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21 juillet 2010 3 21 /07 /juillet /2010 17:40

En France, les premières loges maçonniques apparaissent vers 1725, importées par les Anglais. À Paris, la première loge serait celle fondée par Lord Dervent Wather qui se réunit rue de Buci. En 1778, 82 loges parisiennes rassemblent plus de 9.000 membres.

Ils se rassemblent dans les maisons de particuliers, les salles de restaurant des traiteurs, les cabarets, les tavernes ou les maisons de jeux, notamment sur la rive gauche de la Seine. Les frères se regroupent autour de tableaux dont les figures sont tracées à la craie, facilement effaçables, ou de tapis commodes à dérouler et transporter. Ces tableaux de dessin de sol sont publiés en France à partir des années 1740 et sont ensuite largement réédités et reproduits. Ce sont des allégories du premier temple de Salomon et de certains de ses attributs : certaines sont dessinées comme des vues en perspective d’espaces architecturaux réels.

A la fin des années 1760, la distribution des temples maçonniques semble fixée selon un plan-type répandu depuis une vingtaine d’années à travers l’abondante littérature des rituels, des catéchismes et des révélations d’initiés. On retrouve ces plans-type dans des dessins d’architecture "imaginée", comme ceux de Charles-Antoine de Wailly (1774-1775) et les premières constructions ou aménagements de temple comme à Paris rue du Pot-de-Fer (Pierre Poncet arch., 1774), à Lyon (Jean-Antoine Morand arch., 1784) ou à Rouen. Dans le milieu rural, les règles subissent quelques entorses comme à Carentan où le tapis de loge est sculpté sur le linteau de la cheminée (1788).

Une première vague d’Egyptomanie gagne les temples français sous Charles X. En 1824, à Douai, Félix Roubaut décore l’intérieur du temple de peintures inspirées des planches imprimées de D. Vivant Denon et de la Description de l’Égypte. Les descriptions de Thèbes et de Memphis de cet ouvrage servent de références à l’architecte Bernard pour la construction du temple de Valenciennes en 1840. Sous le Second Empire, la majorité des édifices utilisent le répertoire néo-classique (Paris, GODF, 1857), malgré quelques concessions au néo-égyptien (Le Havre, Roussel arch., 1860) ou au néo-gothique régional (Périgueux, Alexandre-Antoine Lambert arch., 1868-1869). À côté de ces temples urbains monumentaux, les constructions rurales sont plus modestes : la loge voisine souvent avec le café (Granges-sur-Lot, 1856).

Après la guerre de 1870, dans les régions annexées de l’Alsace et de la Lorraine, les Allemands érigent de nouveaux temples, symboles du pouvoir impérial dont les modèles sont inspirés d’Outre-Rhin (Strasbourg, A. Jerschke, 1886). À partir des années 1880 et jusqu’à la Première Guerre mondiale, une seconde vague de constructions en style néo-égyptien puise notamment ses références dans les réalisations phares de la Belgique (Lille, La Lumière du Nord, Albert Baert, 1911). Au début du XXe siècle, la séparation entre l’Église et l’État (1905) facilite la réutilisation de couvents et d’édifices religieux en temple (Tours, Les Démophiles, 1907) (Paris, rue Puteaux, GLF, 1910).

La période de l’Entre-deux-guerres marque un renouveau dans la construction et la rénovation des temples. A Paris, rue Cadet, l’architecte Albert Verner conçoit en 1924 le nouveau temple Johannis Corneloup pour le GODF dans un style inspiré d’outre-Manche et d’outre-Atlantique, créant une œuvre unique et originale. En 1940, le gouvernement de Vichy dissout les loges et interdit toutes les sociétés secrètes. Les temples sont fermés et leurs biens confisqués. Les francs-maçons, dont les rangs sont décimés, se relèvent lentement de cette persécution. Il faut attendre les années 1970 pour qu’un nouvel essor voit le jour : de nombreux temples sont à cette époque défigurés, démolis ou revendus pour d’autres usages. Les deux dernières décennies du XXe siècle enregistrent un réel engouement pour le patrimoine maçonnique. Musées et expositions se multiplient, quelques immeubles et décors sont protégés au titre de la loi sur les Monuments historiques. D’anciens temples sont redécouverts, au hasard des travaux de restauration (Uzès, 15 rue Petite Bourgade, ancienne loge Saint-Jean, XVIIIe s.), (Perpignan, impasse des Amandiers, temple de la loge Saint-Jean des Arts et de la Régularité, décor peint par A. Guiraud, 1849).

A côté de ces découvertes, l’attention à la qualité du cadre bâti n’est pas une préoccupation majeure pour le franc-maçon français. Contrairement à d’autres pays, de nombreuses loges françaises se réunissent encore dans des locaux de fortune. Les constructions nouvelles comme celle de la Grande Loge nationale Française à Paris (12, rue Christine de Pisan, Julien Penven architecte, 1993) sont exceptionnelles. La référence au Grand Architecte de l’Univers est peu compatible avec la banalité architecturale actuelle des lieux de convivialité et la mémoire des lieux à valoriser.

                               Publié dans CYBERARCHI  par Mr Bernard TOULIER en 2007.

 

 

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