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10 octobre 2009 6 10 /10 /octobre /2009 17:30
Si la naissance, l'extension puis l'implantation de la franc-maçonnerie en France, de 1730 à la veille de la Révolution est maintenant bien connue grâce aux travaux de Ran HALEVI et de Gérard GAYOT, il en va tout autrement pour ce qui est des rites pratiqués, du moins avec certitude.

"Condamnée à n'avoir point d'historiens, la franc-maçonnerie se trouvait livrée à deux catégories de menteurs, les détracteurs et les thuriféraires" écrit Alec MELLOR en parlant de la fin du XVIII° siècle

Mes frères, je n'ai pas, alors, la prétention de vous présenter l'histoire de la création du Rite Français, et si d'aventure j'avais été animé de cette inconscience la lecture de Guy VERVAL :

"Le Rite Français fut établi en 1786, chacun s'en va le répétant, je le veux bien mais qui signifie cette affirmation ?" aurait modéré mes certitudes et j'intitule donc ce travail seulement :"A propos d'une réforme, ou la naissance du Rite Français".

Le début du XVIII° siècle a vu s'affronter deux maçonneries : la maçonnerie protestante des Orangistes et la maçonnerie catholique des Stuartistes ou maçonnerie jacobite, fondée par les hommes qui suivirent Jacques III, Charles-Edouard STUART, en exil.

Il semble maintenant avéré, après les recherches d'André KERVELLA que l'influence anglaise (anglo-irlando-écossaise) exclusivement jacobite, soit installée dès la fin du XVII° siècle en Basse-Bretagne : "Une sorte de cordon ombilical relie dès 1683/1701 une avantgarde locale aux aînés d'outre-Manche".

Le 27 mai 1751, un écossais, Georges DUVALMON ou DUVALNON ou DE WALNON, muni de pouvoirs datés d'Edimbourg le 17 juin de cette même année, fonde à Marseille une loge stuartiste "Saint Jean d'Écosse". Cette loge travaille à un rite en 7 grades :

Apprenti - Compagnon - Maître

4° grade Maître Élu dit des Neuf

5° grade Écossais Vrais d'Écosse

6° grade Chevalier de l'Orient

7° grade Rose-Croix

Il me semble donc impossible d'étudier la naissance du Rite Français en séparant les trois grades bleus des 4 quatre grades qui deviendront 4 Ordres. L'ensemble est indissociable et ce serait une faute grave contre l'intelligence et l'histoire que de l'accepter.

Le 17 mai 1762 Georges DUVALNON donne les pouvoirs à Alexandre ROUTIER et la loge prend le nom de "Mère Loge Écossaise de Marseille".

Pour de nombreux historiens elle serait à l'origine du Rite Français et du Régime Écossais Rectifié.

Mais la véritable naissance du Rite Français en 7 grades (appellation quelque peu erronée) date de l'Assemblée Générale du Grand Orient de 1786

Cette naissance est indissociable de celle du Grand Orient de France. Je ne reviens pas sur la fondation du Grand Orient, véritable prise de pouvoir maçonnique, aux dépens de la Grande Loge de France d'alors.

Nous retiendrons une date : celle du 24 décembre 1772, où, lors d'une réunion à l'Hôtel de Chaulnes, présidée par Anne Charles-Sigismond de Montmorency-Luxembourg la Grande loge Nationale fut déclarée dissoute : "L'Ordre maçonnique devant être dirigé à l'avenir par un corps nouveau appelé Grand Orient de France".

Pour Guy-Serge DENYS : "C'est ce jour même que fut constitué le Rite".

Lassé de l'inefficacité de la commission nommée en 1773 pour réformer les Hauts Grades maçonniques ou du moins pour y mettre de l'ordre, le Grand Orient nomme le 18 janvier 1782 une chambre dite "des grades".

Le 16 mai 1783, le Grand Orient adresse aux loges une circulaire les invitant à envoyer à cette chambre tous les cahiers des grades dont elles sont en possession afin qu'elle puisse : "les examiner, les apprécier et les REDUIRE !"

Le Grand Orient se met en même temps en rapport avec le Grand Chapitre Général de France qui possède une immense quantité de cahiers de tous les rites, dont on peut consulter la nomenclature alphabétique dans Acta Latomorum de THORY.

Le Grand Chapitre Général y est appelé Grand Chapitre Métropolitain, nom qu'il prit après sa réunion au Grand Orient;

Il est intéressant de voir quelle est l'origine de ce corpus des hauts grades.

Le 2 février 1784, 7 chapitres de Rose-Croix de l'Orient de Paris se confédèrent pour former le Grand Chapitre Général de France dont le but est de réunir à perpétuité en France, sous son régime et son gouvernement tous les chapitres qui y existent et qui pourraient y exister à l'avenir "Afin de réformer l'acéphalité qui les caractérisait et d'en purger les abus".

Ce sont les Chapitres de la Réunion, des Amis Intimes, des Frères Unis de Saint-Henri, de l'Amitié, de l'Harmonie, de Salomon et de la Trinité.

Le 24 septembre 1785 ce corps absorbe le Grand Chapitre de France dont le Docteur Gerbier, membre du Grand Orient, est le président et que Ragon nous présente ainsi : "Authentique maçon et authentique escroc".

Je veux à cette occasion faire ressortir le danger pour l'historien du faux document en citant la relation que fait JOUAUST de l'affaire Gerbier comme exemple de la déplorable manie qu'avaient "à cette époque" certains corps maçonniques, et même certains individus, de se créer des origines mensongères : "Il [Le Docteur Gerbier] fit admettre comme authentique, par le Grand Orient, une prétendue charte de la loge de Kilwining qui aurait constitué à Paris un Chapitre de Rose-Croix en 1721. Or à cette date la Grande Loge de Kilwining n'avait pas encore, de son propre aveu, repris les travaux qui ne datent, suivant elle, que de 1736 et suivant toute probabilité de 1763. Le titre que le Docteur Gerbier exhiba avec impudence en 1786 était donc un faux manifeste, comme on s'en convainquit par la suite, et l'on parvint même à savoir qu'il avait été écrit dans un cabaret à la suite d'un repas".

Dans leur pacte d'union chacun des deux Chapitres déclare qu'il a "transporté et communiqué à l'autre absolument et irrévocablement tous ses titres, droits, privilèges, autorité, pouvoir et pleine puissance, pour dorénavant et toujours ne plus former qu'un seul et unique corps et Chapitre, sous la dénomination du Grand Chapitre de France".

Le 17 février 1786 le Grand Orient incorpore à son tour le Grand Chapitre Général et puise dans cette union la puissance nécessaire pour régir les Hauts Grades et opérer la réforme qu'il médite depuis longtemps et édicte la même année.

JOUAUST affirme, s'appuyant sur de solides recherches, que c'est au Grand Chapitre et non à la Chambre des Grades, comme le disaient THORY et REBOLD, qu'est dur la réforme du Rite Français ou Moderne.

En effet, en suivant sur les registres originaux de cette Chambre (ce qu'il a fait) tous les travaux auxquels elle s'est livrée depuis sa fondation en 1782, on voit qu'elle s'occupa activement de la mission qui lui a été confiée, du 5 mars 1782 au 4 février 1784, c'est à dire des Hauts Grades.

Pendant la fin de 1784 elle travaille plus spécialement à la rédaction des cahiers des trois grades symboliques, afin d'assurer une rédaction uniforme pour toutes les loges de l'obédience ;  elle rédige aussi le rituel des banquets maçonniques.

Au début de 1785 elle entre en relation avec le Grand Chapitre Général et jusqu'au 12 décembre 1786, elle ne s'occupe exclusivement que de sa correspondance, des affaires courantes et surtout de son projet de traité avec le Grand Chapitre. Elle prend une part active dans la lutte que le Grand Orient soutient contre l'invasion de la maçonnerie par la grande Loge Écossaise d'Hérédom de Kilwining ; en un mot elle paraît avoir abandonné ses premiers travaux pour devenir une chambre administrative des grades supérieurs.

Une circulaire du Grand Orient datée du 19 février 1789 enlève tout doute sur les véritables auteurs du Rite Français : "Si le Grand Orient a cru devoir profiter d'un travail qui lui était offert par une Société de Maçons - la Chambre des grades - dont le zèle a secondé ses vues, il ne s'est décidé à accepter ce travail que par les avantages évidents qui pouvaient en résulter, pour le bien de l'administration générale, et pour procurer une jouissance plus prompte aux Loges elles mêmes".

Pour corroborer cette affirmation, je peux produire un témoin, découvert par Guy VERVAL, Adolphe CORDIER (1809-1876), qui écrivait 70 ans après les évènements : "Ce n'est qu'en 1786 que le Grand Orient put mettre la dernière main à la grande réforme, après avoir étudié tous les rites existants et extrait de chacun d'eux ce qu'ils contenaient d'essentiel à la maçonnerie. Son travail a été promulgué sous le nom de Rite Moderne, il fut depuis indistinctement désigné sous celui de Rite Ancien Réformé qui paraît beaucoup mieux lui convenir, puisqu'il n'est au fond qu'un résumé des points les plus importants contenus dans les Hauts Grades anciens. Le Rite Réformé ou Moderne se compose de sept grades : Apprenti, Compagnon, Maître, Élu des IX, Grand Élu Écossais, Chevalier d'Orient, et Rose-Croix. C'est une exposition philosophique, positive, large, complète, dessinant nettement la vraie maçonnerie et le grand but qu'elle poursuit". (Histoire de l'ordre maçonnique en Belgique -1854-)

Je ne résiste pas à vous livrer les conclusions du Frère A. G. JOUAUST :

"La réforme connue sous le nom de Rite Français ou Moderne, a été l'objet des attaques les plus vives de la part des partisans de tous les systèmes où les grades sont plus nombreux et les dénominations plus brillantes. Ces critiques sont aussi injustes qu'intéressées de la part de ces puissances rivales, puisqu'elles reprochent précisément au Grand Orient ce qui doit être pour lui un titre nouveau à rajouter aux nombreux services qu'il a rendu à la maçonnerie française, un essai rationnel de simplification de la maçonnerie de perfection, une réduction raisonnée et raisonnable de la multitude des grades".

On peut se demander pourquoi un système simple, intelligent, rationnel n'a pas connu un développement plus important.

Il semble que ce soit essentiellement du à un travail non achevé. Car si l'autorité du Grand Orient sur les trois grades de la maçonnerie bleue n'était pratiquement plus contesté, il n'avait pas le pouvoir pour faire adopter une innovation qui, je cite : "Enlevait à la vanité une partie des hochets dont elle était habituée à se repaître depuis une génération au moins".

Pour établir complètement sa réforme le Grand Orient aurait du dès sa promulgation, comme il l'a fait par la suite, s'approprier le Rite tout entier avec tous ses grades que l'on fut alors venu lui demander !

Au delà du grade de Maître, le Grand Orient reconnaît non pas quatre grades mais quatre Ordres qui correspondent chacun à un groupe de grades.

Cela, bien sûr, n'aurait pas empêché les erreurs de 1877 !

C'est à dessein que j'arrête ce travail en 1789. Car après le tumulte révolutionnaire et la reprise en main du Grand Orient par le Grand Vénérable (et non Grand Maître) Roettiers de Montaleau, des soubresauts vinrent encore agiter le Rite Français car la maçonnerie des hauts grades n'avait pas été ralliée tout entière par la réforme de 1786. La Grande Loge d'Hérédom de Kilwining crée à Rouen une Grande Loge et un Grand Chapitre souchés sur la loge "L'Ardente Amitié" dont le très sage, le Frère Matheus, recevait le titre de Grand Maître Provincial avec le droit de constituer d'autres Chapitres en France. Et ce n'est qu'un exemple de la complexité et de la dureté des combats qui suivirent la "réforme de 1786".

Je termine avec l'auteur que j'ai cité en introduction, Guy VERVAL :

"Ils (Les Ordres du Rite Français) méritent une étude historique approfondie. Hélas, le temps n'est pas encore venu. Trop d'obscurité, d'ignorance empêchent que cette histoire soit dès à présent écrite. La genèse, le développement des grades "Ecossais" restent une énigme que quelques informations ponctuelles ne peuvent suffire à résoudre.

Mieux vaut peut-être s'en tenir à une lecture naïve, aux quelques commentaires qu'elle suscite, sans prétention d'érudit".

Consolons-nous de ces lacunes mes Frères, car L'Ecclésiaste nous apprend que : "Celui qui acquiert la connaissance acquiert la souffrance".

                                                                                                       P.M.T

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