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24 février 2010 3 24 /02 /février /2010 12:56

Jusqu’à la Révolution de 1789, les actes de la vie civile, en toute matière, étaient empreints de religiosité ; le travail le plus humble était prière, et les outils les plus divers faisaient montre de la dédicace que l’homme sacré faisait à Dieu de son effort. C’était au temps où la société civile et la société religieuse ne faisaient qu’un, où tout baignait dans une toute puissante théocratie, « temps béni » dont Guénon garde une émouvante mais contestable nostalgie.

Sans remonter au moyen âge, durant toute mon enfance, les frères des écoles chrétiennes obligeaient leurs élèves à tracer la suscription J.M.J. ( Jésus-Marie-Joseph) en tête de tout devoir, de toute interrogation, de toute correspondance. Chez les pères de la Compagnie de Jésus, la dédicace des mêmes écrits, pareillement imposée sans que la moindre exception fût tolérée, se lisait A.M.D.G. (Ad Majorem Dei Gloriam). C'est-à-dire, non pas « à la plus grande gloire de Dieu », « ad Maximam Dei Gloriam », mais bien « à une gloire de Dieu encore plus grande », nuance exprimée par l’emploi du comparatif et non du superlatif, car il s’agit, pour les Jésuites et leurs disciples, de faire progresser cette gloire dans toutes leurs œuvres quotidiennes.

Cette dédicace imprégna les mentalités de générations, et l’on ne sera pas surpris de la trouver telle quelle en tête de documents maçonniques importants, au XVIIIe siècle, bien que l’habituel ALGDGADLU soit plus répandu. Deux exemples de cette pratique peu connue : un rituel inédit de Rose Croix, daté de 1765 et qui n’est pas celui publié par Naudon dans ses « Hauts Grades », commence comme suit :

Par la permission et brevet accordé par le Très Sage Frère Souverain Roze-Croix D’humainbourg envoyé au Souverain Prince D’Hérédon et de Roze-Croix, le Très Excellent et Parfait-Maçon…

1765

Ad Majorem Dei Gloriam

Le second exemple est plus tardif, puisqu’il date de 1817, mais il émane d’un personnage très illustre, puisqu’il s’agit du comte de Grasse, marquis de Tilly soi-même. La célèbre patente par laquelle ce dernier institue à Bruxelles un deuxième Suprême Conseil concurrent éphémère du premier, commence de la façon suivante :

Universi terrarum orbis architectoris gloria ab ingentis

ORDO AB CHAO

AD MAJOREM DEI GLORIAM

Sous la voûte céleste du Zénith correspondant au 48e degré 50 min. 14 sec. Latit. Nord. A l’orient des Puissants et Souverains Grand Inspecteurs Généraux pour les possessions françaises de l’Amérique, 33e et dernier degré du Rite Ecossais Ancien et Accepté

Salut, Force, Gloire, Honneur

Nous, Alexandre-François-Auguste comte de Grasse de Rouville, marquis de Tilly, des Princes etc…

Dans les prières du XVIIIe siècle français, comme dans toute la réalité chrétienne de l’Europe des Lumières, le thème de la Gloire de Dieu revient sans cesse. Il est bien davantage question de sa Gloire que de sa Compassion, de sa Protection, de sa Justice, de sa Puissance, de son Amour.

La gloire de Dieu rayonne au cœur de toutes les manifestations de l’Eglise triomphante et toute-puissante, au lendemain d’une Réforme à la triste figure. La Contre Réforme se défoule avec passion et ostentation : l’architecture redouble d’audace et de splendeur, avec une profusion d’ornements parfaitement profanes et mythologiques qui trouveront leur chant du cygne dans le très contestable rococo allemand ; la sculpture de la Contre Réforme est hyper expressive et traduit en des attitudes extatiques l’accomplissement des Vertus chrétiennes et l’horreur du Vice ; la peinture exprime des valeurs identiques dans des fresques plus colorées que jamais et dans un style cette fois agressivement contestataire ; la musique envahit le temps sacré des offices en y introduisant l’opéra et le bel canto, avec leur esthétique redoutablement efficace. Toute la société participe à la dynamique du renouveau catholique en un besoin d’expressivité et de symbolisme, où la prière s’incarne dans les volutes et les colonnes de l’architecture, dans les gestes et attitudes de la statuaire, dans les compositions puissamment asymétriques des tableaux allégoriques et dans les accords d’une majestueuse audace des messes d’un Mozart ou de la Création d’un Haydn.

Tout est prière dans cette société que le bouillonnement de ses forces conduira néanmoins inéluctablement des Lumières de l’Esprit vers les ténèbres de la Terreur.

Cette société prie en tous lieux et en tout temps. La journée de travail, qui commence au lever du soleil et se termine au crépuscule, est ponctuée de temps d’arrêt obligés consacrés à Dieu ; ils vont de matines à laudes, et des vêpres à complies, en passant par l’angélus. Précisément, le célèbre « Angélus » de Millet illustrera naïvement cette dédicace faite par la famille paysanne à Dieu. On prie le matin en se levant. On prie le soir en se couchant. On prie avant et après les repas. On prie à la ville, on prie aux champs qui sont constellés de millions de chapelles et de potales, dans tout l’Occident et l’Orient chrétiens. Tout est prière, et même les outils des manouvriers et compagnons en portent la marque. (Illustration d’un compas de Compagnon marqué Jésus Marie Joseph).

La prière des XVIIe et XVIIIe siècles est bien entendu soit individuelle, soit collective.

La prière individuelle est pratiquée dans la plupart des religions. D’autres connaissent son approximatif équivalent, la méditation. Elle est, en Occident chrétien, pratiquée par toutes les classes sociales, la grande préoccupation de chacun étant de s’assurer son salut éternel. Cette préoccupation universelle assura la fortune des Templiers ; quatre siècles plus tard, elle anima encore les incessantes recherches d’un Jean-Baptiste Willermoz à la fin du XVIIIe siècle. Les raisons de s’adresser à Dieu, quel que soit par ailleurs le nom que l’on lui donne, sont innombrables. Dieu est considéré comme une personne, ou comme une Volonté toute puissante qu’il y a moyen de circonvenir et avec laquelle on entre en relations par le truchement de la prière ; on lui témoigne son respect, ses regrets, ses espoirs, sa reconnaissance, etc. On demande à Dieu, dans un dialogue singulier et silencieux, tout ce que l’impuissance humaine ne peut obtenir sans son secours. On vise à infléchir voire même à contrarier la volonté divine, au besoin par des offrandes qui requièrent, espère-t-on, la réciprocité.

La prière maçonnique appartient au genre de la prière collective. Elle n’est pas de nature quémandeuse ; elle est d’abord traditionnelle et se trouve associée aux plus anciennes pratiques de la maçonnerie. Il n’y a pas d’exemple, à ma connaissance, de prière maçonnique destinée à être prononcée à son profit exclusif par un individu seul. La prière maçonnique est dite en loge, presque toujours par le Maître de Loge en chaire ou par un Officier commis à cet office, tel le chapelain. Elle est souvent associée à la chaîne d’union depuis que cet ancien rite fut retiré de la salle des agapes pour être introduit parmi ceux accomplis en la loge. Mais elle est dite aussi à l’entrée et à la sortie des agapes, afin de marquer la différence entre un repas bourgeois et purement convivial et une agape partagée « par une société de frères » partageant entre eux des secrets mystérieux…

Lorsqu’on examine les rituels qui nous sont parvenus, on s’aperçoit que les textes dits en loge au nom de tous ne sollicitent jamais une faveur matérielle, ne visent pas à un résultat pratique et concret, mais au contraire expriment d’une façon souvent élégante et synthétique les attentes et les souhaits de la communauté. Si les rituels se ressemblent dans leur déroulement cérémoniel et même dans leur phraséologie, s’ils comportent tous les épisodes essentiels qui font d’une initiation maçonnique ce qu’elle est, les textes des prières en revanche sont toujours différents d’une loge à l’autre. Il paraît donc plausible que ces textes aient été surajoutés localement pour exprimer ce que d’aucuns appellent « l’égrégore » de la loge. Néanmoins, certaines codifications, telle celles du Rite Ecossais Rectifié en 1782 et du Rite Ecossais Ancien et Accepté, dès 1804, incluent un texte « officiel » de prière maçonnique dans le dénouement rituel. Ce serait, semble-t-il, la consécration d’un usage établi par certains rites unifiés, mais cet usage n’est pas universel.

Les textes des prières dans la maçonnerie de « style français » sont individualisés, de même que les interventions lors des banquets, de même que les discours de bienvenue, les réponses à ces derniers, les santés dont certaines sont « d’obligation » mais d’autres ne le sont pas, les communications entre la poire et le fromage lors des « agapes », et forment un ensemble d’exceptions à la liturgie formelle et rigoureuse des rituels qui conduiront, sans doute, aux futurs « débats d’idées ». Totalement ignorés par les loges du XVIIIe siècle, ces derniers contribueront à l’évolution de la maçonnerie continentale au XIXe siècle.

Les prières maçonniques collectives s’adressaient en général, cela va de soi, au Grand Architecte de l’Univers, ce qui devait les rendre acceptables par les frères de toute croyance, bien qu’il y ait beaucoup à dire sur l’antisémitisme régnant dans les loges catholiques de France, qui n’a pas épargné Willermoz lui-même, alors que la maçonnerie protestante anglo-saxonne admettait dès ses débuts (voire même avant, nous allons le voir) les tenants de religions diverses. Mais ceci est un tout autre débat. Le Grand Architecte réunit ceux qui cherchent la Lumière, Lumière dont il est autant question dans l’Islam ou le Judaïsme que dans le Christianisme ; le symbolisme des termes allégoriques qui unissent, ainsi substitués à ceux qui divisent, met d’accord ceux qui refusent de donner à ces deux expressions un sens particulier, sauf en leur for intérieur.

Tous les « rites », ou futurs rites du XVIIIe siècle, ont recours à la prière , avec des intensités diverses, afin de se rappeler, lors de l’ouverture et de la fermeture des travaux, quels sont les liens qui unissent les frères de la communauté ; la prière place d’entrée de jeu ces liens sur un plan « métaphysique » et mettent en évidence le caractère sacré, ou à tout le moins spirituel, des réunions maçonnique.

Ils expriment les vœux des Frères qui composent la loge. Un thème souvent évoqué est celui de la gloire du Grand Architecte. Ce thème revient de façon récurrente à cette époque, raison pour laquelle nous l’avons écrit en grasses dans le choix de textes qui va suivre. Ce recours à la prière est-il général aux XVIIe et XVIIIe siècle ? Certains pensent que les prières sont habituellement dites dans toutes les loges françaises sous l’Ancien Régime, puisque ces dernières sont toutes, peu ou prou, peuplées de catholiques apostoliques et romains. Il n’en va certes pas ainsi, loin s’en faut.

De même que tous les serments ne se prêtent pas sur les Saintes Ecritures mais bien aussi sur les statuts de l’Ordre, de même aussi les prières ne sont-elles dites que dans certaines loges, et les éléments statistiques font encore défaut qui pourraient en établir la proportion. Mais le nombre de loges où l’on ne prie pas et où l’on ne jure pas sur la Bible semble plus important que prévu. L’échantillon réduit et non représentatif de textes qui suivent ne permet pas de tirer une conclusion définitive à ce sujet, mais il permet au moins de constater que, hormis la Règle que se donne librement une communauté initiatique, il n’existe pas de modèle irrécusable en franc-maçonnerie, et que la plus aimable et la plus diverse des libertés préside aux choix des maçons du XVIIIe siècle.

Le bon L. Guillemain de Saint-Victor déplore cette évolution dans son célèbre « Recueil précieux de la Maçonnerie adonhiramite », publié en 1787, deux ans avant la prise de la Bastille. « L’ouverture d’une loge n’est autre chose que le consentement unanime de commencer les travaux . Chez les anciens chevaliers , cette cérémonie se faisait par une prière à la Divinité. Cette maxime religieuse s’est perdue dans les différents troubles que la catholicité essuya. »

On vient en loge pour en retirer « profit et plaisir », comme disent naïvement et à bon escient les textes anciens. On y vient pour partager une fraternité conviviale, malgré la volonté de certaines nourrices sèches qui ambitionnent de transformer la Fraternité en « Ordre » voire en église. La base de la Fraternité est le maçon et la loge, qui confèrent provisoirement à des preneurs d’office qu’ils élisent, des tâches destinée à assurer le bien-être de tous. De même que tous les pouvoirs politiques émanent de la Nation, de même tous les « pouvoirs » maçonniques émanent-ils de la Loge. Ils ne représentent du reste rien de plus que l’autorité déléguée par les Frères afin que s’accomplisse la volonté collective, et leur seul et unique « pouvoir » est d’exercer cette dernière par mandat. Il est des loges sans obédience, il n’est pas d’obédience sans loges.

Les prières des francs-maçons ab origine.

La première trace écrite de prières collectives dites dans un contexte maçonnique remonte à fort loin. Lors de réunions occasionnelles de membres qui ne devaient pas nécessairement avoir des liens avec le métier de maçon, les loges anglaises lisaient des extraits des « Old Charges » qui comprenaient tout naturellement une prière d’ouverture, avant qu’on ne procède au reste de la cérémonie : remise des gants, repas, lecture des Old Charges, serment, communication des signes et mots. Le Pr. Jan Snoek a montré pour sa part qu’à la fin du XVIIIe siècle, les réceptions tant d’apprenti entré que de fellow craft ou master mason comportaient une prière d’ouverture et une prière de fermeture. Le beau poème en écriture gothique de 33 feuillets sur vélin, appelé « Le Manuscrit Regius ou Halliwell » est daté de 1388-1445. Il précise bien entendu que le maçon « doit bien aimer Dieu et la Sainte Eglise » et son maître. Il précise en outre une quinzaine d’obligations, avant de passer en détail les prescriptions religieuses, et le candidat se voit remettre une prière au « Seigneur Jésus », précédant une série de recommandations morales et de simple savoir-vivre.

Un premier texte du XVIIe siècle peut sans aucun doute être qualifié de « prière maçonnique ». Il s’agit de la célèbre prière datée de 1663 qui fut approuvée et adoptée par l’assemblée générale de Wakefield en cette année-là.

Très Saint et Glorieux El Shaddaï,

Grand Architecte du Ciel et de la Terre,

Donateur de tous les dons et de toutes les grâces,

Qui as promis que lorsque deux ou trois seraient assemblés en Ton nom

Tu serais au milieu d’eux ;

En Ton nom nous nous assemblons et réunissons

Te suppliant de nous bénir dans nos entreprises ;

De nous donner Ton esprit saint afin d’illuminer nos esprits de Sagesse

Et d’Intelligence de notre vénérable et digne métier

Afin que nous puissions Te connaître et Te servir comme il convient

Et que toutes nos actions puissent servir Ta Gloire et le salut de nos âmes.

La qualification de Grand Architecte du Ciel et de la Terre donnée au glorieux El Shaddaï en 1663 doit nous arrêter un instant. Le Grand Architecte, en tant qu’expression synonyme de Dieu, est ignoré du moyen âge et de la Renaissance, même si l’iconographie du temps nous montre parfois le Christ créant le monde à l’aide d’un compas. On ne trouve pas, à ma connaissance, de Grand Architecte en littérature avant le Lost Paradise de John Milton (1667) en son chant VII. Le passage mérite une citation :

Alors il arrête les roues ardentes et prend dans sa main

Le compas d’or, préparé dans l’éternel Trésor de Dieu

Pour tracer la circonférence de cet univers

Et de toutes les choses créées.

Une pointe de ce compas il appuie au centre

et tourne l’autre dans la vaste et obscure profondeur.

Et il dit : « Jusque là étends-toi, jusque là vont tes limites.

Que ceci soit ton exacte circonférence, ô monde ! »

Ainsi Dieu créa le ciel, ainsi il créa la terre ;

matière informe et vide.

Certains se souviendront peut-être d’une étonnante préfiguration de cette description, que l’on trouve dans les Métamorphoses d’Ovide :

Aux vents eux-mêmes, l’Architecte du Monde

ne livra pas indistinctement l’empire de l’air.

La description de Milton, qui eut un succès énorme en 1667, inspira directement William Blake, qui nous a laissé une représentation très dramatique du « Ancient of the Days » en 1794. Si Michel Ange paraît influencer le style de Blake, il est clair que Milton, et avant lui Ovide, ont influencé la description -- le compas d’or -- de ce qui deviendra notre Grand Architecte de l’Univers.

En introduction à l’examen des prières de la maçonnerie française, un autre texte majeur mérite d’être mentionné ici, pour deux raisons importantes : la première, c’est qu’il provient de la maçonnerie des Anciens (ou Antients) de Lawrence Dermott ; cette prière était dite par les francs-maçons juifs et figure dans « Ahiman Rezon or help of a Brother » en 1756. Elle montre donc bien ce que l’on savait, c'est-à-dire que les Anciens pratiquaient la prière en loge, ce qui explique le reproche très vif qu’ils font de l’abandon de cette obligation par les Modernes (ou Moderns). Jones admet toutefois que cette accusation n’est pas prouvée, qu’il est improbable qu’elle soit fondée, et que de toute façon, toutes les loges modernes ne différaient pas de toutes les loges anciennes.

La seconde raison de l’intérêt du texte qui va suivre est qu’il émane de francs-maçons juifs, en 1756, et témoigne donc de ce que, dans les îles britanniques protestantes, régnait une tolérance religieuse à leur endroit que l’on est encore fort loin de trouver dans l’Europe continentale catholique, où les témoignages d’antisémitisme maçonniques sont monnaie courante (« cette Nation infâme », écrit encore Willermoz). Toutefois, aux Pays-Bas notamment, on rapporte que des loges acceptent des juifs, ce qui entraîne les protestations vigoureuses d’autres loges, notamment liégeoises.

Voici le fort beau texte de la prière dite lors de l’ouverture de la Loge par les francs-maçons juifs de 1756.

Tu es parfait dans Ta vérité

O Seigneur

Tu es parfait dans Ta vérité.

Rien n’est grand à côté de Toi.

Gloire à Toi.

De toutes les œuvres de tes mains, à jamais illumine-nous,

Nous t’en supplions, dans la véritable Connaissance de maçonnerie,

Par les souffrances d’Adam, le premier homme que tu as créé,

Par le sang d’Abel le bienheureux,

Par la justice de Seth qui T’a tant réjoui,

Par Ton alliance avec Noé,

Dont l’architecture, destinée à sauver la semence de tes bien-aimés, T’a agréé.

Ne nous compte pas au nombre de ceux qui ignorent Tes lois

Ni les mystères divins de la kabbale secrète.

Mais fais, nous T’en supplions, que le chef de cette loge

Reçoive Connaissance et Sagesse,

Pour nous instruire dans Tes mystères et nous les expliquer,

Comme le fit notre saint frère Moïse dans sa loge,

Avec Aaron, Eléazar et Ithamar, les fils d’Aaron,

Et les soixante-dix Anciens d’Israël.

Et fais que nous puissions comprendre, apprendre et conserver en nous

Toutes les lois et tous les commandements du Seigneur,

Et son saint Mystère

Purs et sans tâches

Jusqu’à la fin de nos Vies

Amen, Seigneur.

Les divulgations et rituels maçonniques que j’ai consultés ne permettent aucune conclusion définitive quant à l’usage de la prière en loge au XVIII siècle. « L’Ordre des Francs-Maçons trahi » de 1745, comme « Le Sceau Rompu ou la loge ouverte aux profanes par un franc-maçon », de la même date, ne mentionnent aucune prière dans les cérémonies qu’ils décrivent. Les rituels dits du Marquis de Gages, de 1767, ne comportent rien au premier grade ni après. Les rituels d’Avignon, publiés par Renaissance Traditionnelle, ne mentionnent aucune prière. Les Sept Grades de la Mère Loge Ecossaise de Marseille de 1751 n’en comportent pas davantage, à aucun grade, pas même au Rose-Croix, alors que ce grade est ouvert après une génuflexion collective, les chevaliers étant tournés vers l’Orient. Le rituel de 1740-1744 publié par Alain Bernheim d’après un article de Karl J. Lüthi-Tschanz, comporte des statuts très chrétiens, excluant avec vigueur les juifs et les « mahométants » ; aucune prière toutefois. Les rituels rectifiés de diverses datations comportent une prière d’ouverture et une oraison de fermeture au premier grade symbolique seulement, que l’on retrouve identiques au quatrième grade symbolique de ce rite atypique. Rien, ni au deuxième ni au troisième grades, ce qui s’explique par la nécessité d’ouvrir la loge à chacun des trois grades pour pouvoir travailler au grade de Maître Maçon.

Dans son étude « Retracing the Lost Secrets of a Master Mason », le Prof. J.A.M. Snoek publie divers rituels qu’il date de 1740-1745, et qui sont, à mon avis, postérieurs à 1746. On y retrouve le thème célèbre et assez répandu « des prisonniers de guerre anglais qui, par reconnaissance de l’urbanité avec laquelle ils avaient été traités, donneront le grade d’Ecossais Anglais à ceux auxquels ils avaient des obligations ». Ce thème réapparaît tel quel dans les rituels de 1758, probablement originaires du Comtat Venaissin, mais aussi fort tardivement dans les rituels du Grand Orient de France datés de 1786-1787. Ce rituel, archaïque à bien des égards, comporte le texte suivant :

« Souverain Architecte de ce vaste Univers, toy qui de ton œil divin, pénêtre les replis les plus cachés du cœur des mortels, purifie les nôtres du feu sacré de ton amour. Imprime à nos âmes le caractère de ta divine sagesse, guide et dirige nos pas dans les sentiers de la vertu. Eloigne de ton sanctuaire adorable les impies et les pervers ; fais qu’uniquement occupé du grand ouvrage de notre perfection, Elle soit le prix de nos travaux ; que la Paix et la charité resserrent les nœuds de notre union et que cette Loge soit une foible image du bonheur que gouteront les Elus ; donne à nostre Esprit un discernement sain pour pouvoir retirer l’yvraie du grain et ne pas nous tromper dans le choix de ceux que nous allons marquer du sceau redoutable de la perfection ; qu’Enfin nous n’ayons d’autre but que ta Gloire, nostre avancement dans le bien et le Regne de la vraie maçonnerie. Amen…amen…amen… »

Ce même grade, qui est fort long, comporte une deuxième prière de clôture, où l’on voit apparaître pour la première fois à ma connaissance la curieuse mise au pluriel de l’exclamation bien française « Vivat !», ce qui, dans la mesure où cette exclamation se réfère à Hiram seul, est une erreur qui sera mille fois répétée :

« Ecoute, Grand Dieu, ma prière, qui attend avec empressement l’efficacité. Ne dédaigne pas du haut de ton Trosne mes faibles accens pour des Enfans que tu as formé pour toy seul, fais les courir à pas de géant dans les sentiers de la vertu, que celle de nos Pères se retrace en nous, que la paix et la concorde nous fassent goûter par avance la félicité dont ils jouissent ; que le soleil de la Divine Justice nous éclaire et nous échauffe et porte dans nos âmes la consolation, la Joye et la Vie, qu’enfin zèle ferveur et constance dirigent toutes nos actions et nous fassent au bout de nostre carrière arriver au but fortuné de l’Immortalité…Vivant…Vivant…Vivant… ».

Enfin, cet étonnant et fort long Ecossois Parfait Maître Anglois se termine par une dernière prière qui voit le Grand Architecte traité de « Suprême Moteur de l’Univers », ce qui peut apparaître comme une préfiguration des « Réparateur », « Médiateur » et autres audaces anodines que Willermoz se permettra en fin de siècle. On y retrouve une fois encore le souci de la gloire divine, véritable leit-motiv des prières du siècle des Lumières .

« Dirige, ô Suprême Moteur de l’Univers, nos démarches. Fais que nos pieds soient préservés des Lacs que pourront nous Tendre nos Ennemis, qu’éclairés du flambeau de ton esprit, il ne soit jamais de nuit pour les vertueux maçons. Donne-nous les moyens d’exercer et de répandre sur les pauvres les dons précieux de ta libérale providence, ne rends point nos travaux vains et inutiles, bénis-les et sanctifie-les ; qu’agissant par ton Esprit, nous ne vivions que pour ta Gloire en pratiquant les vertus qu’enseigne la Maçonnerie ».

Divers recueils de rituels de l’époque entourant l’année 1760 contiennent des prières d’inspiration voire même de style fort proches. On y retrouve des préoccupations identiques, voire des formulations similaires. Il est clair qu’en l’absence de rituels officiels et imprimés, le bouche à oreille circule et les textes se recopient les uns les autres sans la moindre vergogne. Voici quelques extraits d’une prière faisant partie du célèbre recueil de 1758 ; elle fait, en plus, allusion à des « maçons d’iniquité », et donc à une querelle de chapelle comme il en fut tant et plus sous Louis XV. Il est étonnant de trouver dans un texte de prière une préoccupation aussi peu spirituelle, qui devait sans doute constituer une idée fixe chez son auteur et ses amis :

O Grand Architecte de l’Univers protecteur de la vertu, qui permites autrefois que Salomon eleva un Temple extérieur pour y adorer vos grandeurs […] ne nous confondez pas avec ces maçons d’iniquité qui insultent à ce que nous avons de plus respectable dans la maçonnerie […] fortifiez nos désirs sincères afin que nous puissions, pour fruit de nos pénibles travaux, participer au bonheur de vous voir dans la Loge Eternelle. Vivat + »

La prière qui introduit l’Ecossisme Anglois ou le Maître Parfait dans le même recueil de rituels est particulièrement bien structurée, et n’est pas sans rappeler les prières que Willermoz rédigera exactement vingt ans plus tard pour le Rite Ecossais Rectifié. Les références à la Direction des ouvriers, aux ouvrages, et à la Lumière qui doit être répandue participent au vocabulaire de Willermoz ; la similitude est troublante. L’une des phrases de ce texte, que nous imprimons en grasses, est reprise presque textuellement dans la prière du rituel rectifié des travaux d’ouverture de 1782. L’exclamation terminale indique qu’il s’agit d’une loge française écossaise.

Grand Architecte de ce vaste Univers

Quitte ta céleste demeure, préside en ce jour parmi nous et daigne éclairer nos travaux

Afin que nous puissions imiter tes desseins que tu scus tracer jadis à nos premiers maçons qui travaillèrent à construire des édifices pour exalter ta Gloire.

A jamais Dirige les ouvriers que tu exerces ;

Que nos ouvrages soient aussi solides que ta durée, aussy fermes que tes desseins et aussi grands que ta puissance puisse nous le permettre.

Guide-nous par ta Sagesse, contiens-nous par ta Justice.

Remplis-nous de zèle pour nos devoirs, de ferveur pour nos sacrés mistères et d’une ferme constance dans nos peines.

Répands sur nous tes précieuses lumières

Et que nos œuvres ne s’écartent jamais des bornes que tu nous as prescrites

Que nos cœurs toujours purs te soient toujours une offrande agréable

Et que nos peines nous fassent mériter de travailler tous un jour

Dans la loge des loges qui est la récompense de tout bon Maçon.

Houzaÿ Houzaÿ Houzaÿ

Les rituels du comte de la Barre constituent un ensemble de hauts grades de grand intérêt. Il s’agit de l’un des plus anciens recueils de rituels de hauts grades pratiqués dans la future Belgique . Il comporte les rituels de 22 hauts grades (du maître Parfait au Chevalier Kadosch). Le comte de la Barre (que l’on ne confondra pas avec son homonyme le chevalier de la Barre qui fut exécuté en 1766 pour impiété) vécut de 1753 à 1838. Il fut initié en 1774 en la loge « La Parfaite Harmonie » de Mons, Belgique, en présence du Grand Maître Provincial le marquis de Gages, auquel il était d’ailleurs apparenté. Reçu compagnon en 1775 et reçu maître en 1776, sa carrière maçonnique débuta donc fort tôt. Le nom du comte n’apparaît que sur le rituel de Puissant Irlandais, Prévôt et Juge ; il n’existe pas d’autre indice qu’il ait jamais fait partie des hauts grades. Les dates de ses activités maçonniques laissent entendre que les rituels qui, par facilité, portent son nom, datent vraisemblablement des années 1774-1778.

Ces rituels sont très joliment présentés, et sont ornés de dessins à la plume et d’éléments graphiques du plus bel effet. Ils comportent en revanche peu de prières. L’un des cahiers de ce recueil s’intitule : « Cahier concernant la manière d’ouvrir et fermer la loge avec des instructions et observations très utiles aux maîtres des loges qui désirent travailler et faire travailler selon les règles de l’Art Royal ».On y trouve pour la première fois des indications précises sur la façon de procéder à la prière dans certaines loges, lors de la Saint Jean d’été. Voici ces dispositions rituelles :

Le Vénérable : frappe un coup de maillet. Tous les frères se lèvent et forment deux colonnes et se tournent la face à l’Orient, le genou droit en terre, la jambe gauche étendue [sic !], formant de leur corps un [sic] équerre, la main droite sur le cœur, la main gauche levée, et font la prière.

Le Vénérable et le Midy disent : O fils du Grand Architecte de l’Univers, relève en ce grand jour nos esprits abbatus afin que nos travaux plaisent à l’Eternel.

Ceux du Septentrion répondent : Grand Saint-Jean Protecteur de l’Ordre, viens dans nos Cœurs tenir loge, de tous les hommes nous serons les plus heureux, règne éternellement. Ainsi soit-il.

Oraison.

Le Vénérable seul dit :

« O Dieu qui nous avez rendu ce jour solennel par la naissance de Saint Jean Baptiste, faites la grâce à vos peuples d’en recevoir une joie spirituelle, conduisez les ames de vos fidels (sic) dans la voie du salut, par le grand Architecte de l’Univers qui vit et règne sur nous et sur le reste des humains. Ainsi soit-il. »

Le Vénérable aiant achevé sa prière frappe un coup, tous les frères se relèvent et se remettent à leur place debout. »

Le « qui vit et règne » n’est pas sans rappeler une expression habituelle à l’Eglise catholique.

Dans le texte suivant, extrait du même rituel, nous allons trouver « Gloire soit au Père, au Fils et au Saint Esprit », autre expression usuelle au sein de la liturgie de la Messe. Nous avons donc affaire ici à une loge particulièrement chrétienne, probablement peuplée de catholiques fervents ou par quelque prêtre « éclairé ». Et enfin, dernier élément d’un grand intérêt, l’auteur de ce recueil répète une fois encore ce qui apparaît souvent dans divers recueils de rituels maçonniques du XVIIIe siècle : les prières, de même que les serments sur les évangiles, sont laissés à l’entière liberté des loges. Cette bienheureuse liberté se pratique, faut-il le souligner, avant la centralisation jacobine, puis impériale, que connaîtront bientôt toutes les institutions de France.

Graces au Grand Architecte de l’Univers.

O Grand Architecte de l’Univers, faites la grâce à vos serviteurs de mourir en paix selon votre parole et votre promesse, puisque nos yeux ont vu la Lumlière qui éclaire les nations pour les mener où vous règnez. Gloire soit au Père, au Fils et au Saint Esprit. Ainsi soit-il.

Anthienne.

Sauvez-nous, Seigneur, lorsque nous partirons de ce monde, éclairez-nous lorsque nous sommes occupés à nos travaux. Gardez-nous lorsque nous dormons à fin que notre esprit ne soit occupé que pour veiller avec IHS Christ et que nous reposions en paix.

Le Vénérable et les frères aiant fini la prière font le signe guttural et frappent 3 fois 3 coups dans les mains en criant 3 fois Vivat, et chacun se retire à sa destination.

Il y a plusieurs loges où il n’est pas d’usage de faire ces prières, ni à l’ouverture, ni à la clôture des Loges, c’est pourquoi on leur laisse la liberté d’adopter cette règle ou de la réfuter. »

D’un tout autre calibre spirituel sont les prières du Rite Ecossais Rectifié. Les prières d’ouverture et de fermeture des travaux n’apparaissent qu’au fameux convent de Wilhelmsbad, en 1782, ce qui est bien tardif ; elles figurent dans un manuscrit daté de cette même année conservé au Grand Orient des Pays-Bas. Elles méritent une place et une attention à part dans le concert des prières maçonniques. Il y a à cela deux raisons essentielles.

La première, c’est que ces prières furent écrites par l’auteur même des rituels ; leur contenu se trouve donc en parfaite adéquation avec le contexte cérémoniel et spirituel, et elles expriment de façon synthétique les « valeurs » du rite. C’est pourquoi il convient qu’elles soient bien dites, si possible par cœur, par des Vénérables et des Députés-Maîtres qui les connaissent à fond. Elles sont dites aux premier et au quatrième grades symboliques.

Le style de ces prières est d’ailleurs fort beau. Les phrases coulent de source, les images s’enchaînent harmonieusement, et tout frère rectifié est totalement familier de ces textes. Willermoz en est l’auteur. Cet autodidacte passa sa vie à accumuler toutes les connaissances maçonniques possibles ; il fut un rédacteur minutieux et d’une rare précision, outre l’élégance d’une plume qui recourt encore aux nuances exprimées par les imparfaits du subjonctif. Il rend de ce fait les textes les plus compliqués parfaitement intelligibles, tout au moins pour les attardés qui, de nos jours, préfèrent encore Chateaubriand à Simenon (surtout à la lecture silencieuse et moins à l’audition en loge, souvent massacrée par des lecteurs d’occasion, soyons honnête !).

La seconde raison est que ces prières, comme la totalité des textes de chacun des rituels des quatre grades symboliques du rite, font toujours partie intégrante des rituels rectifiés pratiqués dans le monde en 2010, parfois au grand étonnement des frères visiteurs en provenance d’un autre rite. Inchangées depuis 1782, les prières d’ouverture visent de toute évidence à susciter le sentiment de la « présence divine » en loge, et ensuite, à rendre cette présence « réelle » pour tous les frères. La communion des frères avec le GADLU permet seule l’achèvement du Temple. Les assistants s’identifient de la sorte à l’ « Etre éternel et infini, qui est la bonté, la justice et la vérité même ».

Prière rectifiée d’ouverture rituelle des travaux.

Grand Architecte de l’Univers, Etre éternel et infini, qui es la bonté, la justice et la vérité même, ô toi qui par ta parole toute puissante et invincible as donné l’être à tout ce qui existe, reçois l’hommage que les Frères réunis ici en ta présence t’offrent pour eux-mêmes et tous les autres hommes. Bénis et dirige toi-même les travaux de l’Ordre et les nôtres en particulier. Daigne accorder à notre zèle un succès heureux, afin que le temple que nous avons entrepris d’élever pour ta gloire, étant fondé sur la sagesse, décoré par la beauté et soutenu par la force qui viennent de toi, soit un séjour de paix et d’union fraternelle, un asile pour la vertu, un rempart impénétrable au vice, et le sanctuaire de la vérité ; enfin, pour que nous puissions tous y trouver le vrai bonheur, dont tu es l’unique source, comme tu en es le terme à jamais. Ainsi soit-il.

Prière rectifiée de fermeture rituelle des travaux.

Architecte Suprême de l’Univers, source unique de tout bien et de toute perfection, ô toi qui as toujours voulu et opéré pour le bonheur de l’homme et de toutes tes créatures, nous te rendons grâce de tes bienfaits paternels, et nous te conjurons tous ensemble de nous les accorder suivant tes desseins et selon nos propres besoins . Répands sur nous et sur tous nos Frères ta céleste lumière ; fortifie dans nos cœurs l’amour de nos devoirs, afin que nous les observions fidèlement. Puissent nos assemblées être toujours affermies dans leur union par le désir de te plaire et de nous rendre utiles à nos semblables. Qu’elles soient à jamais le séjour de la paix et de la vertu, et que la chaîne d’une amitié parfaite et fraternelle soit désormais si forte entre nous que rien ne puisse jamais l’altérer. Ainsi soit-il ».

On trouve enfin des textes fort variés dans certains grades des rituels publiés par Claude Guérillot. Il s’agit des rituels du soi-disant « Rite de Perfection », dénomination à laquelle on préfèrera celle d’ « Ordre du Royal Secret » préconisée par Alain Bernheim. Ces rituels contiennent les sept classes de la maçonnerie ancienne et moderne, ses statuts et règlements, et les rituels des 4e au 25e degrés traduits en 1783 par Henry Andrew Francken pour David Small, et recopiés par Joseph Dunckerley en 1794. Les 22 grades (ou degrés) transcrits comportent en tout quatre prières, de qualités inégales, mais d’esprit vraiment maçonnique. Le premier texte est celui du grade de Royale Arche, XIIIe degré du système. Elle met de façon très classique en exergue la triade maçonnique Sagesse-Force-Beauté.

Grand Architecte de l’Univers

Dieu adorable en tout,

Veuille exalter nos volontés à cet instant où nous implorons la Divine Bonté.

En Toi est la vraie Sagesse à laquelle nous aspirons

Et que nous espérons acquérir par la Force de ta Grâce.

Ta Sagesse fera la Beauté du Temple que nous voulons Te consacrer

Car elle purifiera nos cœurs dans lesquels nous désirons sans cesse

Que Tu veuilles résider.

Amen, amen, amen.

Le deuxième texte de l’Ordre du Royal Secret de 1783 est celui du XIVe degré, le Grand Elu Parfait et Sublime Maître. Il est d’une remarquable élévation de pensée et fait état d’un réel

« zèle de Perfection ».

Souverain Architecte de ce vaste Univers,

Toi dont la grande Divinité pénètre les plus secrètes pensées des mortels,

Purifie nos cœurs par le feu sacré de Ton amour,

Guide-nous et dirige-nous sur le chemin de la vertu,

Protège Ton adorable sanctuaire de toute impiété comme de toute profanation.

Nous Te prions pour que nous nous consacrions entièrement

au grand labeur de notre perfection, qui sera le prix suffisant de nos voyages,

et pour que la paix et la charité nous unissent étroitement

dans le chœur de l’union,

et aussi pour que cette Loge puisse être une image affaiblie du bonheur

que goûteront les Elus au Royaume des Cieux.

Donne-nous un esprit de saint discernement

pour que nous reconnaissions le bien et refusions le mal,

afin que nous ne soyons pas déçus par ceux

qui vont être marqués du formidable zèle de Perfection.

Enfin, fais que nous n’ayons d’autre dessein

que Ta Gloire et notre progression dans les bonnes œuvres,

dans le règne de la Vraie Maçonnerie.

Amen, amen, amen ! Dieu bénisse le Roi et notre Travail !

Le troisième texte de l’Ordre du Royal Secret est la prière qui clôture le même grade de Grand Elu Parfait et Sublime Maçon. Le souci récurrent de célébrer la Gloire de Dieu est à nouveau exprimé comme un objectif cette fois exclusif.

Dirige nos pas, ô Souverain Auteur de l’Univers,

Fais-nous échapper aux pièges que nos ennemis nous tendent.

Que la Lumière de Ton esprit divin nous illumine,

pour que nous ne nous perdions jamais dans les ténèbres.

Donne-nous les moyens d’exercer notre charité

et d’assister le pauvre des précieux dons de Ta libérale Providence.

Ne rends pas nos travaux stériles et vains.

Bénis-nous et sanctifie-nous pour que nous puissions,

par la grâce de Ton divin Esprit,

ne vivre que pour Ta Gloire

en pratiquant sans cesse les vertus que la Maçonnerie nous a enseignées.

Amen, amen, amen.

La quatrième prière est celle de Grand Elu Chevalier de l’Aigle Blanc et Noir, c'est-à-dire de Chevalier Kadosch, XXIVe degré du système, considéré comme le Nec Plus Ultra de la Maçonnerie. D’un esprit profondément chrétien dans son renoncement à la légitime vengeance, il y souffle par ailleurs une émouvante nostalgie des croisades. Il n’est pas sans intérêt de remarquer que, presque simultanément, un autre système de hauts grades français se concrétise entre 1782 et 1786 / 1787, et se donnera comme grade ultime, se qualifiant lui aussi de Nec Plus Ultra de la Maçonnerie ; le grade de Chevalier Rose Croix, apparu vers 1760 comme « le Chevalier de l’Aigle du Pélican de Rose Croix de Saint André ou le Parfait Maçon ». Chaque époque et chaque système se donne ainsi son Nec Plus Ultra bien éphémère…

« Prions ! O Toi l’Eternel, bénéfique et plein de grâces Grand Architecte de l’Univers, du plus profond secret de notre cœur nous T’offrons un vivant sacrifice, nous T’implorons humblement d’inspirer à nos ennemis une juste compréhension du mal qu’ils nous ont fait car, s’ils avaient conscience de leur tort, ils pourraient expier les nombreuses injures qu’il ne nous appartient pas à nous, Tes serviteurs de venger. Mais que leurs yeux s’ouvrent et nous serons réconciliés, dans une union fraternelle nous reprendrons possession de la Terre Sainte, là où Ton Premier Temple a été édifié, là où, rassemblés en une seule troupe, nous célèbrerons ensemble tes saintes prières sur la Montagne Sacrée, dans les entrailles de laquelle est enseveli Ton Nom à jamais glorieux, béni et effroyable. Amen ! »

Nous arrêterons ici, avec ces textes de 1783, ces prières qui répandent toutes un élégant et exquis parfum d’Ancien Régime. Les choses vont maintenant changer. Les choses, c'est-à-dire la Fraternité maçonnique vécue sous Louis XV et Louis XVI, deviendra « autre chose » sous la botte du général Bonaparte. Elle sera peuplée d’individus d’une tout autre provenance sociale, faite surtout de fonctionnaires d’Empire, de militaires et d’esprits forts orientés politiquement. Les rituels s’en ressentiront forcément, et les prières, de même que les Ecritures Saintes et le Grand Architecte, s’évaporeront par les fenêtres du Temple dans le tourbillon des « affaires » et des « promotions ». Cela vaut pour la France, cela vaut pour la Belgique. Ceci est une autre (triste) histoire.

Mais une dernière prière mérite néanmoins d’être mentionnée encore ici. Elle apparaît comme la résurgence maladroite d’un monde révolu, ou comme une dernière convulsion d’un corps épuisé se débattant dans le pénible enfantement du XIXe siècle. Sa version imprimée date de 1814-1820, c'est-à-dire de la sinistre Restauration, mais elle fut rédigée, selon toute vraisemblance, à l’aube de l’Empire, en 1804. Elle figure en toutes lettres dans le document fondamental des grades symboliques du Rite Ecossais Ancien et Accepté : le Guide des Maçons Ecossais. Son style déclamatoire et déjà romantique rappelle les discours de la Convention et les envolées rousseauistes d’un Robespierre. Il nous paraît intéressant d’en donner lecture ici, comme dernier témoignage déjà corrompu d’une pratique maçonnique paneuropéenne, qui a concerné tous les rites et systèmes, mais pas toutes les loges ni tous les Maçons, bien entendu. Pour l’anecdote, remarquons au passage que le Gadlu devient « l’ordonnateur des mondes », puis « le souverain arbitre des mondes ».

On commence par demander au profane, d’un ton caverneux :

D. Profane, en qui mets-tu ta confiance ?

R. En Dieu.

Cette réponse, bien évidente, entraîne le morceau de bravoure suivant :

« Cette croyance, qui fait honneur à votre cœur, n’est pas seulement le partage du philosophe, elle est aussi celui de l’homme sauvage ; dès qu’il peut s’apercevoir qu’il existe, il sent qu’il n’existe pas par lui-même ; il demande son père à toute la nature, et le silence de cette nature muette est ce qui l’amène aux pieds de l’ordonnateur des mondes. C’est à lui qu’il rend hommage par les cérémonies les plus puériles et les plus ridicules ».

Prière.

« Mes Frères, humilions-nous devant le souverain arbitre des mondes ; reconnaissons sa puissance et notre faiblesse ; contenons nos esprits et nos cœurs dans les bornes de l’équité ; et, marchant dans des voies sûres, élevons-nous jusqu’à lui. Il est un ; il existe par lui-même ; c’est à lui que tous les êtres doivent leur existence. Il opère en tout et partout. Invisible aux yeux des mortels, il voit lui-même toutes choses : c’est lui que j’invoque ; c’est à lui que j’adresse mes vœux et mes prières.

Daigne, ô Grand Architecte ! daigne, je t’en conjure, protéger les ouvriers de paix que je vois réunis ici ; échauffe leur zèle ; fortifie leur âme contre la lutte fatigante des passions ; enflamme leurs cœurs de l’amour des vertus et décide leurs succès, ainsi que celui de ce nouvel aspirant, qui désire participer à nos mystères augustes.

Prête à ce candidat ton assistance, et soutiens-le de ton bras puissant au milieu des épreuves qu’il va subir. Amen. »

Lors de la clôture des travaux, le Vénérable s’adresse, non plus au Grand Architecte, laïcisation oblige, mais à diverses vertus « civiles » qu’il implore :

« Amitié, bienfaisance ! passion des âmes nobles et sensibles ! délicieuses jouissances des cœurs délicats et honnêtes ! soutenez et ornez à jamais ce temple , dans lequel tous nos efforts ne tendront toujours qu’à vous fixer. Et vous, prudente discrétion ! modeste aménité ! soyez le constant apanage des frères de cet atelier ; et que rentrés dans le monde civil, on reconnaisse toujours à leurs discours, à leur maintien et à leurs actions, qu’ils sont les vrais enfans de la Veuve. Amen ».

Ceci conclut notre panorama des prières dans la maçonnerie d’esprit français au XVIIIe siècle. Bien d’autres pans de la maçonnerie aristocratique et bourgeoise du XVIIIe siècle connaîtront un terme simultanément, pour enfanter « autre chose ».

Le texte ci-dessus, par son côté insipide et conventionnel, met fin à une époque où l’élégance et la naïveté de bonne compagnie permettaient à un rituel de 1758 de se clôturer de la délicieuse façon suivante :

Q : Avez-vous des femmes dans votre Loge ?

R : Oui, une.

Q : Nommez-la ?

R : La Vertu.

Jean Van Win

 

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commentaires

Sanon 22/02/2017 15:38

Bonjour mes chers frères, je viens vers vous car mon âme a soif de La vérité et je sais que La vérité et La lumière sont les armes les plus extras pour ceux qui veulent accéder à Dieu et atteindre La perfection. Ma vie est tourmentée par des ennemis et je pense à ma mère parmi mes ennemis. Ils sont nombreux et ils sont plus fort que moi. Pourtant je prie beaucoup dans les églises mais je suis très attiré par La franc maçonnerie. Je veux être à vos côtés j'habite à Montmagny en france et mon tel est +33 0667317460 merci de m'appeler et de me compter parmi vous pour œuvrer. Que le GAU vous bénisse.

R de M 24/02/2017 11:59

Il vous faut prendre contact Avec les obediences de votre region.
Salutation
R de M

ouayoro 23/10/2016 13:31

Salut je suis en cote d ivoire et he veux intégré votre pratique spirituelle car je veu vivre spirituel qu se vivifie et avec vous ça se manifests je veux donc etre avec vous je vous en supli car j en soufre aidez moi car je suis d une famille ou il y a baucoupe sorcelerie je veux etre delivré et être moi etre aussi une lumière pour l humanite aidez moi en acceptent . Voici Mon contacts 00225 06 22 05 56 merci que le Grand Dieu de l univere benisse

R de M 27/10/2016 13:10

Il vous faut prendre contact directement avec les Obédiences présentes en Cote d'Ivoire.
Salutations
R de M

derikoye 03/01/2014 19:45

je fais l innitiation optique

R de M 27/10/2016 13:11

C'est très bien.
Salutations R de M

derikoye 03/01/2014 19:44

marie jose dino

derikoye 03/01/2014 19:42

je suis le petit fils du fee grad maitre de loptique de la fran c maconnerie

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