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13 juillet 2011 3 13 /07 /juillet /2011 15:13

Heijl en Broederlijkheid !

  Jean van Win 

Curieuse interjection et curieux idiome, et quel rapport avec le Rite Français ? Un peu de patience.

Au printemps 1796, l’armée de la Révolution française attaque les Autrichiens en Italie et « libère » les peuples opprimés par les Habsbourg. Déjà, les mêmes armées avaient conquis les Pays Bas autrichiens qui formeront plus tard, en 1830, la future Belgique. Notre pays était alors, en 1796, territoire français et nos concitoyens, dont mes ancêtres, portaient fièrement (pour la plupart) cette nationalité.

L’un de mes ancêtres maternels, Bruxellois de souche, était fortement engagé dans la cause de la République française. Une de ses lettres manuscrites, dûment encadrée,  décore un mur de mon cabinet de travail. Je vous en offre la reproduction. Je vous en traduis la teneur, car elle est rédigée en idiome flamand, et nous verrons quel lien peut être ensuite établi avec le Rite Français ou Moderne qui nous est si cher à tous.

L’anticlérical modéré, mais de principe, que je suis, ne relit pas ce texte sans un certain sourire de satisfaction, partagé par une longue ascendance de libéraux à tout crin. De quoi s’agit-il ? D’obliger un curé à sonner les cloches à toute volée pour célébrer trois fois par jour les victoires du général Buonaparte en Italie, voilà une volupté que je partage encore avec lui en ma qualité d’héritier lointain. 

Je ne puis que le rapprocher de l’œuvre célèbre d’un autre de mes compatriotes « belges », Ludwig van Beethoven, dont la famille, portant une particule bien flamande, provient de la merveilleuse petite ville de Mechelen (Malines) située à vingt kilomètres de Bruxelles, famille  qui vivait à quelques maisons de la demeure familiale de mes ancêtres, cette fois paternels.

On sait que Beethoven—prononcer béét-eau-veun, et non Bètovenne !—dédia sa Symphonie Héroïque au jeune et très charismatique général Bonaparte, mais qu’il raya rageusement cette suscription lorsque Bonaparte devint Napoléon, en 1804.

Son grand-père, Lodewijck (Louis) van Beethoven, quitta Mechelen et s’établit à Bonn en Allemagne, en 1733. Voilà pourquoi Beethoven, qui jamais ne fut maçon quoiqu’en dise Internet, fut un musicien allemand en non belge. Quoique l’élément flamand, et donc vigoureusement rythmique, abonde dans son œuvre, selon le musicologue Ernest Closson [L’élément Flamand dans Beethoven, Editions Universitaires, les Presses de Belgique, 1946].

Et l’on voit donc combien le souffle puissant de la Révolution française s’empara des esprits « avancés » de l’époque, qui furent emportés par un idéal irrésistible qui allait conquérir le monde en un siècle, celui de la Liberté !

Voici la traduction de cette missive comminatoire.

Liberté                                                                                                                      Egalité

Tervueren, le 10 floréal de l’an IV de la République (29 Avril 1796) 

Le Commissaire du Pouvoir Exécutif près la municipalité du canton de Vueren

Aux citoyens Curés de son arrondissement

Citoyen et Ami,

La splendeur des victoires de la République française que nous avons encore remportées récemment, sous les ordres et la conduite du vaillant général Buonaparte en Italie, sur ses ennemis communs les armées autrichienne et piémontaise, doit réjouir tout patriote bien-pensant.

En conséquence, j’ordonne, au nom de la République Française et en vertu des pouvoirs de ma charge, de fêter ces victoires et de les annoncer aux concitoyens de votre communauté par le retentissement de vos cloches, qui devra se produire demain, le 11 floréal (30 avril) à savoir à huit heures du matin, l’après-midi à deux heures et le soir à neuf heures, à chaque fois pendant au moins une demi-heure. Je ne doute pas que vos paroissiens satisferont à mes ordres avec zèle et sans restriction ni ressentiment.

Salut et Fraternité

F. Hauwaert

Com. Du Pouvoir Ex. à Tervueren

  ***

Je visite souvent le petit village de Tervueren, avec un clin d’œil complice jeté à sa jolie église. C’est à Tervueren que le gouverneur général des Pays Bas autrichiens Charles de Lorraine construisit, en qualité de « maison de campagne et de chasse »,  un château énorme qui brûla de fond en combles. Il ne subsiste aujourd’hui que ses splendides écuries et son parc giboyeux, une vraie splendeur au ciel largement dégagé à la Versailles, où se poursuivent bosquets ombreux et pièces d’eau à la française. Un nouveau château de Tervueren domine maintenant le parc dans toute son étendue et abrite les plus étonnantes collections d’art africain du XIXe siècle.

Lorsque je déambule au fil des ruelles du village, il m’arrive d’entendre résonner le timbre inchangé des cloches du bon citoyen curé. Je souris en songeant à ce prêtre, forcé par un adepte du Régime Français,  de célébrer les victoires du général révolutionnaire  Buonaparte sur les Autrichiens.

Et je songe aussi à Bruxelles, berceau de ma famille paternelle depuis cette époque, où travaillaient alors nombre de loges maçonniques fondées notamment par le marquis de Gages, et qui, depuis l’annexion de nos régions à la France par le Traité de Campo-Formio, pratiquaient presque toutes le Rite Français, tant aux grades symboliques qu’aux Ordres de Sagesse. Ce rite était en effet de loin le plus répandu en nos régions, l’était encore en 1820 et le fut jusqu’en 1880.

Il a disparu pour des raisons peu avouables au XIXe siècle, mais renaît aujourd’hui de ses cendres, avec des loges bleues et des chapitres qui, lentement et sûrement, restaurent dans notre pays le Rite Français de tradition qui fut le sien. Il le fut hier, il l’est aujourd’hui, et le sera demain, s’adressant sans discrimination injustifiée aux hommes et aux femmes du temps présent et de l’avenir.

Deux cents ans plus tard, Heil en Broederlijkheid, Salut et Fraternité !

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