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21 juillet 2009 2 21 /07 /juillet /2009 04:24

 

Il faut bien prendre conscience que le Rite Français ne s'appelle comme ça que depuis très peu de temps. Tout d'abord, l'expression Rite Français apparaît très rarement dans les documents, des vingt dernières années du 18ème siècle, et elle commence vraiment à apparaître au début du I9eme siècle. Alors pourquoi ?

 

Eh bien tout simplement parce que jusqu'à cette époque là, en France, il n'y a qu'une seule maçonnerie. Pourquoi est-ce qu'on éprouve le besoin, au début du 19ème, ou tout à fait à la fin du I8ème de dire qu'il y a le Rite Français? Tout simplement parce qu'à côté, on trouve autre chose, par exemple le Rite Ecossais Rectifié, par exemple le Rite Ecossais philosophique, par exemple au début du 19ème, le Rite de Misraïm et plus tard le rite de Memphis. C'est donc pour se distinguer des nouveaux rites, et je ne parle pas du Rite Ecossais Ancien et Acepté très tardivement arrivé, en 1804, en France en tous cas, que le Rite Français a pris son nom.

Donc ça c'est la première notion qu'il faut avoir présente à l'esprit. Le Rite Français, c'est la tradition indivise de la maçonnerie française dans tout le 18ème siècle. Les Frères au 18ème siècle ne se préoccupaient pas de savoir à quel rite on travaille dans sa loge. C'était la Maçonnerie. Et la maçonnerie, c'est ce qu'on appelle depuis la fin du 18ème siècle le Rite Français. C'est la première chose. Mais ensuite ça va encore plus loin. On va voir dans quelques instants comment on peut historiquement le définir. En réalité il résulte,  de la greffe en terre française de la Maçonnerie d'origine anglaise. La Maçonnerie spéculative est née en Angleterre, uniquement en Angleterre, rien qu'en Angleterre, nulle-part ailleurs.

Donc que se passe-t-il vers 1725 quand la Maçonnerie apparaît en France ? Ce sont des britanniques, je dis volontairement des britanniques parce qu'il y a des anglais, des écossais et même des irlandais qui viennent installer la maçonnerie en France. Leur motivation n'est pas l'envie de transmettre la maçonnerie à la France. Ils sont plutôt obligés de fuir l'Angleterre en raison d'un conflit dynastique et religieux. C'est parce que la plupart d'entre eux sont Jacobites, d'autres Hanovriens. Pendant environ une quarantaine d'années ils ne vont pas arrêter de faire l'aller et retour de part et d'autre de ce que nous appelons la Manche et que les anglais appellent le British Channel.

Et alors que font-ils à Paris ? Ils font leur maçonnerie à eux La maçonnerie qu'ils connaissent, la maçonnerie anglaise. Et d'ailleurs les français n'étaient pas les bienvenus puisque l'un des premiers à avoir exercé les fonctions de Grand Maître, le comte de Derwentwater dit : « Ecoutez, nous sommes à Paris, nous ne l'avons pas choisi, mais alors surtout, n'admettons jamais les français. Parce que si on admet les français dans la maçonnerie, ça sera la fin de tout. » Finalement on a admis les français, et ça n'a pas été la fin de tout, mais ça a été le début des ennuis, quand même. On s'aperçoit, quand on regarde les textes de cette époque jusqu'en 1751, d'une chose très simple et qu'il faut rappeler. Jusqu'en 1751, il n'existe rigoureusement aucune différence entre le rituel maçonnique anglais et le rituel maçonnique français. C'est le même. Quand on nous dit alors qu'il y a la tradition maçonnique anglaise, moi je dis, à l'instar de l'expression d'un archevêque, à la fin du l9ème siècle, disant que la France est la fille ainée de l'Eglise, la France c'est aussi la fille ainée de la maçonnerie. C'est-à-dire que la tradition maçonnique initiale de la maçonnerie spéculative s'est forgée dans les cinquante premières années du I8eme siècle à partir d'un ensemble de rituels qui étaient uniques, commun à l'Angleterre et à la France. Or le problème en Angleterre, et c'est là que ça devient très intéressant, c'est qu'en 1751 apparaît un événement fondamental dans l'histoire de maçonnique anglaise ; l'apparition d'une deuxième Grande Loge. Une deuxième grande loge rivale de la première, et qui va s'appeler la Grande Loge des Anciens. Pendant soixante ans, les deux vont être en conflit. En 1813, ces deux Grandes Loges vont fusionner pour donner l'actuelle Grande Loge dite Unie, à cause de l'union des deux Grandes Loges d'Angleterre. Elles vont alors mettre au point un rituel dit de l'union. Or pour des raisons complexes qu'on ne va pas examiner aujourd'hui, quand elles ont mis au point le rituel de l'union, c'est le rituel des anciens qui, sur l'essentiel, l'a emporté. Sur beaucoup de points, pas sur tous. De sorte que la tradition maçonnique anglaise initiale, à partir de ce moment là, est présente où? Elle n'est plus présente en Angleterre, elle n'est plus présente que dans le Rite Français qui en est l'héritier direct.

 C'est ça qu'il faut bien comprendre. C'est que la tradition du Rite Français, c'est l'héritage de la première maçonnerie spéculative franco-anglaise qui n'existe plus en Angleterre. Elle a trouvé sa filiation et son refuge dans le Rite Français. C'est donc une responsabilité énorme que celle du Rite Français puisqu'à travers ce rite, on véhicule les traditions les plus anciennes de la Franc-maçonnerie spéculative.

Pour poursuivre sur ce point des origines historiques et traditionnelles, je voudrais insister sur deux aspects :

Le premier, c'est qu'il n'existe pas de rituel de référence du Rite Français au 18ème siècle. Parce qu'il n'existe pas au I8ème siècle de rituel de référence d'aucun rite. A cette époque-là, le rituel maçonnique n'est pas du tout fixé comme nous, nous l'entendons, un texte dactylographié, et puis on suit ligne par ligne, et tout est écrit. Le rituel dont dispose un vénérable de l'époque est court il ne faut pas que ce soit trop long, parce qu'il n'y a pas de photocopieuse ni de machine à écrire et encore moins d'ordinateur, et qu'il faut tout copier à la main. Donc le souci que l'on a c'est que ça soit le plus court possible. Qu'est ce qu'un vénérable de 1750 a sous les yeux ? Nous en avons des exemplaires. Ce sont des petits livrets généralement. Le rituel dit, par exemple pour ouvrir la loge, « en loge mes Frères ». Ensuite le vénérable fera quelques demandes et réponses du catéchisme. Donc on choisit dans les instructions, quelques demandes et réponses, puis le vénérable dira, « mes Frères la loge est ouverte ». C'est tout. Rituel d'ouverture de 1745. On pourrait multiplier les exemples. Ce que l'on voit, c'est que, au fur et à mesure que le temps passe, il y a une tendance à écrire de plus en plus précisément les textes. Il y a donc une tendance à les faire de plus en plus longs. Le premier rituel qu'on connaisse décrivant une initiation, au grade d'apprentif-compagnon, comme il était dit puisqu'on recevait dans le même mouvement, le même soir, en même temps apprenti et compagnon, c'est la fameuse divulgation du lieutenant de police René Hérault, la « réception d'un franc-maçon » en 1737.

 Nous nous sommes amusés un jour à le mettre en scène en chronométrant. On s'aperçoit alors que l'ouverture et la fermeture de la loge et la réception d'apprentif-compagnon, tout compris, à Paris en 1737, ça demande environ vingt minutes si on ne se presse pas trop. On ajoute simplement qu'on a laissé le candidat livré à ses réflexions pendant une heure. Si on compte cette heure dans la cérémonie, mais à mon avis ce n'était pas une heure, plus vingt minutes pour ouvrir, pour fermer et pour faire la cérémonie d'apprentif-compagnon c'était court. Mais il faut préciser qu'après se déroulaient des agapes qui, elles, duraient trois à quatre heures. Elles sont manifestement la part la plus importante de la cérémonie à cette époque. Je crois donc que ça c'est très important de le rappeler. Le Rite Français hérite des traditions maçonniques les plus anciennes le la maçonnerie spéculative franco-anglaise du début du 18ème siècle, et c'est un rite qui n'est pas fixé Verbatim. Même si pour des raisons administratives, on va de plus en plus l'écrire.  

La seule chose qu'on puisse dire, c'est qu'il existe un moyen d'identifier le Rite Français. Le moyen d'identifier le Rite Français, c'est de regarder les points communs, le nucleus constant de tous les rituels qu'on connaît avant 1750. Quand on fait ce travail-là, vous savez, c'est comme si on mettait des transparents les uns sur les autres. On finit par voir tout ce qui se superpose. Tout ce qui se superpose, c'est la structure de base. Je pense que pour définir le Rite Français, il vaut mieux raisonner comme ça, en structure symbolique fondamentale. Et là, il y a des choses qui sont absolument claires. On peut les énumérer rapidement. Il y a un vénérable à l'orient deux surveillants à l'occident. Ça c'est la première structure fondamentale de la première Grande Loge de Londres. Trois chandeliers disposés comme ils sont là, bien entendu. L'autre disposition des chandeliers, dite disposition écossaise, n'apparaît en France que vers 1760 ou 1770 au plus tôt, et a une tout autre signification, même si on dit qu'en 1751, à la mère loge écossaise de Marseille ça existait. Mais comme on n'a pas les rituels d'origine, on ne peut pas l'affirmer. Enfin le tableau au centre de la loge, et puis bien entendu l'ordre J et B des mots sacrés.

Avec ces éléments là, on a déjà le décor du rituel, les fondamentaux du Rite Français. Ensuite, pour les cérémonies, ça commence à devenir un peu plus compliqué parce qu'au départ elles sont très simples. Je vous rappelle l'initiation d'apprentif-compagnon du lieutenant de police René Hérault : le candidat a les yeux bandé, il frappe trois fois à la porte de la loge. On le reçoit, on lui fait faire trois fois le tour de la loge, sans rien lui dire, sans lui faire de leçon, sans lui poser de question. Pendant ce temps les Frères font du bruit et jettent de la poix-résine sur les chandelles pour faire des étincelles, des crépitements et effrayer le candidat. Puis ensuite, il vient à l'orient, il prête son obligation d'apprentif. On lui fait taire de nouveau trois tours, et il devient compagnon.

Ça, c'est la structure du Rite Français. Vous voyez qu'à partir de là, tout le reste est en quelque sorte une espèce d'explicitation d'un contenu fondamental très implicite. Il faut simplement que cette explicitation soit conforme aux traditions fondatrices du Rite Français, c'est-à-dire qu'on se situe dans une perspective chrétienne ouverte et œcuménique. N'oublions pas que les origines sont anglaises. C'est-à-dire dans un pays protestant qui, dès la fin du 17° siècle, a établi une paix civile sur la base d'une tolérance de toutes les confessions chrétiennes. Par conséquent c'est un christianisme qui est ouvert et on peut dire non confessionnel. 

On se réfère à une époque de l'histoire maçonnique où la vie maçonnique n'était pas réglée par des textes administratifs visés par une autorité centrale. Ça n'existait pas. D'ailleurs. Louis de Clermont, Grand Maître de 1743 à 1771 ne s'est jamais appelé Grand Maître de la Grande loge de France. L'obédience s'appelait Grande Loge de France, Louis de Clermont était appelé Grand Maître de toutes les loges régulières du royaume, ce qui n'a absolument pas la même signification. La seule chose qu'on demandait à la Grande Loge c'était d'envoyer un diplôme pour dire : vous avez le droit de travailler. Et ils se fichaient complètement de savoir ce que les loges pouvaient faire.

Donc c'est aussi à l'image de la France de l'ancien régime, encore une fois l'histoire d'une institution singulière comme la maçonnerie, ne doit jamais être séparée de l'histoire générale, et ça c'est un péché de certains historiens de la maçonnerie de considérer que la maçonnerie est dans une bulle. Elle est dans une vie sociale, une histoire sociale. Et l'histoire de l'ancien régime, c'est quoi ? C'est la décentralisation jusqu'à ratomisation, personne n'est responsable de rien et tout le monde est responsable de tout. Le pouvoir central n'existe quasiment pas. Eh bien la maçonnerie se constitue à cette image. Bien entendu, cette façon de faire est pleine d'inconvénients.

 Mais ce qui est intéressant dans le Rite Français, c'est que justement il y a cette dimension de liberté. Elle se réfère à un moment de la maçonnerie où quand on change une virgule du rituel, la voûte étoilée ne va pas s'effondrer, mais où il y avait une structure fondamentale. Et autour de cette structure fondamentale, il y a une marge de variation qui dépend d'une tradition locale, d'une vision à un moment donné de ce que peut être la maçonnerie. C'est justement dans cette possibilité de variation autour d'une structure que réside à mon sens la richesse, le dynamisme, la vie du Rite Français.

J'en termine là-dessus. Il est très important de conserver cette idée-là parce que, ne l'oublions pas, nous sommes à travers le Rite Français les derniers détenteurs de la plus ancienne tradition de la maçonnerie spéculative.

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