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23 juillet 2009 4 23 /07 /juillet /2009 22:27

Le secret des Francs-Maçons

 De toutes les sociétés, que les hommes ont pu former entre eux, depuis le commencement du monde, il n'y en eut jamais de plus douce, de plus subtile, et en même temps de plus singulière, que celle des Francs-Maçons.

Unis ensemble par le tendre nom de Frères, ils vivent dans une intelligence qui ne se rencontre que rarement, même parmi ceux que les liens du sang devraient unir le plus étroitement. Cette union intime, qui fait tant d'honneur à l'humanité en général, répand dans le commerce particulier que les Francs-Maçons ont entre eux, des agréments dont nulle autre société ne peut se flatter.

Comme mon dessin principal n'est pas de faire ici l'éloge des Francs-Maçons, je n'entreprendrai point de démontrer méthodiquement les propositions que je viens d'avancer : ce sont des vérités de fait dont on pourra recueillir les preuves dans la suite de ma narration.

L'Ordre des Francs-Maçons a été exposé de tout temps à bien des contradictions. Le secret qu'on observe scrupuleusement sur tout ce qui se passe dans l'intérieur de leurs assemblées, a fait concevoir des soupçons très désavantageux à l'Ordre entier.

Les femmes, qui veulent être partout où il y a des hommes, ont été extrêmement scandalisées de se voir constamment bannies de la Société des Francs-Maçons. Elles avaient supporté plus patiemment de n'être point admises dans plusieurs Ordres qui ont fleuri en France à différentes reprises. C'était autant de Sociétés Bachiques, dans lesquelles on ne célébrait que le Dieu du Vin : on y chantait quelques Hymnes à l'honneur du Dieu de Cythère; mais on se contentait de chanter, tandis qu'on offrait à Bachus des sacrifices très amples et très réels. Il ne fut pas difficile d'éloigner les femmes de pareilles sociétés; elles s'en exclurent elles mêmes par vanité; et elles couvrirent du spécieux prétexte de décence, ce qui n'était au fond qu'une attention réfléchie sur leurs charmes.

Elles ont pensé bien autrement de l'Ordre des Francs-Maçons. Lorsqu'elles ont su avec quelle modération ils se comportaient dans leur repas, tant solennels que particuliers, elles n'ont pu imaginer quelles étaient les raisons que ces respectables Confrères avaient eues pour les exclure de leur société. Persuadées que sans elles, les hommes ne peuvent goûter que des plaisirs criminels, elles ont donné les couleurs les plus odieuses aux délices dont les Francs-Maçons jouissent dans leurs Assemblées.

Tous ces soupçons injurieux disparaîtront bientôt, lorsque je décrirai ce qui se passe dans les Assemblées de la Maçonnerie. Il est bien vrai que ce sont les plaisirs qui les rassemblent, mais ils ne connaissent pas ceux que le repentir ne suit jamais. Cela suppose un goût juste et décidé, qui, en les portant à tout ce qui est bon et aimable, leur inspire en même temps de ne rien rechercher avec passion. Cette paisible situation du cœur, qui est bien éloigné de l'ennuyeuse indifférence, fait naître sous leur pas des plaisirs toujours nouveaux. Ils seraient peut-être plus vifs, s'ils étaient secondés des passions; mais seraient-il aussi doux, aussi fréquents, aussi durables?

Je m'en rapporte à ceux qui en ont fait l'expérience. Je prendrais aussi volontiers pour juge les femmes elles-mêmes; mais je n'écouterais que celles que la maturité de l'âge, ou la décadence de quelques appâts rendent susceptibles de certains accès de raison.

Un soupçon d'une autre espèce à paru mériter bien plus d'attention. On avait imaginé qu'il y a tout à craindre pour la tranquillité de l'État, de la part d'une Société nombreuse de gens de mérite, unis si intimement sous le sceau du secret. Et on a cru d'abord, qu'en éloignant les femmes de leurs Assemblées, ils avaient eu en vue d'en bannir l'inutilité et l'indiscrétion, pour se livrer entièrement aux affaires les plus sérieuses.

Je conviens que ce soupçon avait quelque chose de spécieux. En effet, si la passion d'un seul homme a pu, comme on l'a vu plus d'une fois, causé dans un État d'étranges révolutions; que serait ce, si un corps aussi nombreux et aussi uni que celui dont je parle, était susceptible des impressions séditieuses d'intrigues et de cabales, que l'orgueil et l'ambition ne mettent que trop souvent dans le cœur de l'homme?

On n'a rien à craindre des Francs-Maçons sur cet article. Ils portent dans le cœur l'amour de l'Ordre et de la Paix. Aussi attaché à la Société Civile, qu'ils sont unis entre eux, c'est à leur Ecole qu'on peut apprendre, plus efficacement que de la bouche de ceux qui instruisent par état, quel respect, quelle soumission, quelle vénération nous devons avoir pour la Religion, pour le Prince, pour le Gouvernement. C'est chez eux que la subordination, mieux pratiquée que partout ailleurs, est regardée comme une vertu, et nullement comme un joug. On s'y soumet par amour, et non point par cette basse timidité, qui est le mobile ordinaire des âmes lâches et communes.

C'est en Angleterre que les Francs-Maçons ont pris naissance, et ils s'y soutiennent avec une vigueur, que l'écoulement de plusieurs siècles n'a pu altérer jusqu'à présent. L'économie de cette société est fondée sur un secret, qui a toujours été impénétrable, tant que les Anglais ont été les seuls dépositaires. Cette nation, un peu taciturne, parce qu'elles pensent toujours, être plus propre qu'aucune autre à conserver fidèlement un dépôt si précieux.

Nous languirions encore ici dans une ignorance profonde sur les mystères de cet Ordre, s'il ne s'était enfin établi en France. Le Français, quoique extrêmement prévenu pour son propre mérite, recherche néanmoins avec avidité celui des autres Nations, lorsqu'il a pour lui les grâces de la nouveauté: pour mieux dire, ce qui est nouveau pour le Français a toujours pour lui l'agrément du mérite. Les femmes commencèrent, il y a quelques années, à copier certaines modes anglaises. Ce sexe enchanteur, que le Français adore sans se donner le temps de l'aimer, donna bientôt le branle au goût de la Nation pour ces nouvelles découvertes. On voulut d'abord s'habiller comme les Anglais; on s'en lassa peu après. La mode des habits introduisit peu à peu la manière de penser; on embrassa leur métaphysique; comme eux, on devint Géomètre; nos pièces de théâtre se ressentirent du commerce Anglais : on prétendit même puiser chez eux jusqu'aux principes de la théologie : Dieu sait si on y a gagné à cet égard!

Il ne manquait enfin au Français que le bonheur d'être Franc-Maçon ; et il l'est devenu. Cette aimable et indiscrète Nation n'a pas plutôt été dans la confidence du secret de l'Ordre, qu'elle s'est sentie surchargée d'un poids énorme qui l'accablait. Les Associés Français n'ont osé d'abord se soulager autrement, qu'en débitant partout, qu'ils étaient les dépositaires d'un secret, mais que rien ne serait capable de le leur arraché. Un secret ainsi prôné est à moitié découvert. Ils ont néanmoins tenu bon pendant quelque temps. La pétulante curiosité des Français non Francs-Maçons flattait infiniment la vanité de ceux qui l'étaient, et encourageait leur discrétion : ils s'étonnaient eux-mêmes des efforts généreux qu'ils avaient eu le courage de faire, pour ne pas déceler ce qu'un serment solennel les obligeait de taire.

Une passion violente, qui trouve des obstacles, n'en devient que plus vive et plus ingénieuse pour se satisfaire. La curiosité française n'ayant pu percer à force ouverte les faibles barrières dans lesquelles leurs compatriotes avaient resserré leur secret, a mis en œuvre la ruse la plus conforme au génie de la Nation.

Les curieux ont affecté une indifférence dédaigneuse pour des mystères qu'on s'obstinait à leur cacher. C'était le vrai moyen de faire rapprocher des personnes, dont la discrétion n'était que rodomontade.

La ruse a eu son effet; les Francs-Maçons, abandonnés à eux mêmes, sont devenus plus traitables; on a réussi à les faire causer sur leur Ordre; l'un a dit une chose, l'autre une autre. Ces différentes collectes ont fait d'abord un tout assez imparfait; mais il a été rectifié par de nouveaux éclaircissements, et il a enfin été conduit au point d'exactitude, sous lequel je le présente aujourd'hui.

Je ne puis dissimuler, qu'en qualité de Français, je ne ressente un plaisir singulier dans cette espèce d'indiscrétion. Il est vrai qu'il y manque un assaisonnement bien flatteur, qui ferait l'obligation de ne point parler. Mais comme un appétit bien ouvert suppléé ordinairement à ce qui peut manquer dans un ragoût du côté de l'Art, le plaisir avec lequel je me porte à révéler les mystères de la Maçonnerie, est pour moi aussi vif que si j'avais des engagements pour me taire.

Le secret des Francs-Maçons consiste principalement dans la façon dont ils se reconnaissent. Deux Francs-maçons, qui ne se seront jamais aperçu, se reconnaîtront infailliblement, lorsqu'ils se rencontreront. C'est l'effet de certains Signes, dont ils sont convenus entre eux. Ils les emploient si fréquemment, soit dans leurs Assemblées, soit dans les rencontres particulières, qu'on pourrait les regarder comme autant de pantomimes. Au reste, les Signes dont ils se servent sont si clairs et si expressifs, qu'il n'est point encore arrivé de méprise à cet égard.

Nous avons trois exemples très récents, qui démontrent évidemment l'efficacité des Signes de la maçonnerie, et la tendre union qui règne parmi ces respectables Confrères.

Il y a environ trois ans qu'un armateur français, qui était Franc-Maçon, fit malheureusement naufrage sur les côtes d'une île, dont le Vice-Roi était aussi du même Ordre. Le Français fut assez heureux pour se sauver; mais il perdit, avec son vaisseau, son équipage et son bien. Il se fit présenter au Vice-Roi. Son embarras était de lui raconter son malheur d'une façon assez sensible pour mériter d'en être cru sur sa parole. Il fut fort étonné, lorsqu'il vit le Vice-Roi faire les Signes de la Maçonnerie. Le Français y répondit de tout son cœur. Ils s'embrassèrent l'un l'autre comme des frères, et causèrent ensemble avec toute l'ouverture de cœur que l'amitié de la plus tendre peut inspirer. Le Vice-Roi, sensiblement touché des malheurs du Français, le retint dans son île, et lui procura pendant le séjour qu'il y fit, tous les secours et tous les amusements possibles. Lorsque le Français voulut se remettre en mer pour travailler à réparer ses pertes, le Vice-Roi le combla de présents, et lui donna tout l'argent nécessaire pour retourner dans son pays. Le Français, pénétré de reconnaissance, fit à son bienfaiteur les remerciements que méritait sa générosité; et il profita de l'occasion d'un vaisseau qui mettait à la voile, pour revenir en France. C'est du Français lui-même que l'on a su le détail de cette aventure. Il s'appelait Préverot, il était frère de Monsieur Préverot, docteur en médecine de la faculté de Paris, mort depuis quelques années.

Il y a quelques mois qu'un gentilhomme Anglais venant à Paris, fut arrêté sur sa route par des voleurs. On lui pris soixante louis. Cet Anglais, qui était Franc-Maçon, ne fut pas plutôt arrivé à Paris, qu'il fit usage des Signes qui caractérisent la Maçonnerie. Cet expédient lui réussit : il fut accueilli par les Frères, à qui il raconta sa triste aventure : on fit une collecte pour lui dans une Assemblée, et on lui donna les soixante louis qui lui avaient été volés. Il les a fait remettre à Paris depuis son retour en Angleterre.

A l'affaire de Dettingen un garde du Roi eut son cheval tué sous lui, et se trouva lui-même tellement engagé dessous, qu'il lui fut impossible de se débarrasser. Un cavalier anglais vint à lui le sabre levé, et lui aurait fait un mauvais parti, si le garde, qui était Franc-Maçon, n'eut fait à tout hasard les Signes de l'Ordre.

Heureusement pour lui le cavalier anglais se trouva être de la même Société : il descendit de cheval, et aida le Français à se débarrasser de dessous le sien, et en lui sauvant la vie comme confrère, il le fit pourtant son prisonnier, parce qu'un Franc-Maçon ne perd jamais de vue que le service de son Prince.

Je vois déjà mon lecteur qui attend avec impatience que je dépeigne ces Signes merveilleux, capables d'opérer des effets si salutaires; mais je lui demande la permission de dire encore quelque chose de général sur l'Ordre des Francs-Maçons : j'entrerai ensuite dans un détail très étendu, dont on aura lieu d'être satisfait.

Il semble d'abord que la table soit le point fixe qui réunit les Francs-Maçons. Chez eux, quiconque est invité à une Assemblée, l'est aussi à un repas ; c'est ainsi que les affaires s'y discutent. Il n'en est point de leur Ordre, comme de ces Sociétés sèches à tous égards, dans lesquelles depuis longtemps l'esprit et le corps semblent condamnés par état à un jeune perpétuel. Les Francs-Maçons veulent boire, manger, se réjouir : voilà ce qui anime leurs délibérations.

On voit que cette façon de porter son avis peut convenir à bien du monde : l'homme d'esprit, celui qui ne passe pas pour tel, l'homme d'État, le particulier, le noble, le roturier, chacun y est admis, chacun peut y jouer son rôle. Ce qui est admirable, c'est que dans un mélange si singulier, et il ne se trouve jamais ni hauteur, ni bassesse. Le grand Seigneur permet à sa noblesse de s'y familiariser : le roturier y prend de l'élévation ; en un mot, celui qui a plus en quelque genre que ce soit, veux bien céder du sien; ainsi tout se trouve de niveau. La qualité de Frères, qu'ils se donnent mutuellement, n'est pas un vain compliment; ils jouissent en commun de tous les agréments de la Fraternité. Le mérite et les talents s'y distinguent néanmoins ; mes ceux qui ont le bonheur d'en être pourvus, les possèdent sans vanité et sans crainte, parce que ceux qui ne sont point partagés des mêmes avantages, n'en sont ni humiliés, ni jaloux. Personne ne veut y briller; tout le monde cherche à plaire.

Cette légère esquisse peut, se me semble, donner une idée assez avantageuse de la douceur et de la sagesse qui règnent dans la Société des Francs-Maçons. En vain a-t-on voulu leur reprocher, de ne tenir des Assemblées que pour parler plus librement sur des matières de Religion, ou sur ce qui concerne l'État ; ce sont deux articles sur lesquels on n'a jamais vu s'élever la moindre question parmi eux. Le Dieu du ciel et les Maîtres de la Terre y sont inviolablement respectés. Jamais on n'y traite aucune affaire qui puisse concerner la Religion ; c'est une des maximes fondamentales de la Société. À l'égard de la personne sacrée de Sa Majesté, on en fait une mention honorable au commencement du repas; la santé de cet auguste Monarque y est solennisée avec toute la pompe et la magnificence possible : cela fait, on ne parle plus de la Cour.

À l'égard des conversations que l'on tient durant le repas, tout s'y passe avec une décence qui s'étend bien loin : je ne sais même si les rigides partisans de la morale austère pourraient en soutenir toute la régularité. On ne parle jamais des absents; on ne dit du mal de qui que ce soit; la satyre maligne en est exclue; toute raillerie y est odieuse ; on n'y souffrirait pas non plus la doucereuse ironie de nos prétendus Sages, parce qu'ils sont presque toujours malignement zélés; et pour tout dire en un mot, on n'y tolère rien de ce qui parait porter avec soi la plus légère empreinte du vice.

Cette exacte régularité, bien loin de faire naître un triste sérieux, répand au contraire dans les cœurs et dans les esprits la volupté la plus pure ; on voit éclater sur leur visage le brillant coloris de la gaieté et de l'enjouement; et si les nuances en sont quelquefois un peu plus vives qu'à l'ordinaire, la décence n'y court jamais aucun risque, c'est la sagesse en belle humeur. Si pourtant il arrivait qu'un Frère vint à s'oublier, et que dans ses discours il eut la faiblesse de faire usage de ces expressions que la corruption du siècle a cru déguiser honnêtement sous le nom de "libertés", un signe formidable le rappellerait bientôt à son devoir, et il reviendrait à l'instant. Un Frère peut bien prévariquer, parce qu'il est homme, mais il a le courage de se corriger, parce qu'il est Franc-Maçon.

Il est temps de satisfaire à présent la curiosité du lecteur, et de lui faire voir en détail l'intérieur des Assemblées Francs-Maçonnes. Comme je me servirai, dans tout ce que je vais dire, des termes de l'Ordre, je crois qu'il est à propos de les expliquer ici, pour faciliter l'intelligence de tout ce que j'ai à dire.

Franc-Maçon (en anglais Free Mason) signifie Maçon libre. C'était dans l'origine une société de personnes, qui étaient censées se dévouer librement pour travailler un jour à la réédification du Temple de Salomon. Je ne crois pas que ceux d'aujourd'hui conservent encore le dessin d'un projet qui paraît devoir être de longue haleine. Si cela était, et que cette société se soutint jusqu'au rétablissement de ce fameux Édifice, il y a apparence qu'elle durerait encore longtemps. Au reste, tout ce goût de Maçonnerie est purement allégorique : il s'agit de former le Cœur, de régler l'Esprit, et de ne rien faire qui ne cadre avec le bon ordre; voilà ce qui désigné par les principaux attributs des Francs-Maçons, qui sont l'Équerre et le compas. Il n'y avait autrefois qu'un seul Grand Maître, qui était Anglais; aujourd'hui les différents pays dans lesquels il y a des Francs-Maçons ont chacun le leur. On appelle celui qui est revêtu de cette dignité, le Très Vénérable. C'est lui qui délivre aux Maîtres qui président aux assemblées particulières, des Lettres Patentes qu'on appelle Constitution. Ces présidents particuliers sont appelés simplement Vénérables. Leurs Lettres Patentes ou Constitutions sont contresignées par un Grand Officier de l'Ordre, qui est le Secrétaire Général.

Les Assemblées Maçonnes s'appellent communément Loges. Ainsi lorsqu'on veut annoncer une assemblée pour tel jour, on dit : il y aura Loge tel jour. Les Vénérables peuvent tenir Loge quand ils le jugeront à propos. Il n'y a d'Assemblées fixes que tous les premiers Dimanches de chaque mois.

Quoi que toutes les Assemblées des Francs-Maçons soient appelées Loges, ce nom est cependant plus particulièrement attribué à celles qui ont un Vénérable nommé par le Grand Maître. Ces Loges sont aujourd'hui à Paris au nombre de vingt deux. On les désigne par les noms de ceux qui y président; ainsi on dit, j'ai été reçu dans la loge de Monsieur N.

Comme les particuliers Francs-Maçons peuvent s'assembler quand ils veulent, ils nomment entre eux un Vénérable à la pluralité des voix, lorsque celui qui est nommé par le Grand Maître ne s'y trouve pas. Si cependant il s'y trouvait un des deux Grands Officiers, qui sont ordinairement attachés à celui qui d'office est Vénérable, on lui déférerait la Présidence. Je dirai dans un moment ce qu'on entend par ces Grands Officiers.

Les loges sont composées de plus ou moins de sujet. Cependant, pour qu'une assemblée de Francs-Maçons puisse être appelée Loge, il faut qu'il y ait au moins deux Maîtres, trois Compagnons et deux Apprentis. C'est en voyant le détail d'une Réception que l'on saura la différence de ces degrés de Maçonnerie.

Lorsqu'on est en Loge, il y a au-dessous du Vénérable deux Officiers principaux, appelés Surveillants. Ce sont eux qui auront soin de faire exécuter les règlements de l'Ordre, et qui y commandent l'Exercice, lorsque le Vénérable l'ordonne.

Chaque Loge a aussi son Trésorier, entre les mains duquel sont les fonds de la Compagnie. C'est lui qui est chargé des frais qu'il y a à faire; et dans la règle, il doit rendre compte aux Frères de la recette et des déboursés, dans l'Assemblée du premier Dimanche du mois. Il y a aussi un Secrétaire, pour recueillir les délibérations principales de la Loge, afin d'en faire part au Secrétaire Général de l'Ordre.

Un Vénérable, quoi que Chef de Loge, n'y a d'autorité qu'autant qu'il est lui-même zélé observateur des Statuts; car s'il tombait en contravention, les Frères ne manqueraient pas de le relever. Dans ce cas, on va aux opinions, (ils appellent cela ballotter); et selon l'espèce du délit, la punition est plus ou moins graves. Cela pourrait même aller jusqu'à le déposer et l'exclure des Loges, si le cas l'exigeait.

Lorsque c'est un Frère qui a prévariqué, le Vénérable le reprend; et il peut même de sa propre autorité lui imposer une amende, qui doit être payée sur le champ : elle est toujours au profit des Pauvres. Le Vénérable n'en peut user ainsi que pour les fautes légères : lorsqu'elles sont d'une certaine importance, il est obligé de convoquer l'Assemblée pour y procéder. On verra plus loin la cérémonie singulière qui s'observe lorsqu'il s'agit de l'exclusion d'un Franc-Maçon. J'observerai seulement ici, que lorsqu'un Frère est exclu, ou que sans être exclu, il a causé à la Société un mécontentement assez grave pour qu'on sévisse contre lui, on ne le fait pas pour cela sortir à l'instant de la Loge, on annonce seulement qu'elle est fermée. On croirait d'abord que fermer une Loge, désignerait que la porte doit être bien clause; c'est tout le contraire. Lorsqu'on dit que la Loge est fermée, tout autre qu'un Franc-Maçon peut y entrer, et être admis à boire et manger, et causer de nouvelles. Ouvrir une Loge, en terme Francs-Maçons, signifie qu'on peut parler ouvertement des mystères de la Maçonnerie, et de tout ce qui concerne l'Ordre; en un mot, parler tout haut sans appréhender d'être entendu d'aucun profane (c'est ainsi qu'ils appellent ceux qui ne sont point de la Confrérie). Alors personne ne peut entrer; et s'il arrivait que quelqu'un s'y introduisit, on fermerait la Loge à l'instant, c'est-à-dire, qu'on garderait le silence sur les affaires de la Maçonnerie. Au reste, il n'y a que dans les Assemblées particulières que l'on risque d'être quelquefois interrompu; car lorsqu'on est en Grande Loge, toutes les avenues sont aussi bien gardées, qu'aucun profane ne peut y entrer. Si cependant, malgré toutes les précautions, quelqu'un était assez adroit pour s'y introduire, ou que quelque Apprenti suspect parût dans le temps qu'on traite des mystères de la Maçonnerie, le premier qui s'en apercevrait, avertirait les Frères à l'instant, en disant "il pleut" : ces deux mots signifient qu'il ne faut plus rien dire de particulier.

Dans ces Assemblées solennelles chaque Frère a un tablier, fait d'une peau blanche, dont les cordons doivent aussi être de peau. Il y en a qui les portent tous unis, c'est-à-dire, sans aucun ornement; d'autres les font border d'un ruban bleu. J'en ai vu qui portait, sur ce qu'on appelle la bavette, les attributs de l'Ordre, qui sont, comme j'ai dit, une Équerre et un Compas.

Lorsqu'on se met à table, le Vénérable s'assied le premier en haut du côté de l'Orient. Le Premier et le Second Surveillants se placent vis-à-vis du Vénérable à l'Occident. Si c'est un jour de Réception, les Récipiendaires ont la place d'honneur, c'est-à-dire qu'ils sont assis à la droite et à la gauche du Vénérable.

Les jours de Réception, le Vénérable, les Surveillants, le Secrétaire, et le Trésorier de l'Ordre, portent au cou un cordon bleu taillé en triangle, tel à peu près que le portent les Commandeurs de l'Ordre du Saint Esprit, qui sont ou d'Église, ou de Robe. Au bas du cordon du Vénérable pendent une Équerre et un Compas, qui doivent être d'or, ou du moins dorés. Les Surveillants et autres Officiers ne portent que le Compas. Les lumières que l'on met sur la table, doivent toujours être disposées en triangle, il y a même beaucoup de Loges, dans lesquelles les flambeaux sont de figure triangulaire. Ils devraient être de bois, et chargés des figures allégoriques qui ont trait à la Maçonnerie.

Il faut que les Statuts n'ordonnent point l'uniformité sur cet article; car j'ai vu plusieurs de ces flambeaux qui étaient tous de différentes espèces, tant par rapport à la matière dont ils étaient composés, que par la figure qu'on leur avait donnée.

La table est toujours servie à trois ou cinq, ou sept, ou neuf services. Lorsqu'on a pris ses places, chacun peut faire mettre une bouteille devant soi. Tous les termes dont on se sert pour boire sont empruntés de l'artillerie.

La bouteille s'appelle le baril; il y en a qui disent barrique, cela est indifférent. On donne au vin le nom de poudre, aussi bien qu'à l'eau ; avec cette différence, que l'un est poudre rouge, et l'autre poudre blanche.

L'exercice que l'on fait en buvant ne permet pas qu'on se serve de verres; il n'en resterait pas un seul entier, après qu'on aurait bu : on n'a que des gobelets, qu'on appelle canons. Quand on boit en cérémonie, on dit : donnez de la poudre. Chacun se lève, et le Vénérable dit : chargez. Alors chacun met du vin dans son gobelet. On dit ensuite : portez la main à vos armes : en joue, feu, grand feu. Voilà ce qui désigne les trois temps, qu'on est obligé d'observer en buvant. Au premier, on porte la main à son gobelet : au second, on l'avance devant soi, comme pour présenter les armes; et au dernier, chacun boit. En buvant on a les yeux sur le Vénérable, afin de faire tous ensemble le même exercice. En retirant son gobelet, on l'avance un peu devant soi, on le porte ensuite à la mamelle gauche, puis à la droite; cela se fait ainsi par trois fois. On remet ensuite le gobelet sur la table en trois temps : on se frappe dans les mains par trois fois; et chacun crie aussi par trois fois : Vivat.

Cette façon de boire forme le coup d'œil le plus brillant que l'on puisse imaginer; et l'on peut dire, à la louange des Francs-Maçons, qu'il n'est point d'Ecole Militaire où l'exercice se fasse avec plus d'exactitude, de précision, de pompe et de majesté, que parmi eux. Quelque nombreuse que soit l'Assemblée, le mouvement de l'un est toujours le mouvement de tous; on ne voit point des traîneurs; et dès qu'on a prononcé les premières paroles de l'exercice, tout s'y exécute jusqu'à la fin, avec une uniformité qui tient de l'enchantement. Le bruit qui se fait en remettant les gobelets sur la table est assez considérable, mais il n'est point tumultueux : ce n'est qu'un seul et même coup, assez fort pour briser des vases qui n'auraient pas une certaine consistance.

Si quelqu'un manquait à l'exercice, on recommencerait, mais on ne reprendrait pas du vin pour cela. Ce cas est extrêmement rare, mais pourtant il est arrivé quelquefois. Cela vient ordinairement de la part des nouveaux reçus, qui ne sont pas encore bien informés à l'exercice.

La première santé que l'on célèbre est celle du Roi. On boit ensuite celle du Très Vénérable. A celle-ci succède celle du Vénérable. On boit après au Premier et au Second Surveillants; et enfin aux Frères de la Loge.

Lorsque qu'il y a des nouveaux reçus, on boit à leur santé, immédiatement après qu'on a bu aux Surveillants. On fait aussi le même honneur aux Frères visiteurs qui se trouvent dans la Loge: on appelle ainsi des Francs-Maçons d'une loge qui viennent en passant pour communiquer avec des Frères d'une autre. La qualité de Frères bien constatée par les Signes de l'Ordre, leur donne l'entrée et les honneurs dans toutes les Loges.

Il faut observer que lorsqu'on boit en cérémonie, tout le monde doit être debout. Lorsque le Vénérable sort de la Loge pour quelques affaires, le Premier Surveillant se met à sa place; alors le Second Surveillant prend la place du Premier, et l'un des Frères devient Second Surveillant : ces places ne sont jamais vacantes.

Le Premier Surveillant, devenu Vénérable, ordonne une santé pour celui qui vient de sortir, et il a soin d'y joindre celle de sa Maçonne : cela se fait avec la plus grande solennité : on en verra la description, lorsque je parlerai du repas de Réception. Si le Vénérable rentre dans la Loge pendant la cérémonie, il ne peut pas reprendre sa place; il doit se tenir debout jusqu'à ce que la cérémonie soit finie.

J'observerai ici, à propos de maçonne, que quoi que les femmes ne soient point admises dans les Assemblées des Francs-Maçons, on en fait toujours une mention honorable. Le jour de la Réception, en donnant le Tablier au nouveau reçu, on lui donne en même temps deux paires de gants, une pour lui, et l'autre pour sa Maçonne, c'est-à-dire, pour sa femme, s'il est marié, ou pour la femme qu'il estime plus, s'il a le bonheur d'être célibataire.

On peut interpréter comme on voudra le mot d'estime". Il n'avait autrefois qu'une signification très honnête : il désignait seulement un doux penchant, fondé sur l'excellence, ou sur la convenance des qualités du cœur et de l'esprit. Mais depuis que la pudeur des femmes leur a fait employer ce terme pour exprimer honnêtement une passion qui le plus souvent n'est rien moins qu'honnête, il est devenu très équivoque. Au reste, de quelque espèce que soient les engagements que les Francs-Maçons peuvent avoir avec les femmes, il est toujours certain que dans les Assemblées, tant solennelles que particulières, il n'est fait mention des Dames, que d'une façon très concise; on boit à leur santé, et on leur donne des gants; voilà tout ce qu'elles en retirent. Cela paraîtra peut-être un peu humiliant pour un sexe qui aime encore mieux qu'on dise du mal de lui, que rien du tout. Il me semble d'un autre côté, qu'un silence si respectueux, sur une matière qui demande à être traitée si souvent, doit éloigner bien du monde de la Maçonnerie. Une telle Société ne sera sûrement pas du goût de la plupart de nos jeunes et bruyants Etourdis, qui n'ont le plus souvent, pour toute conversation, que le récit obscène de quelques ridicules conquêtes, grossièrement imaginées par la corruption de leurs cœurs; ils s'ennuieraient infailliblement dans une compagnie dont les plaisirs et les conversations respirent la sagesse. Je n'ai que faire de dire, combien aussi on serait ennuyé d'une pareille acquisition.

Quoi que la décence et la sagesse soit toujours exactement observées dans les repas Francs-Maçons, elle n'exclut en aucune façon la gaieté et l'enjouement. Les conversations y sont assez animées; mais elles tirent leur agrément principal de la tendresse et de la cordialité fraternelle qu'on y voit régner.

Lorsque les Frères, après avoir tenu quelque temps la conversation, paraissent dans le dessein de chanter leur bonheur, le Vénérable charge de cette fonction le Premier ou le Second Surveillant, ou celui des Frères qu'il croit le plus propre à s'acquitter dignement de cet emploi. On a vu des Loges brillantes, dans lesquelles la permission de chanter, accordée par le Vénérable était solennisée par un concert de cors de chasse et d'autres instruments, dont les accords harmonieux répandaient au loin les respectables symboles de l'union intime et de la douce intelligence qui faisait le bonheur des Frères. Ce concert fini, on chantait les Hymnes de la confrérie.

Ces Hymnes sont de différentes espèces : les unes sont pour les Surveillants, d'autres pour les Maîtres; il y en a pour les Compagnons, et enfin on finit par celles des Apprentis. Toutes les fois qu'on tient Loge, on chante toujours, du moins les chansons des Compagnons et des Apprentis. On trouve des recueils de chansons, que l'on chante très souvent dans les Loges où règne le zèle de la Maçonnerie. Elles ne sont pas également bonnes: mais elles expriment toutes l'esprit de concordes et d'union, qui est l'âme de la Confrérie Maçonne.

Lorsqu'on chante la dernière chanson, les domestiques, que l'on appelle Frères Servants, et qui sont aussi de l'Ordre, viennent à la table des Maîtres, et ils apportent avec eux leurs canons chargés (on sait à présent ce que cela veut dire) : ils les posent sur la table des Maîtres, et se placent parmi eux. Tout le monde est debout alors, et l'on fait la chaîne, c'est-à-dire, que chacun se tient par la main mais d'une façon assez singulière. On a les bras croisés et entrelacés, de manière que celui qui est à droite, tient la main gauche de son voisin; et par la même raison, celui qui est à gauche, tient la main droite de l'autre : voilà ce qui forme la chaîne autour de la table.

C'est alors qu'on chante :

Frères et Compagnons

De la Maçonnerie,

Sans chagrin jouissons

Des plaisirs de la vie.

Munis d'un rouge bord,

Que par trois fois un signal de nos verres

Soit une preuve que d'accord

Nous buvons à nos Frères.

Ce couplet chanté, on boit avec toutes les cérémonies, excepté cependant qu'on ne crie point "Vivat". On chante ensuite les autres couplets, et l'on boit au dernier, avec tout l'appareil et toute la solennité Maçonne, sans omettre une seule cérémonie.

Ce mélange singulier de Maîtres et de Domestiques ne semble-t-il pas présenter d'abord quelque chose de bizarre, d'extraordinaires? Si pourtant on le considère que sous un certain aspect, quel honneur ne fait-il pas à l'Humanité en général et l'Ordre Franc-Maçon en particulier? On voit avec quelle attention ils réalisent à leur égard la qualité de Frère, dont ils portent le nom. Ce n'est point chez eux une vaine dénomination, comme dans ces tristes régions, où l'on semble ne faire un usage journalier des respectables noms de Père et de Frère, que pour les profaner indignement : les uns sont fièrement despotiques; les autres sont bassement esclave. C'est tout le contraire chez les Francs-Maçons; les Frères Servants goûtent avec leurs Maîtres les mêmes plaisirs; ils jouissent comme eux des mêmes avantages. Quel autre exemple pourrait aujourd'hui nous retracer plus fidèlement les temps heureux de la dignité Astrée? Les hommes alors n'étaient point fourmis au joug injuste de la servitude, ni à l'humiliant embarras d'être servis : il n'y avait alors ni supériorité, ni subordination, parce qu'on ne connaissait pas encore le crime.

Après avoir donné une idée générale de la manière dont les Francs-Maçons se comportent dans leurs Assemblées, je crois devoir à présent satisfaire l'impatience du lecteur, en lui faisant un détail bien circonstancié de ce qui s'observe dans les jours de Réception.

Pour parvenir à être reçu Franc-Maçon, il faut d'abord être connu de quelqu'un de cet Ordre, qui soit assez au fait des vies et meurs du récipiendaire, pour pouvoir en répondre. Celui qui se charge de cet office informe d'abord les Frères de sa Loge des bonnes qualités du sujet qui demande à être agrégé dans la confrérie : sur la réponse des Frères, le récipiendaire est admis à se présenter.

Le Frère qui a parlé du récipiendaire à la compagnie, s'appelle Proposant; et au jour indiqué pour la Réception, il a la qualité de Parrain.

La Loge de Réception doit être composée de plusieurs pièces, dans l'une desquelles il ne doit y avoir aucune lumière. C'est dans celle-là que le Parrain conduit d'abord le récipiendaire.

On vient lui demander s'il se sent la vocation nécessaire pour être reçu? Il répond que oui. On lui demande ensuite son nom, son surnom, ses qualités. Après qu'il a satisfait à ces questions, on lui ôte tout ce qu'il pourrait avoir de métal sur lui, comme boucles, boutons, bagues, boites, etc... Il y a même des Loges, où l'on pousse l'exactitude au point de faire dépouiller un homme de ses habits, s'il y avait du galon dessus. Après cela on lui découvre à un nu le genou droit, et on lui fait mettre en pantoufle le soulier qui est au pied gauche. Alors on lui met un bandeau sur les yeux, et on l'abandonne à ses réflexions pendant environ une heure. La chambre où il est gardé en dehors et en dedans par des Frères Surveillants, qui ont l'épée nue à la main, pour écarter les profanes, en cas qu'il s'en présentât quelqu'un. Le Parrain reste dans la chambre obscure avec le récipiendaire, mais il ne lui parle point.

Lorsque ce temps de silence est écoulé, le Parrain va heurter trois coups à la porte de la chambre de réception. Le Vénérable, Grand Maître de la Loge, répond du dedans par trois coups, et ordonne ensuite que l'on ouvre la porte.

Le Parrain dit alors qu'il se présente un gentilhomme, nommé N... qui demande à être reçu. Le Vénérable dit au Parrain : Demandez-lui s'il a la vocation. Celui-ci va exécuter l'ordre, et il revient ensuite rapporter la réponse du récipiendaire. Le Vénérable ordonne alors qu'on le fasse entrer; les Surveillants se mettent à ses côtés pour le conduire.

Il faut observer, qu'au milieu de la chambre de réception il y a un grand espace, sur lequel on crayonne deux colonnes, débris du Temple de Salomon. Aux deux côtés de cet espace on voit aussi crayonnés un grand J. et un grand B. On ne donne l'explication de ces deux lettres qu'après la réception. Au milieu de l'espace, et entre les colonnes dessinées, il y a trois flambeaux allumés, posés en triangle. Le récipiendaire, les yeux bandés, et dans l'état que je viens de le présenter, est introduit dans la chambre par les Surveillants, qui sont chargés de diriger ses pas. Il y a des Loges dans lesquelles, aussitôt que le récipiendaire entre dans la chambre de réception, on jette de la poudre ou de la poix-résine, dont l'inflammation fait toujours un certain effet, quoi qu'on ait les yeux bandés.

On conduit le récipiendaire autour de l'espace décrit au milieu de la chambre, et on lui en fait faire le tour par trois fois. Il y a des Loges où cette marche se fait par trois fois trois, c'est-à-dire, qu'on fait neuf fois le tour dont il s'agit. Durant la marche, les Frères Surveillants qui accompagnent, Font un certain bruit en frappant continuellement avec quelque chose sur les attributs de l'Ordre, qui tiennent au cordon bleu qu'il porte au cou. Il y a des Loges où l'on s'épargne ce bruit là.

Ceux qui ont passé par cette cérémonie assurent qu'il n'y a rien de plus pénible que cette marche, que l'on fait ainsi les yeux bandés. On est aussi fatigué lorsqu'elle est finie, que si l'on avait fait un long voyage.

Lorsque tous les tours sont faits, on mène le récipiendaire au milieu de l'espace décrit; on le fait avancer en trois temps, vis-à-vis le Vénérable, qui est au bout d'en haut derrière un fauteuil, sur lequel on voit l'Évangile selon Saint-Jean. Le Grand Maître dit alors au récipiendaire : vous sentez-vous la vocation pour être reçu? Le suppliant répond que oui. Faites-lui voir le jour, dit à l'instant le Grand Maître, il y a assez longtemps qu'il en est privé. On lui débande les yeux, et pendant qu'on est à lui ôter le bandeau, les Frères se rangent en cercle autour de lui, l'épée nue à la main, dont ils lui présentent la pointe. Les lumières, le brillant de ces épées, les ornements singuliers, dont j'ai dit que les Grands Officiers étaient parés, le coup d'œil de tous les Frères en tablier blanc, forment un spectacle assez éblouissant, pour quelqu'un, qui depuis environ deux heures est privé du jour, et qui d'ailleurs a les yeux extrêmement fatigués par le bandeau.

Ce sombre, dans lequel on a été pendant longtemps, et l'incertitude où l'on est, par rapport à ce qu'il y a à faire pour être reçu, jettent infailliblement l'esprit dans une perplexité qui occasionne toujours saisissement assez vif, dans l'instant où l'on est rendu à la lumière.

Lorsque le bandeau est ôté, ont fait avancer le récipiendaire en trois temps, jusqu'à un tabouret qui est au pied du fauteuil. Il y a sur ce tabouret une Équerre et un Compas. Alors le Frère qu'on appelle l'Orateur, parce qu'il est chargé de faire le discours de réception, dit au récipiendaire : vous allez embrasser un Ordre respectable, qui est plus sérieux que vous ne pensez. Il n'y a rien contre la Loi, contre la Religion, contre le Roi, ni contre les Mœurs. Le Vénérable Grand Maître vous dira le reste. On voit par ce discours que les Orateurs Francs-Maçons sont amis de la précision.

Il est cependant permis à celui qui y est d'office est chargé de haranguer, d'ajouter quelque chose à la formule usitée; mais il faut que cette addition soit extrêmement concise : c'est une règle émanée des instituteurs de l'Ordre, qui, par une sage prévoyance, on voulut bannir de chez eux l'ennui et l'inutilité. Ils ont prévu sans doute qu'une permission plus étendue introduirait bientôt parmi eux, comme ailleurs, l'usage fastidieux de ces longues et fades harangues, dont le jargon bizarre fatigue depuis longtemps les oreilles intelligentes.

Le devoir d'un Franc-Maçon consiste à bien vivre avec ses Frères, à observer fidèlement les usages de l'Ordre, et surtout, à garder scrupuleusement un silence impénétrable sur les mystères de la confrérie. Il ne faut pas de long discours pour instruire un récipiendaire sur cet article.

Lorsque l'Orateur a fini son discours, on dit au récipiendaire de mettre un genou sur le tabouret. Il doit s'agenouiller du genou droit, qui est découvert, comme je l'ai déjà dit. Selon l'ancienne règle de réception, le récipiendaire quoi que agenouillé sur le genou droit, devrait cependant avoir le pied gauche en l'air. Cette situation me paraît un peu embarrassante : il faut qu'elle l'est aussi parue à d'autres, car il y a bien des Loges dans lesquelles on ne l'observe point; on s'y contente de faire mettre le soulier du pied gauche en pantoufle.

Le récipiendaire ainsi placé, le Vénérable Grand Maître lui dit : promettez-vous de ne jamais tracer, écrire, ni révéler les Secrets des Francs-Maçons et de la Maçonnerie, qu'à un Frère en Loge, et en présence du Vénérable Grand Maître? On sent bien que quelqu'un qui a fait les frais de se présenter, poursuit jusqu'au bout, et promet tout ce que l'on exige de lui. Alors on lui découvre la gorge, pour voir si ce n'est point une femme qui se présente; et quoiqu'il y ait des femmes qui ne valent guère mieux que des hommes sur cet article, on a la bonté de se contenter de cette légère inspection. On met ensuite sur la mamelle gauche du récipiendaire la pointe d'un Compas; c'est lui-même qui le tient de la main gauche; il met la droite sur l'Évangile, et il promet d'observer tout ce que le Vénérable Grand Maître lui à dit. Il prononce ensuite ce Serment : En cas d'infraction, je permets que ma langue soit arrachée, mon cœur déchiré, mon corps brûlé, et réduit en cendre pour être jeté au vent, afin qu'il n'en soit plus parlé parmi les hommes : ainsi Dieu me soit en aide et ce Saint Évangile. Lorsque le serment est prononcé, on fait baiser l'Évangile au récipiendaire. Après cela le Vénérable Grand Maître le fait passer à côté de lui : on lui donne alors le tablier de Franc-Maçon, dont j'ai parlé ci-dessus : on lui donne aussi une paire de gants pour lui et une paire de gants de femmes pour la Dame qu'il estime le plus. Cette dame peut-être la femme du récipiendaire, ou lui appartenir d'une autre façon; on n'a point d'inquiétude là-dessus.

Quand la cérémonie de la présentation du tablier et des gants est faite, on enseigne au nouveau reçu les signes de la Maçonnerie, et on lui explique une des Lettres tracées dans l'espace décrit au milieu de la chambre où il a été reçu, c'est-à-dire, le "J", qui veut dire, Jakin.

On lui enseigne aussi le premier Signe, pour connaître ceux qui sont de la Confrérie, et pour en être connu. Ce signe s'appelle Guttural. On le fait en portant la main droite au coup, de façon que le pouce, élevé perpendiculairement sur la palme de la main, qui doit être en ligne horizontale ou approchant, fasse l'Équerre. La main droite ainsi portée à la gauche du menton, commence le signe : on la ramène ensuite au bas du côté droit, et on frappe un coup sur la basque de l'habit du même côté. Ce signe excite d'abord l'attention d'un Frère Maçon, si il y en a dans la compagnie où l'on se trouve. Il le répète aussi de son côté, et il s'approche. Si le premier lui répond, alors succède un autre signe : on se tend la main, et en la prenant, on pose mutuellement le pouce droit sur la première et grosse jointure de l'index, et l'on s'approche, comme pour se parler en secret. C'est alors qu'on prononce le mot Jakin. Voilà les signes qui caractérisent ceux que l'on appelle Apprentis. Ce sont aussi les premiers signes que font d'abord les Francs-Maçons, lorsqu'ils se rencontrent. On appelle le second, le signe manuel. Il est bon cependant d'observer que, depuis assez longtemps les Francs-Maçons français ont fait quelques changements à cette façon de se toucher. Selon l'usage qui est aujourd'hui en vigueur, deux Francs-Maçons qui cherchent à s'assurer l'un de l'autre, ne touchent point la même jointure; c'est-à-dire, que si le premier qui prend la main, presse à la première jointure, le second, doit presser la seconde., ou la troisième si le premier a pressé la seconde.

Selon les usages observés de temps immémorial parmi les Francs-Maçons, il y avait des interstices entre chaque degré que l'on acquérait dans l'Ordre. Quand on était reçu Apprenti, on restait dans cet état trois ou quatre mois, après lesquels on était reçu Compagnon, et six mois après on était admis à la Maîtrise. De cette manière on avait le temps de s'instruire; et lorsqu'on arrivait au dernier grade, on était bien plus en état d'en soutenir la dignité.

La vivacité française n'a pas pu tenir contre tous ces délais, on a voulu pénétrer dans un instant tous les mystères les plus cachés; et il s'est trouvé des Maîtres de Loge qui on eut la faible complaisance de sacrifier à l'impétueux empressement des récipiendaires, des usages respectables, que leur sagesse et leur antiquité auraient dû mettre à l'abri de toute prescription. Mais le mal est fait, et c'est le moindre que la confrérie Maçonne ait essuyé depuis qu'elle s'est établie en France. Il faut que le Français touche à tout; son caractère volatile le porte à marquer sur tout l'impression de sa main. Ce qui est médiocre, il le perfectionne; ce qui est excellent, il le gâte. La Maçonnerie m'en fournit des preuves, dont je parlerai dans quelque temps. Je viens à la cérémonie de la Réception.

Lorsque l'on a enseigné à l'Apprenti les signes de l'Ordre et le mot de "Jakin", que l'on peut regarder comme des termes sacramentaux de la Confrérie, on lui apprend de plus une autre façon de le prononcer. On a été obligé d'y avoir recours, pour éviter toute surprise de la part de quelques profanes, qui auraient pu, à force de recherches, découvrir les signes et les termes de la Maçonnerie. Lors donc qu'on a lieu de soupçonner, que celui qui a fait les signes de la Société pourrait bien n'en être pas, on lui propose d'épeler : on ne s'exprime pas plus au long; tout Franc-Maçon entend d'abord ce que cela veut dire. Alors l'un dit J, l'autre doit répondre A, le premier dit K, le second I, et l'autre N; ce qui compose le mot Jakin. Voilà la véritable manière dont les Francs-Maçons se reconnaissent. Il est vrai cependant que ces premiers signalements ne désignent encore qu'un Franc-Maçon Apprenti; il y en a d'autres pour les Compagnons et pour les Maîtres : je vais les expliquer en peu de mots.

La Cérémonie de l'Installation d'un Apprenti dans l'Ordre des Compagnons se passe toujours en Grande Loge. Le Vénérable, et les Surveillants, sont revêtus de tout l'appareil de leur Dignité.

Les figures sont crayonnées sur le plancher de la salle de réception, et au lieu d'une pierre informe, qui est dessinée dans le temps de la Réception d'un Apprenti, comme pour lui apprendre qu'il n'est encore propre qu'à dégrossir l'Ouvrage, on trace, pour la réception d'un Compagnon, une pierre propre à aiguiser les outils, pour lui faire connaître que désormais il pourra s'employer à polir son Ouvrage, et y mettre la dernière en main.

On ne lui fait point réitérer le Serment déjà fait; il est suffisamment exprimé par un signe, que l'on appelle Pectoral. On apprend au Récipiendaire à porter sa main sur la poitrine, de façon qu'elle forme une Équerre. Cette position annonce un serment tacite, par lequel l'Apprenti, qui va devenir Compagnon, promet, foi de Frère, de ne point révéler les secrets de la Maçonnerie. On lui donne ensuite l'explication du grand B, qui fait un pendant avec le J, dans l'espace où l'on a crayonné les colonnes du Temple de Salomon. Cette Lettre signifie Booz. On l'épelle, comme j'ai dit qu'on faisait le mot Jakin, lorsqu'on appréhende d'être surpris par quelqu'un qui s'annoncerait pour Compagnon sans l'être véritablement.

Le secret de la Réception des Maîtres ne consiste que dans une cérémonie assez singulière, et sur laquelle je vais apprendre aux Maîtres même, reçus depuis longtemps, quelques traits qu'ils ignorent absolument.

Lorsqu'il s'agit de recevoir un Maître, la salle de Réception est décorée de la même façon que pour la Réception des Apprentis et des Compagnons. Mais il y a plus de figures dans l'espace qui est décrit au milieu. Outre les flambeaux placés en triangle, et les deux fameuses colonnes dont j'ai parlé, on y décrit, du mieux que l'on peut, quelque chose qui ressemble à un bâtiment, qu'ils appellent Palais Mosaïque. On y dépeint aussi deux autres figures; l'une s'appelle la Houppe dentelée, et l'autre le Dais parsemé d'étoiles. Il y a aussi une Ligne perpendiculaire, sous la figure d'un instrument de Maçonneries, que les ouvriers ordinaires appellent le plomb ou l'aplomb. La pierre qui a servi à ces figures reste sur le plancher de la chambre de réception. On y voit de plus une espèce de représentation, qui désigne le tombeau de Hiram. Les Francs-Maçons font, en cérémonie, beaucoup de lamentations sur la mort de cet Hiram, décédé il y a bientôt trois mille ans. Ceci me paraît avoir quelque ressemblance avec les Fêtes que les anciens solennisaient autrefois si lugubrement, à l'occasion de la mort du malheureux amant de la tendre Vénus. On sait que pendant plusieurs siècles les femmes païennes, à certains jours marqués, célébraient par les accents les plus douloureux la mort cruelle d'Adonis.

Il y a bien des Francs-Maçons qui ne connaissent cet Hiram que de nom, sans savoir ce qu'il était. Quelques uns croient qu'il s'agit de Hiram Roi de Tyr, qui fit alliance avec Salomon, et qui lui fournit abondamment tous les matériaux nécessaires pour la construction du Temple. On croit devoir aujourd'hui des larmes à la mémoire d'un Prince qui s'est prêté autrefois à l'élévation d'un édifice dont on projette le rétablissement.

Hiram dont il s'agit chez les Francs-Maçons, était bien éloigné d'être Roi de Tyr. C'était un excellent ouvrier pour toutes sortes d'ouvrages en métaux, comme or, argent et cuivre. Il était fils de Tyrien, et d'une femme de la Tribu de Nephtali. Salomon le fit venir de Tyr, pour travailler aux ornements du Temple. On voit au quatrième livre des Rois le détail des ouvrages qu'il fit pour l'embellissement de cet édifice. Entre autres ouvrages, il est fait mention dans l'Écriture Sainte de deux colonnes de cuivre, qui avaient chacune dix-huit coudées de haut, et douze de tour, au-dessus desquelles étaient des corniches de fonte en forme de lys. Ce fut lui qui donna des noms à ces deux Colonnes : il appela celle qui était à droite Jakin, et celle de la gauche Booz. Voilà cet Hiram que l'on regrette aujourd'hui. Je crois qu'il y aura quelques Maîtres qui m'auront obligation de cet éclaircissement; on est toujours bien aise de savoir pour qui l'on pleure.

Au reste, je pense qu'il ne faudrait pas tant s'affliger de la mort de Hiram : si les Francs-Maçons n'ont besoin que d'ouvriers habiles, ils trouveront parmi nos modernes de quoi se consoler de la perte des anciens.

Cette dernière Réception n'est que de pure cérémonie; on n'y apprend presque rien de nouveau, si ce n'est l'addition d'un signe qu'on nomme Pédestral; il se fait en plaçant ses pieds de façon qu'ils puissent former une Équerre. On explique allégoriquement cette figure; elle signifie, qu'un Frère doit toujours avoir en vu l'équité et la justice, la fidélité à son Roi, et être irrépréhensible dans ses mœurs.

Voilà donc les quatre signes principaux qui caractérisent les Francs-Maçons.

Le Guttural, ainsi appelé, parce qu'on porte la main à la gorge en formant une Équerre.

Le manuel, dans lequel on se touche les jointures des doigts.

Le pectoral, où l'on porte la main en Équerre sur le cœur.

Et le Pédestral, qui prend son nom de la position des pieds.

À l'égard des mots que l'on prononce, pour constater la vérité des signes de la Maçonnerie, il n'y a que les deux dont j'ai parlé ci-dessus, savoir Jakin et Booz. Le premier est pour les Apprentis, et ils n'ont que celui-là. Les Compagnons et les Maîtres se servent des deux, et cela se pratique ainsi : Après que l'on a fait les premiers signes, qui sont de porter la main en Équerre au cou, de frapper ensuite sur la basque droite de l'habit, de se presser mutuellement la jointure des doigts, et de prononcer le mot Jakin ; on met la main en Équerre sur la poitrine, et on prononce Booz avec les mêmes précautions que l'on a observé au premier. Les maîtres non point d'autres mots qui les distinguent des Compagnons; ils observent seulement de s'embrasser, en passant les bras par-dessus l'épaule : voilà leur distinctif, qui est suivi du signe Pédestral. Tout cela se pratique avec tant de circonspection, qu'il difficile à tout autre qu'un Franc-Maçon de s'en apercevoir.

Je vais reprendre à présent l'endroit de la Réception d'un Apprenti, où j'en étais resté. Je ne suis pas sûr de ne pas tomber ici dans quelques redites, parce que je n'ai pas sous les yeux la feuille où j'en ai parlé : je vais en tout au hasard reprendre du mieux que je pourrai le fil de ma narration. On excusera, si je me répète; mais dans une affaire qui peut intéresser, j'aime mieux dire deux fois la même chose, que d'omettre la moindre particularité.

Lorsque le récipiendaire a prêté serment, le Vénérable Grand Maître l'embrasse, en lui disant : jusqu'ici je vous ai parlé en Maître, je vais à présent vous traiter en Frère. Il le fait passer à côté de lui. C'est alors qu'on lui donne le Tablier de Maçon, et deux paires de gants, l'une pour lui, et l'autre pour sa Maçonne. Le second Surveillant lui dit alors : nous vous donnons ces gants, comme notre Frère; et en voilà une paire pour votre Maçonne, ou pour la plus fidèle. Les femmes croient que nous sommes leurs ennemis, vous leur prouverez par là que nous pensons à elles. Le nouveau reçu embrasse ensuite les Maîtres, les Compagnons et les Apprentis; après cela se met à table.

Le Vénérable se place à l'Orient, les Surveillants à l'Occident, les Maîtres et Compagnons au midi, et les Apprentis au Nord; le nouveau reçu occupe la place d'honneur à côté du Vénérable. Chacun est servi par son Domestique, qui ne peut pourtant faire cette fonction que lorsqu'il est reçu Franc-Maçon. La Cérémonie de la Réception des Domestiques est la même que celle des Apprentis; ils ne savent que le mot Jakin; ils n'ont aussi que les premiers signes, et ne peuvent jamais parvenir à la Maîtrise.

Le service des domestiques se borne à mettre les plats sur la table, et à changer les couverts. Il est rare qu'on se fasse servir à boire : communément chacun a sa bouteille, ou barrique, devant soi. Voici comme on solennise la première santé, qui est celle du Roi.

Le Vénérable frappe un coup sur la table; le premier et le second Surveillants font la même chose : alors toute l'Assemblée tourne les yeux vers le Vénérable, et se prépare à écouter avec attention ce que l'on va dire. Car il faut remarquer, que lorsqu'on frappe sur la table, ce n'est pas toujours pour porter une Santé, cela se fait aussi toutes les fois qu'on a à dire quelque chose qui intéresse la Maçonnerie en général, ou seulement les Frères de la Loge.

Lorsque le second Surveillant a frappé, le Vénérable se lève, il porte la main en Équerre sur le cœur, et dit : A l'ordre, mes Frères. Le premier et le second Surveillants répètent la même chose. Le Vénérable ajoute : Chargez, mes Frères, pour une Santé. Ceci est répété de même par les Surveillants. Chacun met alors dans son Canon, autant de Poudre, tant rouge que blanche, qu'il juge à propos; on ne gêne personne sur la quantité, ni sur la qualité. Lorsque les Canons sont en état, le premier Surveillant dit au Grand Maître : Vénérable, nous sommes chargés. Le Grand Maître dit alors : Premier et second Surveillant, Frères et Compagnons de cette Loge, nous allons boire à la Santé du Roi, notre Auguste Maître, à qui Dieu donne une Santé parfaite et une longue suite de prospérités. Le premier Surveillant répète ce qu'a dit le Grand Maître. J'ai oublié de dire qu'il interpelle toujours l'Assemblée en commençant par les Dignités; ainsi il dit alors : Très Vénérable, Second Surveillant, Frères et Compagnons de cette Loge, nous, etc... Le second Surveillant dit après : Très Vénérable, premier Surveillant, Frères, etc...

Après cette dernière répétition, le Vénérable Grand Maître dit : Second Surveillant, commandez l'ordre. Alors celui-ci dit : Mes Frères, regardez le Vénérable; et en portant la main à son Canon, il ordonne ainsi l'Exercice : Portez la main droite à vos armes : on met la main à son Canon, mais sans le lever. En joue; on élève son Canon, et on l'avance devant soi. Feu, grand feu; c'est pour le Roi notre Maître. Chacun boit alors; et on a toujours les yeux sur le Vénérable, afin de ne retirer son Canon qu'après qu'il a fini de boire. Le second Surveillant, qui regarde aussi le Vénérable, suit le mouvement de son bras, et toute l'Assemblée les suit l'un et l'autre. En retirant son Canon, on présente les armes; ensuite on le porte à gauche et à droite; cet Exercice se fait trois fois de suite. On remet après ensemble, et en trois temps, les Canons sur la table., on se frappe trois fois dans les mains; et on crie trois fois Vivat.

La scrupuleuse uniformité qui règne dans cet Exercice, et la sage gaieté qui pare le visage des Frères, et qui reçoit encore les agréments les plus vifs, par la joie dont tout bon Français est toujours pénétré, lorsqu'il peut témoigner solennellement de son zèle pour son Roi; tout cela forme, indique-t-on, un point de vue ravissant qui seul attirerait à l'Ordre ceux mêmes qui paraissent aujourd'hui dans les dispositions les moins favorables pour les Francs-Maçons.

Je me souviens d'avoir dit, qu'après la santé du Roi, on buvait à celle du Très Vénérable Grand Maître, Chef de l'Ordre; et qu'on buvait ensuite à celle du Vénérable Grand Maître de la Loge où l'on se trouve; celle des Surveillants, du Récipiendaire et des Frères, etc... Tout cela se fait avec grande cérémonie.

Il est à propos d'observer, que quoique ce soit presque toujours le Vénérable de la Loge qui propose boire à la santé de quelqu'un, il est pourtant permis au premier ou second Surveillant, et même à tout autre, de demander à porter une santé. Voici comme cela se fait.

Celui qui veut proposer une santé, frappe un coup sur la table, tout le monde prête silence. Alors le proposant dit : Vénérable, premier et second Surveillant, Frères et Compagnons de cette Loge, je vous porte la santé de tel. Si c'est à un des Dignitaires que l'on boit, on ne le nomme point dans le compliment qu'on adresse aux Dignités. Par exemple, si c'est au Vénérable, on commence par dire : Premier et second Surveillants, Frères, etc... Si c'est au premiers Surveillant, on dit : Vénérable, second Surveillant, Frères, etc...

Celui à la santé duquel on boit, doit se tenir assis pendant que l'on boit; il ne se lève, que lorsque l'on a fini la cérémonie, et que tout le monde s'est assis.

Alors il remercie le Vénérable, le premier et le second Surveillants, et les Frères, et leur annonce, qu'il va faire raison du plaisir qu'on lui a fait de boire à sa santé. Il fait alors tout seul l'Exercice dont j'ai fait mention.

Comme toutes les cérémonies, qui s'observent pour les santés, prennent bien du temps, et qu'il pourrait se trouver quelqu'un des Frères assez altéré, pour avoir besoin de boire dans les intervalles, on accorde à chacun la liberté de boire à sa fantaisie; et ceux qui boivent ainsi, le font, pour ainsi dire, en cachette, c'est-à-dire, sans les cérémonies usitées.

Je n'entreprendrai pas d'exprimer le plaisir singulier que goûtent les Francs-Maçons dans cette manière de porter des santés : eux seuls le sentent, et ne pourraient pas le rendre. J'ai oui dire, en propres termes, à des Enthousiastes de l'Ordre, qu'à ce sujet, le sentiment ne pouvait rien prêter à l'expression.

Quoi que la manière dont on porte les santés occupe une bonne partie du temps que les Francs-Maçons consacrent à leurs Assemblées, il leur en reste cependant assez pour se procurer mutuellement des instructions, qui sont toujours très satisfaisantes, tant par rapport aux choses même qu'on y apprend, que par rapport à la manière dont elles sont enseignées. Quand on veut former un Frère nouvellement reçu, on lui fait quelques questions sur les Usages de l'Ordre. S'il ne se sent pas assez fort pour répondre, il met la main en Équerre sur la poitrine, et fait une inclination : cela veut dire, qu'il demande grâce pour la réponse. Alors le Vénérable s'adresse à un plus ancien, en lui disant, par exemple : Frère N. que faut-il pour faire une Loge? Le Frère répond : Vénérable, trois la forment, cinq la composent, et sept la rendent parfaite.

À l'égard des Maîtres, on leur fait des questions bien plus relevées., ou plutôt, sur une question très simple, le Maître interrogé répond de la façon la plus sublime. Par exemple le Vénérable Grand Maître dit à un Surveillant : Frère, d'où venez-vous? Celui-ci répond : Vénérable, je viens de la Loge de Saint-Jean. Le Vénérable reprend : Qu'y avez-vous vu, quand vous avez pu voir? Le Surveillant répond : Vénérable, j'ai vu trois Grandes Lumières, le Palais Mosaïque, le Dais parsemé d'étoiles, la Houppe dentelée, la Ligne perpendiculaire, la Pierre à tracer, etc... On ne peut rien voir de mieux détaillé que cette réponse; et quoi qu'elle ne paraisse pas absolument bien clair, elle satisfait infiniment les Frères qui l'entendent, et elle cause un plaisir bien vif à toute la compagnie. De temps en temps, on fait aussi répéter les Signes de la Maçonnerie. Ceux qui les possèdent parfaitement, les font avec une dignité qui charme les spectateurs; et ceux qui ne sont pas encore bien formés, ou qui sont un peu gauche dans leurs façons, procurent quelquefois de l'amusement aux Frères, par l'embarras qu'ils éprouvent à se perfectionner dans la formation des Signes. Il serait inutile d'entrer dans un plus long détail des matières sur lesquelles peuvent rouler les instructions, ou les conversations des Frères de la Maçonnerie; tout est à peu près de la même force que ce que je viens de rapporter.

C'est donc en vain qu'on a voulu répandre sur l'Ordre des Francs-Maçons les soupçons les plus odieux; les plaisirs qu'ils goûtent ensemble n'ont rien que de très pur; et l'uniformité qui y règne n'occasionne jamais l'ennui, parce qu'ils s'aiment tendrement les uns les autres. Je conçois bien que tout autre qu'un Franc-Maçon s'amuserait à peine de bien de choses qui paraissent faire les délices de leur Société : mais tout ceci est une affaire de sentiment, fondée sur l'expérience. Quand on est Franc-Maçon, tout ce qui concerne l'Ordre affecte singulièrement l'esprit et le cœur. Ce qui serait insipide pour un profane, devient plaisir très vif pour un Franc-Maçon : c'est un effet bien marqué de ce qu'on appelle une grâce d'état.

Il n'y a donc rien que de très simple et de très innocent dans les conversations que les Francs-Maçons tiennent à table; et la pureté des sentiments, qui distingue cette Société de tant d'autres, tire encore un nouvel éclat des Hymnes joyeuses que les Frères chantent entre eux, lorsqu'on a tenu table pendant quelque temps.

On sait, que c'est assez souvent par les chansons que le caractère de chaque particulier se manifeste. Tel, par état, ou par respect pour son âge, ne tiendra que des discours convenables, qui, à la fin d'un repas, l'esprit un peu échauffé par les vapeurs d'une sève agréable, croit pouvoir s'échapper un peu, et côtoyer, pour ainsi dire, l'indécence, s'il ne s'y livre pas totalement. C'est une maxime assez ordinaire, Tout est permis en chantant. Les Francs-Maçons ne l'ont point adoptée, et leurs chansons, aussi pures et aussi simples que leurs discours, annoncent également la gaieté et l'innocence. Il sera facile au lecteur d'en juger par lui-même; je donnerai à la fin de cet ouvrage un recueil assez curieux de leurs principales chansons.

C'est partout une impolitesse, lorsqu'on est à table, de parler à l'oreille de son ce voisin; mais communément, ce n'est qu'une impolitesse. C'est un crime chez les Francs-Maçons, qui est puni plus ou moins sévèrement, à proportion que le Frère qui a prévariqué est plus ou moins entêté. J'observerai ici, à la honte de nos Français, que c'est chez eux que l'on a été obligé de faire usage, pour la première fois, de la formule singulière, consacrée pour l'exclusion d'un Franc-Maçon.

Le Vénérable ne procède pas d'abord à la rigueur; il commence par avertir avec douceur; et lorsque que le Frère qui a manqué, se range à son devoir, il n'est condamné qu'à une amende. J'ai dit ci-dessus qu'elle était toujours au profit des pauvres, parce que ça a toujours été l'usage parmi les Francs-Maçons. On a jugé à propos, dans quelques Loges modernes, de garder cet argent pour se régaler en commun.

Lorsque le Frère qui a été admonesté n'a pas égard aux remontrances du Vénérable, on agit contre lui à la rigueur, si le cas paraît l'exiger. Le Vénérable consulte, ou va aux opinions; et lorsque les avis se réunissent pour l'exclusion d'un Frère, voici comment on y procède. Le Vénérable frappe sur la table, et dit : A l'ordre mes Frères. Les Surveillants frappent aussi, et répètent ce qu'a dit le Vénérable. Lorsque tout le monde paraît attentif à l'ordre donné, le Vénérable met la main en équerre sur la poitrine; il s'adresse au premier ou au second Surveillant, et il lui dit : Frère, pourquoi vous êtes vous fait recevoir Maçon ? Celui qui est interrogé répond : Vénérable, c'est parce que j'étais dans les ténèbres, et que je voulais voir le jour. Le Vénérable : Comment avez-vous été reçu Maçon ? Réponse : Vénérable, par trois grands coups. Le Vénérable : Que signifient ces trois grands coups ? Réponse : Frappez, on vous ouvrira; demandez, on vous donnera; présentez-vous, et l'on vous recevra. Le Vénérable: quand vous avez été reçu, qu'avez-vous vu? Réponse : Vénérable, rien que je puisse comprendre. Le Vénérable : Comment étiez-vous vêtu quand vous avez été reçu en Loge? Réponse : Vénérable, je n'étais ni nu, ni vêtu; j'étais pourtant d'une manière descentes. Le Vénérable : Où se tenait le Vénérable, quand vous avez été reçu? Réponse : Vénérable, à l'Orient. Le Vénérable : Pourquoi à l'orient? Réponse : Vénérable, parce que, comme le soleil se lève en Orient, le Vénérable s'y tient pour ouvrir aux ouvriers, et pour éclairer la Loge. Le Vénérable : Où se tenaient les Surveillants? Réponse : Vénérable, à l'Occident. Le Vénérable :

Pourquoi l'Occident? Réponse : parce que, comme le soleil se couche en occident, les Surveillants s'y tiennent pour payer les ouvriers, et pour fermer la Loge.

Le Vénérable prononce alors la sentence d'exclusion, en disant: premier et second Surveillants, Frères et Compagnons de cette Loge, la Loge est fermée. Les Surveillants répètent la même chose. Le Vénérable dit alors aux Frères qu'il a manqué, que c'est par rapport à la faute qu'il a commise, et qu'il n'a pas voulu réparer, qu'on a fermé la Loge.

Dès la celui qui est l'objet de la réprimande est exclu de l'Ordre; et il n'est plus fait mention de lui, lorsqu'on invite les Frères pour assister à une Réception; et on a soin en même temps de faire avertir les autres Loges, du caractère peu sociable de celui contre lequel on s'est trouvé dans l'obligation de sévir : alors il ne doit être admis nulle part, c'est un des statuts de l'Ordre.

Au reste, il faut que l'obstination d'un Frère soit poussée un peu loin, pour qu'on en vienne à une telle extrémité. Un Ordre, qui ne respire que la douceur, la tranquillité et la paix, ne permet pas qu'on prononce contre un des membres aucun arrêt rigoureux, sans avoir tenté auparavant toutes les voies possibles de conciliation.

Une interruption aussi affligeante doit altérer considérablement le plaisir que goûtent les Frères à chanter les Hymnes de leur Ordre. Cependant, comme il est de règle de chanter dans les Assemblées ordinaires, on reprend le fil des chansons, lorsque le calme est entièrement rétabli. J'ai déjà dit que l'on finissait par la chanson des Apprentis; et j'ai fait observer que les Domestiques ou Frères Servants venaient alors se mettre en rang avec les Maîtres. J'ai décrit au même endroit, de quelle façon on se conduisait dans cette dernière cérémonie : ainsi je me crois dispensé d'en parler ici davantage. Je pourrai quelques jours entrer dans un plus grand détail, lorsque je donnerai une histoire complète de cet Ordre. On y verra son origine, ses progrès, ses variations; peut-être aussi que ce qui se passe aujourd'hui, me fournira l'histoire de sa décadence et de sa ruine.

Cet Ordre, quoique parvenu chez les Français, aurait pu s'y conserver dans toute sa dignité, si l'on eut apporté plus d'attention et de discernement dans le choix que l'on a fait de ceux qui demandaient à être admis. Je ne dis pas qu'il eut fallu exiger de la naissance, ou des talents supérieurs : il aurait suffi de s'attacher principalement à l'éducation et au sentiment; en un mot, aux qualités de l'esprit et du cœur. On n'aurait pas multiplié à l'infini une Société, qui ne se soutiendra jamais que par le mérite marqué de ses membres.

Je ne suis point de l'opinion de ceux qui croient que les sentiments ou les mœurs appartiennent à un quartier plutôt qu'à un autre. On pense actuellement aussi bien au Marais qu'au Faubourg Saint-Germain, et bientôt on y parlera la même langue, et on y aura les manières aussi nobles. J'observerai cependant à l'égard des Francs-Maçons, que ce préjugé de mérite local pourrait avoir quelque lieu.

L'époque de leur décadence peut se rapporter au temps où cette Société s'est étendue vers la rue Saint Denis : C'est là qu'en arrivant, elle s'est sentie frappée d'influences malignes, qui ont altéré d'abord la régularité de ses traits, et l'ont ensuite entièrement défiguré par le commerce de la rue des Lombards. Je laisse aux véritables et zélés Francs-Maçons le soin de faire entendre clairement ce que je dis ici; ils y sont intéressés.

Ce qui est certain, c'est que, par une trop grande facilité, on a admis à la dignité de Compagnons et de Maîtres, des gens, qui y dans de Loges bien réglées, n'auraient pas eu les qualités requises pour être des Frères Servants. On a été plus loin : la religion du Grand Maître a été surprise au point, de lui faire accorder des patentes de Maîtres de Loge, à des personnes incapables de commander dans la plus vile classe des profanes. Alors, pour la première fois, la Maçonnerie étonnée a vu avec horreur s'introduire dans son sein le méprisable intérêt, et l'indécence grossière.

Lorsque des gens de certaines étoffes sont curieux de faire une Société, que ne cherchent-ils dans leur espèce de quoi la former?

Le sage Anglais, chez qui la Maçonnerie a pris naissance, nous fournit des exemples de quantité de sociétés, aussi différentes entre elles, qu'il y a de différentes classes de sujets dans un État ; et ce qu'il y a de remarquable, à la honte de certains Français intrus dans la Maçonnerie, c'est que les sociétés, même du plus bas étage, observent toujours à leur façon la plus exacte décence.

Il y a entre autres à Londres une société, qu'on appelle la Coterie des deux sols, ainsi nommée parce que chaque associé met deux sols sur la table, en entrant dans l'assemblée. Cette confrérie n'est composée que d'artisans très grossiers, parmi lesquels on n'a jamais entendu dire qu'il se soit rien passé de contraire au bon ordre. La vertu les unit; elle est véritablement un peu grossière, mais c'est la vertu de leur état. Ces associés ont des statuts assez conforme à leur grossièreté. Je ne citerai pour exemple que le IV. Article de leur règlement, qui est conçu en ces termes : si quelqu'un jure, ou dit des paroles choquantes à un autre, son voisin peut lui donner un coup de pied sur les os des jambes. Cette façon singulière d'avertir son voisin me paraît assez expressive. Ce qui est admirable, c'est que lorsqu'on en a fait usage, il n'en est jamais résulté aucun désordre; au contraire, celui qui est averti de cette manière ne s'en fâche point, il se tient pour bien averti, et il se corrige.

On aurait pu de même former à Paris des sociétés convenables au génie et aux manières de quantités de particuliers, qui ne sont point faits pour pratiquer des personnes qui pensent. On leur aurait donné des règlements à leur portée. Celui que je viens de citer, aurait pu y figurer d'autant mieux, qu'ils y sont accoutumés; comme dans leurs quarts d'heures d'enjouement, ou lorsque la vente ne donne pas, ils se livrent volontiers à ce noble exercice, ils auraient pu s'en servir aussi, pour s'avertir charitablement de leurs fautes.

Le Très Vénérable qui est aujourd'hui à la tête de l'Ordre, va, dit-on, travailler efficacement à écarter delà Confrérie Maçonne, tout ce qui n'est pas digne d'elle. Ce grand ouvrage avait été projeté par son illustre Prédécesseur, qu'une mort prématurée vient d'enlever au monde et à la Maçonnerie.

On a remarqué, que les Francs-Maçons parisiens n'ont pas eu l'attention de faire faire un Service pour le repos de l'âme de ce dernier Grand Maître. Les uns ont cru que, par un privilège spécial, un véritable Maçon, et à plus forte raison, celui qui est revêtu de l'auguste Dignité de Très Vénérable, prenait en quittant ce monde un libre essor vers le Ciel, sans appréhender aucun écart sur la route.

D'autres ont imaginé, qu'en recevant des Anglais et l'Ordre Franc-Maçon, les associés avaient peut-être hériter en même temps du peu de goût que cette Nation paraît avoir pour le purgatoire.

Quelle que puisse être la raison qui a fait omettre ce service, les Francs-Maçons Normands ont agit tout autrement : ils ont ordonné une Pompe funèbre dans l'Église des Jacobins de Rouen; ils en ont fait les honneurs; l'invitation a été solennelle, et les Frères des sept Loges de Rouen s'y sont transportés et vêtus de deuil; ils ont observé, autant que la circonstance le leur a permis, les cérémonies de leur Ordre, en ordonnant, qu'on marcherait trois à trois à la Pompe funèbre. Cela a été ponctuellement exécuté, à l'honneur de la Maçonnerie, et à l'édification de tous les fidèles Normands

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