon la tradition anglaise et française moderne, se tient dans le Porche, jamais dans le Temple lui-même].

--page 217 : « Ils se revêtirent de tabliers et de gants de peau blanche, pour témoigner qu’ils n’avoient point trempé leurs mains dans le sang innocent ». Voici donc pourquoi les gants ne doivent—ne peuvent !!—jamais s’enlever, ni pour faire la chaîne d’union sous le prétexte que « le fluide doit circuler », ni pour prêter serment. Cette habitude de se déganter est néfaste, profane, purement conformiste, spirite, dépourvue de toute signification symbolique, participe de la Contre Initiation selon Guénon, malgré ses prétentions naïvement sentimentales…On « sentirait mieux la fraternité » ainsi que l’affirment certains maçons friands avant tout d’émotion, en pressant des mains nues et moites… ?! L’enlèvement des gants maçonniques est une habitude déplorable qui élimine un élément symbolique essentiel et traditionnel, constitutif du grade de Maître Maçon, et le travestit au profit d’une habitude sociale, sentimentale et bourgeoise. Dans le même esprit de conservation du sens, un officier suisse de la garde papale prête serment au Saint Père mains gantées. Le Saint Office ne plaisante pas avec la symbolique chrétienne, même si la signification y est toute autre, bien entendu.

--page 218 : « Salomon…fit incruster dessus (le tombeau) un triangle d’or le plus pur, et fit graver au milieu du triangle l’ancien mot de maître, qui était l’un des noms hébreux du Grand Architecte de l’Univers ».

Nous y voici, et voici pourquoi le Gadlu est indispensable à l’exercice du Rite Français.

Le corps d’Hiram est inhumé dans un tombeau sur lequel figure l’ancien mot de maître, soit Jéhovah, qui est le nom du Gadlu, selon une corruption française classique de Yaweh.

Jamais, au cours d’une civilisation passée ou présente, on n’a vu ni on ne voit une tombe porter un nom qui ne serait pas le nom de celui qui s’y trouve enseveli. L’iconographie maçonnique des XVIIIe et XIXe siècles, non encore dégénérée, oubliée, méprisée, déviée, idéologisée etc. montre bien que la tombe est celle de Jéhovah, c'est-à-dire celle de Dieu. Or, qui donc est ce Dieu qui est enterré là ?

Le psychodrame nous le révèle, mais il faut le comprendre et on peut passer à côté du sens, ou pire, ne pas vouloir en saisir la portée.

Lorsque le candidat est frappé au front et couché dans le cercueil, il se substitue au maître assassiné, à Hiram, à l’Architecte du Temple. Il prend sa place, il devient l’autre, par un phénomène de « transsubstantiation symbolique ». Le nouveau maître prend la place de celui qui dirigeait le chantier ; il n’est plus dirigé ; il va devoir SE diriger ; Dieu est mort et l’homme est devenu Dieu. C’est en cette qualité qu’il est relevé et investi de tous les droits et devoirs du maître maçon.

Traduisons ceci en langage symbolique et maçonnique : le nouveau maître est devenu Jéhovah, soit le Grand Architecte de l’Univers.

Le sens réel de ce rite nécromancien, aux origines inconnues mais qui comporte des analogies nombreuses au cours de la longue tradition initiatique de l’humanité, est de faire de l’homme nouveau le responsable ultime, le concepteur et le créateur de sa propre destinée, mais aussi le responsable de l’édification du Temple de l’Humanité. Dieu a conçu l’Univers comme architecte ; il a besoin des hommes pour construire, ce que font ses francs-maçons. Mais lorsque ces maçons ont acquis la pleine maîtrise de leur Art, ils deviennent architectes à leur tour.

Dieu est donc mort. Sa tombe porte son nom. Le maître maçon a pris sa place, qui était vacante.

Si donc, le Gadlu est bien Jéhovah ; si Jéhovah est bien Hiram, et si Hiram est le nouveau Maître, et chacune de ces affirmations est dans le rituel, il faut bien accepter que, dans la symbolique maçonnique du troisième grade français, le Gadlu soit chacun des frères maîtres.

Alors, travailler « à la gloire du Grand Architecte de l’Univers » ne revient-il pas à honorer l’Homme nouveau, celui qui s’est substitué aux dieux, afin de construire le monde des hommes indépendants et autonomes ?

La tradition française des origines.

Les neuf Lumières d’Ordre sont disposées en équerre, la base étant à l’Orient, et non à l’Occident, comme le font les Anciens et leurs dérivés.

Pour passer de l’équerre au compas, on franchit Hiram / Jéhova par trois pas.

 La tradition française requiert que pour les deux premiers pas , un seul pied soit posé sur le sol le deuxième étant maintenu en l’air, la jambe étant pliée en équerre.

Ces trois pas de maître s’ajoutent aux trois pas de compagnon, qui suivent les trois pas de l’apprenti. Le tout produit le nombre 9, qui est celui du maître.

Seul le Rite Ecossais Rectifié a, de nos jours encore, strictement maintenu cette tradition française des origines, qui repose sur la multiplication graduelle par trois du nombre symbolique trois.

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commentaires

maçon en carton 25/05/2013 01:30

Après quelques recherches j'ai trouvé la réponse, je me demandais comment un frère pouvait dévoiler un rituel, en fait c'est bien simple, confondu, ce n'est pas un frère il en a lui même donné la preuve.

Confusément,
Très cher profane

Paul 20/01/2010 09:56


Tres interessante planche, surtout pour ceux qui comme moi pratiquent le rite français à la GNLF, de la diversité né la compréhension...


MONTALEAU 21/01/2010 21:28


C'est l'objectif de ce Blog, l'unité d'un rite dans sa diversité.
Très Fraternellement


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