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16 mars 2012 5 16 /03 /mars /2012 21:55

A propos de l’installation ésotérique du Maître de Loge


                                                                   Jean van Win, membre de la Mère- Loge de Maîtres

                                                                   Installés des Gaules, province de Flandre

 

I. L’initiation ésotérique du Maître de Loge en Angleterre et pays satellites.

 Cette cérémonie, lorsqu’elle est pratiquée chez nous dans les obédiences soumises à ou influencées par la Grand Loge Unie d’Angleterre, soulève dans les pays marqués par la pensée de Descartes des remous qui tournent parfois au conflit. En effet, la cérémonie d’initiation dite « ésotérique » s’insère en plein milieu de la cérémonie « ouverte » d’installation du nouveau Vénérable Maître et de ses Officiers. On procède à cette fin à l’exclusion successive des apprentis, des compagnons, des maîtres, et des Vénérables non installés, ce qui suscite parfois de véhémentes contestations de la part de ces derniers. On a donc bien souvent accepté de tolérer, à cette cérémonie, des Vénérables qui ne sont pas installés, ou qui ne veulent pas de cette qualification supplémentaire, à la condition qu’ils ne confèrent pas à leur tour cette qualité, et jurent de n’en point parler.

De plus, les Anglais disent qu’il ne s’agit pas d’un grade additionnel, mais bien d’un gradelatéral (side degree) et non en ligne, comme du reste le système  de la Saint Arche Royale de Jérusalem. C’est une excroissance du grade de maître, et il en fait partie, tout en en étant distinct. Il s’agit d’une logique britannique qui échappe à bien des enfants de Descartes, qui s’interrogent : mais qu’est-ce donc qu’une cérémonie qui confère des mots, signes et attouchements, et une légende du grade strictement réservés à ceux qui se les sont vus conférer ?  Car c’est, pour ces logiciens européens, exactement la définition d’un grade.

On observe aussi, dans les rituels dérivés de la maçonnerie régulière anglo-saxonne, que la forme donnée à l’ouverture des travaux est celle d’une tenue maçonnique, alors qu’il est prétendu par ailleurs que l’installation « ésotérique » n’est pas un grade additionnel à celui de maître maçon. C’est un paradoxe assez discutable, mais qui réduit clairement cette « tenue » à un « cérémonial ».

On observe aussi un détail difficilement interprétable : le Vénérable Maître demande au second surveillant, juste avant la clôture des travaux, « quel est le devoir constant d’un maître installé ». La réponse est : « de s’assurer que le Conseil est convenablement couvert ». Outre le fait que ce devoir s’impose de façon identique à tout Vénérable non installé, on peut se demander, en bons cartésiens, s’il n’est pas plus opportun d’assurer cette vérification avant plutôt qu’après le déroulement des travaux…Cette re-vérification a posteriori paraît donc redondante et inutile.

Le tablier du Maître installé. On croit souvent, en France et en Belgique notamment, que le port de « taus » sur un tablier de Maître Maçon indique sa qualité de « maître installé ». Cette croyance est erronée. Ne fût-ce que parce que le « tau », qui est une lettre grecque, s’écrit avec la tête en haut (la barre horizontale) et non en bas. Et aussi peut-être parce que la langue grecque est largement étrangère à cette portion de la culture judéo-chrétienne et biblique qui forme la base didactique de la maçonnerie traditionnelle. Le Rite Français ne connaît, à titre d’exception remarquable, que les lettres alpha et oméga apparaissant tout en fin du cycle initiatique.

A l’origine, le tablier de Maître Maçon ne comporte aucune surcharge : il est blanc. Des rosettes furent ajoutées plus tard, afin de mieux distinguer les étapes d’un système devenu trigradal et aussi sans doute par souci d’élégance. Aucun symbolisme ne se rattache à cet usage tardif. C’est en effet en 1814, lors de la fusion de la Grande Loge des Antients avec celle des Moderns, que la GLUA décrit comment les «  niveaux » (levels)  doivent être placés sur les tabliers des maîtres. Il s’agit d’un ruban «  disposé à la perpendiculaire d’une ligne horizontale, formant ainsi trois ensembles de deux angles droits ». Les premiers tabliers avec niveaux apparaissent vers 1800 ; les tabliers avec rosettes apparaissent en 1815.

Depuis la fusion de 1813, un besoin d’uniformisation a fait remplacer les rosettes des Maîtres de Loges et de Passés Maîtres de Loges par des niveaux, disposés comme décrit ci-dessus. Cet usage est demeuré étranger aux franc-maçonneries française et belge, jusqu’à l’introduction,  au début du XXe siècle, d’une maçonnerie anglo-saxonne dite régulière, qui réussit à  imposer ses usages à certains. Le Rite Français et le Rite Ecossais Rectifié l’ignorent encore totalement de nos jours, comme ils ignorent toute influence anglo-saxonne du reste, sauf celles qui présidèrent à ses origines.

On croit aussi, parfois, que le «  triple tau » (sic) du tablier de Maître Installé proviendrait de l’Ordre Suprême de la Sainte Arche Royale de Jérusalem. Cette croyance repose sur l’obligation ancienne, et révolue depuis, d’être « passé par la chaire de Salomon » (avoir été installé ésotériquement) pour accéder à cet Ordre. Il n’en n’est rien ; le triple « tau » de cet Ordre n’est autre que le T + H, abréviation latine et non grecque de Templum Hierosolymae, soit Temple de Jérusalem, sigle qui combine un T vertical et deux T horizontaux.

Les « niveaux » d’un Maître Installé ne sont donc pas des « taus », ni grecs et encore moins…romains !!

Les rituels de Maître Installé. Il existe quantité de versions de ce cérémonial d’installation d’origine anglo-saxonne, les unes fort longues (extended working), les autres fort courtes (telles celles qui sont pratiquées dans certaines obédiences françaises), dans lesquelles les trois extraits bibliques ne sont ni lus ni mis en scène. Ces cérémonials sont « retravaillés » comme tant d’autres, afin d’enlever ceci ou d’ajouter cela, sous des influences diverses.

Le cérémonial le plus généralement pratiqué, qui provient de la GLUA, est une version longue et particulièrement « biblique », avec un accent religieux prononcé.      

 Trois fort beaux textes viennent jalonner ce cérémonial. Certains exégètes disent, avec une grande vraisemblance, qu’ils ne servent que de prétextes à la communication d’une collection de signes. Ces textes sont :

            -- les Lamentations de l’Exil ;

            -- la visite de la reine de Saba à Salomon ;

            -- la troisième vision d’Amos.

Il nous paraîtra sans doute intéressant de voir et de discuter en quoi ces extraits peuvent bien concerner l’entrée en fonction d’un président de loge, et la signification « ésotérique » qu’on peut leur donner.

1. L’Exil des Judéens,

leur déportation à Babylone, et leur retour à Jérusalem constituent une thématique parmi les plus importantes des grades ultérieurs à la maîtrise, tous systèmes, régimes et rites confondus.

La Bible y revêt une importance très grande. Ce thème se trouve dans Rois et Chroniques, Esdras, Néhémie, Jérémie, Ezéchiel, Lamentations, Aggée, Zacharie et Psaumes.

On dit que le thème de l’exil exprime le traumatisme puissant subi par les Juifs déportés et exilés qui, privés de temple, de terre et de souverain, devaient tenter de redéfinir leur identité religieuse. Le texte du cérémonial, soit Psaume 137 :1-6, page 7, est superbe et émouvant. « Au bord des fleuves de Babylone… ». Il s’agit bien sûr du Tigre et de l’Euphrate, entre lesquels vit et rayonne la  brillante civilisation mésopotamienne[1]. Car c’est au bord de l’eau que se fait la lecture de la Torah. Cette pratique tend à éviter aux exilés de se laisser séduire par les brillantes liturgies babyloniennes au détriment de la tradition hébraïque : « Si je t’oublie, ô Jérusalem… ».

La victoire d’une nation sur une autre signifiait aussi la victoire de ses dieux contre ceux des vaincus (sauf en général pour Rome, mais qui détruira tout de même le Temple en 70). Il appartient donc aux francs-maçons de découvrir dans leur Bible comment Cyrus autorisa les Hébreux à rentrer en Israël et à reconstruire leur capitale (2 Chroniques 36).

La maçonnerie spirituelle attache, elle aussi, une importance très grande aux «  grades de l’Exil ». On les retrouve notamment mais non exclusivement :

            --  au Rite Français, dès 1746, dans le grade de Chevalier d’Orient, futur troisième grade de Sagesse du Rite Français dont il fut longtemps le grade terminal. La banderole thématique qui orne le lieu de l’action rituelle dit : «  rends la liberté aux captifs ». C’est Zorobabel, chef des prisonniers juifs, qui demande à Cyrus de libérer ses compatriotes. Ce grand roi accède à leur demande ; ils retourneront à Jérusalem afin de reconstruire le Temple, l’épée d’une main et la truelle de l’autre. Cette thématique, combinant l’esprit de chevalerie à celui de la construction, est aussi l’une des plus répandues parmi les hauts grades de divers régimes.

         --  au Rite Ecossais Ancien et Accepté, aux XVe et XVIe degrés du REAA, c'est-à-dire au Chevalier d’Orient ou de l’Epée, et au Prince de Jérusalem. Le Chevalier d’Orient, apparu très tôt vers 1746, fut largement répandu sur le continent, et ne sera détrôné dans sa primauté que par le Chevalier Rose Croix, rare exemple de degré chrétien et néo testamentaire.[2] Le Prince de Jérusalem en constituait la suite. Leurs légendes du grade sont tirées d’Esdras et de Néhémie. Le XVe degré du REAA met en scène le «  sentiment d’être exilé ». Il s’associe à l’échec ressenti par celui qui se croit frappé de rejet. Le rituel du grade apprend au récipiendaire à se connaître et à s’aimer lui-même comme il aime l’autre. L’Exil finit toujours par cesser chez ceux qu’habite l’espérance.

L’enseignement initiatique qui nous est proposé dans ces degrés de l’Exil est sans doute celui-ci : être capable d’espérance, malgré les blessures de la vie. Jérusalem ne s’oublie pas !

            --  au Rite Ecossais Rectifié dans le grade de Maître Ecossais et de Saint André, qui succède à celui de Maître-Maçon. Rédigé, corrigé, réécrit et amendé par Willermoz pendant vingt longues années, interrompu par la Terreur et terminé sous l’Empire, ce grade apparaît sous sa forme définitive en 1809. Le rituel évoque la douleur de la captivité, mais aussi le fait que « le feu du temple n’avait pas été éteint ». [3] C’est l’Eternel qui accorde au peuple hébreu le pardon de son idolâtrie passée et permet son retour à Jérusalem.

Cette reconstruction, précise le rituel, s’effectue «  armé de l’épée d’une main pour me défendre, et de l’autre main d’une truelle pour réédifier ». C’est pourquoi le RER ne parle jamais de « la construction du temple », comme le font les autres rites. Il se concentre sur la RE-construction de ce qui fut autrefois anéanti, une allusion évidente à la situation de dégradation morale de l’homme après la Chute, situation à  laquelle il faudra mettre fin par la Réintégration progressive dans son état pré-adamique, « par le seul canal de l’Initiation » ose-t-il écrire. Mais pareille controverse est une tout autre histoire !

Remarque relative à la construction du superbe Psaume 137

En lisant ce très beau texte, on décèle à mon avis trois axes essentiels qui vont eux aussi par trois :

            Trois qualités : la sagesse—le jugement—l’habileté.

            Trois dons : la grâce—la puissance—la vraie science.

            Trois buts : éclairer ses frères—gouverner la loge—glorifier « son » Nom.

De tout ceci ressort néanmoins, selon mon analyse, une notion fondamentale, présente dans tous les grades de l’Exil, et qui paraît être proposée avec force au nouveau  Maître de Loge :

La Fidélité absolue à Jérusalem

Et le signe pénal qui l’illustre en est la concrétisation visible. Ce signe doit donc être exécuté à l’unisson par le Conseil des Maîtres Installés, en trois temps, et avec précision et énergie. N’entrevoyons-nous pas, déjà ici, que nous pourrions nous trouver, avec tout ce cérémonial,  dans une psychologie de l’intransigeance morale ?

2. Le voyage de la reine de Saba :

Cet épisode n’intervient, à ma connaissance, dans aucun des autres hauts grades des systèmes maçonniques les plus courants. Il semble bien être spécifique et exclusif à ce cérémonial. Il intervient juste après la prestation de l’obligation du nouveau Maître Installé, et est extrait de Rois X, 1-10. Quel sens peut-on lui donner ?

L’anecdote paraît simple, voire futile. Salomon appelle par trois fois Adoniram pour le présenter à Bilkis (page 10). Le roi l’empêche de s’agenouiller (pourquoi ??) et le relève par la griffe du Maître Installé. Adoniram salue néanmoins Salomon en signe d’humilité.

On pourrait être tenté de donner raison à ceux qui prétendent que cet épisode anodin sert de prétexte à la multiplication de signes : signe d’appel—griffe du maître—salut au roi.

Que sait-on à propos de cette reine de grand renom ?

Bilkis, ou Balkis, ou Belquama ou Makéda n’eut jamais, pour les archéologues et les historiens, d’existence historique. Pas plus qu’Hercule ou Apollon, par exemple.

Mais la légende très détaillée et très variée qui concerne ce personnage de race noire est répandue dans une aire géographique énorme, allant d’Israël à la Syrie, au Yémen et jusqu’à l’Ethiopie, où son culte est encore très vivant de nos jours. Le dernier empereur Haïlé Sélassié était fermement perçu comme le descendant des amours de la reine de Saba et du roi Salomon.

Bilkis et/ou les Sabéens sont  cités dans l’Ancien Testament ( 1 Rois 10 et brièvement en Job 1-2), mais aussi dans le Coran et dans l’Islam, dans le christianisme avec l’Eglise copte, sans oublier l’opéra du bon Gounod et certaines productions hollywoodiennes involontairement comiques.

Le personnage mythique semble bien illustrer les rapports commerciaux florissants existant, sous Salomon, entre le Yémen et Israël.

Le récit légendaire de sa visite à Salomon ---vers l’an 900 avant JC---est très populaire ; elle lui posa quantité d’énigmes (des questions alambiquées) auxquelles il répondit avec justesse et sagesse. Ce qui prouverait la supériorité du  Dieu d’Israël et sa prééminence sur tous les autres, dont ceux des Sabéens. L’anecdote vise à démontrer le désir des Arabes d’adhérer au monothéisme dont Salomon était le parangon. Il est très curieux d’observer, de nos jours encore, une communauté juive très active en Ethiopie, qui s’articule autour du souvenir/culte de Bilkis et de Salomon.

Questions relatives à l’existence de pareil rituel maçonnique :

Pourquoi les ritualistes anglais de 1820 environ ont-ils incorporé cet épisode dans le cérémonial d’installation « ésotérique »[4] d’un Maître de Loge, si ce n’est afin de glorifier le personnage de Salomon, symbole de sagesse et de justice ?

Mais pourquoi aussi avoir multiplié les signes à l’occasion de cette légende qui permet, assez arbitrairement, de faire apparaître Adoniram, auquel la Bible ne fait pas référence à cet endroit-là ni dans ce contexte-là ?

3. Le fil d’aplomb d’Amos.

L’épisode d’Amos ( Livre d’Amos, chap. VII, 7-9 )  témoigne du refus qu’oppose l’Eternel au peuple hébreu d’encore lui pardonner ses turpitudes, turpitudes dont il semble être coutumier ( souvenons-nous du culte du veau d’or, rétabli dès que Moïse eût tourné les talons). Le fil d’aplomb relie Israël à son Dieu, à la façon d’un axis mundi. Amos fait appel à la détermination, au courage, à la persévérance. Les erreurs récurrentes ont été pardonnées deux fois, mais désormais, c’est fini ! La solidité du mur sur lequel est juché Dieu, bien d’aplomb, démontre sa détermination farouche. Il faut désormais suivre la seule dimension verticale !

«  Voici que je mets le fil d’aplomb au milieu de mon peuple d’Israël ; je ne lui pardonnerai pas plus longtemps ».

En quoi donc ce terrible troisième et dernier texte biblique concerne-t-il un Maître de Loge ?

Essai de synthèse

Peut-on suggérer, au vu de ces trois extraits bibliques, une signification morale (ou psychologique, comme l’on voudra) de ces propositions initiatiques ?

Voyons simplement les « secrets » réservés au trône de Maître Installé

Je résume ce qui me paraît essentiel :

            --  « Je mettrai un fil d’aplomb au milieu de mon peuple d’Israël et ne lui pardonnerai        plus ».

            --  « Que ma main droite se dessèche si je t’oublie, ô Jérusalem ».

            --  « Que ma langue se colle à mon palais si je ne préfère Jérusalem à toute autre

                  joie ».

Il est en outre précisé que le devoir du Maître Installé est de veiller à ce que les membres de la Loge soient fermement unis par les liens de l’affection.

Et ensuite, le fil d’aplomb de la rigueur morale doit servir d’exemple à tous.

En conclusion : on peut déduire de tout ceci, qui peut paraître hétéroclite à première vue, que le message « ésotérique » destiné au nouveau Maître de Loge est une invitation à la fermeté, à la constance, à la droiture et à une forme d’intransigeance face aux tentations et aux chutes possibles, qui sont indiscutablement évoquées en divers endroits de ce cérémonial.

Une dernière observation, davantage d’un historien que d’un ritualiste : ce rituel fut élaboré dans sa forme actuelle vers 1814, c'est-à-dire au moment où la Grande Loge des « Antients » venait de fusionner, en 1813,  avec celle des « Moderns ». On sait que l’installation ésotérique était un usage « Antient », que les « Moderns » avaient laissé tomber en désuétude ; Lawrence Dermott se lamente, à ce propos, dans la liste des reproches qu’il adresse en 1751 aux « Moderns ». En 1813-1814, ce sont les « Antients » qui l’emportent et qui marquent la maçonnerie anglo-saxonne de leur prééminence définitive. La maçonnerie des « Moderns » passera sur le continent, et là seulement. Les Etats-Unis n’ont jamais connu que la maçonnerie « des  Antients ».

Ne peut-on voir, dans le message véhiculé par ce cérémonial, un appel aux futurs Vénérables Maîtres de la maçonnerie renouvelée du duc de Sussex, afin qu’ils exercent leur charge avec fermeté, intransigeance, constance et fidélité « à Jérusalem » ?

La coïncidence chronologique permet cette hypothèse. Ce cérémonial semble aussi créer, ou entériner un usage neuf : celui d’une classe de Passés Maître de Loge, installant le nouveau chef de la Loge selon des modalités connues d’eux seuls, et visant ainsi à constituer une sorte de caste ou de Sénat constitué d’anciens, sorte de contrepoids à la Chambre du Milieu qui en serait le Parlement ? Combien de fois ne voit-on pas des jeunes Vénérables Maîtres gênés par cet encombrant contre-pouvoir ? 

Mais ces considérations de critique historique ne doivent nullement amoindrir l’impact émotionnel très fort qui résulte de la lecture de ces beaux textes. Le Psaume 137 est une merveille de nostalgie poétique lorsqu’il est bien dit ; le récit du voyage de Bilkis à Jérusalem est fort intrigant et suscite une réflexion personnelle sur l’expansion du monothéisme hébraïque ; le bref texte d’Amos projette une image puissante, assortie d’une injonction sans équivoque.

La fonction de Maître de Loge est avant tout disciplinaire ; c’est la nature humaine et la vie en groupe qui exigent cela. Tout ceci est fort et beau, et par conséquent sage. Comme Salomon.

Mais, en définitive, tout ceci ne concourt-il  pas à aider un de nos frères, élus par ses égaux que sont ses frères, entouré des Anciens, à oser devenir un patron ? Retenons les propos de la reine de Saba à Salomon ( Rois, X,9) : «  l’Eternel t’a établi roi pour que tu fasses droit et justice ».

 

II.  L’initiation « ésotérique » du Maître de Loge en France en 1760.

On le sait peu, car les rituels en sont peu connus et peu publiés. La tradition initiatique française connaît depuis bien longtemps une forme de réception « privée » réservée aux Vénérables Maîtres de Loge. Nous allons vous en donner deux textes ci-dessous. Le premier est extrait des rituels dits du Marquis de Gages, qui fut Grand Maître Provincial des Pays Bas autrichiens sous l’obédience de la Grand Loge de France, et sous l’autorité du prince de Bourbon, comte de Clermont. Cette cérémonie faisait partie du corpus rituel et est reprise dans le manuscrit FM-4 79 conservé en la Bibliothèque Nationale de France à Paris. Ces rituels sont datés de 1763, et furent utilisés par Gages dès 1765.

[transcription littérale ] :

Grade du Maître de Loge [5]

 Rituels datant de 1763 et années suivantes, Fonds FM 4 79 de la BNP

Qui se donne à ceux qui ne sont pas Ecossais pour pouvoir tenir Loge Régulière et non bâtarde. Les Ecossais le peuvent tenir par la supériorité de leur grade moyennant qu’ils soient parfaits dans leurs grades. C’est à dire qu’ils aient tous suivant ceux d’en dessous sans quoi ils ne peuvent tenir Loge ne connaissant pas la parfaite maçonnerie. Mais s’ils ont tous les grades en dessous des leurs, ils peuvent tenir Loge quand même ils ne seraient point reçus.

 Maître de Loge

 Cette Loge s’ouvre avec les mêmes cérémonies que le Maître Libre. Il n’y a point de passe, ni de mot que lorsque vous vous présentez dans une loge comme Maître de Loge et que l’on vous demande si vous êtes Vénérable Maître de Loge vous répondez : «  Oui, je le suis ou Jusquion ou um »[sic]  et votre nom comme Récipiendaire est Zorobabel et comme Vénérable, Cirrus. [6]

Réception

 Pour recevoir en règle en ce grade il faut être au moins trois Maîtres de Loge dont deux font les fonctions des Surveillants. Celui qui dessert la place de maître est assis dans un fauteuil, l’épée à la main. Les deux autres Maîtres le mènent à genoux devant le Grand Maître qui tient l’épée à la main et fait la croix sur le Récipiendaire qui est à genoux devant lui et qui lui fait les questions suivantes :

 D : Que demandez-vous ?

 R : Je vous supplie très humblement V.G. Maître de me donner le grade de Maître de Loge.

Alors le Grand Maître lui dit :

«  Vous me demandez une grâce qui ne s’accorde qu’à ceux que le mérite et le zèle en rendent dignes et qui par leurs bonnes mœurs sont disposés à pratiquer les œuvres de miséricorde envers les pauvres Maçons et à verse leur sang pour le soutien de la religion et pour le service de leur Souverain. Nous avons appris que toutes ces qualités se trouvent en vous. C’est ce qui nous engage à vous accorder votre demande. Vous sentez-vous assez de force à vous servir de votre épée pour la défense de votre Patrie, de votre Souverain et de la Maçonnerie ?

«  Le Récipiendaire répond : «  Oui, Très Respectable Grand Maître, avec les lois du Grand Architecte et qu’il me donne les forces requises ; je suis prêt à tout jusqu’à verser la dernière goutte de mon sang ». 

Le Grand maître lui dit : « Je vais vous recevoir V.M. de l’Art Royal de la Maçonnerie, au nom du Père et du Fils et du St Esprit ».

Il fait en le disant le signe de la croix sur le Récipiendaire. Puis il se lève de son fauteuil tirant l’épée du fourreau du récipiendaire, lui en donne deux coups sur l’épaule droite et de même dur l’épaule gauche et lui dit :

« De par notre Respectable Grand Maître le Comte et Prince Louis de Bourbon, Prince et Comte de Clermont et de ces Vénérables ici présents, je vous fais Vénérable Maître de Loge ».

Ensuite il lui présente son épée nue que le Récipiendaire reçoit à genoux et lui dit : « Je vous rends votre épée. Servez-vous en selon l’esprit de la Maçonnerie et non pas selon vos passions et souvenez-vous que vous ne devez jamais frapper personne injustement. Prince, soyez désormais religieux et vigilant pour le service de l’Ordre et de votre Souverain, obéissant à vos supérieurs, patient à leurs corrections et sachez que les lois de l’Art Royal dont je viens de vous faire Maître vous obligent à tous les exercices des  vertus morales et chrétiennes et à les faire exercer aux autres Frères qui se trouvent sous votre marteau ».

Puis le Grand Maître se levant lui fait prendre sa place et lui met un réchaud sous les pieds, deux épées en sautoir sur la tête et le fait purifier. Puis le Grand Maître reprend sa place et fait poser les mains du Récipiendaire sur l’Evangile et lui fait prêter son obligation en ces termes :

Obligation du Maître de Loge

 « Je promets ma parole d’honneur, [7] devant trois Maîtres de Loges, d’observer toute ma vie les commandements de l’Art Royal et d’en faire observer les règles, d’exercer la Charité, de défendre la Religion, d’être soumis à mes Supérieurs, et de garder à mon Souverain Grand Maître une inviolable fidélité et un secret inviolable sur les mystères de l’Art Royal et sur les hauts grades que l’on pourra me communiquer et de ne recevoir personne Maître de Loge sans la permission du Maître qui m’a reçu. Ainsi soit-il ».[8]

Alors le Grand Maître lui dit : «  Venez mon Frère que je vous embrasse et vous reconnaisse pour Vénérable Maître de Loge et venez prendre ma place ». Il lui fait prendre possession et lui remet tous les attributs de l’Ordre pour être constitué en cette dignité.

Un Maître de Loge frappe, pour visiter une Loge, selon son grade. Il n’a point de mot de passe particulier, ni de mot de Loge, ni de marche, ni de réponse. L’attouchement se fait en se prenant la main sans la serrer et on glisse jusqu’au poignet puis en retirant on glisse le long de la main.

Dans ce grade, on est reçu sous la voûte d’acier, le réchaud sous les pieds.

Il doit être voûté [9]  pendant toute sa réception.

Le mot d’entrée de Loge en France est

L.d.B.                        La réponse est C.d.B.

[Louis de Bourbon]  [Charolois de Bourbon]

Ce sont les significations mais on ne les donne

[fin de la transcription]

Ce rituel authentique, pratiqué en la Grande Loge de France, annonce nettement le rituel du 20e degré du Rite Ecossais Ancien et Accepté, sous le titre de Vénérable Grand Maître de toutes les Loges Régulières, ou  Maître ad Vitam. Ce degré se retrouve au 21e degré du soi-disant « Rite de Perfection ».

Il enseigne que celui qui est appelé à diriger doit se rendre compte que, s’il est le premier parmi ses égaux, cette situation lui impose des devoirs de l’exemple, de l’autorité, de l’instruction et du dévouement sans borne à ceux qu’il doit guider.

A cette fin, le candidat doit être purifié par le fer, symbole des peines du monde, et par le feu, passage nécessaire pour atteindre à la Vérité.

Mais il en existe une autre version, bien plus tardive puisqu’elle est attestée en 1786 à Paris car elle figure en parfaite légitimité parmi l’ensemble des rituels qui constituent le première mouture des rituels officiels de la Chambre des Grades diffusé sous la forme de manuscrits par Roëttiers de Montaleau, avec sa signature et la date 1787 écrite de sa main.

Mais il en existe une autre version, bien plus tardive puisqu’elle est attestée en 1786 à Paris car elle figure en parfaite légitimité parmi l’ensemble des rituels qui constituent le première mouture des rituels officiels de la Chambre des Grades diffusé sous la forme de manuscrits par Roëttiers de Montaleau, avec sa signature et la date 1787 écrite de sa main.

Nous vous en donnons ci-dessous la transcription, qui est peu connue, car, si elle figure bien dans les manuscrits envoyés en 1786-1787 par Roëttiers de Montaleau aux loges de la correspondance, elle disparaît curieusement des copies ultérieures et notamment de la version imprimée du Régulateur, postérieure il est vrai de 15 ans à la version manuscrite. Voici ce texte :  

[transcription littérale ] :

 Vénérable Maître de Loge.

Rituel Maître de Loge 1786-87 France doc

Appartement.

La Loge représente le Temple de Salomon. Le Trône doit être éclairé de trois Lumières et élevé sur sept marches ; au dessus du Trône deux épées en sautoir pendües et à côté un Réchaud avec des braises allumées.

Ouverture et Réception

Le Grand Maître nommé Cyrus étant assis dans un fauteuil au dessous du Trône, l’épée à la main, frappe un coup. Le Vénérable Surveillant le répétant, ensuite il fait la croix avec son épée sur la tête du Candidat qui est à genoux devant lui. Puis il dit :

D : Que désirez-vous cher Frère ?

R : Je vous supplie très humblement, Vble Gd Me, de me donner le grade[10] de Vénérable de Loge.

G.M. : Vous me demandez une grâce qui ne doit être accordée qu’à ceux qui la méritent et s’en rendent dignes et qui sont disposés à la pratique des œuvres de la miséricorde envers les pauvres maçons, à verser leur sang pour la Défense de la Religion Chrétienne et pour le service de leur Souverain ; nous avons appris que les dispositions à la grâce que vous demandez sont en vous, ce qui nous engage à vous l’accorder. Etes-vous donc disposé à vous servir de votre épée pour la Défense de notre ordre Royal, le Service de votre auguste souverain, l’honneur de l’ordre et la protection des FF malheureux ?[11]

R : Oui, Vénérable Grand Maître, avec l’aide du Grand Architecte de l’Univers.

GM : Je crois vous recevoir Vénérable Maître de l’Ordre Royal de la Maçonnerie, au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit.

En disant ces mots, il fait faire par les deux surveillants le signe de la croix sur le candidat, [12] puis il se lève de son fauteuil, tire l’épée du candidat hors du fourreau, lui en donne deux coups, un sur l’épaule droite et l’autre sur l’épaule gauche, disant :

GM : Par le pouvoir reçu de la part de notre Sublime Grand Maître Duc d’Orléans [13], je vous fais Vénérable Maître de Loge… de la …

Ensuite, le nouveau Vénérable se met à genoux et le grand Maître lui présente l’épée, disant :

GM : Servez-vous de votre épée selon l’esprit de la Religion, et non selon les mouvements de votre passion ; souvenez-vous que vous n’en devez jamais frapper personne injustement[14] ; soyez désormais vigilant au service de la maçonnerie et de votre souverain, obéissant à vos supérieurs, soumis à leurs ordres et patient à leur correction. Sachez que les Lois de l’ordre Royal duquel vous êtes Maître [15]vous obligent à l’exercice de toutes les vertus chrétiennes et morales, et de la porter au plus haut point de perfection que puisse le faire le commun des maçons.

Le G.M. étant retourné et placé sur le fauteuil, il lui fait prendre place devant lui, après quoi le premier Vénérable Surveillant présente des parfums au Vén. G.M. qui les jette dans le réchaud sur le brasier allumé, puis il purifie le nouveau M. en présentant la fumigation devant lui.

Ensuite, le Vble G.M. reprend sa place ; il est alors nommé Cyrus et le nouveau M. Zorobabel se met à genoux, pose la main sur l’évangile que tient le Vble Cyrus et dans cette position, les deux doigts de la main droite et le pouce levé, il prononce à haute voix son obligation.[16]

Nota : avant qu’il contracte l’obligation, il met au tronc 3 livres tournois pour les pauvres.

Obligation

« Je promets au Dieu tout puissant, Grand Architecte de l’Univers d’observer toute ma vie « ses saints commandements, de le servir avec zèle à la défense de la foi lorsque j’en serai « requis par mes supérieurs, d’exercer les Œuvres de charité envers les pauvres maçons selon « qu’il sera en mon pouvoir, de garder à mon souverain et à mon très Vénérable Grand Maître « une fidélité inviolable, de lui rendre une obéissance parfaite, de garder une inviolable « discrétion sur les mistères et sur tout les grades de l’Art Royal, ainsi Dieu me soit en aide ».

Ensuite le Vén. G.M. le fait lever et lui dit :

«  Venez, que je vous embrasse, mon T.Ch.F. et que je vous connaisse comme Maître de Loge, en cette qualité comme défenseur de la foi, fidèle sujet de votre Souverain et Protecteur des pauvres maçons. Soyez soumis à vos statuts et règlements et faites-les observer très strictement. »

Il lui donne les mots, signes et attouchements.

Signe : c’est de mettre l’épée de la main gauche par dessus la tête l’un de l’autre et croisées, faute d’épée on met le bras gauche.

Attouchement : est d’empoigner la main droite l’un de l’autre, le pouce sur la jointure et de faire glisser l’un et l’autre jusqu’au bout des doigts, laisser ensuite tomber les mains à côté de la cuisse droite.

Mot : Tirson,[17] qui signifie Je le suis, et il sert aussi de mot de passe.

Ornement : un large cordon bleu moiré en camail[18], se porte au col, dans le bas est brodé un soleil en or, et au bout duquel est un Triangle, à chaque Pointe du Triangle sont gravés J.H.A. qui signifie Jehova. La frappe : d’un coup.

Après quoi, le Vén G.M. frappe un coup répété par les Vbles Surv. puis il ferme la loge par les signes accoutumés.

Instruction

D : êtes-vous Vble M. de Loge ?

R : je le suis.

D : comment vous appelez-vous ?

R : Comme aspirant Zorobabel et comme Vble Cyrus.

D : Pourquoi répondez-vous ainsi ?

R : Parce que c’est de Cyrus que Zorobabel reçut directement l’ordre d’aller rebâtir le temple du Seigneur.

D : Comment avez-vous été reçu ?

R : par le fer et par le feu.

D : Pourquoi par le fer ?

R : Parce que lorsqu’on m’a remis l’épée en main, j’ai juré de m’en servir, pour punir les traîtres à ma patrie, à ma religion et à mon roi, et faire exécuter de point en point dans ma loge les statuts qui m’ont été confiés par celui qui m’a constitué.

D : pourquoi par le feu ?

R : c’est pour faire voir que j’ai été purifié de la tête aux pieds.

Collationné, conforme à l’original, le 20 juillet 1787.

[fin de la transcription littérale]

[ Normalement, les copies de chacun des rituels étaient signées de la main du Grand Vénérable Roëttiers de Montaleau juste avant expédition aux loges . Très curieusement, ce rituel particulier porte bien la même mention que les autres, attestant sa conformité à l’original, mais n’est pas revêtu de la signature de Roëttiers de Montaleau ].

Ce recueil de rituels manuscrits constitue le brouillon d’époque Ancien Régime du futur Régulateur du Maçon selon le Régime du Grand Orient de France, qui sera imprimé en 1801, 1802, 1803 etc…Il existe diverses versions de ce manuscrit, dont une version publiée chez Champion Slatkine. Cette version est présentée par Daniel Ligou.

Conclusion

L’examen de ces trois rituels, tous les trois « réguliers » mais dont l’un est anglais et les deux autres français, montre une commune préoccupation de « sacralisation » de la fonction de Maître de Loge. Les mises en garde sont communes, et les exigences de fermeté et d’intransigeance dans le maintien de la discipline révèlent une égale méfiance de la nature humaine, et de la vie en groupe, même s’il s’agit de francs-maçons, bardés de serments divers.

La version biblique est pratiquée de nos jours encore par les obédiences qui évoluent dans le sillage de la Grande Bretagne. Pour des maçons qui croient en Dieu, et qui adhèrent à quelque Eglise chrétienne, elle contribue puissamment à créer une caste de Vénérables Maîtres et d’anciens Vénérables Maîtres, qui « entourent » le Vénérable en chaire, et constituent un pouvoir de l’ombre, qui souvent perdure « ad vitam », comme le constate avec une involontaire malice le Rite Ecossais Ancien Accepté.

Pour les obédiences de tradition, d’esprit et de goût français, les cérémonies de 1763 et de 1786 ne sont plus usitées, sauf exceptions rarissimes, et l’on peut le déplorer. Car elles enseignent aux Frères appelés à diriger les autres que le rôle du chef est d’être exemplaire et d’être ferme dans l’exercice de l’autorité.

Sachez que les Lois de l’ordre Royal duquel vous êtes Maître vous obligent à l’exercice de toutes les vertus chrétiennes et morales, et de la porter au plus haut point de perfection que puisse le faire le commun des maçons.

Un Vénérable Maître est élu en raison de ses capacités à remplir ce rôle, à titre temporaire et de façon totalement désintéressée. Et, le temps, venu, d’imiter Cincinnatus, qui sut retourner humblement à sa charrue, lorsque sa mission de dictateur au service des Romains fut remplie, après seize jours. Il retourna aussitôt à ses champs, et devint pour Rome un exemple persistant de dévouement, de bon commandement et de modestie.

N’est-il pas également inapproprié de faire d’un ancien Maître de Loge un Couvreur, ce qui revient à dévaloriser ces deux fonctions ? N’est-il pas tout aussi inapproprié d’en faire, à l’instar de l’Académie Française, une sorte d’Immortel ?

Ni excès d’humilité, ni excès d’honneur. La juste place de celui qui a bien servi est sur les colonnes, au travail comme tous, à sa charrue...

Le Rite Français est fait de simplicité, de modestie et de raison.



[1] De mesos, milieu, et de potamos, fleuve, soit : entre les deux fleuves.

[2] On le dit « christique » à cause de INRI. Ceci est réducteur : le thème de la résurrection est la pierre angulaire de la religion chrétienne, comme de toute initiation, ce passage de la mort à la vie, et non l’inverse.

[3] La situation terrible de la France entre 1790 et 1809, et l’éclipse subie par la plupart des loges, a sans doute influencé le contenu de ce rituel.

[4] Je suis gêné de rappeler que «  l’ésotérisme » se caractérise par un enseignement réservé à un petit nombre sélectionné, et en outre par le caractère voilé et purement allusif de cet enseignement.

[5] Rituels dits « du marquis de Gages », donc en provenance de la Grande Loge de France de Louis de Clermont. Ce grade de Maître de Loge est curieusement placé, dans le volumineux manuscrit, entre le quatrième et le cinquième grade de la Maçonnerie d’Adoption.

[6] Il s’agit bien du Cyrus associé à Zorobabel du XVe degré du REAA.

[7] Ces mots sont écrits au dessus de «  à Dieu » qui est barré. On comparera la formule avec celle de 1787…

[8] Dans le manuscrit, ces mots sont surajoutés d’une autre écriture et remplacent la mention originelle «  Ainsi Dieu me soit en aide. Amen » qui est barrée, probablement à une date très postérieure.

[9] La voûte d’acier est maintenue tout au long de la réception.

[10] Le grade : souligné par nous.

[11] On remarquera que cette obligation ne se remplit pas avec «  une épée de parade » !

[12] On ignore comment ceci est exécuté, mais on peut à bon droit supposer que les deux surveillants forment cette croix de leurs épées croisées.

[13] Grand Maître du Grand Orient de France en 1786 ( Philippe dit Egalité).

[14] A contrario, frapper « justement » est donc permis…

[15] On comprend pourquoi les Vénérables des loges du Rite Français et du Rite Ecossais Rectifié posent, de nos jours encore, leur épée en travers du Livre de la Sainte Loi. Ils devraient à tout le moins le faire, ainsi que l’iconographie du XVIIIe siècle le montre, sans le moindre doute. Elle montre de même, très souvent,  la présence d’un livre sur le plateau du VM, mais jamais recouvert du compas et de l’équerre, habitude anglaise des Anciens…

[16] Signe toujours usité de nos jours par les gardes vaticanes, et qui évoque la Sainte Trinité.

[17] Mots incompréhensibles qui sont souvent des corruptions de mots anglais mal entendus, par exemple : « ahisdinc » au grade de maître, corruption de «  it stinks » prononcé lors de la découverte du cadavre d’Hiram.

[18] Il s’agit d’un bleu ciel, comme nous le montrent les décors anciens exposés dans de nombreux musées. Le Rite Ecossais Rectifié a conservé cet usage, de même que certaines loges de Rite Français attentives à la préservation des anciennes coutumes et prescriptions.

 

 

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commentaires

Jean-Claude LOUIS 02/11/2013 16:23

bonjour,
je viens de trouver cet article de Jean Van Win en faisant des recherches sur la Mère-loge des Maitres Installés des Gaules .
Quand est-il de cette Mère-loge ? existe-t-elle encore à Lille ?
Je fus reçu il y a une trentaine d'années par le Conseil des Maitres Installés de Provence qui dépendait de cette mère-loge; ayant quitté Marseille je ne sais à qui m'adresser pour avoir des infos.
Si vous pouvez m'aider je vous serai très reconnaissant.
Fraternellement à vous.
J-Cl LOUIS

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