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19 janvier 2010 2 19 /01 /janvier /2010 00:44

 Rite Moderne Belge, Rite Moderne Français,

je t’aime, moi non plus

Superbe conférence de notre très Illustre Frère Jean van Win de Belgique  

Petits rappels de base.

Je m’efforcerai de ne produire que des faits objectifs et historiques, et lorsque je vous donnerai des opinions personnelles, et donc subjectives, je l’indiquerai.

Pour commencer par un paradoxe provocateur, disons qu’il n’y a pas de rites en maçonnerie.

Mais il existe bien, sous ce vocable, des habillages différents d’une même réalité. Dans certaines obédiences européennes, qui ne sont hélas ni la Grande Loge de Belgique ni le Grand Orient de Belgique, on pratique en loge une dizaine de rites différents : le Rite Moderne Belge, le Rite Moderne Français, le Rite Ecossais Ancien et Accepté, le Rite Ecossais Rectifié, le Rite Ecossais Philosophique, le Rite dit Emulation, le Rite d’York, le Rite Californien, le Rite Opératif de Salomon, et occasionnellement le Rite de Memphis et Misraïm.

Habillages différents certes, mais recouvrant une structure de base assez identique. Prenons l’exemple du la réception au grade d’apprenti, que l’on appelle souvent « initiation » : le profane est successivement confronté à :

sa mise à l’écart

la rédaction de son testament

le bandage de ses yeux

son introduction dans la loge

des voyages contrariés

sa soumission à des épreuves,

ensuite son passage des ténèbres à la lumière

sa prestation de serment

sa consécration

son investiture

son introduction dans la chaîne d’union

enfin les agapes rituelles ou non

En résumé, il s’agit, lors de cette réception, de mimer une mort imaginaire à la vie matérielle et de figurer une entrée dans une vie spirituelle.

Historique du Rite Français.

L’un de ces rites pratiqués sur le continent s’appelle le Rite Français, ou Moderne Français. En France, ces termes sont synonymes. Je vous résume très schématiquement son histoire en cinq époques.

1.  La première est celle des fondateurs anglais. Stuartistes ou Hanovriens, peu importe ; les historiens se querellent à ce propos, et je pense qu’il y en avait appartenant aux deux camps, et qui pratiquaient selon toute vraisemblance les mêmes rituels, au demeurant fort simples et peu emphatiques. Ces rituels étaient ceux de la Grande Loge des « Moderns ».

2.  La deuxième époque française voit l’apparition d’une tentative d’organisation des loges qui avaient proliféré en Europe à la vitesse d’un feu de poudre. Aux Etats-Unis aussi, du reste, mais sous l’égide de la maçonnerie des Anciens.

Différents organismes centralisateurs et organisateurs sont créés, dont la Grande Loge de France vers 1760, le Grand Orient de France en 1773, le Rite Français selon le Régime du GOF en 1801, et le Rite Ecossais Ancien et Accepté en 1804. Ces organismes s’ajoutent à nombre d’autres formations ayant vu le jour en Avignon, à Lyon, à Marseille et en d’autres lieux.

3.  La troisième époque est celle de l’apparition très précoce des hauts grades, c'est-à-dire des grades postérieurs à celui de Maître Maçon. Les premiers voient le jour dès 1730 à Londres, et apparaissent vers 1740-1743 à Paris. Je n’en dirai pas plus en cette loge qui se tient au grade d’apprenti, mais vous savez tous que la dramaturgie du grade de Maître Maçon se conclut par une question universelle, quel que soit le rite pratiqué : et alors, que fait-on ?

Les solutions données à cette question sont multiples et diverses. En effet, on voit surgir de l’imaginaire des Frères une nébuleuse fort encombrée et souvent très contradictoire, que Claude Guérillot  nomme le Rite de Perfection, mais qu’Alain Bernheim appelle à juste titre l’Ordre du Royal Secret.

Les hauts grades se sont développés en Europe sans aucune organisation, sans aucune logique, et ont été vertement critiqués par nombre d’historiens, maçons ou non. Ils comptent nombre de doubles emplois. Le seul futur Rite Français, avant la rationalisation de 1780, n’en comportera pas moins de 81…

Un fort besoin de mise en ordre se fera jour à l’approche des années 1780, à l’initiative du GODF et de son Grand Chapitre Général. Il sera imité rapidement par d’autres rites, et l’année 1786 est cruciale pour plusieurs d’entre eux.

Une initiative particulièrement intéressante est celle du Rite Français. La Chambre des Grades du GODF travaille d’arrache-pied en 1782-1783, et envoie aux loges, en 1786 et en 1787, les Cahiers des trois grades bleus et des quatre Ordres de Sagesse qui composent la globalité du Rite Français.

Cette dernière structure, qui pénètre en Belgique et en Hollande depuis 1792, est composée des Ordres d’Elus—d’Ecossais—de Chevalier d’Orient—de Chevalier Rose Croix. Un Ordre est un ensemble de grades regroupant des thématiques proches, et excluant forcément certains grades jugés superflus.

4.  La quatrième époque continentale voit la codification des hauts grades. Le Rite Ecossais Rectifié en compte six ; il est composé de la maçonnerie française de Lyon, de frères de la Réforme de Dresde et des apports des Elus Coëns.

Le Rite Ecossais Ancien Accepté est constitué comme le Rite Français, c’est à dire qu’il s’approprie un certain nombre de grades présents dans le soi-disant Rite de Perfection, mais au lieu de les compacter en quatre Ordres, il les répartit en 33 degrés, dont les cinq derniers naissent à Charleston aux Etats-Unis sous une influence ancienne mais  non identifiée encore.

Le Rite Français en ses hauts grades provient donc du même patrimoine initiatique que le REAA ; toutefois, la méthode de rationalisation a été différente.

Enfin, le Rite Français qui est évidemment Moderne, car il n’a jamais existé de Rite Français Ancien, se répand dès 1786, et est aujourd’hui pratiqué dans tous ses grades et Ordres de Sagesse, dans un grand nombre de pays à la surface  du globe, et dans des obédiences telles le GODF, la GLDF, la GLTSO, la GLNF, la LNF, la GLFF, la GLM. Et la Belgique, me direz-vous ? Nous allons y venir…

5.  Car la cinquième époque, la moins agréable de toutes, est celle de la laïcisation et de la politisation du Rite Français en Belgique qui, après la cessation de l’autorité du GODF dans nos pays au lendemain de la défaite de Waterloo, est dénommé Rite Moderne. Il est très politisé et laïcisé en France et, pour des raisons assez différentes, il l’est aussi en Belgique. La Laïcisation va de pair avec la politisation. Sans nous appesantir sur ce sujet, il est bon de préciser que, chez nous, les attaques proviennent du côté de l’archevêché de Malines et donc de Rome, et que la Maçonnerie belge de l’époque ne fait que riposter aux excommunications et aux mandements infâmants des évêques de Belgique.

Disparition et Résurrection du Rite Français

Le Rite Français va donc connaître une longue traversée du désert au cours du XIXe siècle, tant en France qu’en Belgique. Les révolutions de 1848, la guerre de 1870, les guerres mondiales de 14-18 et de 39-45 n’arrangeront pas les choses. La Maçonnerie survit, mais n’est pas en état de retrouver sa splendeur du XVIIIe siècle.

Toutefois, cette traversée du désert n’implique pas la cessation des activités rituelles des chapitres de Rite Français, pas plus en Belgique (je l’ai démontré à diverses reprises à l’aide de documents irrécusables), qu’en France. A cette époque et dans ce pays, la pratique des Ordres de Sagesse s’est poursuivie sous la juridiction du Grand Collège des Rites du GODF, notamment dans la Vallée de Toulouse qui pratiqua les trois premiers Ordres jusqu’en 1960, de même que d’autres chapitres en d’autres vallées. En ce qui concerne Paris et la Provence, ce sont des chapitres indépendants qui ont maintenu la flamme en attendant la « résurrection » d’une juridiction appropriée et spécifique au Rite Français. Il en va de même en Belgique, jusqu’en 1880 environ, si ce n’est que la résurrection légitime et crédible y est toujours attendue aujourd’hui…

Cependant, vers 1960, le grand maçon que fut René Guilly procède à une étude exhaustive du Rite Français et retrouve les tenants d’une antique patente qui avait survécu aux Indes néerlandaises, et était revenue aux Pays-Bas, où elle fut transmise à Guilly et à ses amis.

Un noyau de Chevaliers Rose Croix du Rite Français ravivait les flammes du Rite en France…il conquerra toutes les obédiences de France qui pratiquent aujourd’hui les Grades de Sagesse, et se manifeste en loge bleue sous les appellations :

Rite Moderne ou Rite Français, appellations équivalentes en France (depuis 1786) ;

Rite Français Traditionnel, (1960 Guilly) initiatique et traditionnel ; 

Rite Moderne Français Rétabli, (XVIIIe siècle+ apports anglais) ;

Rite Français Murat, (1858)

Rite Français Groussier, (1938) ; retour aux sources ;

Rite Français Amiable, (positiviste !)  

etc…

Dès 1994, il a été décidé de réactiver une juridiction – et non une simple pratique plus ou moins autonome -- propre aux  « hauts grades » du Rite Français via la résurrection du Grand Chapitre Général de France.

De 1994 jusqu’à l’an 2000, la reconstruction s’est accomplie palier par palier jusqu’au Convent de 1999 et l’Assemblée des Chapitres de juin 2000.


C’est désormais, et à nouveau, le Grand Chapitre Général – Rite Français du Grand Orient de France qui administre les souverains chapitres de ce rite. Il veille, dans le monde entier, à la régularité de la pratique du Rite Français qu’il a fondé en 1786.


Plus de 4300 frères répartis dans 159 chapitres pratiquent les grades de Sagesse en France, de même que la Grande Loge Féminine qui en reçut la patente en 2000.

Cette résurrection s’étend progressivement aux pays et territoires qui avaient été frappés par la même désuétude aux XIXe et XXe siècles. On la voit paraître dans l’océan indien, dans les Antilles, aux Caraïbes. Des projets concrets voient le jour à Nouméa, Londres, New York, au Portugal, au Liban, à Madagascar, en Afrique. La maçonnerie française rayonne à nouveau dans le monde. Mais….

Et chez nous ? Quid de la Belgique ?

Contrairement à nos voisins français qui ont réussi une superbe résurrection du rite maçonnique le plus pratiqué dans nos régions au  XVIIIe siècle, le Rite Français n’y est toujours pas pratiqué, car le Rite Moderne Belge n’est en aucune façon le Rite Moderne Français.

Certains auteurs belges ont entretenu une confusion en alléguant que le Rite Moderne Belge, pratiqué par le GOB, par la GLB et par la GLRB, était identique au Rite Moderne des Français. Cela ne me paraît pas exact ; ils sont différents en leur essence comme en leur liturgie rituelle, et je suis ici pour vous dire en quoi ils ne sont pas les fils d’un même père, car ils ne possèdent nullement le même patrimoine génétique

Mon excellent ami Jacques Ch. Lemaire a publié un article dans « La Chaîne d’Union » n°37 de juillet 2006, dans lequel il se réfère constamment au Rite Français du Grand Orient de Belgique.

Le Rite Moderne Français (de Belgique) n’est pas le Rite Moderne Français (de France)…

Il fut certes une époque où certaines loges du GOB ont pratiqué ce rite sous l’égide et l’autorité du Grand Orient de France. Mais, à mon avis, un rite se caractérise essentiellement par deux aspects : le premier est le contenu initiatique et spirituel de ses rituels ; le second est le lien qui unit le bénéficiaire/utilisateur d’une patente à l’organisme qui la détient légitimement et lui en a cédé l’usage, selon telles ou telles modalités.

(a)   Le contenu initiatique des rituels du Rite Moderne Belge, voire même du Rite Moderne dit Français, pratiqué au GOB en 2008 n’est pas celui du Grand Orient de France. Ils ne concernent, en Belgique, que les grades d’apprenti, de compagnon et de maître maçon. Le contenu de ces  mêmes grades au Rite Français de France est nettement différent ; de plus, le patrimoine français du Rite Français comporte 5 Ordres de Grades ultérieurs à celui de maître, ce qui n’est aucunement le cas en Belgique.

Voici ce qu’affirme le GOB sur son site officiel Internet:  

le rite moderne ou rite des Modern(e)s : rite de fondation du Grand Orient de Belgique,  également parfois appelé rite français, inscrit dans la filiation de la Grande Loge de Londres  de 1717 dite « Grande Loge des Moderns »; c’est un rite basé sur la quête de la Raison, de  l’Homme maillon de la chaîne sociétale…

Le rite écossais ancien et accepté : ce rite, plus spiritualiste, invite le maçon à élaborer  son « temple intérieur » ; il revendique sa filiation avec la Tradition notamment issue de la Grande Loge anglaise des Ancients ; il est l’un des rites maçonniques les plus pratiqués au monde …

 (b)  Quant à la filiation à caractère historique, revendiquée par le GOB, si elle ne porte pas sur le Rite Français structuré en trois grades spécifiques et quatre Ordres de grades ultérieurs à la maîtrise, de quoi se compose-t-elle donc, et en quoi serait-elle «  française » ?

Ajoutons que la Grande Loge de Belgique, fille du GOB car issue en 1959 de ce dernier, a emporté avec elle, lors de sa fondation,  les rituels de cette dernière obédience. Elle les qualifie officiellement de Rite Moderne Belge, et jamais de Rite Français.

Quant à la Grande Loge Régulière de Belgique, issue de la GLB et donc petite-fille du GOB, elle distingue nettement le Rite Moderne Belge (son rite officiel) du Rite Français quelle pratique également, avec un contenu initiatique essentiellement différent et conforme, mutatis mutandis, au Régulateur, mais avec des concessions aux exigences de la Grande Loge Unie d’Angleterre, telle par exemple la présence d’un « autel » en Loge, sur lequel repose, recouverte du compas et de l’équerre, une bible dont l’ouverture rituelle par le Vénérable fait l’objet d’une séquence très britannique, faisant allusion à la «  Vraie Lumière ». Ce qui n’est aucunement « français ». Aucun rituel français ne connaît cette séquence à caractère nettement religieux.

Une seule obédience belge pratique le Rite Français en ses grades bleus : c’est la GLRB, dont sept loges travaillent (en 2006) au Rite Français, la majorité des autres ayant adopté le Rite Moderne Belge, de même d’ailleurs que l’obédience pour ses tenues de Grande Loge, et qui interdit que le nombre de loges pratiquant un rite autre que le RMB excède 50% du nombre des loges du rite moderne.

Ce qui fut qualifié par dérision de «  Rite Français » par les « Antients » qui importèrent le REAA à Paris en 1804, s’intitule en réalité « les rituels selon le Régime du Grand Orient ». Ces rituels furent composés par la Chambre des Grades du GODF et furent envoyés, en juillet 1787,  avec d’infinies précautions, aux loges de la correspondance.

Les rituels d’origine française utilisés en Europe avant cet envoi ne peuvent pas être qualifiés de Rite Français ; ils représentent certes la maçonnerie « d’esprit ou de style français », mais ne constituent en rien le Rite Français. La confusion est générale à cet égard.

Et le marquis de Gages avec ses fameux rituels ?

En Belgique, les rituels du marquis de Gages, par exemple, qui provenaient de la Grande Loge du comte de Clermont, furent utilisés par certaines loges des Pays-Bas autrichiens de 1763 (ou 65 ?) à 1786. Gages, devenu Grand Maître provincial pour compte de la Grande Loge d’Angleterre,  meurt en janvier 1787 ; les rituels sont expédiés aux loges, par le Grand Orient de France, en juillet 1787. Ne fût-ce que pour ces raisons simplement chronologiques, son obédience, l’aurait-elle voulu,  n’a jamais pu travailler au «  Rite Français », c'est-à-dire avec des rituels approuvés par la seule autorité légitime : le Grand Orient de France.

Spécificités du Rite Français.

On les identifiera une par une en examinant les pages 12 à 34 du livre indispensable de Pierre Mollier : «  Le Régulateur du Maçon 1785 / « 1801 », édité en 2004 par A l’Orient, Paris.

Les plus caractéristiques sont les suivantes : la loge des ouvriers maçons se tient dans le Porche du temple, et non dans le temple.

  • la loge étant traditionnellement située HORS du temple, on y voit la voûte étoilée
  • Les trois grandes lumières sont : le soleil—la lune—le Maître de la Loge. Il n’y a jamais d’autel séparé, mais « le livre des statuts généraux de l’Ordre » est disposé sur le plateau du Vénérable, aussi appelé parfois « autel », « authel » voire « thrône ».
  • La colonne des apprentis est J, la colonne des compagnons est B.  Ceci montre une inversion par rapport à la description de la Bible (Chroniques et Rois), inversion inventée puis supprimée par la maçonnerie anglo-saxonne, mais restée tradition dans la maçonnerie française.
  • Les trois grands chandeliers constituent une équerre ayant pour base l’Orient et non l’Occident, et représentent le soleil, la lune et le maître de la Loge. La position inverse, ayant pour base l’Occident, est écossaise. Mais avec des variantes…
  • Les épreuves lors des voyages sont destinées à effrayer le candidat et à mesurer sa persévérance. Le premier voyage se fait dans le vacarme et c’est tout. Le deuxième voyage voit la purification par l’eau. Le troisième voyage voit la purification par le feu. L’épreuve de la terre est inconnue. Les purifications par l’eau et le feu proviennent des Ecritures, et n’ont aucune connotation alchimique. Il est intéressant de noter, toutefois, que c’est à cette époque que s’introduiront dans les maçonneries française et austro allemande, des purifications qui, dit-on sans preuves, prendront progressivement des allures alchimiques. Mozart par exemple fut initié en 1784 avec un rituel qui ignore toute purification ; mais sa Flûte Magique, en 1791, mentionne sans la moindre équivoque des purifications par « les quatre éléments de l’Antiquité » ( cfr les paroles du duo fugué des Gardiens du Temple). C’est donc précisément à cette époque que les épreuves traditionnelles, purement physiques et morales, se muent, en certains endroits, en des purifications d’ordre sacramentel, religieux ou magique. Qu’il me soit permis de le regretter…

Les autres spécificités du Rite Français de 1786 sont :

* le simulacre de la saignée

* le calice d’amertume

* le serment prêté dans la position de l’équerre ( il n’y a jamais d’agenouillement au Rite Français, le néophyte étant placé dans la position de l’équerre, soit chacune des deux jambes repliée en équerre, les deux bras repliés en équerre, la main tenant un compas ouvert en équerre. L’équerre fut longtemps l’instrument le plus important du rituel maçonnique).

* le serment prêté sur les statuts de l’Ordre et l’épée, symbole de l’honneur, devant le GADLU

* le don de la Lumière (une seule)

* la consécration par le seul Vénérable (les deux surveillants n’ayant nullement qualité pour consacrer)

* la disposition des pieds en double équerre, lors de la marche rituelle, qui part du pied droit

* la position d’ordre en posant la main au col, de manière que le larynx se trouve entre l’index et le pouce, l’avant-bras à plat sur la poitrine ; pour faire le signe, on élève ensuite le coude et la main trace le niveau, et on abaisse ensuite la main par perpendiculaire. La position d’Ordre au Rite Français, comme au Rite Ecossais Rectifié, contredit la disgracieuse position d’ordre anglo-saxonne, d’origine « antienne », coude levé ( cf Guide des Maçons Ecossais rituel ancien).

 L’esprit du Rite Français en cinq points

Point 1 :

Le Rite Français est l’exercice de la Maçonnerie à l’état chimiquement pur. Il ne comporte que des symboles relatifs au mythe de la Construction du Temple de Salomon.

Le pavement mosaïque est celui du Palais mosaïque, destiné à abriter les tables de la Loi reçues par Moïse sur le Sinaï. Elles sont conservées dans le temple de Salomon ou Palais de la Loi mosaïque, en abrégé « Palais mosaïque », d’où l’adjectif  « mosaïque »--relatif à Moïse--donné au pavement de ce palais.

Le tableau de la Loge doit être dessiné puis effacé ; la Loge, ou baraque des ouvriers, ne comporte aucun signe permanent sur les murs.

Les Trois Grandes Lumières sont de vraies lumières : soleil pour le jour, lune pour la nuit, maître pour la Loge.

L’étoile est aussi attribuée au VM et doit figurer sur son sautoir au Rite Français.

Les meubles de la Loge (mobiles, càd déplaçables) sont la bible, l’équerre et le compas. Cet assemblage non traditionnel ne sera imposé aux loges placées sous la dépendance de la Grande Loge Unie d’Angleterre qu’à partir de 1813. C’est un usage religieux provenant de la maçonnerie des « Antients », qui n’a donc aucun rapport avec la maçonnerie des « Moderns » ni avec la maçonnerie d’esprit et de rite français.

Les bijoux et les ornements sont expliqués dans les catéchismes et tuileurs, et figurent sur le tableau synthétique de la Loge.

Les Trois Piliers, parfois abusivement dénommés colonnes, sont Sagesse, Force et Beauté. La tradition moderne et française attribue la sagesse au Vénérable, la force au premier Surveillant et la beauté au second Surveillant. Les autres attributions, variées dans les rites écossais, sont incorrectes et non signifiantes. Seul le VM incarne Salomon en Loge, et Salomon seul symbolise la Justice et la Sagesse.

Les surveillants sont placés à l’Occident. Au REAA, ils sont l’un au Sud, l’autre à l’Ouest, pour garder les portes du temple DANS lequel ils travaillent.

Point 2 :

Le Rite Français est essentiellement mythique. Il véhicule trois mythes fondamentaux :

Le mythe du passage des ténèbres à la lumière

Le mythe de la construction du temple de Salomon

Le mythe hiramique, dont il ne sera pas question en cette loge d’Apprentis.

Il en résulte ceci, qui fait la spécificité essentielle, car spirituelle, du Rite Français :

Le Rite Français ignore absolument, à la différence de bien d’autres rites maçonniques :

La pensée religieuse

La pensée ésotérique

La pensée mystique

La pensée magique

La pensée occultiste


Le Rite Français est maçonnique et mythique, et rien de plus !!

Il est en rupture avec toute métaphysique ; il s’appuie uniquement sur les symboles, les allégories, et la raison.

Voyons ceci de façon argumentée.

La pensée religieuse : elle implique une soumission totale à une réalité absolue. Le Rite Français ne comporte rien de religieux ni de « sacré », ni prière, ni aucun acte ayant ce caractère sacré.La pensée ésotérique : elle se base sur une révélation transmise à de seuls élus. C’est une tendance sectaire qui introduit un clivage entre les frères qu’elle sépare entre des élus et des damnés. Il n’y a rien d’ésotérique dans les constitutions, les règlements généraux et les règlements particuliers des loges et des obédiences, car cette pensée ésotérique va à l’encontre de l’universalisme de la franc-maçonnerie.

La pensée mystique : recherche une immersion totale de l’individu dans ce qui le dépasse. La mythologie maçonnique s’appuie sur l’idée d’un projet de Construction ; elle s’occupe du hic et nunc ; elle met l’Homme au centre de l’univers, et ne comporte rien de mystique ni de divin.

 La pensée magique : elle essaie de contrôler la réalité par des opérations mentales profondément irrationnelles. Elle s’adonne à la théurgie, à l’alchimie, à la magie. Ce sont autant d’aberrations qui ont disparu avec le dernier quart du XVIIIe siècle, sauf dans de très rares cénacles romantiques, confidentiels, spirites et attardés.

La pensée occultiste : elle privilégie les superstitions les plus dangereuses en accréditant l’influence des « esprits » sur les humains ; elle se manifeste par exemple en Loge lors de l’extinction des bougies (qu’aucun souffle humain impur ne peut éteindre !!), lors de la chaîne d’union ( qui doit se faire mains dégantées afin que « le fluide » circule mieux !!) et de la prestation de serments ( qui se fait mains gantées au Vatican, qui, en cette matière, dédaigne toute superstition). La pensée occultiste croit donc fermement aux actes à caractère magique, et à la circulation de « fluides » aux propriétés jamais expliquées depuis Mesmer…

Le Rite Français ne confond jamais le sacré, qui est du domaine des églises et des religions, avec l’initiatique, qui est du domaine de la dernière grande société initiatique du monde occidental, la franc-maçonnerie de tradition. En Loge, au profane s’oppose l’initiatique, et non le sacré. Il s’agit d’une opinion personnelle. L’étymologie nous aide à comprendre : « pro fano »  signifie resté devant le temple. « In ire » signifie entrer dans, commencer. « Sacer » signifie séparé.

Point 3 :

Le Rite Moderne Belge : un Grand Maître nous dit : « Ce rite, qui ne comporte historiquement aucun grade ultérieur à la maîtrise, est propre et « exclusif à notre pays. Il lui est spécifique et très différent du Rite Moderne Français. Il est le « produit de l’histoire locale de la maçonnerie belge, de la première moitié du XIXe siècle à  nos jours.

Vers 1955, le Grand Orient de Belgique écrit ceci :  les loges de l’obédience travaillent « selon deux rites : le rite moderne, appelé également rite français, et le rite écossais ancien et « accepté qui se distingue par une démarche plus symbolique ».Retenons donc de cet extrait « autorisé », que le Rite Moderne Belge est très différent du Rite Moderne Français, mais qu’on l’appelle aussi Rite Français. Vous avez dit bizarre, mon cher cousin ?

Ajoutons que ce rite purement local et limité strictement à trois grades symboliques de tout temps, ne saurait en aucun cas être confondu avec le Rite Français, comme certains auteurs l’ont fait. Ils sont radicalement différents dans leur esprit et dans leurs modalités initiatiques.

Le Rite Français d’une part appartient depuis 1786 au Grand Orient de France, qui le communique à qui il l’entend, et d’autre part comporte un ensemble de particularités originales aux grades bleus qui font sa spécificité, outre une structure de Hauts Grades dits Ordres de Sagesse. Nous sommes loin du Rite Moderne Belge, qui diffère du tout au tout de cette description.…

Caractère éclectique et composite du Rite Moderne Belge.

Le RMB apparaît après Waterloo en 1815 ; les Français quittent la Belgique, et l’influence du GODF cesse chez nous. Les Hollandais tentent de s’emparer de la maçonnerie belge jusqu’en 1830, date de notre indépendance par la création, bien tardive, de la Nation belge.

Sous le roi Léopold 1er, l’Eglise catholique se déchaîne contre la Maçonnerie belge, qui riposte et se mue en machine de guerre anticléricale. Les loges se vident de leurs éléments catholiques mais se remplissent de tout ce qui combat l’Eglise de Rome et de Malines.

Les rituels du temps reflètent bien entendu ces circonstances politiques particulières…Ils subissent de surcroît les influences d’autres rites, tels le Rite Ecossais Philosophique et le Rite Ecossais Ancien et Accepté, le Rite Ecossais Rectifié et les rites anglais, ce qui produit de fortes variations de loge à loge avec des différences énormes et des contradictions flagrantes, auxquelles nos loges, très chatouilleuses sur leur indépendance et fermement cramponnées  à leurs habitudes, tiennent avec une vigueur difficilement négociable…

Les rituels se voient amputés de nombre d’éléments traditionnels et signifiants, au profit d’innovations parfois saugrenues et produisent un rite « dit moderne » approuvé en 1878 par le GOB.


LE RMB = LE RF + LE REAA + LE RER + LE REPH + LE RA

Peut-on résumer le Rite Moderne Belge en une formule lapidaire ? La voici :

Soit : le Rite Moderne est le Rite Français plus le Rite Ecossais Ancien et Accepté plus le Rite Ecossais Rectifié plus le Rite Ecossais Philosophique plus des apports rituels anglais.

Point 4 :

Résumé des caractéristiques et emprunts du Rite Moderne Belge.

La première caractéristique est qu’il ne vit que de greffes étrangères. Vous en voulez certes des preuves ; les voici.

Dans les nombreux rituels qui furent en vigueur dans nos régions, au XVIIIe siècle, les exemples abondent qui démontrent les pratiques en honneur chez nous. Par exemple, dans les rituels du marquis de Gages, qui fut Grand Maître de 1763-65 à 1786, soit 21 ans durant, l’initiation d’apprenti, en ses voyages, est assortie d’épreuves et non de purifications, dont on voit la connotation. Il en va de même dans les fameux rituels du comte de la Barre, datant de 1778.

Le Régulateur du Maçon lui-même, de 1801, ne connaît que la « purification » par l’eau et le feu, en conformité avec la parole des Ecritures.

Le REAA du Guide des Maçons Ecossais, rituel des Antients, ne connaît que « les flammes purificatoires » intervenant au cours du troisième voyage. Cette greffe du REAA est utilisée dans certains ateliers du RMB, dans diverses obédiences belges.

Que se passe-t-il en général au Rite Moderne Belge ? L’épreuve de l’air est ajoutée, de même que celle de la terre, sous la forme du «  cabinet de réflexion » !!

Le grade de compagnon du RMB connaît deux greffes majeures : une provenant du RER, l’autre, dénuée de toute valeur initiatique, provenant des Compagnonnages. Je ne puis en dire plus en loge d’apprenti.

L’ouverture et la fermeture de la Bible est une greffe des rites anglais et est tout à fait ignorée de la maçonnerie française.

Les taus de tabliers des Maîtres Installés ne sont pas des taus, lettre grecque inusitée en maçonnerie, mais des niveaux, qui ne sont pratiqués que dans la maçonnerie anglo-saxonne. La maçonnerie française, dont le Régime Rectifié, les ignorent totalement (ou devrait les ignorer).

Les serments prêtés sur la Bible recouverte de l’équerre et du compas sont une greffe anglaise. Le Régulateur du Rite Français fait jurer sur les statuts de l’Ordre et sur l’épée du VM. Le RER sur l’évangile de Jean et l’épée du VM.

Le serment d’obéissance de l’Orateur au VM est un vestige de l’Empire et est ignoré des autres rites français et rectifié.

Les 3 grandes lumières Bible équerre compas ; c’est une greffe des Anglais.

Les 3 chandeliers avec base à l’Occident proviennent de l’Ecossisme en général.

La loge devient le temple, comme au REAA

Les grades deviennent des degrés, comme au REAA et en Angleterre.

Les ex VM deviennent Couvreurs « par humilité », ce qui revient à dévaloriser le rôle essentiel du Couvreur de la Loge ; c’est propre au RMB. Ailleurs, ils constituent souvent le Conseil des Anciens Maîtres de Loge, sorte de Sénat constitué de ceux « qui sont passés par la  chaire de Salomon ».

Il y a un autel dans le temple, ce qui est une greffe du REAA, des Anglais mais surtout des Eglises de toutes obédiences.

Les déambulations en loge des FF et des Officiers se font en marquant les angles droits, parfois en claquant les talons !! C’est une greffe militaire et anglaise. La maçonnerie française rectifiée ne connaît que les déambulations à pas libres. Le Rite Français marque légèrement les angles.

Enfin, last but not least, la chaîne d’union se fait mains dégantées, afin, disent les auteurs classiques, que le fluide circule !!! ce qui est une greffe des occultistes et des « spirites » du XIXe siècle.

Conclusion :

On ne peut vraiment pas affirmer que le Rite Moderne Belge, hybride purement local, circonstanciel et limité à trois degrés symboliques, soit l’équivalent du Rite Français. Il suffit de comparer leurs composants à tous deux, pour constater que les similitudes spirituelles sont inexistantes, assorties de pratiques rituelles étrangères les unes aux autres.

Le Rite Français fut certes présent en Belgique de 1795 (date de l’annexion négociée de la Belgique à la République française, et, par conséquent de la prise d’autorité du Grand Orient de France sur la plupart des loges belges) jusqu’en 1814, date du départ des troupes françaises.

Les hauts grades français ont donc continué à se voir pratiqués chez nous sans chef d’ordre, jusqu’en 1880 à tout le moins, ce qui est attesté ; mais la pratique du Rite Français y est tombée en désuétude après cette date, et le Rite Moderne Belge s’est constitué sous le règne de Léopold 1er, hors la compétence du Grand Orient de France et a fortiori de son Grand Chapitre Général-Rite Français. Ce dernier ne contient du reste AUCUN nom de chapitre belge, ni même celui d’un chapitre simplement situé sur le territoire de la future Belgique, porté sur sa matricule depuis 1784. Dont acte.

En résumé : le Rite Moderne Belge est ce qui reste du Rite Français quand on en a ôté tout caractère moderne français, et qu’on y a ajouté une pluie désordonnée d’influences anglaises, écossaises, anciennes, religieuses, rectifiées et occultistes.

Le Rite Moderne Belge est limité aux trois grades dits « artisanaux ».

Le Rite Moderne Français est chimiquement pur.

Il est maçonnique, mythique et symbolique.

Et rien d’autre.

Il comporte depuis ses origines trois grades bleus et cinq Ordres de Grades.

Il privilégie la tradition conviviale des origines anglaises, le respect et l’amour des Lumières, la Laïcité et la seule raison.

Aujourd'hui, les Grades de Sagesse du Rite Français sont pratiqués en Belgique par le Grand Orient de Belgique pour les Frères masculins, à la Grande Loge Féminine de Belgique pour les Sœurs, et au chapitre inter obédientiel Prince de Ligne pour les adeptes de la mixité maçonnique. Le tout pourrait constituer un jour, le Grand Chapitre Général de Belgique : trois entités en une. Vivat !

 

 

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commentaires

van Win Jean 19/01/2010 17:21


Mon très cher Frère, tu as publié cet article qui date un peu et qui comporte une erreur que je voudrais rectifier. Je ne cite pas la Grande Loge Féminine de Belgique, qui travaille notamment à
deux versions du Rite Français, et qui débouche aussi sur une structure féminine des Grades de Sagesse. Mea culpa ; ce n'est pas par machisme. Pour parodier Hugo : " ami lecteur, en lisant cet
écrit, n'exerce pas sur moi ta satirique rage, et que la faiblesse de l'âge excuse celle de l'esprit".


MONTALEAU 20/01/2010 00:35


Bien reçu, je vais rectifier par un moyen ou par un autre.
Merci de ta fraternelle collaboration.


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