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5 juin 2009 5 05 /06 /juin /2009 01:02


La Franc-Maçonnerie spéculative s'implante en France vers 1725 dans le sillage des émigrés britanniques exilés pour des raisons politiques ou religieuses. A Paris, ceux-ci sont souvent des notables et viennent, en général, de Londres. Ils apportent dans leurs bagages le rituel en usage dans la capitale anglaise à cette époque, celui de la Première Grande Loge de 1717.

C'est donc le rituel dit "des Modernes " comme on les appellera à partir de 1751 quand s'érigera une nouvelle Grande Loge qui se revendiquera -bien sûr - "des Anciens". Ainsi, c'est une Maçonnerie de type "Moderne", c'est-à-dire paradoxalement antérieure à celle dite "des Anciens", qui va s'implanter dans notre pays. Lorsque l'on compare la divulgation du rituel de la Première Grande Loge de Londres, le célèbre Masonry dissected publié en 1730, et les divulgations des usages maçonniques français imprimés autour de 1745 comme L'Ordre des Francs-Maçons trahi, on constate que ces textes sont très proches.

L'Ordre va se développer dans les grandes métropoles de province et c'est donc le rituel des "Modernes" qui va se diffuser en France au XVIIIème siècle. C'est d'ailleurs le seul rituel connu pour les grades bleus et ce Rite "des Modernes" traduit en Français, qui s'appellera bien plus tard le Rite Français.

Lorsqu'en 1773, la profonde réorganisation de la Première Grande Loge de France, aboutit à sa transformation en Grand Orient de France, celle-ci s'accompagna de tout un train de réformes. La nouvelle administration maçonnique devait naturellement se saisir à un moment ou à un autre de la question des rituels.

Dès sa seconde assemblée, le 27 décembre 1773, le Grand Orient décide que "La rédaction des grades maçonniques exigeant de grandes lumières et beaucoup de zèle de la part des Frères qui voudraient s'en occuper, le Grand Orient  a établis une commission spécialement chargée de ce travail et il a nommé les T.·.R.·.FF.·. Bacon de la Chevallerie, Comte de Stroganoff et Baron de Toussainct Commissaires pour préparer ce grand Ouvrage".
Après ce brillant départ et en dépit et de la qualité éminente des maçons la composant, les activités de la commission semblent avoir été des plus limitées. Ce n'est en effet que huit années plus tard que la question des grades sera à nouveau évoquée !

Le 26 janvier 1781, la cinquante-neuvième assemblée de la Grande Loge du Conseil se réunit et ce jour-là: "le But de l'assemblée étoit de s'occuper de la rédaction des Grades".

Dès lors les instances du Grand Orient vont réellement s'impliquer dans "ce grand ouvrage". Vu l'importance de l'enjeu, dans le souci de faire oeuvre collective et de s'adjoindre toutes les compétences, la tâche sera d'abord confiée à "l'Assemblée des trois Chambres Réunies" qui regroupe donc les Chambres d'Administration, de Paris, des Provinces soit les trois principales instances de direction du Grand Orient.

Le Frère de Lalande inaugurera le travail en proposant un projet de rituel d'apprenti. Les propositions et les débats sur les trois grades symboliques mobiliseront l'Assemblée des Trois Chambres tout au long de l'année 1781. Ainsi, lors de la vingt-cinquième réunion, le 13 juillet 1781 :
"Le V.·.F.·. Salivet a proposé ensuite diverses maximes pour être placées dans la salle des réflexions. Les trois Chambres en ont choisi cinq qui ont été rédigées ainsi qu'il suit.

1° Si tu n'es conduit ici que par la curiosité, va t'en.
2° Si tu crains d'être éclairé sur tes défauts, tu seras mal parmi nous.
3° Si tu es capable de dissimulation, trembles, on te pénêtrera.
4° Si tu tiens aux distinctions humaines, sors nous n'en connaissons pas.
5° Si ton âme a senti l'effroi, ne vas pas plus loin."
On retrouvera naturellement ces cinq maximes dans le Régulateur du Maçon qui en présente par ailleurs une sixième, probablement ajoutée dans la suite des travaux.

L'oeuvre progresse et début 1782, à une question de la R.·.L.·. La Réunion des Elus de Montpellier, on fait savoir que "le G.·.O.·. enverra incessamment à toutes les LL.·. la Rédaction des trois premiers grades.
La réponse était un peu optimiste : en effet, pour des raisons que nous ignorons, au lieu de conclure, l'Assemblée des Trois Chambres renvoie le dossier à une quatrième chambre récemment créée, la Chambre des Grades.

Les débats reprennent et on réexamine tous les grades. Notons qu'il revient souvent au frère Roettiers de Montaleau de faire la synthèse des contributions et de les intégrer dans le texte en chantier. C'est d'ailleurs lui qui, par un concours de circonstances révélateur, se trouvera être le rédacteur de la dernière version de chacun des trois grades symboliques élaborés par les instances du Grand Orient. Le réexamen, qui est, il faut le dire, une remise en chantier, de la Chambre des grades va en fait prendre à nouveau plusieurs années.

Ainsi, en janvier 1785, "Quelques ff.·. ayant représenté qu'il étoit important de terminer le travail des grades symboliques, a été mis en délibération et la ch.·. a arrêté que les autres chambres seroient invitées de se joindre à elle pour prier le G.·.O.·. de fixer un délai pendant lesquels les commissaires chargés de l'examen de la Rédaction des trois grades symboliques seroient tenus de le terminer ; et attendu qu'il ont été nommés le 24 juin dernier, la ch.·. prie le G.·.O.·. de statuer qu'ils termineront leur travail dans l'espace de trois mois après quoi il le remettront au G.·.O.·. dans l'état où il se trouvera". Sage décision -douze années après la création de la première commission des rituels- la fixation des textes des trois grades symboliques par le Grand Orient est donc en bonne voie... d'achèvement.

Effectivement, après quelques ultimes modifications de détail, le 15 juillet 1785, c'est-à-dire "le quinzième jour du cinquième mois de l'an de la V.L. cinq mil sept cent quatre vingt cinq, Le G.O. de France régulièrement convoqué & fraternellement réuni sous le point géométrique connu des seuls vrais Frères, dans un lieu très-éclairé, très régulier & très-fort, où règnent le silence, la paix & l'équité, midi plein [...] le G.·.O.·.: s'est occupé de l'affaire pour laquelle il s'est assemblé extraordinairement, concernant L'examen définitif de la rédaction des trois premiers Grades".

Le jour même le Grand Orient adopte le rituel d'apprenti, celui du grade de Compagnon sera voté le 29 juillet 1785 et le rituel de Maître, le 12 août.

Lorsque l'on découvre qu'il a fallu douze années de débats, de procédures, de renvois de chambre à chambre, on pourrait être inquiet sur la fidélité du résultat au patrimoine rituel originale de la Maçonnerie française.
Ensevelis sous les avis, opinions, contributions, la tradition de la première Maçonnerie française n'aurait-elle pas été défigurée par le fastidieux labeur des chambres du Grand Orient ?

Lorsque l'on examine le texte, on est au contraire surpris par sa fidélité aux rituels des années 1740-1760 tels qu'on peut les connaître par les divulgations. Globalement, le travail du Grand Orient s'est concentré sur la mise en forme des textes -avec un parti pris de sobriété et d'authenticité- et l'élaboration d'un certain nombre de règles (majorité nécessaire au sein de la loge pour présenter un profane à l'initiation, délais minimum pour les passages des grades, formules proposées à la méditation des impétrants...). C'est le texte de référence du Rite Français.

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