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16 décembre 2009 3 16 /12 /décembre /2009 12:46

Un rituel libéré ? Chiche !

Au Rite Français du Grand Chapitre Général du Grand Orient de France les Souverains Chapitres sont "souverains". Ils ont la liberté d'élaborer leur rituel, quitte à respecter les valeurs fondamentales du Rite et celles du Grand Orient de France. Ayant pratiqué comme beaucoup de frères du Grand Orient de France le rite français en loge bleue et le rite écossais ancien et accepté dans les "hauts" grades puisqu'il n'y avait alors que cette possibilité, nous avons assisté à la fin du XXème siècle à la résurrection du Rite Français pour les grades "dits de Sagesse". D'abord avec une relative indifférence et ensuite avec un prudent scepticisme parce que la rumeur des parvis faisait courir l'idée que ce Rite Français était autant sinon plus " christique " que le Rite Ecossais Ancien Accepté.

Lorsque nous avons eu la curiosité d'accéder aux textes, ce sont d'abord les ressemblances entre les deux rites qui ont retenu notre attention : même fond légendaire, même présence de la bible dans la structure intime du rituel avec de surcroît un aspect farce relevant des Monty Python qui, pour être amusant peut-être, semblait conduire le symbolisme aux limites du simplisme et aux frontières d'un ridicule meurtrier. C'est dire que cela ne correspondait à aucune de nos attentes et ne donnait aucune raison de changer de rite pour tomber de Charybde en Scylla.

     Nos attentes

A force d'observer le fonctionnement du Grand Orient de France, en participant à ses activités dans le respect de ses traditions et de son histoire et dans la culture de ses valeurs, nous étions venus, comme beaucoup de frères, à rêver d'un rituel qui serait libéré de sa gangue religieuse, biblique, judéo-chrétienne. Ce rituel idéal serait dégagé de ses prétentions chevaleresques qui - pour être supposées traditionnelles - n'en sont pas moins obsolètes. Il serait aussi nettoyé de ses référents à des moyens de violence - épées, poignards - dont sans doute la force de l'habitude empêchait de voir l'inanité ou le ridicule.

     Pour être plus explicite

Il nous semblait urgent que la franc-maçonnerie se libère de la tutelle biblique hébraïsante, chrétienne et catholico-protestante et que, dans ses structures institutionnelles au niveau du rituel, elle s'ouvre naturellement vers toutes les sources de tradition, toutes les formes et tous les moyens de la connaissance pour en explorer les corrélations, les apports et les démarches et s'approcher de leurs secrets. Il nous semblait urgent de libérer les symboles de leur personnalisation judaïque (Hiram, Salomon, Zorobabel, Temple de Jérusalem …) qui les étrécit en les réduisant à une localisation géographique, hébraïque occidentale : celle-ci a pu avoir une justification historique ou politique dans le passé mais elle semble aujourd'hui abusivement réductrice.

D'autre part il nous semblait utile d'affranchir le rituel du poids de ses ambitions chevaleresques qui relèvent d'une tradition parfaitement datée historiquement, sociologiquement et politiquement et de ce fait évidemment obsolète. Et s'il fallait proposer des modèles, porteurs de valeurs fortes qui servent de parangon mobilisateur, ouverts sur l'avenir, nous suggérerions de promouvoir le "chevalier" en "Citoyen". De fait le citoyen bénéficie de deux siècles de promotion dans notre république laïque, révolutionnaire à vocation démocratique. Il constitue le peuple souverain source légitime de tous les pouvoirs. Il porte des valeurs aussi "nobles" que celles de la chevalerie. Il a de nombreuses fois démontré sa pugnacité, son dévouement dans la défense de la nation, son sens de l'honneur, du courage et de la fidélité ainsi que celui du sacrifice.

Enfin il nous semblait urgent - profitant du mouvement - d'éliminer l'arme blanche (épée, poignard….) de l'arsenal de notre société de pensée initiatique qui prétend l'utiliser comme support, symbole et moyen de notre recherche philosophique et spirituelle. L'érection de cet instrument en outil symbolique de notre démarche sur les chemins de la connaissance relève bien sûr du leurre : on argue que l'épée peut être présentée comme un symbole de l'Egalité datant d'une époque aristocratique où la noblesse tenait le haut du pavé avec le privilège de porter les armes pour défendre la société. Au XVIIIème siècle l'aristocratie aurait octroyé ce privilège à la roture qui fréquente la loge pour casser la tradition ségrégationniste, fondement de la société féodale aristocratique inégalitaire.

Dans cette perspective ce symbole - si symbole il y a - est donc fortement connoté historiquement (XVIIIème siècle) et de plus censément dépassé depuis que l'Egalité est inscrite dans la Constitution de nos Républiques et aux frontons des édifices publics. On observe aussi que l'idée de "désarmer" les loges passe aux yeux de certains de nos frères pour une manifestation de naïveté répréhensible face aux dangers qui menacent la société : on ne voit pas cependant qu'on aie jamais érigé en symbole la plume ou le crayon.

Il n'empêche que ceux-ci ont toujours été les instruments de la pensée qui se libère et de réflexion qui avance sur le chemin des vérités. Mais on voit bien au contraire que Moïse a éliminé à l'arme blanche trois mille des siens parce que ceux-ci ne pratiquaient pas la bonne religion de la bonne manière, à son retour du Mont Sinaï, d'où il rapportait les Tables de la Loi. La maîtrise des armes n'a guère servi dans l'histoire qu'à assurer la domination de ceux qui les détiennent pour la seule justification qu'ils en sont les détenteurs. Quant au peuple qui est assujetti par ces armes, il n'y trouve pas le moyen de sa liberté alors qu'on lui interdisait de lire et écrire pour le maintenir dans l'assujettissement. Convenons que pour nos usages, la règle, l'équerre et le maillet se révèlent des substituts autrement efficaces pour notre approche de la vérité et du centre de l'idée.

Le rituel de Blois

Nous appellerions ce rituel par dérision "rituel libéré" pour le distinguer des rituels français dits "Modernes", du Régulateur des chevaliers maçons de 1801. Car, à discuter avec des initiateurs de la résurrection du Rite français dans les années 1990, nous avions découvert que chaque Souverain Chapitre avait la liberté de son rituel, quitte à respecter les " fondamentaux " du Rite Français au sein du G.O.D.F.

C'est cette liberté qui nous a engagés à faire le pas, à mettre au point notre rituel et à créer à Blois le Souverain Chapitre " Je Doute " en mars 2002. Nous avons simplement tranché tous les liens qui renvoient impérativement ou insidieusement sur les livres de la Bible (Ancien et Nouveau Testament). Et cela suffit à faire apparaître la richesse fondamentale d'un Rite ouvert dès lors dans sa structure sur l'entier des hommes.

     Concrètement :

Le nom d'Hiram est effacé : il nous reste le concept de l'Architecte qui construit, conçoit, dirige le chantier. C'est dire le Maître par définition. Ce n'est plus le constructeur du seul Temple de Salomon. C'est peut-être Dédale, ou le constructeur anonyme des pyramides, des ziggourats ou des cathédrales. C'est librement chaque frère qui reprend le flambeau et construit son temple intérieur.

Le nom de Salomon est effacé : il nous reste le Souverain, c'est-à-dire la source fondamentale des pouvoirs. Le souverain n'est plus réduit à une incarnation historique et biblique. Il s'incarnera selon les époques dans tel type de monarque, de roi … Ou aujourd'hui dans le "Peuple" source de toute légitimité qui n'est soumis à personne, à aucune autorité supérieure et génère la loi humaine, sociale, politique ...

Zorobabel évincé : il nous reste le franc-maçon persécuté. L'histoire du XXème siècle est suffisamment tragique pour le franc-maçon (Allemagne, Espagne, France..) pour y trouver à nourrir cet aspect du mythe. Joaben, l'Elu tiré au sort, devient l'Ouvrier qui œuvre à l'édification de la justice pour dépasser la vengeance. Albibalc se réduit au Meurtrier. (Meurtrier du père).

Le "chevalier" expulsé est promu en "Citoyen." La réalité concrète du rôle du chevalier dans l'histoire de la société occidentale ne permet pas de justifier sa présence dans la mythologie maçonnique comme parangon de valeurs morales exemplaires alors même que le peuple citoyen a conquis sa liberté et sa dignité et peut travailler en conscience à promouvoir ses valeurs lui-même.

L'arme blanche (épée ou poignard) est rangée au placard pour être avantageusement remplacée par la Règle, l'Equerre ou le Maillet. Accessoirement nous avons aussi éliminé l'aspect farce Monty Python des têtes coupées fichées sur un pieu et maculées de sang. On préserve la symbolique en exposant simplement les outils des trois mauvais compagnons associés à leur devise.

Tout le système légendaire des "hauts" grades reste donc intact. Mais il est débarrassé de sa chape de plomb biblique hébraïsante et peut révéler son infinie richesse. Ainsi libéré, il élargit son champ d'interprétation et permet de nourrir toutes les directions de recherche sans s'étrécir sur une seule source obligée enkystée dans sa structure.

Depuis sa création, l'atelier se montre exigeant quant au respect du rituel qui crée un lieu et un espace-temps rigoureux au sein desquels la réflexion se libère de ses carcans, s'ouvre à tous les champs de la tradition et s'examine dans sa propre genèse. Le fond légendaire est intégralement présent. Il sert de support et de catalyseur à la recherche des frères qui s'appuient sur l'apport de nos anciens pour entrer librement dans un présent ouvert sur l'avenir. Comme il se doit la symbolique est soumise au libre examen de chacun sans être contraint à de subreptices renvois institutionnels et dogmatiques vers les livres bibliques.

Le titre du souverain chapitre "Je Doute" implique chacun dans son intime : s'il n'interdit pas les convictions, il retient de les asséner comme des vérités. Chaque frère poursuit sa démarche à son pas, dans la direction qui s'ouvre à lui. Il fait part de ses découvertes bien persuadé qu'il ne s'agit que d'étapes nouvelles dont la remise en cause lui permettra d'aller plus loin, s'il peut trouver une lumière occasionnelle dans les contributions de ses frères.

Pas de maître à penser. Pas de guide. Ni gourou, ni prêtre, ni pasteur, ni rabbin. Aucun imam. Aucune autorité de référence. Aucun pouvoir de l'un sur l'autre. Aucune sujétion. Ni devoir d'obéissance et de fidélité. Chacun rencontre en soi-même ses propres exigences sans se trouver jamais justifié d'imposer à qui que ce soit des rigueurs fantasmatiques. Seulement des francs-maçons, maîtres souverains, citoyens libres sur le chemin de l'à-venir. Des frères sceptiques à qui l'on essaie d'expliquer notre démarche de libération vis à vis de toute référence religieuse et de la bible eurent cette remarque : "Mais alors il ne reste plus rien ?". Amusant !… Comment mieux justifier l'urgence de notre démarche ?

Publié par CYRILLE dans trois points info

 

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commentaires

lepez 15/11/2010 17:34


dépouiller, dépouiller, il devrait peut être rester quelques choses?
c'est bien dans l'esprit de la chambre d'administration du GCG Du GODF
vous savez cette association qui ressemble à la franc-maçonnerie


MONTALEAU 16/11/2010 22:51



Notre document de base c'est le Rituel du Grand Orient de 1786, sa richesse est exceptionnelle et son contenu particulièrement adapté aux besoins de la Maçonnerie du XXI° siècle.


Il appartient aux FF. du GODF, de faire en sorte que sa pratique soit authentique.


Très Fraternellement


R de M 



Northman 06/04/2010 15:06


Cher "Petit",
Concernant les "grades bleus" des FF et SS de la GLMU y travaillent sur la base du RF, variante "Salvador Allende Louise Michel" (j'ai écrit à ce sujet sur ce blog sur la page avec la liste des
Rites par Obédience).
Jusqu'à maintenant, cette variante ne proposait qu'une "régénération" du RF pour le 1er Grade. Des moutures existent maintenant pour le 2ème et 3em Grade et seront à l'étude l'an prochain. Notre
démarche est très proche de celle du Chapitre "Je doute", pour ce que j'en lis, les Hauts-Grades en moins...
AF
Northman


MONTALEAU 09/04/2010 00:28



Les Grades symboliques sont maintenant complets, le Rite Français dans sa grande diversité se retrouve plus riche.


Bravo et tiens nous informé des travaux de l'an prochain.


Fraternellement


 



PETIT 26/01/2010 14:44


C'est franchement très intéressant ! Avez-vous également réécrit un rituel similaire pour les grades "bleus" ? Je serais vivement intéressé de les consulter.


MONTALEAU 27/01/2010 22:40



Je n’ai pas d’information sur le sujet.


Il me semble qu’au niveau du bleu, le G.O. avait déjà fait le nécessaire.


Fraternellement



Nina53 20/12/2009 13:10


je suis profane, je me m'informe , je cherche , je veux comprendre, afin de me faire ma propre idée. Lorsqu'on lit une contribution comme la tienne, on applaudit et on peut continuer. Il faut que
ca change. Il faut humaniser la franc maçonnerie


MONTALEAU 22/12/2009 12:19



Merci pour ta lecture attentive.



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