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23 octobre 2012 2 23 /10 /octobre /2012 13:35

  HISTOIRE ILLUSTREE DU RITE FRANCAIS

DE LUDOVIC MARCOS
OCTOBRE 2012

 

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C'est un ouvrage sans précédent que cette Histoire Illustrée du Rite Français. Si tous les rites maçonniques en usage dans le monde sont issus d'une même source première c'est le rite des Modernes qui, dans les années 1720, passa en France, s'y acclimata, s'y enrichit et prit un essor inattendu mais anarchique au début, au point que le Rite Français dut, peu avant la Révolution, être codifié par le Grand Orient de France. Et c'est ce code, le Régulateur du franc-maçon, qui, une fois imprimé, s'imposa non seulement en France, mais aussi en Belgique et ailleurs.

  LE RITE FRANCAIS

DE ALAIN BAUER ET GERARD MEYER

AOUT 2012

Le Rite Français

L'histoire du Rite français se superpose en grande partie à celle de la maçonnique française, terriblement marquée par l'histoire politique, sociale et religieuse du pays, ayant connu mille aventures et destins plus ou moins contrariés. Fortement inspiré d'Anderson, officiellement fixé entre 1784 et 1786, le Rite français transmet - même s'il a su évoluer au fil des siècles - la plus ancienne tradition maçonnique spéculative.
Et s'il est essentiellement identifié au Grand Orient de France, il ne saurait s'y réduire. Aujourd'hui, ce sont des dizaines de milliers de Frères et de Soeurs qui appartiennent en France à des loges ou des chapitres du Rite français. En retraçant l'histoire de ce rite, cet ouvrage éclaire ce que peut signifier, au-delà de la variété de leurs conceptions maçonniques et de la diversité des rituels pratiqués, leur commune appartenance au Rite français.

31 mars 2012 6 31 /03 /mars /2012 16:03

Jean van Win

 

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 Biographie

Jean van Win est né en 1935 à Bruxelles d’une lignée de huit générations de Bruxellois. Il a fait ses humanités gréco-latines chez les Jésuites et à l’athénée Adolphe Max, suivies d’études de philosophie et lettres préparatoires au droit, puis de marketing et d’études des marchés. Il a collaboré comme associé actif à divers consortiums internationaux dans la photographie, la numismatique moderne et la production et distribution d’enregistrements de musique classique.

Depuis sa retraite, il consacre son temps à l’écriture et à la critique historique. Il a écrit de nombreux articles pour la revue Acta Macionica et pour les Cahiers de Villard de Honnecourt.

Il est l’auteur d’articles, de conférences, et participe à des émissions de radio et de télévision, notamment sur Mozart.

Il est spécialisé dans le XVIIIe siècle et ses sociétés de pensée, plus particulièrement dans les rituels maçonniques de cette époque et dans sa musicologie.

Il est aussi Très Sage du Chapitre Français Le Prince de Ligne à Bruxelles et Souverain Grand Inspecteur Général du Suprême Conseil Mixte du Rite Moderne Français pour la Belgique, constitué le 21 janvier 2012.

Parcours littéraire

Dans son livre Bruxelles maçonnique, faux mystères vrais symboles, il s’ingénie à démystifier ce qu’il nomme des « légendes imaginaires et naïves » sur le prétendu urbanisme d’inspiration maçonnique ou alchimique de la ville de Bruxelles, et s’en prend aux ouvrages de Paul de Saint Hilaire et d’Adolphe Cordier, qui ont contribué à cette vision faussement ésotérique de la Belgique du XVIIIe siècle.

Dans Léopold Ier, le roi franc-maçon, il s’attaque au mythe de l’appartenance du roi Léopold Ier de Belgique à la franc-maçonnerie. Il précise que le prince Léopold ne fut jamais que membre d’honneur, en 1813, d’une loge suisse appartenant alors au Grand Orient de France, que le roi Léopold ne mit jamais les pieds dans aucune loge maçonnique au monde, et qu’il ne fut jamais le Chevalier Kadosch, ce qu’une célèbre statue « politique » voudrait faire passer pour une réalité.

Dans Contre Guénon, il critique René Guénon et son œuvre au nom de l’adogmatisme philosophique et de la philosophie des Lumières, mais surtout en raison des amitiés très suspectes du penseur, dont il estime qu’il fit grand tort à la maçonnerie de tradition.

Dans Sade, philosophe et pseudo franc-maçon, il nie l’appartenance à la franc-maçonnerie du célèbre philosophe athée et libertin, sur la base des rituels de l’époque et en procédant à une analyse « chirurgicale » du seul document considéré jusque là par de nombreux historiens comme la preuve de l’appartenance maçonnique indéniable de Sade. Sa démonstration a entraîné le reniement très honnête par l’historien Charles Porset de ses affirmations antérieures à cet égard.

Dans Voltaire et la franc-maçonnerie sous l’éclairage des rituels du temps il démontre par une analyse très poussée des rituels du temps que Voltaire fut un adversaire constant de la maçonnerie et qu’il y fut poussé, cinquante-cinq jours à peine avant sa mort, par une épuisante vanité mondaine, qui l’a mené aussi au trépas.

Il est le traducteur en français depuis l'anglais du livre Mais qui a tué Mozart? de Francis Carr.

Bibliographie

  • La Renaissance du Rite Français traditionnel, présenté par Hervé Vigier (collaboration), Télètes, Paris, 2002.
  • Un roi franc-maçon: Léopold 1er de Belgique, Editions Cortext, Marcinelle, 2006 (ISBN 9782804024581).
  • Bruxelles maçonnique, faux mystères et vrais symboles, Editions Cortext, Marcinelle, 2008 (ISBN 9782874300479).
  • Contre Guénon!, préface de Charles Porset, Paris, Edimaf, collection Encyclopédie maçonnique, 2009, nouv. éd. Editions de la Hutte, Bonneuil-en-Valois, 2010 (ISBN 2916123407).
  • Sade. Philosophe et pseudo-franc-maçon?, Editions de la Hutte, Bonneuil-en-Valois, 2011 (ISBN 2916123423).
  • Voltaire et la franc-maçonnerie sous l’éclairage des rituels du temps, Télètes, Paris, 2012 (ISBN 2906031755).

Articles publiés dans la revue Acta Macionica (Bruxelles):

  • L'agonie des Hauts Grades du Rite Français en Belgique, 1996.
  • La musique dite Maçonnique, 1997.
  • Réflexions héraldiques sur la Houppe Dentelée, 1999.
  • Un rituel inédit de langue française daté de 1758, 2000.
  • Le rituel de réception au grade d'apprenti de Mozart, 2001.
  • Le Docteur Gachet et Vincent van Gogh, 2002.
  • Le Très Illustre frère Léopold de Saxe-Cobourg, 1er roi des Belges, 2003.
  • La Lumière, 2004.
  • Les prières dans la franc-maçonnerie d'esprit français au XVIIIe siècle, 2005.
  • La notion de Bienfaisance au Rite Écossais Rectifié, 2006.

Articles publiés dans la revue Les Cahiers de Villard de Honnecourt (Paris):

  • Les réformes spirituelles du Rite Ecossais Rectifié, 2004.
  • Le rituel de réception de Mozart, 2006.

WIKIPEDIA

16 mars 2012 5 16 /03 /mars /2012 21:55

A propos de l’installation ésotérique du Maître de Loge


                                                                   Jean van Win, membre de la Mère- Loge de Maîtres

                                                                   Installés des Gaules, province de Flandre

 

I. L’initiation ésotérique du Maître de Loge en Angleterre et pays satellites.

 Cette cérémonie, lorsqu’elle est pratiquée chez nous dans les obédiences soumises à ou influencées par la Grand Loge Unie d’Angleterre, soulève dans les pays marqués par la pensée de Descartes des remous qui tournent parfois au conflit. En effet, la cérémonie d’initiation dite « ésotérique » s’insère en plein milieu de la cérémonie « ouverte » d’installation du nouveau Vénérable Maître et de ses Officiers. On procède à cette fin à l’exclusion successive des apprentis, des compagnons, des maîtres, et des Vénérables non installés, ce qui suscite parfois de véhémentes contestations de la part de ces derniers. On a donc bien souvent accepté de tolérer, à cette cérémonie, des Vénérables qui ne sont pas installés, ou qui ne veulent pas de cette qualification supplémentaire, à la condition qu’ils ne confèrent pas à leur tour cette qualité, et jurent de n’en point parler.

De plus, les Anglais disent qu’il ne s’agit pas d’un grade additionnel, mais bien d’un gradelatéral (side degree) et non en ligne, comme du reste le système  de la Saint Arche Royale de Jérusalem. C’est une excroissance du grade de maître, et il en fait partie, tout en en étant distinct. Il s’agit d’une logique britannique qui échappe à bien des enfants de Descartes, qui s’interrogent : mais qu’est-ce donc qu’une cérémonie qui confère des mots, signes et attouchements, et une légende du grade strictement réservés à ceux qui se les sont vus conférer ?  Car c’est, pour ces logiciens européens, exactement la définition d’un grade.

On observe aussi, dans les rituels dérivés de la maçonnerie régulière anglo-saxonne, que la forme donnée à l’ouverture des travaux est celle d’une tenue maçonnique, alors qu’il est prétendu par ailleurs que l’installation « ésotérique » n’est pas un grade additionnel à celui de maître maçon. C’est un paradoxe assez discutable, mais qui réduit clairement cette « tenue » à un « cérémonial ».

On observe aussi un détail difficilement interprétable : le Vénérable Maître demande au second surveillant, juste avant la clôture des travaux, « quel est le devoir constant d’un maître installé ». La réponse est : « de s’assurer que le Conseil est convenablement couvert ». Outre le fait que ce devoir s’impose de façon identique à tout Vénérable non installé, on peut se demander, en bons cartésiens, s’il n’est pas plus opportun d’assurer cette vérification avant plutôt qu’après le déroulement des travaux…Cette re-vérification a posteriori paraît donc redondante et inutile.

Le tablier du Maître installé. On croit souvent, en France et en Belgique notamment, que le port de « taus » sur un tablier de Maître Maçon indique sa qualité de « maître installé ». Cette croyance est erronée. Ne fût-ce que parce que le « tau », qui est une lettre grecque, s’écrit avec la tête en haut (la barre horizontale) et non en bas. Et aussi peut-être parce que la langue grecque est largement étrangère à cette portion de la culture judéo-chrétienne et biblique qui forme la base didactique de la maçonnerie traditionnelle. Le Rite Français ne connaît, à titre d’exception remarquable, que les lettres alpha et oméga apparaissant tout en fin du cycle initiatique.

A l’origine, le tablier de Maître Maçon ne comporte aucune surcharge : il est blanc. Des rosettes furent ajoutées plus tard, afin de mieux distinguer les étapes d’un système devenu trigradal et aussi sans doute par souci d’élégance. Aucun symbolisme ne se rattache à cet usage tardif. C’est en effet en 1814, lors de la fusion de la Grande Loge des Antients avec celle des Moderns, que la GLUA décrit comment les «  niveaux » (levels)  doivent être placés sur les tabliers des maîtres. Il s’agit d’un ruban «  disposé à la perpendiculaire d’une ligne horizontale, formant ainsi trois ensembles de deux angles droits ». Les premiers tabliers avec niveaux apparaissent vers 1800 ; les tabliers avec rosettes apparaissent en 1815.

Depuis la fusion de 1813, un besoin d’uniformisation a fait remplacer les rosettes des Maîtres de Loges et de Passés Maîtres de Loges par des niveaux, disposés comme décrit ci-dessus. Cet usage est demeuré étranger aux franc-maçonneries française et belge, jusqu’à l’introduction,  au début du XXe siècle, d’une maçonnerie anglo-saxonne dite régulière, qui réussit à  imposer ses usages à certains. Le Rite Français et le Rite Ecossais Rectifié l’ignorent encore totalement de nos jours, comme ils ignorent toute influence anglo-saxonne du reste, sauf celles qui présidèrent à ses origines.

On croit aussi, parfois, que le «  triple tau » (sic) du tablier de Maître Installé proviendrait de l’Ordre Suprême de la Sainte Arche Royale de Jérusalem. Cette croyance repose sur l’obligation ancienne, et révolue depuis, d’être « passé par la chaire de Salomon » (avoir été installé ésotériquement) pour accéder à cet Ordre. Il n’en n’est rien ; le triple « tau » de cet Ordre n’est autre que le T + H, abréviation latine et non grecque de Templum Hierosolymae, soit Temple de Jérusalem, sigle qui combine un T vertical et deux T horizontaux.

Les « niveaux » d’un Maître Installé ne sont donc pas des « taus », ni grecs et encore moins…romains !!

Les rituels de Maître Installé. Il existe quantité de versions de ce cérémonial d’installation d’origine anglo-saxonne, les unes fort longues (extended working), les autres fort courtes (telles celles qui sont pratiquées dans certaines obédiences françaises), dans lesquelles les trois extraits bibliques ne sont ni lus ni mis en scène. Ces cérémonials sont « retravaillés » comme tant d’autres, afin d’enlever ceci ou d’ajouter cela, sous des influences diverses.

Le cérémonial le plus généralement pratiqué, qui provient de la GLUA, est une version longue et particulièrement « biblique », avec un accent religieux prononcé.      

 Trois fort beaux textes viennent jalonner ce cérémonial. Certains exégètes disent, avec une grande vraisemblance, qu’ils ne servent que de prétextes à la communication d’une collection de signes. Ces textes sont :

            -- les Lamentations de l’Exil ;

            -- la visite de la reine de Saba à Salomon ;

            -- la troisième vision d’Amos.

Il nous paraîtra sans doute intéressant de voir et de discuter en quoi ces extraits peuvent bien concerner l’entrée en fonction d’un président de loge, et la signification « ésotérique » qu’on peut leur donner.

1. L’Exil des Judéens,

leur déportation à Babylone, et leur retour à Jérusalem constituent une thématique parmi les plus importantes des grades ultérieurs à la maîtrise, tous systèmes, régimes et rites confondus.

La Bible y revêt une importance très grande. Ce thème se trouve dans Rois et Chroniques, Esdras, Néhémie, Jérémie, Ezéchiel, Lamentations, Aggée, Zacharie et Psaumes.

On dit que le thème de l’exil exprime le traumatisme puissant subi par les Juifs déportés et exilés qui, privés de temple, de terre et de souverain, devaient tenter de redéfinir leur identité religieuse. Le texte du cérémonial, soit Psaume 137 :1-6, page 7, est superbe et émouvant. « Au bord des fleuves de Babylone… ». Il s’agit bien sûr du Tigre et de l’Euphrate, entre lesquels vit et rayonne la  brillante civilisation mésopotamienne[1]. Car c’est au bord de l’eau que se fait la lecture de la Torah. Cette pratique tend à éviter aux exilés de se laisser séduire par les brillantes liturgies babyloniennes au détriment de la tradition hébraïque : « Si je t’oublie, ô Jérusalem… ».

La victoire d’une nation sur une autre signifiait aussi la victoire de ses dieux contre ceux des vaincus (sauf en général pour Rome, mais qui détruira tout de même le Temple en 70). Il appartient donc aux francs-maçons de découvrir dans leur Bible comment Cyrus autorisa les Hébreux à rentrer en Israël et à reconstruire leur capitale (2 Chroniques 36).

La maçonnerie spirituelle attache, elle aussi, une importance très grande aux «  grades de l’Exil ». On les retrouve notamment mais non exclusivement :

            --  au Rite Français, dès 1746, dans le grade de Chevalier d’Orient, futur troisième grade de Sagesse du Rite Français dont il fut longtemps le grade terminal. La banderole thématique qui orne le lieu de l’action rituelle dit : «  rends la liberté aux captifs ». C’est Zorobabel, chef des prisonniers juifs, qui demande à Cyrus de libérer ses compatriotes. Ce grand roi accède à leur demande ; ils retourneront à Jérusalem afin de reconstruire le Temple, l’épée d’une main et la truelle de l’autre. Cette thématique, combinant l’esprit de chevalerie à celui de la construction, est aussi l’une des plus répandues parmi les hauts grades de divers régimes.

         --  au Rite Ecossais Ancien et Accepté, aux XVe et XVIe degrés du REAA, c'est-à-dire au Chevalier d’Orient ou de l’Epée, et au Prince de Jérusalem. Le Chevalier d’Orient, apparu très tôt vers 1746, fut largement répandu sur le continent, et ne sera détrôné dans sa primauté que par le Chevalier Rose Croix, rare exemple de degré chrétien et néo testamentaire.[2] Le Prince de Jérusalem en constituait la suite. Leurs légendes du grade sont tirées d’Esdras et de Néhémie. Le XVe degré du REAA met en scène le «  sentiment d’être exilé ». Il s’associe à l’échec ressenti par celui qui se croit frappé de rejet. Le rituel du grade apprend au récipiendaire à se connaître et à s’aimer lui-même comme il aime l’autre. L’Exil finit toujours par cesser chez ceux qu’habite l’espérance.

L’enseignement initiatique qui nous est proposé dans ces degrés de l’Exil est sans doute celui-ci : être capable d’espérance, malgré les blessures de la vie. Jérusalem ne s’oublie pas !

            --  au Rite Ecossais Rectifié dans le grade de Maître Ecossais et de Saint André, qui succède à celui de Maître-Maçon. Rédigé, corrigé, réécrit et amendé par Willermoz pendant vingt longues années, interrompu par la Terreur et terminé sous l’Empire, ce grade apparaît sous sa forme définitive en 1809. Le rituel évoque la douleur de la captivité, mais aussi le fait que « le feu du temple n’avait pas été éteint ». [3] C’est l’Eternel qui accorde au peuple hébreu le pardon de son idolâtrie passée et permet son retour à Jérusalem.

Cette reconstruction, précise le rituel, s’effectue «  armé de l’épée d’une main pour me défendre, et de l’autre main d’une truelle pour réédifier ». C’est pourquoi le RER ne parle jamais de « la construction du temple », comme le font les autres rites. Il se concentre sur la RE-construction de ce qui fut autrefois anéanti, une allusion évidente à la situation de dégradation morale de l’homme après la Chute, situation à  laquelle il faudra mettre fin par la Réintégration progressive dans son état pré-adamique, « par le seul canal de l’Initiation » ose-t-il écrire. Mais pareille controverse est une tout autre histoire !

Remarque relative à la construction du superbe Psaume 137

En lisant ce très beau texte, on décèle à mon avis trois axes essentiels qui vont eux aussi par trois :

            Trois qualités : la sagesse—le jugement—l’habileté.

            Trois dons : la grâce—la puissance—la vraie science.

            Trois buts : éclairer ses frères—gouverner la loge—glorifier « son » Nom.

De tout ceci ressort néanmoins, selon mon analyse, une notion fondamentale, présente dans tous les grades de l’Exil, et qui paraît être proposée avec force au nouveau  Maître de Loge :

La Fidélité absolue à Jérusalem

Et le signe pénal qui l’illustre en est la concrétisation visible. Ce signe doit donc être exécuté à l’unisson par le Conseil des Maîtres Installés, en trois temps, et avec précision et énergie. N’entrevoyons-nous pas, déjà ici, que nous pourrions nous trouver, avec tout ce cérémonial,  dans une psychologie de l’intransigeance morale ?

2. Le voyage de la reine de Saba :

Cet épisode n’intervient, à ma connaissance, dans aucun des autres hauts grades des systèmes maçonniques les plus courants. Il semble bien être spécifique et exclusif à ce cérémonial. Il intervient juste après la prestation de l’obligation du nouveau Maître Installé, et est extrait de Rois X, 1-10. Quel sens peut-on lui donner ?

L’anecdote paraît simple, voire futile. Salomon appelle par trois fois Adoniram pour le présenter à Bilkis (page 10). Le roi l’empêche de s’agenouiller (pourquoi ??) et le relève par la griffe du Maître Installé. Adoniram salue néanmoins Salomon en signe d’humilité.

On pourrait être tenté de donner raison à ceux qui prétendent que cet épisode anodin sert de prétexte à la multiplication de signes : signe d’appel—griffe du maître—salut au roi.

Que sait-on à propos de cette reine de grand renom ?

Bilkis, ou Balkis, ou Belquama ou Makéda n’eut jamais, pour les archéologues et les historiens, d’existence historique. Pas plus qu’Hercule ou Apollon, par exemple.

Mais la légende très détaillée et très variée qui concerne ce personnage de race noire est répandue dans une aire géographique énorme, allant d’Israël à la Syrie, au Yémen et jusqu’à l’Ethiopie, où son culte est encore très vivant de nos jours. Le dernier empereur Haïlé Sélassié était fermement perçu comme le descendant des amours de la reine de Saba et du roi Salomon.

Bilkis et/ou les Sabéens sont  cités dans l’Ancien Testament ( 1 Rois 10 et brièvement en Job 1-2), mais aussi dans le Coran et dans l’Islam, dans le christianisme avec l’Eglise copte, sans oublier l’opéra du bon Gounod et certaines productions hollywoodiennes involontairement comiques.

Le personnage mythique semble bien illustrer les rapports commerciaux florissants existant, sous Salomon, entre le Yémen et Israël.

Le récit légendaire de sa visite à Salomon ---vers l’an 900 avant JC---est très populaire ; elle lui posa quantité d’énigmes (des questions alambiquées) auxquelles il répondit avec justesse et sagesse. Ce qui prouverait la supériorité du  Dieu d’Israël et sa prééminence sur tous les autres, dont ceux des Sabéens. L’anecdote vise à démontrer le désir des Arabes d’adhérer au monothéisme dont Salomon était le parangon. Il est très curieux d’observer, de nos jours encore, une communauté juive très active en Ethiopie, qui s’articule autour du souvenir/culte de Bilkis et de Salomon.

Questions relatives à l’existence de pareil rituel maçonnique :

Pourquoi les ritualistes anglais de 1820 environ ont-ils incorporé cet épisode dans le cérémonial d’installation « ésotérique »[4] d’un Maître de Loge, si ce n’est afin de glorifier le personnage de Salomon, symbole de sagesse et de justice ?

Mais pourquoi aussi avoir multiplié les signes à l’occasion de cette légende qui permet, assez arbitrairement, de faire apparaître Adoniram, auquel la Bible ne fait pas référence à cet endroit-là ni dans ce contexte-là ?

3. Le fil d’aplomb d’Amos.

L’épisode d’Amos ( Livre d’Amos, chap. VII, 7-9 )  témoigne du refus qu’oppose l’Eternel au peuple hébreu d’encore lui pardonner ses turpitudes, turpitudes dont il semble être coutumier ( souvenons-nous du culte du veau d’or, rétabli dès que Moïse eût tourné les talons). Le fil d’aplomb relie Israël à son Dieu, à la façon d’un axis mundi. Amos fait appel à la détermination, au courage, à la persévérance. Les erreurs récurrentes ont été pardonnées deux fois, mais désormais, c’est fini ! La solidité du mur sur lequel est juché Dieu, bien d’aplomb, démontre sa détermination farouche. Il faut désormais suivre la seule dimension verticale !

«  Voici que je mets le fil d’aplomb au milieu de mon peuple d’Israël ; je ne lui pardonnerai pas plus longtemps ».

En quoi donc ce terrible troisième et dernier texte biblique concerne-t-il un Maître de Loge ?

Essai de synthèse

Peut-on suggérer, au vu de ces trois extraits bibliques, une signification morale (ou psychologique, comme l’on voudra) de ces propositions initiatiques ?

Voyons simplement les « secrets » réservés au trône de Maître Installé

Je résume ce qui me paraît essentiel :

            --  « Je mettrai un fil d’aplomb au milieu de mon peuple d’Israël et ne lui pardonnerai        plus ».

            --  « Que ma main droite se dessèche si je t’oublie, ô Jérusalem ».

            --  « Que ma langue se colle à mon palais si je ne préfère Jérusalem à toute autre

                  joie ».

Il est en outre précisé que le devoir du Maître Installé est de veiller à ce que les membres de la Loge soient fermement unis par les liens de l’affection.

Et ensuite, le fil d’aplomb de la rigueur morale doit servir d’exemple à tous.

En conclusion : on peut déduire de tout ceci, qui peut paraître hétéroclite à première vue, que le message « ésotérique » destiné au nouveau Maître de Loge est une invitation à la fermeté, à la constance, à la droiture et à une forme d’intransigeance face aux tentations et aux chutes possibles, qui sont indiscutablement évoquées en divers endroits de ce cérémonial.

Une dernière observation, davantage d’un historien que d’un ritualiste : ce rituel fut élaboré dans sa forme actuelle vers 1814, c'est-à-dire au moment où la Grande Loge des « Antients » venait de fusionner, en 1813,  avec celle des « Moderns ». On sait que l’installation ésotérique était un usage « Antient », que les « Moderns » avaient laissé tomber en désuétude ; Lawrence Dermott se lamente, à ce propos, dans la liste des reproches qu’il adresse en 1751 aux « Moderns ». En 1813-1814, ce sont les « Antients » qui l’emportent et qui marquent la maçonnerie anglo-saxonne de leur prééminence définitive. La maçonnerie des « Moderns » passera sur le continent, et là seulement. Les Etats-Unis n’ont jamais connu que la maçonnerie « des  Antients ».

Ne peut-on voir, dans le message véhiculé par ce cérémonial, un appel aux futurs Vénérables Maîtres de la maçonnerie renouvelée du duc de Sussex, afin qu’ils exercent leur charge avec fermeté, intransigeance, constance et fidélité « à Jérusalem » ?

La coïncidence chronologique permet cette hypothèse. Ce cérémonial semble aussi créer, ou entériner un usage neuf : celui d’une classe de Passés Maître de Loge, installant le nouveau chef de la Loge selon des modalités connues d’eux seuls, et visant ainsi à constituer une sorte de caste ou de Sénat constitué d’anciens, sorte de contrepoids à la Chambre du Milieu qui en serait le Parlement ? Combien de fois ne voit-on pas des jeunes Vénérables Maîtres gênés par cet encombrant contre-pouvoir ? 

Mais ces considérations de critique historique ne doivent nullement amoindrir l’impact émotionnel très fort qui résulte de la lecture de ces beaux textes. Le Psaume 137 est une merveille de nostalgie poétique lorsqu’il est bien dit ; le récit du voyage de Bilkis à Jérusalem est fort intrigant et suscite une réflexion personnelle sur l’expansion du monothéisme hébraïque ; le bref texte d’Amos projette une image puissante, assortie d’une injonction sans équivoque.

La fonction de Maître de Loge est avant tout disciplinaire ; c’est la nature humaine et la vie en groupe qui exigent cela. Tout ceci est fort et beau, et par conséquent sage. Comme Salomon.

Mais, en définitive, tout ceci ne concourt-il  pas à aider un de nos frères, élus par ses égaux que sont ses frères, entouré des Anciens, à oser devenir un patron ? Retenons les propos de la reine de Saba à Salomon ( Rois, X,9) : «  l’Eternel t’a établi roi pour que tu fasses droit et justice ».

 

II.  L’initiation « ésotérique » du Maître de Loge en France en 1760.

On le sait peu, car les rituels en sont peu connus et peu publiés. La tradition initiatique française connaît depuis bien longtemps une forme de réception « privée » réservée aux Vénérables Maîtres de Loge. Nous allons vous en donner deux textes ci-dessous. Le premier est extrait des rituels dits du Marquis de Gages, qui fut Grand Maître Provincial des Pays Bas autrichiens sous l’obédience de la Grand Loge de France, et sous l’autorité du prince de Bourbon, comte de Clermont. Cette cérémonie faisait partie du corpus rituel et est reprise dans le manuscrit FM-4 79 conservé en la Bibliothèque Nationale de France à Paris. Ces rituels sont datés de 1763, et furent utilisés par Gages dès 1765.

[transcription littérale ] :

Grade du Maître de Loge [5]

 Rituels datant de 1763 et années suivantes, Fonds FM 4 79 de la BNP

Qui se donne à ceux qui ne sont pas Ecossais pour pouvoir tenir Loge Régulière et non bâtarde. Les Ecossais le peuvent tenir par la supériorité de leur grade moyennant qu’ils soient parfaits dans leurs grades. C’est à dire qu’ils aient tous suivant ceux d’en dessous sans quoi ils ne peuvent tenir Loge ne connaissant pas la parfaite maçonnerie. Mais s’ils ont tous les grades en dessous des leurs, ils peuvent tenir Loge quand même ils ne seraient point reçus.

 Maître de Loge

 Cette Loge s’ouvre avec les mêmes cérémonies que le Maître Libre. Il n’y a point de passe, ni de mot que lorsque vous vous présentez dans une loge comme Maître de Loge et que l’on vous demande si vous êtes Vénérable Maître de Loge vous répondez : «  Oui, je le suis ou Jusquion ou um »[sic]  et votre nom comme Récipiendaire est Zorobabel et comme Vénérable, Cirrus. [6]

Réception

 Pour recevoir en règle en ce grade il faut être au moins trois Maîtres de Loge dont deux font les fonctions des Surveillants. Celui qui dessert la place de maître est assis dans un fauteuil, l’épée à la main. Les deux autres Maîtres le mènent à genoux devant le Grand Maître qui tient l’épée à la main et fait la croix sur le Récipiendaire qui est à genoux devant lui et qui lui fait les questions suivantes :

 D : Que demandez-vous ?

 R : Je vous supplie très humblement V.G. Maître de me donner le grade de Maître de Loge.

Alors le Grand Maître lui dit :

«  Vous me demandez une grâce qui ne s’accorde qu’à ceux que le mérite et le zèle en rendent dignes et qui par leurs bonnes mœurs sont disposés à pratiquer les œuvres de miséricorde envers les pauvres Maçons et à verse leur sang pour le soutien de la religion et pour le service de leur Souverain. Nous avons appris que toutes ces qualités se trouvent en vous. C’est ce qui nous engage à vous accorder votre demande. Vous sentez-vous assez de force à vous servir de votre épée pour la défense de votre Patrie, de votre Souverain et de la Maçonnerie ?

«  Le Récipiendaire répond : «  Oui, Très Respectable Grand Maître, avec les lois du Grand Architecte et qu’il me donne les forces requises ; je suis prêt à tout jusqu’à verser la dernière goutte de mon sang ». 

Le Grand maître lui dit : « Je vais vous recevoir V.M. de l’Art Royal de la Maçonnerie, au nom du Père et du Fils et du St Esprit ».

Il fait en le disant le signe de la croix sur le Récipiendaire. Puis il se lève de son fauteuil tirant l’épée du fourreau du récipiendaire, lui en donne deux coups sur l’épaule droite et de même dur l’épaule gauche et lui dit :

« De par notre Respectable Grand Maître le Comte et Prince Louis de Bourbon, Prince et Comte de Clermont et de ces Vénérables ici présents, je vous fais Vénérable Maître de Loge ».

Ensuite il lui présente son épée nue que le Récipiendaire reçoit à genoux et lui dit : « Je vous rends votre épée. Servez-vous en selon l’esprit de la Maçonnerie et non pas selon vos passions et souvenez-vous que vous ne devez jamais frapper personne injustement. Prince, soyez désormais religieux et vigilant pour le service de l’Ordre et de votre Souverain, obéissant à vos supérieurs, patient à leurs corrections et sachez que les lois de l’Art Royal dont je viens de vous faire Maître vous obligent à tous les exercices des  vertus morales et chrétiennes et à les faire exercer aux autres Frères qui se trouvent sous votre marteau ».

Puis le Grand Maître se levant lui fait prendre sa place et lui met un réchaud sous les pieds, deux épées en sautoir sur la tête et le fait purifier. Puis le Grand Maître reprend sa place et fait poser les mains du Récipiendaire sur l’Evangile et lui fait prêter son obligation en ces termes :

Obligation du Maître de Loge

 « Je promets ma parole d’honneur, [7] devant trois Maîtres de Loges, d’observer toute ma vie les commandements de l’Art Royal et d’en faire observer les règles, d’exercer la Charité, de défendre la Religion, d’être soumis à mes Supérieurs, et de garder à mon Souverain Grand Maître une inviolable fidélité et un secret inviolable sur les mystères de l’Art Royal et sur les hauts grades que l’on pourra me communiquer et de ne recevoir personne Maître de Loge sans la permission du Maître qui m’a reçu. Ainsi soit-il ».[8]

Alors le Grand Maître lui dit : «  Venez mon Frère que je vous embrasse et vous reconnaisse pour Vénérable Maître de Loge et venez prendre ma place ». Il lui fait prendre possession et lui remet tous les attributs de l’Ordre pour être constitué en cette dignité.

Un Maître de Loge frappe, pour visiter une Loge, selon son grade. Il n’a point de mot de passe particulier, ni de mot de Loge, ni de marche, ni de réponse. L’attouchement se fait en se prenant la main sans la serrer et on glisse jusqu’au poignet puis en retirant on glisse le long de la main.

Dans ce grade, on est reçu sous la voûte d’acier, le réchaud sous les pieds.

Il doit être voûté [9]  pendant toute sa réception.

Le mot d’entrée de Loge en France est

L.d.B.                        La réponse est C.d.B.

[Louis de Bourbon]  [Charolois de Bourbon]

Ce sont les significations mais on ne les donne

[fin de la transcription]

Ce rituel authentique, pratiqué en la Grande Loge de France, annonce nettement le rituel du 20e degré du Rite Ecossais Ancien et Accepté, sous le titre de Vénérable Grand Maître de toutes les Loges Régulières, ou  Maître ad Vitam. Ce degré se retrouve au 21e degré du soi-disant « Rite de Perfection ».

Il enseigne que celui qui est appelé à diriger doit se rendre compte que, s’il est le premier parmi ses égaux, cette situation lui impose des devoirs de l’exemple, de l’autorité, de l’instruction et du dévouement sans borne à ceux qu’il doit guider.

A cette fin, le candidat doit être purifié par le fer, symbole des peines du monde, et par le feu, passage nécessaire pour atteindre à la Vérité.

Mais il en existe une autre version, bien plus tardive puisqu’elle est attestée en 1786 à Paris car elle figure en parfaite légitimité parmi l’ensemble des rituels qui constituent le première mouture des rituels officiels de la Chambre des Grades diffusé sous la forme de manuscrits par Roëttiers de Montaleau, avec sa signature et la date 1787 écrite de sa main.

Mais il en existe une autre version, bien plus tardive puisqu’elle est attestée en 1786 à Paris car elle figure en parfaite légitimité parmi l’ensemble des rituels qui constituent le première mouture des rituels officiels de la Chambre des Grades diffusé sous la forme de manuscrits par Roëttiers de Montaleau, avec sa signature et la date 1787 écrite de sa main.

Nous vous en donnons ci-dessous la transcription, qui est peu connue, car, si elle figure bien dans les manuscrits envoyés en 1786-1787 par Roëttiers de Montaleau aux loges de la correspondance, elle disparaît curieusement des copies ultérieures et notamment de la version imprimée du Régulateur, postérieure il est vrai de 15 ans à la version manuscrite. Voici ce texte :  

[transcription littérale ] :

 Vénérable Maître de Loge.

Rituel Maître de Loge 1786-87 France doc

Appartement.

La Loge représente le Temple de Salomon. Le Trône doit être éclairé de trois Lumières et élevé sur sept marches ; au dessus du Trône deux épées en sautoir pendües et à côté un Réchaud avec des braises allumées.

Ouverture et Réception

Le Grand Maître nommé Cyrus étant assis dans un fauteuil au dessous du Trône, l’épée à la main, frappe un coup. Le Vénérable Surveillant le répétant, ensuite il fait la croix avec son épée sur la tête du Candidat qui est à genoux devant lui. Puis il dit :

D : Que désirez-vous cher Frère ?

R : Je vous supplie très humblement, Vble Gd Me, de me donner le grade[10] de Vénérable de Loge.

G.M. : Vous me demandez une grâce qui ne doit être accordée qu’à ceux qui la méritent et s’en rendent dignes et qui sont disposés à la pratique des œuvres de la miséricorde envers les pauvres maçons, à verser leur sang pour la Défense de la Religion Chrétienne et pour le service de leur Souverain ; nous avons appris que les dispositions à la grâce que vous demandez sont en vous, ce qui nous engage à vous l’accorder. Etes-vous donc disposé à vous servir de votre épée pour la Défense de notre ordre Royal, le Service de votre auguste souverain, l’honneur de l’ordre et la protection des FF malheureux ?[11]

R : Oui, Vénérable Grand Maître, avec l’aide du Grand Architecte de l’Univers.

GM : Je crois vous recevoir Vénérable Maître de l’Ordre Royal de la Maçonnerie, au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit.

En disant ces mots, il fait faire par les deux surveillants le signe de la croix sur le candidat, [12] puis il se lève de son fauteuil, tire l’épée du candidat hors du fourreau, lui en donne deux coups, un sur l’épaule droite et l’autre sur l’épaule gauche, disant :

GM : Par le pouvoir reçu de la part de notre Sublime Grand Maître Duc d’Orléans [13], je vous fais Vénérable Maître de Loge… de la …

Ensuite, le nouveau Vénérable se met à genoux et le grand Maître lui présente l’épée, disant :

GM : Servez-vous de votre épée selon l’esprit de la Religion, et non selon les mouvements de votre passion ; souvenez-vous que vous n’en devez jamais frapper personne injustement[14] ; soyez désormais vigilant au service de la maçonnerie et de votre souverain, obéissant à vos supérieurs, soumis à leurs ordres et patient à leur correction. Sachez que les Lois de l’ordre Royal duquel vous êtes Maître [15]vous obligent à l’exercice de toutes les vertus chrétiennes et morales, et de la porter au plus haut point de perfection que puisse le faire le commun des maçons.

Le G.M. étant retourné et placé sur le fauteuil, il lui fait prendre place devant lui, après quoi le premier Vénérable Surveillant présente des parfums au Vén. G.M. qui les jette dans le réchaud sur le brasier allumé, puis il purifie le nouveau M. en présentant la fumigation devant lui.

Ensuite, le Vble G.M. reprend sa place ; il est alors nommé Cyrus et le nouveau M. Zorobabel se met à genoux, pose la main sur l’évangile que tient le Vble Cyrus et dans cette position, les deux doigts de la main droite et le pouce levé, il prononce à haute voix son obligation.[16]

Nota : avant qu’il contracte l’obligation, il met au tronc 3 livres tournois pour les pauvres.

Obligation

« Je promets au Dieu tout puissant, Grand Architecte de l’Univers d’observer toute ma vie « ses saints commandements, de le servir avec zèle à la défense de la foi lorsque j’en serai « requis par mes supérieurs, d’exercer les Œuvres de charité envers les pauvres maçons selon « qu’il sera en mon pouvoir, de garder à mon souverain et à mon très Vénérable Grand Maître « une fidélité inviolable, de lui rendre une obéissance parfaite, de garder une inviolable « discrétion sur les mistères et sur tout les grades de l’Art Royal, ainsi Dieu me soit en aide ».

Ensuite le Vén. G.M. le fait lever et lui dit :

«  Venez, que je vous embrasse, mon T.Ch.F. et que je vous connaisse comme Maître de Loge, en cette qualité comme défenseur de la foi, fidèle sujet de votre Souverain et Protecteur des pauvres maçons. Soyez soumis à vos statuts et règlements et faites-les observer très strictement. »

Il lui donne les mots, signes et attouchements.

Signe : c’est de mettre l’épée de la main gauche par dessus la tête l’un de l’autre et croisées, faute d’épée on met le bras gauche.

Attouchement : est d’empoigner la main droite l’un de l’autre, le pouce sur la jointure et de faire glisser l’un et l’autre jusqu’au bout des doigts, laisser ensuite tomber les mains à côté de la cuisse droite.

Mot : Tirson,[17] qui signifie Je le suis, et il sert aussi de mot de passe.

Ornement : un large cordon bleu moiré en camail[18], se porte au col, dans le bas est brodé un soleil en or, et au bout duquel est un Triangle, à chaque Pointe du Triangle sont gravés J.H.A. qui signifie Jehova. La frappe : d’un coup.

Après quoi, le Vén G.M. frappe un coup répété par les Vbles Surv. puis il ferme la loge par les signes accoutumés.

Instruction

D : êtes-vous Vble M. de Loge ?

R : je le suis.

D : comment vous appelez-vous ?

R : Comme aspirant Zorobabel et comme Vble Cyrus.

D : Pourquoi répondez-vous ainsi ?

R : Parce que c’est de Cyrus que Zorobabel reçut directement l’ordre d’aller rebâtir le temple du Seigneur.

D : Comment avez-vous été reçu ?

R : par le fer et par le feu.

D : Pourquoi par le fer ?

R : Parce que lorsqu’on m’a remis l’épée en main, j’ai juré de m’en servir, pour punir les traîtres à ma patrie, à ma religion et à mon roi, et faire exécuter de point en point dans ma loge les statuts qui m’ont été confiés par celui qui m’a constitué.

D : pourquoi par le feu ?

R : c’est pour faire voir que j’ai été purifié de la tête aux pieds.

Collationné, conforme à l’original, le 20 juillet 1787.

[fin de la transcription littérale]

[ Normalement, les copies de chacun des rituels étaient signées de la main du Grand Vénérable Roëttiers de Montaleau juste avant expédition aux loges . Très curieusement, ce rituel particulier porte bien la même mention que les autres, attestant sa conformité à l’original, mais n’est pas revêtu de la signature de Roëttiers de Montaleau ].

Ce recueil de rituels manuscrits constitue le brouillon d’époque Ancien Régime du futur Régulateur du Maçon selon le Régime du Grand Orient de France, qui sera imprimé en 1801, 1802, 1803 etc…Il existe diverses versions de ce manuscrit, dont une version publiée chez Champion Slatkine. Cette version est présentée par Daniel Ligou.

Conclusion

L’examen de ces trois rituels, tous les trois « réguliers » mais dont l’un est anglais et les deux autres français, montre une commune préoccupation de « sacralisation » de la fonction de Maître de Loge. Les mises en garde sont communes, et les exigences de fermeté et d’intransigeance dans le maintien de la discipline révèlent une égale méfiance de la nature humaine, et de la vie en groupe, même s’il s’agit de francs-maçons, bardés de serments divers.

La version biblique est pratiquée de nos jours encore par les obédiences qui évoluent dans le sillage de la Grande Bretagne. Pour des maçons qui croient en Dieu, et qui adhèrent à quelque Eglise chrétienne, elle contribue puissamment à créer une caste de Vénérables Maîtres et d’anciens Vénérables Maîtres, qui « entourent » le Vénérable en chaire, et constituent un pouvoir de l’ombre, qui souvent perdure « ad vitam », comme le constate avec une involontaire malice le Rite Ecossais Ancien Accepté.

Pour les obédiences de tradition, d’esprit et de goût français, les cérémonies de 1763 et de 1786 ne sont plus usitées, sauf exceptions rarissimes, et l’on peut le déplorer. Car elles enseignent aux Frères appelés à diriger les autres que le rôle du chef est d’être exemplaire et d’être ferme dans l’exercice de l’autorité.

Sachez que les Lois de l’ordre Royal duquel vous êtes Maître vous obligent à l’exercice de toutes les vertus chrétiennes et morales, et de la porter au plus haut point de perfection que puisse le faire le commun des maçons.

Un Vénérable Maître est élu en raison de ses capacités à remplir ce rôle, à titre temporaire et de façon totalement désintéressée. Et, le temps, venu, d’imiter Cincinnatus, qui sut retourner humblement à sa charrue, lorsque sa mission de dictateur au service des Romains fut remplie, après seize jours. Il retourna aussitôt à ses champs, et devint pour Rome un exemple persistant de dévouement, de bon commandement et de modestie.

N’est-il pas également inapproprié de faire d’un ancien Maître de Loge un Couvreur, ce qui revient à dévaloriser ces deux fonctions ? N’est-il pas tout aussi inapproprié d’en faire, à l’instar de l’Académie Française, une sorte d’Immortel ?

Ni excès d’humilité, ni excès d’honneur. La juste place de celui qui a bien servi est sur les colonnes, au travail comme tous, à sa charrue...

Le Rite Français est fait de simplicité, de modestie et de raison.



[1] De mesos, milieu, et de potamos, fleuve, soit : entre les deux fleuves.

[2] On le dit « christique » à cause de INRI. Ceci est réducteur : le thème de la résurrection est la pierre angulaire de la religion chrétienne, comme de toute initiation, ce passage de la mort à la vie, et non l’inverse.

[3] La situation terrible de la France entre 1790 et 1809, et l’éclipse subie par la plupart des loges, a sans doute influencé le contenu de ce rituel.

[4] Je suis gêné de rappeler que «  l’ésotérisme » se caractérise par un enseignement réservé à un petit nombre sélectionné, et en outre par le caractère voilé et purement allusif de cet enseignement.

[5] Rituels dits « du marquis de Gages », donc en provenance de la Grande Loge de France de Louis de Clermont. Ce grade de Maître de Loge est curieusement placé, dans le volumineux manuscrit, entre le quatrième et le cinquième grade de la Maçonnerie d’Adoption.

[6] Il s’agit bien du Cyrus associé à Zorobabel du XVe degré du REAA.

[7] Ces mots sont écrits au dessus de «  à Dieu » qui est barré. On comparera la formule avec celle de 1787…

[8] Dans le manuscrit, ces mots sont surajoutés d’une autre écriture et remplacent la mention originelle «  Ainsi Dieu me soit en aide. Amen » qui est barrée, probablement à une date très postérieure.

[9] La voûte d’acier est maintenue tout au long de la réception.

[10] Le grade : souligné par nous.

[11] On remarquera que cette obligation ne se remplit pas avec «  une épée de parade » !

[12] On ignore comment ceci est exécuté, mais on peut à bon droit supposer que les deux surveillants forment cette croix de leurs épées croisées.

[13] Grand Maître du Grand Orient de France en 1786 ( Philippe dit Egalité).

[14] A contrario, frapper « justement » est donc permis…

[15] On comprend pourquoi les Vénérables des loges du Rite Français et du Rite Ecossais Rectifié posent, de nos jours encore, leur épée en travers du Livre de la Sainte Loi. Ils devraient à tout le moins le faire, ainsi que l’iconographie du XVIIIe siècle le montre, sans le moindre doute. Elle montre de même, très souvent,  la présence d’un livre sur le plateau du VM, mais jamais recouvert du compas et de l’équerre, habitude anglaise des Anciens…

[16] Signe toujours usité de nos jours par les gardes vaticanes, et qui évoque la Sainte Trinité.

[17] Mots incompréhensibles qui sont souvent des corruptions de mots anglais mal entendus, par exemple : « ahisdinc » au grade de maître, corruption de «  it stinks » prononcé lors de la découverte du cadavre d’Hiram.

[18] Il s’agit d’un bleu ciel, comme nous le montrent les décors anciens exposés dans de nombreux musées. Le Rite Ecossais Rectifié a conservé cet usage, de même que certaines loges de Rite Français attentives à la préservation des anciennes coutumes et prescriptions.

 

 

8 novembre 2011 2 08 /11 /novembre /2011 17:09

Chapitre néerlandais de Rite Moderne Français « De Roos ».

  Le dossier complet

On raconte, sous diverses plumes et en de nombreux endroits, que le réveil des Ordres de Sagesse du Rite Français survint, en Europe, par le canal des Pays Bas.

 Cette belle histoire, romantique et séduisante, a été notamment résumée par le TIF Pierre Petitjean, dans le numéro 37 de juillet 2006 de la revue La Chaîne d’Union,  revue d’études maçonniques, philosophiques et symboliques publiée sous l’égide de l’Institut Maçonnique de France, présidé par le TIF Roger Dachez , revue trimestrielle éditée par le Grand Orient de France.

Voici un résumé des faits relatés en page 79, que nous allons analyser et commenter au cours de la présente étude. 

I. L’histoire et la légende.

         Le récit habituel.

« Vers la moitié du XIXe siècle, les chapitres travaillant au Rite français disparurent…Le réveil aura lieu plus de cent ans après, grâce à la ténacité de quinze frères du Grand Orient de France…Ils s’affilièrent au chapitre De Roos, à La Haye (Pays Bas), dernier chapitre français en Europe, puis lui demandèrent une patente afin d’établir à Paris, le 30 novembre 1963, un nouveau chapitre qu’ils nommèrent Jean-Théophile Désaguliers

« Voici les extraits les plus significatifs de la colonne gravée de la tenue inaugurale de ce chapitre :

« L’an mil neuf cent soixante-trois et, de la mort de Notre Rédempteur mil neuf cent trente, le 30ème jour du 8ème mois de la Vraie Lumière 5963, jour de la Saint-André d'Ecosse (le 30 novembre de l’ère vulgaire), quinze Chevaliers de l’Aigle, parfaits Maçons libres et Souverains Princes Rose-Croix, se sont assemblés dans la Vallée de Paris à l’Orient d’Hérédom , au point correspondant au Zénith, dans un lieu très fort, très retiré et très couvert où règnent la Foi, l’Espérance et la Charité (13 villa des Acacias 9 bd Jean Mermoz à Neuilly-sur-Seine, à 10 heures du matin).

« Ces quinze Chevaliers, tous membres du Souverain Chapitre De Roos dans la Vallée de La Haye, sont, dans l’ordre alphabétique des n om s, les FF Paul A ., Edouard F., Serge D., Pierre F., Jean de F., Jacques G., Pierre M., Vincent P., Pierre de R., Albert R., Hartmut S., Christian V., initiés au sein de ce chapitre ; René Guilly et Jacques M., régulièrement affiliés au sein de ce chapitre ; Henri van Praag, Parfait Maître Fondateur [1] et en charge de ce chapitre. Est en outre présent le F. C.J.R., membre visiteur du Souverain chapitre De Roos, Vallée de La Haye. Le trône de la Sagesse est occupé par le Très Illustre Frère van Praag, doyen d’âge [2].

« Le Très Sage et Parfait Maître Henri van Praag déclare qu’il est saisi d’une table burinée émanant de quinze Chevaliers présents, jusqu’à ce jour membres du Souverain Chapitre De Roos dans la Vallée de La Haye, et émettant le vœu de pouvoir pratiquer dans la Vallée de Paris, au sein d’un Souverain Chapitre Français, sous le titre distinctif de Jean-Théophile Désaguliers, les quatre grades qui leur sont chers : ceux d’Elu, d’Ecossais, de Chevalier d’Orient et de Souverain Prince Rose-Croix…Le Très Sage et Parfait Maître, en vertu des antiques privilèges des Souverains Princes Rose-Croix, Chevaliers de l’Aigle, Parfaits Maçons Libres, déclare alors constitué dans la Vallée de Paris, le jour de la Saint-André d’Ecosse, le Souverain Chapitre Jean Théophile Désaguliers ».

 « L’importance de cette création ne peut se c om prendre qu’en la replaçant dans la longue histoire du Rite Français. C om me le dira plus tard, à l’occasion du quarantième anniversaire de ce Chapitre, le BAF Roger Dachez  : «  ce qui pourrait paraître le début d’une aventure était déjà l’aboutissement d’un assez long cheminement. Cette aventure—car c’en était une et nous espérons que c’en est toujours une—qui durait depuis une dizaine d’années, avait pris naissance, cela va de soi, au sein du berceau historique du Rite Français, c'est-à-dire du Grand Orient de France ».[…].

« Pour les FF du R.F.M.R., en ce tout début des années soixante, plusieurs d’entre eux possédant le 18ème grade du REAA, se contenter d’une équivalence arbitraire, proclamer que l’homonymie des titres justifiait à elle seule la légitimité d’un réveil des Hauts Grades du Rite Français en dehors de son lieu d’origine, le GODF, paraissait maçonniquement difficile à accepter. »

Le mythe imaginaire.

 « C’est alors que se manifesta la Providence, dont Chamfort disait qu’elle n’était après tout que le n om de baptême du hasard…Des contacts furent noués, de manière fortuite[3], avec le Très Sage et Parfait Maître d’un Chapitre que nous qualifierons de « fossile maçonnique » , le Chapitre De Roos, que des Français avaient fondé sous le Premier Empire, dans une Hollande annexée, quand La Haye, chef-lieu du département des Bouches-de-la-Meuse, relevait maçonniquement de l’autorité du Grand Orient de France.

« Ce chapitre français avait survécu, le temps n’avait pas voulu l’abolir et, au milieu du XXe siècle, il subsistait encore, n’ayant jamais cessé d’exister, sans se soucier apparemment d’être devenu l’ultime conservatoire des Hauts Grades du Rite Français ».

« C om me on le sait, à cette époque, l’élite cultivée des Pays Bas affectait de parler et de cultiver la langue française. Le Très Sage du Chapitre l’enseignait même. Un lien fut aisément noué [4] et le reste suivit sans difficulté. Des frères furent reçus au IVe Ordre à La Haye, et, quelques mois plus tard, le Souverain Chapitre Français Jean-Théophile Désaguliers fut fondé à Neuilly, assumant d’emblée la fonction naturelle de « Chapitre Métropolitain pour la France », puisque lui revenait désormais la rude tâche de porter, seul, pour de n om breuses années, le flambeau des Ordres capitulaires du Rite Français ».

« Le chapitre De Roos, depuis longtemps, ne travaillait plus qu’au IVe Ordre, conférant les trois premiers Ordres par communication, ce que les FF du Souverain Chapitre Jean-Théophile Désaguliers ne voulurent évidemment pas faire ».

Ce récit, tout à fait mythique c om me nous allons tenter de le démontrer, est contredit par le récit qu’en donnent deux des principaux protagonistes de l’époque, René-Jacques Martin[5], et René Guilly. En particulier les contacts noués de manière fortuite, et le lien qui fut aisément noué, que nous avons soulignés supra, indiquent l’établissement d’une relation récente.

Nous avons le bonheur de les avoir connus et d’avoir fréquenté les deux grands René, et d’avoir échangé avec chacun des deux une correspondance importante qui vient aujourd’hui à son heure, permettant, par-delà le mythe,  d’établir la réalité historique de ces événements si importants pour éclairer la Renaissance du Rite Moderne Français en Europe.

Remarquons d’abord une lacune de dimension dans le récit du TCF Roger Dachez. Rien n’y est rapporté quant à l’existence d’un chapitre De Roos fondé à Medan, aux Indes néerlandaises, et dont Henri van Praag était membre et Rose Croix. Nous y reviendrons en détail infra.

Rien n’est dit non plus au sujet « des Français » bien imprécis qui auraient fondé De Roos sous l’Empire français aux Pays Bas. La plupart des loges de ce pays portent avec fierté un titre distinctif de langue française, ou de langue latine, et l’on peut s’étonner de ce que, sous l’Empire, alors que les chapitres faisaient presque tous partie intégrante d’une loge symbolique, des Français ( !) aient préféré lui donner un titre distinctif…néerlandais ! En voici quelques exemples, et on notera que, dans n om bre de loges et de chapitres, on parlait français à cette époque voire même encore de nos jours, puisque l’auteur de ces lignes fut officier dans un chapitre de Rite Néerlandais à Leiden, Pays Bas, qui travaillait encore parfois en  français en 1995. Voici quelques exemples de titres distinctifs de loges néerlandaises des XVIIIe et XIXe siècles :

Les Amis Réunis

L’Aurore

La Charité

La Bien-Aimée

Concordia Vincit Animos

La Constance

Credentes Vivent ab Illo

L’Espérance

Fides Mutua

Frédéric Royale

Guillaume aux Dix-Sept Flèches

La Paix

La Parfaite Union

La Philanthrope

Le Profond Silence

Ultrajectina

L’Union Frédéric

L’Union Provinciale

L’Union Royale

La Vertu

Vicit Vim Virtus[6]

Enfin, les bases de données de diverses institutions maçonniques hollandaises consultées ne donnent aucune loge ni aucun chapitre portant le titre de De Roos, exception faite pour un chapitre non reconnu ayant travaillé à Medan, aux Indes néerlandaises, sans la moindre constitution, ainsi que nous le démontrerons. On évoque enfin parfois la loge militaire d’un régiment français d’occupation, qui n’a laissé de trace ni en France, ni en Hollande. Jamais la moindre preuve documentaire n’est avancée pour établir et soutenir ces diverses allégations.

Voyons au préalable c om ment s’est développée la franc-maçonnerie des Hauts Grades aux Pays Bas. Nous donnerons ensuite la parole aux principaux protagonistes de la Renaissance du Rite Moderne Français en Europe. 

Naissance et développement des Hauts Grades Modernes Français aux Pays Bas

[Extrait d’un feuillet Din A4, trois volets deux plis recto verso, éditée en néerlandais par le Suprême Conseil de l’Ordre des Francs-Maçons sous le Grand Chapitre des Hauts Grades des Pays Bas. Traduction littérale par Jean van Win).

« Après la pénétration de la franc-maçonnerie en Hollande, vers 1730, d’autres formes de travaux maçonniques y pénétrèrent rapidement, principalement en provenance de France. Peu après la constitution de loges maçonniques dans notre pays apparut la pratique de ce que l’on appellerait ultérieurement les Hauts Grades. Dans les tracés de l’une des cinq loges fondatrices qui participèrent à la création de l’Ordre des Francs-Maçons, on mentionne déjà,  le 12 septembre 1756, que cette loge a travaillé,  au cours de cette même soirée,  « à l’écossaise » (cette qualification n’a rien à voir avec l’Ecosse ni avec le Rite Ecossais ; son origine doit plutôt être recherchée dans les milieux des Stuart émigrés en France), prétend cette brochure.

« Une loge Ecossaise portait le même n om que sa loge mère et c om portait les mêmes membres que cette dernière. Il n’y avait aucune uniformité dans le travail ni dans l’organisation des loges écossaises.  Depuis 1774, divers efforts ont été entrepris pour placer les loges écossaises sous l’autorité d’une administration supérieure (hoofdbestuur).  Il y avait à cette époque 24 loges écossaises dans notre pays. Quelques jours après la réunion de Grande Loge des loges symboliques, ces ateliers furent convoqués, le 20 mai 1776, à une réunion tenue à La Haye. L ’objet de la réunion était la constitution d’une Grande Loge Ecossaise, qui devrait servir à « soutenir et réveiller la maçonnerie bleue déclinante et chaque jour plus affaiblie ». La réunion résulta en la création d’un Règlement (Wetboek : Volume de la loi) dans lequel on ne parlait que d’Elus et d’Ecossais.

«  La deuxième réunion de la Grande Loge Ecossaise eut lieu le 19 mai 1777 ; les tracés firent pour la première fois référence à des « Chapitres Ecossais ». La troisième réunion de la Grande Loge Ecossaise se tint le 18 mai 1778, et la quatrième et dernière le 5 juin 1786.

«  L’assemblée constituante qui devait ériger le Grand Chapitre des Hauts Grades (Hoofdkapittel der Hoge Graden) se tint le 15 octobre 1803. Cette juridiction, indépendante du Grand Orient des Pays Bas, reçut la souveraineté sur les grades suivants :

         - Elu ou Maître Elu ;

        - Chevalier de Saint André (constitué des grades d’Apprenti Ecossais, de

           C om pagnon Ecossais et de Maître Ecossais) ;

        - Chevalier de l’Epée ou d’Orient ;

        - Souverain Prince de la Rose Croix.

«  A l’origine, ne furent pratiqués que les trois premiers grades, et le grade de Rose Croix fut conféré par c om munication. Ce grade prit néanmoins une importance grandissante de par son contenu, à tel point que les travaux des chapitres allaient se limiter à ce seul grade, et que les trois autres grades se verraient conférés par c ommunication (1854).

«  Le rituel du grade de Rose Croix conçu en 1803 exprimait, selon l’opinion de nombreux frères, un parfum chrétien dogmatique, dans lequel chacun des frères ne pouvait se retrouver. Au cours des années, ce rituel fut remis en cause par n om bre de chapitres, ce qui conduisit parfois à sa suppression. Lors de l’élaboration du rituel de 1937, on est parti de l’idée que, prenant en considération le caractère religieux du grade, on pouvait  concevoir que le sentiment religieux du grade de Rose Croix était de nature universelle et qu’il n’était pas relié à un culte (godsdienst) particulier.

Les Hauts Grades Historiques, racines de notre rituel hollandais.

[…]

«  C’est par analogie avec la série de 7 grades du Rite Français ou Rite Moderne que le Grand Chapitre des Hauts Grades, lors de sa constitution de 1803, a basé et construit sa structure sur 7 grades.

«  En raison du plan réformateur de 1786, résultant du travail de la c om mission ad hoc du Grand Orient de France, le Rite Français ou Rite Moderne fut c om posé c om me suit, en liaison directe avec les trois grades symboliques[7] :

-               Premier Ordre :      Maître Elu

-               Deuxième Ordre :  Maître Ecossais

-               Troisième Ordre :   Chevalier de l’Orient

-               Quatrième Ordre :  Chevalier de la Rose Croix.

[…]

«  Ces trois Ordres sont dén om més, depuis 1854, les « Hauts Grades Historiques ».

Ils constituent les trois grades intermédiaires de l’Ordre des Francs-Maçons sous le Grand Chapitre des Hauts Grades des Pays Bas.

«  Du quatrième Ordre est issu le grade de Souverain Prince de la Rose Croix (Soeverein Prins van het Rozekruis). Fin de citation.

Le même texte se retrouve in extenso dans l’opuscule néerlandais intitulé « Rituaal van de Graad van Soeverein Prins van het R+, 1937 » (Rituel du Grade de Souverain Prince de la Rose Croix , 1937), réédité en 1992 par l’Ordre des Francs-Maçons sous le Grand Chapitre des Hauts Grades aux Pays Bas, opuscule préfacé par le TRF J.A. Veening, Grand Maître de l’Ordre.

Conclusion : il ressort clairement de ces documents officiels que jamais les Hauts Grades des Pays Bas ne travaillèrent selon le Rite Moderne Français, bien qu’ils se soient constitués par analogie avec ce système, mais il ressort aussi que jamais patente ne leur fut accordée par le Grand Orient de France. Les plus hautes autorités maçonniques bataves, tel le professeur Dr. Jan Snoek,  actualisent aujourd’hui cette affirmation, c om me nous le verrons un peu plus loin, et les Pays Bas ont toujours pratiqué ces Hauts Grades néerlandais selon leurs besoins spécifiques, et en totale indépendance.    

 

Les récits publiés en France au sujet de la maçonnerie néerlandaise sont contradictoires, obscurs et peu fiables. Ils sont aussi inc om plets et partiaux. L’existence d’un « chapitre fossile » de Rite Français n’a jamais été prouvée et ce dernier n’a bien entendu jamais été identifié et n’aurait du reste jamais pu exister.

 

Il est donc temps maintenant de donner la parole à ceux qui ont vécu ces événements, et qui en ont laissé une trace autorisée et définitive. 

II. Relation des faits selon les principaux témoins et acteurs.  

    Lettre autographe du TRF Jacques Martin au F Jean van Win, en date du 5 février 1989 (extraits) :

«La laïcisation des rituels du Grand Orient de France a amené, aux environs des années 60, certains FF à se pencher sur le passé de leur rite, et partant, sur son devenir. Le Rite a été intitulé « Rite Moderne Français Rétabli ». La formulation doit être respectée scrupuleusement. Moderne : pour indiquer la filiation par la « Grande Loge des Modernes » de Londres (1717) ; Français : pour marquer les apports ultérieurs des Français : apports c om pagnonniques et les quatre Ordres supérieurs : le 1er Ordre Elu Secret : le 2e Ordre de Grand Elu Ecossais ; le 3e Ordre de Chevalier de l’Epée ; le 4e Ordre de Souverain Prince Rose Croix. Rétabli : pour préciser la reprise en c om pte des symboles « disparus ».

La première loge s’intitulait «  Du Devoir et de la Raison », Orient de Paris, GODF. Devant certaines difficultés rencontrées au sein de leur obédience, les FF du GODF se fixèrent dans une loge de la GLNF-Opéra : « les Forgerons du Temple ». Ils transformèrent le titre distinctif qui devint « Jean-Théophile Désaguliers ». Une seconde loge à l’Orient de Lille fut fondée par moi, intitulée « James Anderson », et installée le 10 mai 1964 par Pierre de Ribaucourt et René Guilly, qui était alors VM de Désaguliers.

René Guilly fit recevoir Souverain Prince Rose Croix quelques FF parisiens par le chapitre « De Roos » (La Rose)  travaillant au Rite Néerlandais. En fait, il s’agissait du même rite.

Le chapitre Rose Croix « De Roos » était présidé par un professeur de l’université de Djakarta, qui avait été prisonnier des Japonais, dont il conservait le plus mauvais souvenir : Hendrik (Henri) van Praag. Ce frère était déjà âgé en 1963[8].

Le 30 novembre 1963, le chapitre « De Roos » c om prenant son Très Sage van Praag, deux FF hollandais et ses membres français ouvrirent régulièrement les travaux, installèrent le Très Sage René Guilly, ses Officiers, et consacrèrent le nouveau chapitre sous le titre distinctif « Jean Théophile Désaguliers », au temple de la villa des Acacias à l’Orient de Neuilly-sur-Seine. Ils affilièrent des FF français déjà Rose Croix dont moi-même (j’ai été reçu Rose Croix par le chapitre « la Lumière du Nord », Vallée de Lille, sous l’obédience du Grand Collège des Rites).

Ce jour-là furent initiés Rose Croix les FF Pierre de Ribaucourt, l’écrivain Pierre Mariel, Bob Rouyat, Vincent Planque, Harmut Stein […]. J’oubliais le F Fano, futur Grand Maître de la GLNF-Opéra. Le Souverain Grand C om mandeur du Collège des Rites, Francis Viaud, en raison de ses fonctions, n’avait pas pu assister à la tenue, mais est apparu aux agapes.

En 1968, les ateliers « français » quittèrent la GLNF-Opéra à la suite de l’affaire Louis Pauwels, mais c’est une autre histoire. Ils fondèrent une fédération qui prit le n om de Loge Nationale Française (LNF) installée principalement à Paris et à Lille.

La LNF se sépara en 1975 en deux tronçons : Paris et Lille. Par la suite, un ancien Vénérable de J.T. Désaguliers, le journaliste Roger d’Alméras, se sépara de René Guilly et créa le chapitre français intitulé, si mes souvenirs sont bons, « la Chaîne d’Union ». En 1976, je crée mon propre chapitre français sous le titre « la Rose et le Lys » qui pratique les quatre Ordres. J’ai également c om muniqué le rite à des FF du Midi, notamment le F Jean Abeille, qui est actuellement le Régent du Rite Ecossais Rectifié du Grand Collège des Rites ».

C’est peu après la réception de cette lettre que j’eus la faveur d’entrer en relations avec René Guilly, qui entretint avec moi une correspondance de très haut intérêt, parmi laquelle cette lettre particulière nous intéresse au premier chef :

Lettre autographe du 26 octobre 1991 de René Guilly à Jean van Win, (document dont on ne peut mettre la précision et la fidélité en doute. Il lui restait huit mois à vivre).

« Par l’intermédiaire d’un ami personnel [9], le frère Hendrik van Praag, professeur de français, Très Sage en 1940 du chapitre « De Roos » à Medan (dont j’ignore la localisation)[10], Rose Croix depuis 1932 au Souverain Chapitre Srogol (Java), 33e du Suprême Conseil des Pays Bas aux Indes Néerlandaises (Batavia), des initiations au grade de Rose Croix ont eu lieu à La Haye dans le chapitre « De Roos »[11], réveillé dans le cadre du Suprême Conseil et de la Grande Loge des Pays Bas, formés par le frère Onderdenwijngaard, à la suite d’incidents avec le Grand Orient des Pays Bas, au sujet de la LUFM [12](date à préciser, vers 1960 ?).

Hendrik van Praag, profondément francophile au meilleur sens du terme, était en désaccord à cette époque avec l’orientation officielle néerlandaise. J’ai eu avec lui des entretiens à ce sujet. 1956 doit être la date de sa retraite et de son retour aux Pays Bas. Il avait vécu l’occupation japonaise aux Indes néerlandaises et en avait gravement souffert.

Ces initiations, au n om bre de six, ont eu lieu à La Haye les 31 mars et 27 octobre 1963. Je puis témoigner de leur très haut niveau. En outre, une tenue exceptionnelle du Chapitre « De Roos », dans la Vallée de Paris, a initié six autres Frères le 30 novembre 1963. Ces douze Rose Croix, auxquels s’ajoutèrent deux Rose Croix originaires du Grand Collège des Rites, et le frère Hendrik van Praag lui-même, furent (en tout au n om bre de quinze) les membres fondateurs le 30 novembre 1963 du Souverain Chapitre Français Jean-Théophile Désaguliers n°1.

Il est exact que le Rite Français en quatre Ordres, tel qu’il appartient légitimement à la tradition néerlandaise[13], nous a été c om muniqué à La Haye et à Paris lors de ces initiations. Mais, c om me vous allez le voir par la suite de cette lettre, ce n’est plus pour nous un point exclusif. Ce qui nous paraît également important, c’est la présence de trois Rose Croix incontestables du Grand Collège des Rites et du Suprême Conseil des Pays Bas.[14] C’est aussi l’initiation, on ne peut plus régulière, de douze autres frères au grade de Rose Croix.

En effet, si nous s om mes bien partis en 1963 de l’idée du Rite Français du GODF de 1786, notre pensée a considérablement évolué depuis près de trente ans de travail rituel et de recherches d’archives.

[ Suit ici une justification détaillée du Rite Français Traditionnel, dont les éléments sont aujourd’hui bien connus et ont été publiés à diverses reprises].

Et René Guilly de conclure cette longue lettre très instructive à la fois sur ses intentions et sur l’esprit de son travail de « restauration » :

« La restauration du Rite Français Traditionnel, au-dessus du troisième grade ; doit reposer sur des principes simples :

(1)   l’autorité et les privilèges des Souverains Princes Rose Croix, ainsi que la double filiation du Rite Français et du Rite Ecossais Ancien et Accepté pour ce grade (le Rite Français de 1786, notamment au premier et au deuxième ordre, ne pouvant représenter à lui seul une filiation suffisante).

(2)   un travail d’érudition véritablement scientifique, consistant à détecter et à mettre en forme, pour chaque grade, les versions les plus anciennes et les plus authentiques.

Nous avons, à l’époque, refusé la patente qu’Onderdenwijngaard voulait nous donner, considérant que les privilèges des Souverains Princes Rose Croix ne pouvaient se subordonner à un  tel document. C’était du purisme ; du point de vue de l’information historique, nous avons peut-être eu tort. Quoi qu’il en soit, le Rite Français doit s’assumer et se définir lui-même car, pour être lucide, aucun autre organisme maçonnique n’est prêt à lui apporter aide et parrainage. Et c’est mieux ainsi ».

III. Ce qui est avéré à propos du chapitre De Roos, et ce qui est manifestement faux.

 René Guilly nous dit, de même que René-Jacques Martin, que le frère Hendrik (Henri) van Praag était professeur de français à Medan aux Indes néerlandaises, qu’il était Rose Croix depuis 1932 au chapitre Srogol à Java, et qu’il fut Très Sage du chapitre De Roos à Medan.

Que ce chapitre De Roos fut réveillé en 1956 à La Haye, dans le cadre de la Grande Loge Néerlandaise irrégulière fondée par le frère Onderdenwijngaard (alors en dispute avec le Grand Orient des Pays Bas, obédience régulière reconnue par la GLUA). Ce n om , Onderdenwijngaard, imprononçable pour un larynx non néerlandais, signifie « sous le vignoble ».  

Qu’est-ce qui est attesté dans tout cela, et par quel document ?

Le Cultureel Maçonniek Centrum Prins Frederik (CMC), dirigé aujourd’hui par le F Jac. Piepenbrock, curateur, me signale par lettre : « en tous cas, je peux confirmer qu’il a bien existé un chapitre De Roos, étant donné la pièce suivante que j’ai retrouvée dans les archives. Il était vraisemblablement situé à Medan dans les Indes autrefois néerlandaises. C om me vous le savez, les loges et chapitres ont dû éteindre leurs feux durant l’occupation japonaise ».

La pièce d’archives produite par le CMC est une lettre écrite en août 1947 par le frère Wim S.B. Klooster d’Amsterdam, un ancien membre du chapitre De Roos à Medan, adressée au Suprême Conseil (Opperbestuur) des Hauts Grades, avec demande d’être transféré dans un chapitre néerlandais.

A ma demande, le CMC me précise que le chapitre De Roos avait reçu ses patentes de l’Ordre des Francs-Maçons sous le Grand Chapitre des Hauts Grades des Pays Bas.

Voulant recouper cette information, j’ai découvert dans un ouvrage néerlandais dont nous reparlerons[15] à plusieurs reprises, que ce chapitre avait été fondé en janvier 1941 à Medan, sans notification au Grand Chapitre, et sans constitution par ce dernier, pour raisons de guerre. Un chapitre très éphémère et « sauvage », c om me on dit pour un chapitre vivant en c om plète autarcie, en dehors de toute juridiction.

Le F van Loo nous apprend encore que la franc-maçonnerie fut à nouveau interdite en Indonésie le 27 février 1961. Le chapitre l’Etoile d’Orient a été le dernier des six chapitres ayant travaillé aux Indes orientales avant 1942. Il cessa lui aussi ses travaux en 1959-1960. L’union de deux chapitres existant à l’époque à Batavia, la Fidèle Sincérité (1767) et La Vertueuse (1783) avait généré une longue période de travaux de « loges écossaises ». C’est cette période qui a alors pris fin…Au cours du Grand Chapitre de 1947, une proposition de reconnaître la régularité des frères admis par le chapitre De Roos a encore été adoptée, bien que De Roos se soit mis en s om meil avant cette date. Ils furent donc enfin réguliers, mais à titre posthume…

Les archives du F Onderdenwijngaard et de sa défunte obédience ne représentent presque rien à La Haye. Quelques pièces très générales, dans lesquelles il n’est jamais question de De Roos

Les archives de l’Ordre des Francs-Maçons aux Pays Bas comportent de la correspondance au sujet de la LUFM au cours des années qui ont tourné autour de la séparation de Onderdenwijngaard d’avec le Grand Orient. Mais rien n’a été trouvé à ce jour au sujet du chapitre De Roos, ni dans les publications des chapitres réguliers de cette époque.

 

Il appert donc que le chapitre De Roos, à Medan, fut une création sauvage du F van Praag, qu’il ne fut jamais reconnu ni constitué par son autorité légitime, qu’il le fut enfin et seulement alors qu’il n’existait déjà plus, et que le F van Praag, après la guerre, réédita la création d’un De Roos bis à La Haye, dans un contexte irrégulier, et de façon tout aussi « auton om e » et très « spéciale », c om me nous allons le voir.

 

 IV.   La Grande Loge des Pays Bas du F. Onderdenwijngaard.

 De 1956 à 1974, la franc-maçonnerie néerlandaise a connu une scission au sein de l’Ordre des Francs-Maçons sous le Grand Orient des Pays Bas. La loge Fiat Lux fut considérée c om me irrégulière par la Grande Loge Unie d’Angleterre et par le Grand Orient des Pays Bas [GOdN], malgré la parfaite conformité de ses rituels. En conséquence, une Grande Loge des Pays Bas [GdN] se forma par scission et vécut de 1956 à 1974, mais disparut avec son fondateur, le F. J.C.W. Onderdenwijngaard [ODW], né en 1897 et décédé en 1973, et la plupart de ses membres rejoignirent alors le Grand Orient des Pays Bas. Cette période vit naître des initiatives intéressantes dans l’évolution des contacts internationaux entre Francs-Maçons européens. Elle vit en particulier se développer l’amitié entre le F. Henri van Praag et René Guilly[16], et constitue le cadre dans lequel se serait déroulée la transmission du Rite Français, au départ d’un mystérieux « chapitre fossile » néerlandais, à un groupe de frères français qui auraient rapporté le rite dans sa patrie d’origine. Qu’en est-il ?

Un F. néerlandais, le F. Bob Vandenbosch,  a publié, dans sa langue, une étude exhaustive sur cette intéressante aventure maçonnique de son pays. Il rend h om mage aux collaborateurs qui lui ont permis de rassembler de très n om breux documents, parmi lesquels il est utile de citer Mme Toos Onderdenwijngaard, la fille du Grand Maître de la GdN, le F. Wim van Keulen, alors collaborateur du Cultureel Maçonniek Centrum Prins Frederik à Den Haag dont il deviendra le Curateur, le F. Dr. Jan Snoek, professeur à l’université de Heidelberg, le F. Drs Evert Kwaadgras, alors conservateur du CMC Prins Frederik.

Le Frère Jan C.W.Onderdenwijngaard, de son vrai n om Jan Cornelis Willem Polak, est né le 1 juillet 1897 à Zevenbergen, dans le Brabant septentrional. Il fut banquier, et ensuite devint conseiller financier à La Haye. Toute sa brève aventure obédientielle s’illustre par une inévitable mais indispensable n om enclature de dates :

1939 Trésorier International de la Ligue Universelle des Francs-Maçons [LUFM]

1947 Voyage aux USA, en Argentine et au Brésil

1948 Membre du chapitre De Vriendschap (l’Amitié)

1950 Président International de la LUFM

1956 Séparation d’avec le GOdN [radié c om me membre en juin] avec 18 autres frères après le refus par le GOdN de ratifier la nouvelle loge Fiat Lux

1956 séparation d’avec les Hauts Grades, en conséquence de sa séparation d’avec le GOdN Démission de la Présidence de la LUFM et du groupe néerlandais de la Ligue

On remarquera ici que c’est la même année que Henri van Praag fonde, à La Haye, son deuxième chapitre De Roos

1957 Fondation de la Grande Loge des Pays Bas, dont il devient Grand Maître

1961 La GdN devient l’un des co-fondateurs du CLIPSAS[17]

1961 Initiation du roi Hussein de Jordanie à la GdN

1961 Installation du roi Hussein en tant que Souverain Grand C om mandeur du REAA

1961 le F. Hussein accepte la Grande Maîtrise d’honneur de la GdN

1962 Création du Consistoire International de Jérusalem[18]

1970 diverses maladies et attaques ; invalidité partielle

1971 La Grande Loge n’est plus dirigée par le F. ODW, mais celui-ci ne veut ou ne peut déléguer.

1973 décès du F. ODW avant d’avoir pu réaliser son projet de retour de sa GdN au GOdN

1973 lutte interne pour la Grande Maîtrise , et retour de la majorité des FF vers le GOdN.

*****

Cette étude extrêmement fouillée de 20 pages ne fait à aucun m om ent la moindre référence à un chapitre De Roos. De même, les publication éditées par la loge Fiat Lux de la GdN, qui ont été consultées pour les années qui précèdent et suivent la création supposée d’un chapitre De Roos, ne publient pas un seul mot à ce sujet. Seul le F Henri van Praag, dans un numéro spécial consacré au jubilé 1957-1967, fait une brève allusion à Medan dans un discours qu’il a prononcé, et il cite une certaine loge Deli, ce qui est en réalité une région située au Nord Sumatra, réputée pour son tabac… Cette loge n’est pas non plus citée dans la table on om astique de l’ouvrage du TRF P.J. van Loo : Geschiednis van het Hoofdkapittel der Hoge Graden in Nederland.

Quant à la partie principale des archives de la GdN, il apparaît, dans l’étude du F Vandenbosch,  qu’elles ont été détruites après le décès du F. ODW. C’est le neveu du F. ODW, le F. Jan Schats, qui a procédé à cette destruction, et serait à l’origine de la disparition de n om breux objets de valeur. [Témoignage du F Wim van Keulen, ancien curateur du CMC Prins Frederik].

On ne peut affirmer que des informations concernant le chapitre De Roos n’aient jamais figuré dans ces archives. Néanmoins, dans l’étude chronologique du F. Vandenbosch, la fondation et les relations supposées avec un chapitre De Roos manquent totalement entre les années 1962 et 1967. L’année cruciale 1963 n’est même pas citée.

Pourquoi René Guilly est-il allé chercher une « patente » auprès de ce très contestable chapitre De Roos, dont il connaissait probablement – mais ce n’est pas  certain du tout - la précarité et le peu de crédibilité ? Parce que, en 1963, René Guilly appartenait au Grand Orient de France, qui n’était ni reconnu ni en relations avec l’Ordre des Francs-Maçons des Pays Bas, où Guilly pensait que se pratiquait encore le Rite Français. Il ne pouvait donc pas s’adresser à cette obédience régulière, alors que lui-même et ses frères étaient alors irréguliers.

Il crut sans doute avoir résolu le problème en rencontrant Henri van Praag, dans le cadre de la LUFM auquel il paraissait s’intéresser[19], dont le chapitre aurait pu posséder une filiation, par son ancienne appartenance au chapitre de Medan qu’il avait « réveillé » en 1956 à La Haye, en dehors de toute obédience. Ceci expliquerait la qualification d’ « ami personnel » donnée par Guilly à van Praag (voir la lettre citée).

 

Conclusion :  le chapitre De Roos de Medan n’a jamais travaillé au Rite Moderne Français, mais bien au Rite Hollandais « par analogie » et sans l’ om bre d’une patente…Guilly a donc reçu une filiation hollandaise et aucunement une patente française. En 1964, il quittait le Grand Orient de France pour se rattacher à la Grande Loge Nationale Française (Opéra) et y occupa les fonctions de Trésorier Fédéral de 1966 à 1967. Le 26 avril 1968, la Loge Nationale Française était créée sous son impulsion par trois loges pourvues de patentes régulières.[20]

 

V. Les étranges rapports de René Guilly avec Henri van Praag

 Depuis le mois de septembre 2009, l’auteur de cette étude a envoyé 14 emails au F. Roger Dachez , demandant des précisions sur le chapitre De Roos et sur les éventuelles informations qui seraient contenues dans les archives du chapitre métropolitain Jean-Théophile Désaguliers.  Hélas, nous savons tous c om bien le F Dachez est occupé professionnellement et maçonniquement parlant, et je reste sur sa réponse du 30 mai qui pr om et de faire pousser cette investigation, et de me tenir au courant. En voici la surprenante teneur :

En ce qui concerne le Chapitre De Roos, il avait été créé sous le Premier Empire et avait continué, par miracle, à fonctionner jusqu’à l’époque moderne, sous réserve d’une sorte d’accord avec le Suprême de Conseil des Pays-Bas  aux termes duquel les FF qui en venaient étaient « reconnus » c om me 18ème et pouvaient ainsi poursuivre leur parcours dans le REAA…

Le Chapitre Jean-Théophile Désaguliers fut créé, patenté et installé à Paris par les Officiers du Chapitre de Roos en 1963. Nous avons tous les documents de cette époque.

Malheureusement, à ma connaissance, ce Chaptre De Roos a cessé ses activités il y a déjà pas mal d’années. J’ignore pourquoi et ce que sont devenus les FF qui le c om posaient.

J’attends toujours une réponse qui ne semble pas facile à fournir. On peut le regretter, et je me dois de verser au dossier la copie du courriel que je lui ai encore adressé en date du 14 juin 2011 et que voici :

Je dois terminer un travail de recherche avant octobre de cette année. Aurais-tu l’obligeance de demander à ton archiviste de rechercher dans les archives du chapitre JT Désaguliers tout ce qui concerne la transmission reçues par René et ses amis des mains de Henri (Hendrik) van Praag à La Haye (Den Haag) en 1963, lorsqu’il était Très Sage d’un chapitre De Roos.

Ce dont je suis certain, à l’heure actuelle, c’est que le chapitre De Roos existait bien à Medan aux Indes Néerlandaises sous l’obédience du Hoofdbestuur der Hoge Graden in Nederland régulier, et que ce chapitre De Roos  n’existe plus depuis longtemps, selon le Cultureel Maçonniek Centrum des Pays Bas.

Il est certain aussi que Hendrik van Praag a fondé un autre chapitre De Roos après la guerre et à La Haye, cette fois sous l’obédience d’un Suprême Conseil éphémère créé de toutes pièces par le F. Onderdenwijngaard (auteur aussi d’une éphémère Grande Loge des Pays Bas)  en dehors de toute régularité, ce frère voulant rejoindre la LUF (Ligue Universelle des Francs-Maçons) dont le Grand Orient des Pays Bas, très régulier, ne voulait en aucun cas.

Il apparaît probable que le F Hendrik van Praag, à la fois belge et juif de très mauvais caractère, ait copié dans un cadre cette fois irrégulier et illégitime ce qu’il avait autrefois vécu dans un cadre régulier, aux Indes, mais en se passant de toute filiation, semble-t-il, puisqu’il est réputé fondateur, notamment par Petitjean. J’ai la preuve que d’autres FF du chapitre De Roos de Medan ont rejoint, eux, le Hoofdbestuur régulier dès 1947.

Il apparaît par conséquent que les patentes, ou plus exactement une filiation initiatique et rien d’autre, aient été transmises à René Guilly par un ancien membre démissionnaire du De Roos à Medan, qui a refondé un nouveau De Roos à La Haye, sans posséder la moindre patente de qui que ce soit, car Onderdenwijngaard a navigué en solo et pour fort peu de temps.

Tu comprendras que le témoignage de tes archives soit très précieux, qu’il s’agisse d’une contestation ou d’une confirmation de ce qui précède, car ce témoignage  est le seul à pouvoir faire la lumière sur un point d’histoire, et je te prie de remercier déjà de ma part ton archiviste pour sa rapide contribution à la recherche de la réalité.

Avec toute mon amitié fraternelle.

Le moment semble venu de nous poser quelques questions restées à ce jour sans réponse, mais dont les éléments exposés ci-dessus permettent de donner un semblant d’explication.

1. Pourquoi Henri van Praag a-t-il rejoint la sécession audacieuse du frère  Onderdenwijngaard ?

Pour avoir une base de recrutement pour son chapitre, qu’il crée en dehors de toute régularité en 1956, l’année même où Onderdenwijngaard quitte les Hauts Grades réguliers aux Pays Bas. C’était là pour van Praag le seul moyen de s’assurer une base de recrutement pour son chapitre De Roos bis, à défaut de quoi ce dernier n’aurait jamais pu fonctionner.

2. Pourquoi René Guilly a-t-il pris contact avec Henri van Praag ?

René Guilly avait été reçu Rose Croix au chapitre parisien de Rite Français l’Etoile Polaire. Ceci lui donnait une filiation initiatique au sein du Rite, mais nullement une patente officielle, au sens où on l’entend au sein de la franc-maçonnerie de tradition.   

3. Qui était donc Henri van Praag ?

Nous avons vu ci-dessus que les appréciations portant sur  ce F sont loin d’être favorables. Il apparaît dès maintenant qu’il aurait créé un chapitre auton om e et indépendant à Medan[21], chapitre qui ne fut jamais constitué ni même reconnu par son pouvoir de tutelle, si ce n’est à titre posthume. Il semble bien avoir rec om mencé ceci après la guerre à La Haye, avec un chapitre De Roos bis, sous l’obédience de frères sécessionnistes du Grand Orient des Pays Bas, sans néanmoins que ses liens avec la Grande Loge des Pays Bas aient jamais pu être établis documentairement. En effet, toutes les archives de cette brève obédience ont été soigneusement détruites par le neveu de ODW. Le chapitre De Roos bis est à nouveau une création proprio motu et personnelle, sans passé, sans histoire et sans patente.

Le 2 juillet 1989, j’avais interrogé, au sujet du frère Henri van Praag, le Grand Chancelier du Grand Chapitre régulier des Pays Bas, qui me répond en néerlandais que je traduis :

En ce qui concerne Monsieur (sic) H.M. van Praag, né le 14 septembre 1893 à Antwerpen (Anvers), il est devenu membre du S. Chapitre Strogol [22](sic) le 2 mars 1932. Le S. Chapitre Strogol était situé dans la vallée de Bandoeng aux Indes néerlandaises. Le F. van Praag a quitté notre Ordre de même que les grades bleus en 1956. […] Le F. van Praag était professeur de français et probablement belge d’origine. Il était juif et, selon les quelques FF qui l’ont connu et s’en souviennent, 

a causé partout beaucoup de problèmes. Je présume qu’entre temps, le F van Praag est décédé.[23]

Aucune mention non plus, à ce haut niveau, du chapitre fantôme De Roos

Toutefois, à titre anecdotique, la qualité de juif de Hendrik van Praag peut être   rapprochée de celle de Jan Onderdenwijngaard. Nous savons que ce dernier s’appelle en réalité Jan Cornelis Willem Polak. Il est de notoriété publique, aux Pays Bas, que sa banque était une couverture pour abriter durant la guerre d’obscures affaires "germano-anglo-américaines" se déroulant au plus haut niveau, le W.E.A. (West Europeesche Administratiekantoor),  dont le financier juif de La Haye, Jan Polak, assumait de fait la direction.

Bizarrerie suprême, en 1943, par décision particulière de Seyss-Inquart, C om missaire du Reich pour la Hollande occupée, la qualité d’ « aryen d’honneur » lui fut accordée, ce qui lui a donné le droit de se n om mer dorénavant Jan Onderdenwijngaard. Au W.E.A., on retrouve entre autres les n om s des industriels allemands et britanniques Thyssen et Merton. 

 

Comment René Guilly a-t-il connu Henri van Praag ? Henri van Praag parlait le français, puisqu’il avait été professeur de cette langue à l’université de Djakarta, lit-on sous la plume de René-Jacques Martin. Il s’intéressait à la LUFM, et à l’esprit internationaliste du futur CLIPSAS, de même que le F. ODW, et, selon Pierre Mollier, René Guilly lui-même à cette époque.[24] Il est possible qu’ils se soient rencontrés dans ce cadre-là, ce qui expliquerait que Guilly le présente, dans la lettre citée supra, c om me « un ami personnel ». Le 26 octobre 1991, René Guilly écrit à Jean van Win : «  H.W. van Praag était en désaccord à cette époque avec l’orientation officielle néerlandaise. J’ai eu avec lui des entretiens à ce sujet. 1956 doit être la date de sa retraite et de son retour aux Pays Bas ». Cette « orientation officielle » était le refus, de la part du GOdN, de s’engager dans des relations « très peu régulières » avec la LUFM et le futur CLIPSAS

VI. L’opinion de Pierre Mollier , Grand Bibliothécaire du Grand Orient de France et historien.

 Pierre Mollier, qu’on ne présente pas, écrit ces surprenantes lignes dans un article intitulé Grand Chapitre Général, trouvé sur Internet, mais dont je ne connais pas la date qui doit remonter à longtemps :

En 1963, quelques maçons parisiens, tous titulaires du grade de Rose Croix, réunis autour de René Guilly (qui avait reçu ce grade dans le chapitre l’Etoile Polaire constitué en 1839 au Rite Français), désirent réveiller les hauts grades du Rite Français. Le Souverain Chapitre Français Jean-Théophile Désaguliers est constitué avec une patente et une filiation traditionnelle du chapitre hollandais De Roos (La Rose). En effet, le Grand Chapitre des Hauts Grades des Pays Bas, créé à l’époque de la d om ination française, a continué à pratiquer jusque là, et jusqu’à nos jours, le Rite Français. A partir du chapitre Jean-Théophile Désaguliers, d’autres chapitres sont créés en France durant les 30 dernières années.

Ceci reprend de façon surprenante le mythe bien connu, qui est insoutenable pour les raisons énoncées tout au long de la présente étude.

J’écris alors à Pierre Mollier une longue lettre argumentée, datée du 18 août 2011, dont l’essentiel est ce paragraphe-ci :

« Tu aiderais beaucoup ma recherche en m’aidant à identifier le chapitre français résidant en Hollande entre 1804 et 1814 qui, selon une tradition obscure, serait susceptible d’avoir patenté les Hollandais de De Roos. S’il a jamais existé, ce chapitre doit avoir été enregistré au GCG du GODF. Sinon, il serait imaginaire. »

Le 26 août 2011, rentrant de vacances, Pierre Mollier m’appelle au téléphone, et j’eus avec lui une conversation surprenante, très éclairante et instructive. En substance :

Pierre Mollier suppose que René Guilly a sans doute connu Henri van Praag lors de contacts  échangés à propos de la LUFM et du CLIPSAS, qu’il n’y a jamais eu de chapitre De Roos en Hollande, que de toute façon un chapitre devait porter, sous l’Empire, le n om d’une loge bleue qu’il prolongeait, qu’en 1963 personne en France ne savait plus rien concernant le Rite Français, que Guilly s’est sans doute contenté d’une très vague déclaration de van Praag qui avait dû faire allusion à son ancienne appartenance à un chapitre De Roos aux Indes néerlandaises, abusivement présenté c om me étant de Rite Français, que la Hollande n’a jamais en tout état de cause pratiqué le Rite Français et n’a jamais sollicité de patente pour le faire ( il a appris cela de Jan Snoek dont il a publié une interview dans Renaissance Traditionnelle), que toute cette affaire De Roos est une fable (sic), que Guilly n’a probablement pas voulu y voir trop clair dans une ambiance poétique et r om antique, et il me demande de lui c om muniquer copie de mon étude.

Pierre Mollier ajoute que le GODF ne se soucie pas de cette affaire, et considère le cas De Roos c om me une fable. Que la seule vraie filiation de Guilly est celle qu’il a obtenue de l’Etoile Polaire, qui en a fait un Rose Croix de Rite Français beaucoup plus crédible, et que tout le reste de l’évolution du Rite Français découle du seul chapitre Jean Théophile Désaguliers.

Il ajoute encore que la filiation et les patentes du Brésil ne ressemblent à rien, (ce que René Guilly m’avait déjà écrit en ces termes[25] : «  Nous dénonçons, c om me elles le méritent, des aventures burlesques qui consistent à aller chercher une filiation du Rite Français…au Brésil (c om me vient de le faire une maçonnerie soi disant régulière) ».

Il arrive à tout historien, de temps à autre, de ne pas contrôler suffisamment ses sources, et de reprendre à son c om pte des théories venues d’on ne sait où, mais supposées refléter « ce que tout le monde sait ». Il appartient aux vrais historiens de reconnaître les erreurs qu’ils peuvent avoir c om mises, de réviser leur jugement, et de le faire savoir honnêtement. C’est ce qu’a fait Pierre Mollier.

 

Il est clair que la compréhension de Pierre Mollier de ces événements est aujourd’hui lucide et fondée, sauf en ses ultimes conclusions, que je ne puis partager.

 

VII. Conclusion : la véritable transmission des Ordres de Sagesse du Rite Moderne Français.

 L’interview par Pierre Mollier du F. Dr. Jan  Snoek s’est déroulée à Londres, en marge du 11e Colloque du Canonbury Masonic Research Center les 4 et 5 novembre 2000. Elle a été publiée dans le numéro 125 de janvier 2001 de la revue Renaissance Traditionnelle.

Le professeur Snoek est hautement qualifié pour parler de ce problème particulier. Il est non seulement Passé Maître de la loge de recherches et d’études Ars Macionica, de la Grande Loge Régulière de Belgique, mais aussi ancien Très Sage et Parfait Maître du chapitre de rite néerlandais De Delta, à Leiden, Pays Bas.

Je résume les opinions essentielles exprimées par lui, qui se rapportent directement à notre sujet, et éclairent les circonstances fort peu vraisemblables dans lesquelles un chapitre français aurait été fondé par des Français en Hollande occupée !!

Durant les premières années de l’Ecossisme en Hollande, les hauts grades sont pratiqués par les loges symboliques. Il n’y a, à ce m om ent, pas d’ateliers spécifiques de hauts grades.

En 1795, les troupes de la république française envahissent les Pays Bas. Elles y resteront pendant dix-huit ans. La priorité des frères hollandais est de résister à l’emprise du Grand Orient de France sur les loges locales. Elles développent une réforme interne pour élaborer un système de hauts grades à peu près similaire à celui du Grand Orient de France.

En 1803, on vote une structure : l’Ordre des Hauts Grades, c om portant : l’Elu, l’Ecossais, le Chevalier d’Orient et le Rose Croix. Les rituels ne sont pas les mêmes que ceux du GODF, et sont tellement différents, qu’il ne s’agit pas du tout du même grade.

Le caractère chrétien du Rose Croix a posé de sérieux problèmes ; on décida de ne le conférer  que par c om munication.

L’Ordre des Hauts Grades néerlandais possédait donc un système équivalent à celui du GODF, mais totalement indépendant et avec des rituels totalement différents !

 En 1812, le Grand Orient a sorti une circulaire édictant que toutes les loges hollandaises appartiendraient au GODF. La Grande Loge des Pays Bas a écrit au GODF lui faisant savoir que cette circulaire était nulle et non avenue !  Quelques mois plus tard, les Français évacuaient les Pays Bas….

Tout au long du XIXe siècle, la maçonnerie des Pays Bas s’organise autour du binôme Grand Orient des Pays Bas / Ordre des Hauts Grades, et rien d’autre.

En 1854, ils décident de ne travailler qu’au grade de Rose-Croix et de ne conférer les grades intermédiaires que par c om munication.

Le prince Frédéric des Pays Bas fut Grand Maître durant 65 ans. Il aurait voulu qu’il y eût un Rite Hollandais, c om me il y avait un Rite Suédois, un Rite Ecossais et un Rite Français.

 

Ultime conclusion : il n’y a donc jamais eu de Rite Français en Hollande, ni sous l’Empire, ni avant, ni après. Il n’a donc pu y avoir aucune filiation vers la France du Rite Français par ce canal-là, qui est inexistant.

 

La filiation via un chapitre fossile hollandais ne se défend plus. Voyons en résumé les faits  qui rendent cette légende dorée définitivement invraisemblable :

            Le Rite Moderne Français ne fut jamais pratiqué par les frères hollandais ;

            La structure formelle des Hauts Grades dans ce pays fut créée à l’imitation du Régime français, et le Grand Orient de France ne put jamais y imposer son autorité ; 

            Le très éphémère chapitre De Roos, aux Indes néerlandaises, ne fut jamais constitué de son vivant par la juridiction légitime des Hauts Grades de Rite néerlandais ;

            Le chapitre De Roos fut enfin constitué après sa disparition effective, au lendemain de la guerre 1939-1945 ; c’est un chapitre posthume.

            Ce chapitre fut « réveillé » par son « fondateur »  Hendrik van Praag (les mots placés entre guillemets sont de René Guilly) à La Haye, en 1956, sans patente d’aucune      juridiction de Rite Moderne Français ;

Il est aujourd’hui évident que ces faits sont prouvés et que ce chapitre « sauvage » très contestable ne constitue en aucune façon le vecteur d’une transmission légitime et       crédible des valeurs universelles du Rite Moderne Français.

Il n’y eut qu’un seul isolat au monde, où le Rite Moderne Français a survécu sans interruption depuis le début du XIXe siècle : c’est le Brésil.

La filiation formelle via le Portugal et le Brésil, et justifiée par des documents irréfutables, est, elle aussi, une belle histoire r om antique, mais qui a le mérite exclusif d’être authentique et non affectée d’obscurités et d’invraisemblances. Car les documents qui attestent de cette filiation sans hiatus depuis 1822, et de la pureté de cette transmission fidèle, peuvent être consultés. Ils constituent et assoient une vision plus large de la transmission internationale d’un rite universel, qui contrarie au premier abord les tenants frileux d’un certain européocentrisme.

Voici c omment les choses se sont passées chronologiquement.

VIII. La prodigieuse survivance des Ordres de Sagesse français au Portugal et au Brésil

Le texte qui suit est un extrait de la présentation Power Point donnée le 12 juin 2011 par le Souverain Grand Inspecteur Général du Suprême Conseil du Rite Moderne pour le Brésil le T.I.F. José Maria Bonachi Batalla, lors du Convent de Barcelone.

 En 1793, des loges travaillaient au Portugal, sous une influence très forte des loges de Paris.

Il y en avait à Porto et à Coimbra, dont faisaient partie des étudiants des provinces d’Outre Mer, dont le Brésil.

En 1797 se créa la première loge brésilienne. Une frégate française, à l’ancre dans la baie de Bahia, fonde la loge Les Chevaliers de la Lumière, à Salvador de Bahia.

En 1801, la première loge régulière du Brésil fut La Réunion, fondée à Rio de Janeiro. Puis la loge Ile de France, dans l’océan indien, sous l’égide du Grand Orient de l’île Maurice, qui pr om ouvait un idéal politico social.

En 1802 se crée le Grand Orient du Portugal, avec son premier Grand Maître[26]. En 1807, le 30 novembre, le général français Junot, membre de l’armée de Napoléon Bonaparte, envahit le Portugal, entre dans Lisbonne et supprime la Régence.

En 1815, fondation au Brésil de la loge Le C om merce et les Arts, sous l’égide du Grand Orient du Portugal. Elle travaille au Rite Moderne, selon la Constitution de 1806 de cette obédience.

En juin 1822, la loge Le C om merce et les Arts crée deux loges : l’Union et la Tranquillité, et l’Espérance de Niteroi. Elles travaillent au Rite Moderne.

Ces trois loges métropolitaines fondent alors le Grand Orient du Brésil (GOB) et continuent de travailler au Rite Moderne. Le GOB reçoit une lettre de Constitution du Grand Orient du Portugal.

Dès le 12 juillet 1822, le Grand Orient du Brésil, lors de sa cinquième session, se réfère à un système en 7 grades et

procède à l’élévation de plusieurs frères au 4e grade, soit le 1er Ordre d’Elu Secret des grades philosophiques du Rite Moderne.

Ce rite moderne était le rite officiel du Grand Orient de France, du Portugal et du Brésil.

Le 23 juillet 1822, le Grand Orient du Brésil, lors de sa septième session, donne à nouveau le grade d’Elu Secret, 1er Ordre du Rite Moderne, à plusieurs frères.

Lors de la même session est conféré le grade 7, Chevalier Rose Croix, IVe Ordre du Rite Moderne, au Grand Maître José Bonifacio de Andrade e Silva.

En 1822, l’indépendance du Brésil est intimement liée à la fondation du Grand Orient du Brésil.

Cette même année, le prince régent D. Pedro I est initié en la loge Le C om merce et les Arts, le 2 août 1822. Il adopte le n om de Guatimozim, le dernier empereur aztèque mort en 1522.

En septembre 1822, D. Pedro I proclame l’indépendance du Brésil. Il devient Grand Maître du Grand Orient du Brésil.

D. Pedro I, devient alors Rose Croix, grade 7, IVe Ordre des grades philosophiques du Rite Moderne. Ce rite est resté celui du GOB pour tous les travaux des autres corps maçonniques, des pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire.

En résumé :

Transmission historique et légitime du Rite Moderne au Grand Orient du Brésil

Le Grand Orient du Brésil est né en 1822 au Rite Moderne. Il fut constitué par la loge « C om ercio e Artes », qui elle-même fut constituée par le Grand Orient Lusitanien, mieux connu de 1815 à 1822 c om me «  Grand Orient du Portugal, du Brésil et Algarves », ce dernier ayant été constitué en 1804 par lettre patente du Grand Orient de France (appendix 1).

Le Grand Orient du Brésil fut reconnu entre 1822 et 1832 par le Grand Orient de France, la Grande Loge Unie d’Angleterre, et les Etats-Unis d’Amérique.

La patente que possédait alors de Grand Orient Lusitanien avait été transmise au Brésil à la loge « C om ercio e Artes » qui elle-même l’a ensuite transmise par scissiparité aux autres loges, futures fondatrices de l’obédience.

Hauts Grades : le procès-verbal de la séance du Grand Orient du Brésil du 12 juillet 1822 confirme explicitement l’adoption par l’obédience de la franc-maçonnerie en Sept Grades, ce qui figure déjà dans le procès-verbal du 15 mai 1822 de la loge « C om ercio e Artes », qui pratique les Hauts Grades dans son chapitre associé, selon la coutume générale de l’époque (Chapitre 3, article 1 et Chapitre 13, articles 1 et 2).

Les pouvoirs, concédés par lettre patente par le Grand Orient du Portugal, du Brésil et Algarves, appartenaient donc par filiation à l’obédience Grand Orient du Brésil, qui s’est créée par scissiparité de la précédente, ce qui impliquait le transfert de la totalité de ses devoirs et de ses droits légitimes, dont celui, traditionnel et imprescriptible, de les concéder à son tour.

******** *

Le Grand Orient du Brésil pratique aujourd’hui six rites officiels :

            Le rite adonhiramite

            Le rite brésilien

            Le rite écossais ancien et accepté

            Le rite moderne

            Le rite Schröder

            Le rite d’York

Le Rite Moderne se structure c om me suit :

-         jusqu’en 1999, 7 grades dont 3 symboliques et 4 philosophiques.

-         les grades 4 à 7 (Ordres I à IV) : l’Elu, l’Elu Ecossais, le Chevalier d’Orient et de l’Epée, le Chevalier Rose Croix, réunis en des chapitres régionaux.

-         Depuis 1999, ont été activés les grades 8 et 9 du Ve Ordre, soit :

Le 8e grade, Chevalier de l’Aigle Blanc et Noir, Inspecteur du Rite ;

Le 9e grade, Chevalier de la Sagesse, Grand Inspecteur du Rite.

Le 8e grade du Ve Ordre se pratique en un Grand Conseil Kadosch philosophique.

Le 9e grade du Ve Ordre se pratique au sein du Suprême Conseil du Rite Moderne, juridiction nationale dirigeant tous les grades philosophiques.

Correspondance des Grades et des degrés.

Grade 9                                                   33e degré du REAA

Grade 8                                                   30e degré du REAA

Grade 7 Rose Croix                             18e degré du REAA

Grade 6 Chevalier d’Orient                 15e degré du REAA

Grade 5 Elu Ecossais                         14e degré du REAA

Grade 4 Elu Secret                                9e degré du REAA

En 1972, le Grand Orient du Brésil a signé un traité d’alliance et d’amitié avec le Suprême Conseil du Rite Moderne pour le Brésil.

En 1992 a été célébré le 150e anniversaire de la fondation du Suprême Conseil du Rite Moderne pour le Brésil.

En 1999, c’est de ses mains que le Grand Chapitre Français a reçu des patentes pour les Ordres I, II, III, IV du Rite français.

 

Tout ceci remonte, in fine, au Grand Chapitre Général du Grand Orient de France, né à Paris en 1784, ce que personne au monde ne conteste.

Mais le Suprême Conseil du Rite Moderne du Brésil est resté le seul et unique chef d’ordre du Rite Moderne ayant eu une activité ininterr om pue dans la maçonnerie universelle de Rite Moderne à travers tout le XIXe et le XXe siècles, l’autorisant à se dén om mer le Suprême Conseil du Rite Moderne ou Français.

 

 

Jean van Win, Ve Ordre, Gr 9

Membre du Suprême Conseil du Rite Moderne – Brésil

Membre de l’Académie Internationale du Ve Ordre – U.M.U.R.M.

Août 2011, Vallée de Bruxelles

Bibliographie

Archives de la Grande Loge des Pays Bas Onderdenwijngaard, CMC, Den Haag,     Nederland

Cultureel Maçonniek Centrum ‘Prins Frederik’, Jan Evertstraat 9,       Postbus 11525, 2502 AM       Den Haag, Nederland

De Ritualen van de Historische Graden, Dr P.J. van Loo, 1973,          Opperbestuur der Hoge           Graden.

Drs Birza, Grand Chancelier du Grand Chapitre régulier des Hauts  Grades des Pays Bas,      lettre du 2 juillet 1989.

Feuillet Din A4, non daté, édité par le Opperbestuur van de Orde der Vrijmetselaren onder het          Hoofdkapittel der Hoge Graden in           Nederland.

Geschiedenis van het Hoofdkapittel der Hoge Graden in Nederland ,    Dr P.J. van Loo,          1953, page 117.

H om mage à René Guilly, Alain Bernheim in Masonic Papers, Pietre     Stones Review of         Freemasonry.

Inleiding tot de Geschiedenis van het ritual van de Graad van Soeverein Prins van het Rozekruis, 1983, Dr P.J. van Loo, Opperbestuur der Hoge Graden.

La Chaîne d’Union, n° 37, juillet 2006, page 79.

Lettre du TRGM Jacques Martin à l’auteur, le 5 février 1989.

Lettre de René Guilly à l’auteur, le 26 octobre 1991.

Renaissance Traditionnelle n°125 de janvier 2001 : interview du Pr Dr            Jan Snoek par Pierre    Mollier.

Rituaal van de Graad van Soeverein Prins van het R+, 1937, 1992, Orde der Vrijmetselaren onder het Hoofdkapittel der Hoge    Graden in Nederland.

Roger Dachez  : 14 courriels.

 

 

 

 

 


[1] Souligné par nous.

[2] Né en 1893, le F. van Praag avait alors 70 ans.

[3] Souligné par nous.

[4] Souligné par nous.

[5] Ami personnel et « associé » de René Guilly à l’époque, s’est ensuite disputé avec lui et s’est retiré dans le Nord de la France, où il deviendra le Grand Maître de la GLISRU ( Grande Loge Initiatique et Symbolique des Rites Unis). Il fonda à Lille, boulevard de la Liberté, un chapitre mixte de Rose-Croix de Rite Moderne Français, dont l’auteur de ces lignes fit partie vers 1990.

[6] Geschiedenis van het Hoofdkapittel der Hoge Graden in Nederland, door P.J. van Loo, 1953, p. 117 (Histoire du Grand Chapitre des Hauts Grades aux Pays Bas).

[7] Il s’agit ici de la France, bien entendu.

[8] Il avait 70 ans.

[9] Il ne s’agit donc pas d’une rencontre « fortuite dont les liens furent vite établis », c om me nous le dit Roger Dachez. Guilly et van Praag se connaissaient, sans doute en raison de leur c om mun intérêt pour la LUFM (Ligue Universelle des Francs_Maçons).

[10] Medan est la capitale de la province Nord-Sumatra , aux Indes néerlandaises. La ville est aujourd’hui le centre de la culture du caoutchouc et de la région de Deli, célèbre pour son tabac.

[11] D’après Guilly, on peut  considérer qu’il y eut donc deux chapitres « De Roos », l’un régulier mais posthume à Medan, ensuite l’autre « réveillé » et irrégulier à La Haye.

[12] Ligue Universelle des Francs-Maçons.

[13] L’expression est ambiguë, mais il n’est pas fait référence à la tradition française. Guilly semble croire, ou vouloir croire, que les Hoge Graden der Nederlanden possèdent les Hauts Grades français de façon légitime. Cela s’appelle une patente, dont il n’est toutefois jamais question. Cela s’excuse : nous s om mes en 1963 !

[14] Plus tard, Guilly m’a justifié cette affirmation en me disant que de la sorte, il s’assurait le droit sur tous les grades intermédiaires situés entre les Ordres français et à partir du grade de Maître Maçon…

[15] P.J. van Loo, op.cit., page 146.

[16] René Guilly certifie qu’il eut de n om breuses conversations à ce sujet avec le F. van Praag.

[17] Centre de Liaison International des Puissances signataires de l’Appel de Strasbourg

[18] Deux faits peuvent être rapprochés, sans en tirer de conclusions : le F. Polak était juif, le F van Praag aussi.

[19] Pierre Mollier à Jean van Win, par téléphone en août 2011.

[20] Alain Bernheim in Masonic Papers : H om mage à René Guilly, Pietre Stones Review of Freemasonry.

[21] Medan : capitale de la province de Nord Sumatra. La ville est aujourd’hui le centre de la culture du caoutchouc et de la région bien connue pour ses tabacs qu’est Déli.

[22] Ceci est une erreur du Grand Chancelier ; il s’agit du chapitre Srogol, et non Strogol, mentionné assez souvent et correctement dans diverses publications officielles du Grand Chapitre que le Grand Chancelier aurait dû lire.

[23] Lettre du 2 juillet 1989 du Drs. W. Birza, à ‘s Gravenhague (La Haye), Grand Chancelier du Grand Chapitre des Pays Bas.

[24] Conversation téléphonique avec Jean van Win le 26 août 2011.

[25] Lettre autographe de René Guilly à Jean van Win, le 26 octobre 1991.

[26] C’est en 1804 que le Grand Orient de France octroie au Grand Orient Lusitanien une patente pour la constitution d’un Grand Chapitre Général.

21 juillet 2011 4 21 /07 /juillet /2011 02:23

Au 18° Siècle, le Franc-maçon est un homme de foi

L'un des préceptes réclamé à chaque candidat est la croyance en Dieu: « Lorsque les nouveaux initiés venaient en Loge, on leur demandait d'où ils venaient, et leur réponse, je viens de la Loge de saint Jean, voulait dire expressément, qu'ils s'étaient faits purifiés par les eaux du baptême. Personne n'ignorant que ce fut saint Jean qui institua le sacrement.1 » Un autre texte précise que les déistes ne doivent pas être reçus : « On évite soigneusement d'admettre dans l'Ordre, ni athée ni déiste, autant qu'il est possible de reconnaître dans un aspirant quelque opinion qui mena au déisme ou à l'athéisme...2 ». En revanche, sur le domaine de l'appartenance du candidat à une religion non chrétienne, la pratique donne des exemples d'attitudes parfois divergentes d'une Loge à l'autre.

À Bordeaux, L'Anglaise vote le 11 février 1749 une délibération décidant qu'aucun juif ne serait jamais admis sur ses colonnes, et rompt la même année ses relations avec La Française de Toulouse qui, à l'inverse, ne fait plus prêter les serments sur l'Évangile.

Le manuscrit portant la date de 1758, intitulé La Maçonnerie corrigée et découvert à Liège, offre au candidat une formule classique d'obligation prêtée « la main droite sur le livre d'Évangile » et engageant le Récipiendaire « devant le grand architecte de l'univers qui est Dieu ». Mais évoque aussi une formule alternative utilisée par d'autres Loges : « Il y a des loges où l'on n'observe pas de faire jurer sur l'Évangile. Voici la façon dont ils contractent leurs obligations : "Je promets et m'engage sur ma parole d'honneur devant le grand architecte de l'univers et cette respectable loge..." ».

À Nantes, Mehemed Celibi, Maçon musulman, originaire d'Algérie, se voit refuser l'entrée en Loge. Il s'en plaint auprès du Grand Orient de France à Paris, qui lui donnera raison et lui remettra des documents l'accréditant auprès des Loges placées sous sa juridiction.

À Perpignan les Frères de Saint Jean des Arts de la Régularité se déchirent à la suite de la Réception « d'un profane juif de religion ». Ce qui aboutit à l'éclatement de la Loge, en deux parties irréductibles.

À Toul, Les Neuf Sœurs adoptent un règlement qui n'admet comme profanes ou affiliés que des candidats ayant fait « profession publique de christianisme » et ayant reçu « le saint sacrement du baptême ».

À Bayonne, La Zélée admet les candidats non chrétiens mais la "Loge Supérieure" ne leur confère pas le dernier grade de Chevalier Rose-Croix.

On peut néanmoins largement considérer que dans les grades symboliques, les juifs puis les musulmans, qui en accepteront la démarche et les formes, seront accueillis et trouveront dans la Franc-Maçonnerie une insertion et une reconnaissance sociales. Ils se joindront à une catégorie montante de chrétiens qui, sans rejeter Dieu, ne savent plus lui parler et ne se reconnaissent plus dans le culte catholique, exclusivement pratiqué en France. La fraternité des Loges fut pour beaucoup un moyen de vivre la spiritualité, hors du règne de la contrainte, permettant à un jeune Orateur d'affirmer : « Il semble que la paix attendit l'arrivée de la Maçonnerie pour lier tous les mortels et former cette sûreté et cette union qui fait aujourd'hui le charme de notre société et le bonheur de tous les Francs-Maçons du monde.3 »

 

1   La Franche-Maçonnerie dans tous ses grades, 1780.

 

2   Apologie pour l'Ordre des Francs-Maçons, Lahaie 1742.

     3   L'École des Francs-Maçons, 1748, Discours prononcé par un nouvel Orateur, le jour de son élection.

13 juillet 2011 3 13 /07 /juillet /2011 15:32

Extraordinaire survivance des Ordres de Sagesse du

Rite Moderne Français au Brésil

 Le présent texte est un extrait de la présentation Power Point donnée le 12 juin 2011 par le Souverain Grand Inspecteur Général du Suprême Conseil du Rite Moderne pour le Brésil le T.I.F. José Maria Bonachi Batalla, lors du Convent de Barcelone.

 

En 1793, des loges travaillaient au Portugal, sous une influence très forte des loges de Paris.

Il y en avait à Porto et à Coïmbra, dont faisaient partie des étudiants des provinces d’Outre Mer, dont le Brésil.

En 1797 se créa la première loge brésilienne. Une frégate française, à l’ancre dans la baie de Baia, fonde la loge Les Chevaliers de la Lumière, à Salvador de Bahia.

En 1801, la première loge régulière du Brésil fut La Réunion, fondée à Rio de Janeiro. Puis la loge Ile de France, dans l’océan indien, sous l’égide du Grand Orient de l’île Maurice, qui promouvait un idéal politico social.

En 1802 se crée le Grand Orient du Portugal, avec son premier Grand Maître. En 1807, le 30 novembre, le général français Junot, membre de l’armée de Napoléon Bonaparte, envahit le Portugal, entre dans Lisbonne et supprime la Régence.

En 1815, fondation au Brésil de la loge Le Commerce et les Arts, sous l’égide du Grand Orient du Portugal. Elle travaille au Rite Moderne, selon la Constitution de 1806 de cette obédience.

En juin 1822, la loge Le Commerce et les Arts crée deux loges : l’Union et la Tranquillité, et l’Espérance de Niteroi. Elles travaillent au Rite Moderne.

Ces trois loges métropolitaines fondent alors le Grand Orient du Brésil (GOB) et continuent de travailler au Rite Moderne. Le GOB reçoit une lettre de Constitution du Grand Orient du Portugal.

Dès le 12 juillet 1822, le Grand Orient du Brésil, lors de sa cinquième session, se réfère à un système en 7 grades et procède à l’élévation de plusieurs frères au 4e grade, soit le 1er Ordre d’Elu Secret des grades philosophiques du Rite Moderne.

Ce rite moderne était le rite officiel du Grand Orient de France, du Portugal et du Brésil.

Le 23 juillet 1822, le Grand Orient du Brésil, lors de sa septième session, donne à nouveau le grade d’Elu Secret, 1er Ordre du Rite Moderne, à plusieurs frères.

Lors de la même session est conféré le grade 7, Chevalier Rose Croix, IVe Ordre du Rite Moderne, au Grand Maître José Bonifacio de Andrade e Silva.

En 1822, l’indépendance du Brésil est intimement liée à la fondation du Grand Orient du Brésil.

Cette même année, le prince régent D. Pedro I est initié en la loge Le Commerce et les Arts, le 2 août 1822. Il adopte le nom de Guatimozim, le dernier empereur aztèque mort en 1522.

En septembre 1822, D. Pedro I proclame l’indépendance du Brésil. Il devient Grand Maître du Grand Orient du Brésil.

D. Pedro I, devient alors Rose Croix, grade 7, IVe Ordre des grades philosophiques du Rite Moderne. Ce rite est resté celui du GOB pour tous les travaux des autres corps maçonniques, des pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire.

Le GOB pratique aujourd’hui six rites officiels :

            Le rite adonhiramite

            Le rite brésilien

            Le rite écossais ancien et accepté

            Le rite moderne

            Le rite Schröder

            Le rite d’York

Le Rite Moderne se structure comme suit :

 

-          jusqu’en 1999, 7 grades dont 3 symboliques et 4 philosophiques.

-          les grades 4 à 7 (Ordres I à IV) : l’Elu, l’Elu Ecossais, le Chevalier d’Orient et de l’Epée, le Chevalier Rose Croix, réunis en des chapitres régionaux.

-          Depuis 1999, ont été activés les grades 8 et 9 du Ve Ordre, soit :

Le 8e grade, Chevalier de l’Aigle Blanc, Inspecteur du Rite ;

Le 9e grade, Chevalier de la Sagesse, Grand Inspecteur du Rite.

Le 8e grade du Ve Ordre se pratique en un Grand Conseil Kadosch philosophique.

Le 9e grade du Ve Ordre se pratique au sein du Suprême Conseil du Rite Moderne, juridiction nationale dirigeant tous les grades philosophiques.

Correspondance des Grades.

 Grade 9                                              33e degré du REAA

Grade 8                                              30e degré du REAA

Grade 7 Rose Croix                           18e degré du REAA

Grade 6 Chevalier d’Orient               15e degré du REAA

Grade 5 Elu Ecossais                         14e degré du REAA

Grade 4 Elu Secret                              9e degré du REAA

En 1972, le Grand Orient du Brésil a signé un traité d’alliance et d’amitié avec le Suprême Conseil du Rite Moderne pour le Brésil.

En 1992 a été célébré le 150e anniversaire de la fondation du Suprême Conseil du Rite Moderne pour le Brésil.

En 1999, c’est de ses mains que le Grand Chapitre Français a reçu des patentes pour les Ordres I, II, III, IV du Rite français.

Le Suprême Conseil du Rite Moderne du Brésil est resté le seul et unique chef d’ordre du Rite Moderne ayant eu une activité ininterrompue dans la maçonnerie universelle, l’autorisant à se dénommer le Suprême Conseil du Rite Moderne.

C’est de ce Suprême Conseil que le Souverain Chapitre Métropolitain Mixte de Rite Français Le Prince de Ligne a reçu, le 12 juin 2011, la patente la plus authentique qui soit pour l’exercice en Belgique des Grades de Sagesse  du Rite Français.

(Traduit  par)

Jean van Win

Très Sage et Parfait Maître du Souverain Chapitre Mixte Le Prince de Ligne

Grand Inspecteur 9e Grade du Suprême Conseil du Rite Moderne pour le Brésil

13 juillet 2011 3 13 /07 /juillet /2011 15:13

Heijl en Broederlijkheid !

  Jean van Win 

Curieuse interjection et curieux idiome, et quel rapport avec le Rite Français ? Un peu de patience.

Au printemps 1796, l’armée de la Révolution française attaque les Autrichiens en Italie et « libère » les peuples opprimés par les Habsbourg. Déjà, les mêmes armées avaient conquis les Pays Bas autrichiens qui formeront plus tard, en 1830, la future Belgique. Notre pays était alors, en 1796, territoire français et nos concitoyens, dont mes ancêtres, portaient fièrement (pour la plupart) cette nationalité.

L’un de mes ancêtres maternels, Bruxellois de souche, était fortement engagé dans la cause de la République française. Une de ses lettres manuscrites, dûment encadrée,  décore un mur de mon cabinet de travail. Je vous en offre la reproduction. Je vous en traduis la teneur, car elle est rédigée en idiome flamand, et nous verrons quel lien peut être ensuite établi avec le Rite Français ou Moderne qui nous est si cher à tous.

L’anticlérical modéré, mais de principe, que je suis, ne relit pas ce texte sans un certain sourire de satisfaction, partagé par une longue ascendance de libéraux à tout crin. De quoi s’agit-il ? D’obliger un curé à sonner les cloches à toute volée pour célébrer trois fois par jour les victoires du général Buonaparte en Italie, voilà une volupté que je partage encore avec lui en ma qualité d’héritier lointain. 

Je ne puis que le rapprocher de l’œuvre célèbre d’un autre de mes compatriotes « belges », Ludwig van Beethoven, dont la famille, portant une particule bien flamande, provient de la merveilleuse petite ville de Mechelen (Malines) située à vingt kilomètres de Bruxelles, famille  qui vivait à quelques maisons de la demeure familiale de mes ancêtres, cette fois paternels.

On sait que Beethoven—prononcer béét-eau-veun, et non Bètovenne !—dédia sa Symphonie Héroïque au jeune et très charismatique général Bonaparte, mais qu’il raya rageusement cette suscription lorsque Bonaparte devint Napoléon, en 1804.

Son grand-père, Lodewijck (Louis) van Beethoven, quitta Mechelen et s’établit à Bonn en Allemagne, en 1733. Voilà pourquoi Beethoven, qui jamais ne fut maçon quoiqu’en dise Internet, fut un musicien allemand en non belge. Quoique l’élément flamand, et donc vigoureusement rythmique, abonde dans son œuvre, selon le musicologue Ernest Closson [L’élément Flamand dans Beethoven, Editions Universitaires, les Presses de Belgique, 1946].

Et l’on voit donc combien le souffle puissant de la Révolution française s’empara des esprits « avancés » de l’époque, qui furent emportés par un idéal irrésistible qui allait conquérir le monde en un siècle, celui de la Liberté !

Voici la traduction de cette missive comminatoire.

Liberté                                                                                                                      Egalité

Tervueren, le 10 floréal de l’an IV de la République (29 Avril 1796) 

Le Commissaire du Pouvoir Exécutif près la municipalité du canton de Vueren

Aux citoyens Curés de son arrondissement

Citoyen et Ami,

La splendeur des victoires de la République française que nous avons encore remportées récemment, sous les ordres et la conduite du vaillant général Buonaparte en Italie, sur ses ennemis communs les armées autrichienne et piémontaise, doit réjouir tout patriote bien-pensant.

En conséquence, j’ordonne, au nom de la République Française et en vertu des pouvoirs de ma charge, de fêter ces victoires et de les annoncer aux concitoyens de votre communauté par le retentissement de vos cloches, qui devra se produire demain, le 11 floréal (30 avril) à savoir à huit heures du matin, l’après-midi à deux heures et le soir à neuf heures, à chaque fois pendant au moins une demi-heure. Je ne doute pas que vos paroissiens satisferont à mes ordres avec zèle et sans restriction ni ressentiment.

Salut et Fraternité

F. Hauwaert

Com. Du Pouvoir Ex. à Tervueren

  ***

Je visite souvent le petit village de Tervueren, avec un clin d’œil complice jeté à sa jolie église. C’est à Tervueren que le gouverneur général des Pays Bas autrichiens Charles de Lorraine construisit, en qualité de « maison de campagne et de chasse »,  un château énorme qui brûla de fond en combles. Il ne subsiste aujourd’hui que ses splendides écuries et son parc giboyeux, une vraie splendeur au ciel largement dégagé à la Versailles, où se poursuivent bosquets ombreux et pièces d’eau à la française. Un nouveau château de Tervueren domine maintenant le parc dans toute son étendue et abrite les plus étonnantes collections d’art africain du XIXe siècle.

Lorsque je déambule au fil des ruelles du village, il m’arrive d’entendre résonner le timbre inchangé des cloches du bon citoyen curé. Je souris en songeant à ce prêtre, forcé par un adepte du Régime Français,  de célébrer les victoires du général révolutionnaire  Buonaparte sur les Autrichiens.

Et je songe aussi à Bruxelles, berceau de ma famille paternelle depuis cette époque, où travaillaient alors nombre de loges maçonniques fondées notamment par le marquis de Gages, et qui, depuis l’annexion de nos régions à la France par le Traité de Campo-Formio, pratiquaient presque toutes le Rite Français, tant aux grades symboliques qu’aux Ordres de Sagesse. Ce rite était en effet de loin le plus répandu en nos régions, l’était encore en 1820 et le fut jusqu’en 1880.

Il a disparu pour des raisons peu avouables au XIXe siècle, mais renaît aujourd’hui de ses cendres, avec des loges bleues et des chapitres qui, lentement et sûrement, restaurent dans notre pays le Rite Français de tradition qui fut le sien. Il le fut hier, il l’est aujourd’hui, et le sera demain, s’adressant sans discrimination injustifiée aux hommes et aux femmes du temps présent et de l’avenir.

Deux cents ans plus tard, Heil en Broederlijkheid, Salut et Fraternité !

8 juin 2011 3 08 /06 /juin /2011 16:15

L’escalier à vis qui mène à la Chambre du Milieu

Selon les rituels de Rite Français, la loge des constructeurs se tient au Porche du Temple et non, bien entendu, dans le Temple lui-même.

Selon la légende du grade, Hiram fut assassiné dans le chantier du Temple encore en construction et qu’il inspectait.

Selon les rituels anciens du Rite Français, les Maîtres accèdent à la Chambre du Milieu par un escalier qui se monte par 3, 5 et 7 marches, la Bible attestant que la Chambre du Milieu est située à l’étage du Temple, et non en son rez-de-chaussée comme on le répète souvent.(1er Livre des Rois, chap.VI, 8).

Il peut donc sembler contradictoire que l’escalier conduise à l’étage d’un bâtiment non encore construit…Peut-on trouver une explication, autre que purement symbolique, à cette apparente contradiction ? Car il est bien vrai que, souvent, les rituels maçonniques ajoutent des éléments antérieurs ou postérieurs à ceux du récit biblique, qui est lui-même symbolique, ne l’oublions pas. On sait, par exemple, que Hiram Abiff ne fut jamais architecte, sauf dans les rituels de la mythologie maçonnique qui est un récit recréé sur base d’un texte lui-même symbolique…

On trouve une réponse dans le texte des Constitutions d’Anderson de 1738, qui sont, à bien des égards, plus riches en symbolique maçonnique primitive que celles, mieux connues, de 1723. Anderson, dans ce texte amélioré, situe la mort d’Hiram dans le temps, d’une façon très précise : le temple est achevé, mais non encore consacré. Je vous traduis la page 14 de ce texte fondateur :

« Le temple fut terminé en une courte période de 7 ans et 6 mois, à la surprise du monde entier lorsque la Fraternité[1] célébra la pose de la dernière pierre (the cape-stone) dans une joie immense. Mais leur joie fut brutalement interrompue par la mort subite de leur cher maître Hiram Abiff, qu’ils enterrèrent décemment dans la loge voisine du temple, selon l’ancien usage. [2]

« Lorsque Hiram Abiff fut enseveli, le tabernacle de Moïse et les saintes reliques étant logées dans le Temple, Salomon le dédicaça et le consacra par des prières solennelles et de coûteux sacrifices…etc ».

Le rituel n’est donc pas incohérent et l’escalier vers la Chambre du Milieu existait bien avant le meurtre de l’ « architecte », à tout le moins selon notre mythologie, qui n’est en aucun cas l’histoire ni une quelconque « réalité ».

Ce thème essentiel de la différence entre histoire, mythologies, légendes et réalités archéologiques fera l’objet d’un balustre donné en notre chapitre Le Prince de Ligne au cours du second semestre 2011.


[1] On remarquera que jamais les Anglais, demeurés biblistes, ne parlent de l’Ordre, ce qui est une invention française à connotation chevaleresque. Merci à Ramsay !

[2] On se souviendra de ce que la tombe porte le nom de Jéhovah, corruption de Yahweh. L’identité de Hiram devient claire.

6 juin 2011 1 06 /06 /juin /2011 15:03

L'ATTRIBUTION CORRECTE DE SAGESSE, FORCE ET BEAUTE

AUX OFFICIERS DE LA LOGE FRANÇAISE.

Jean van Win

Est-il si surprenant de trouver, dans un rituel archaïque daté de 1758, Sagesse attribuée au Vénérable, Force au Premier Surveillant, et Beauté au Second Surveillant?

Auparavant, il est vrai, les rituels, les divulgations et les tableaux de loge mentionnent les attributions les plus fantaisistes et les plus variées.

De nos jours encore, certaine obédience belge irrégulière, la Grande Loge de Belgique, ignore l'attribution de Sagesse au Vénérable, et la conteste comme n'étant pas traditionnelle ! Et de nombreuses loges belges, pratiquant un rite endémique dit « Moderne Belge », donnent la Beauté au Vénérable Maître !

L'objection faite à une attribution "correcte" aussi précoce qu’en l’année 1758 repose sur le fait que semblable association n'apparaît, pour la première fois, que dans la divulgation Three Distinct Knocks (TDK 1760), ou : les Trois Coups Distincts.

Qu'en est-il?

La publication de TDK date en effet de juillet 1760. On peut déduire, compte tenu des délais de rédaction, de composition, de correction, d'impression, de rognage, de brochage,etc. que le texte reflète une situation rituelle prévalant déjà en 1759, et sans doute auparavant. Un an au plus sépare donc cette attribution de celle du rituel de 1758. On peut donc les concevoir, me semble-t-il, comme contemporaines.

D'autre part, l'énumération "correcte" Sagesse, Force, Beauté, dans cet ordre, apparaît successivement dans :

- Le Ms Wilkinson (1727) qui précise Sagesse pour inventer, Force pour soutenir, Beauté pour orner,

- Le Masonry Dissected (1730) qui reprend la même séquence.

- Le discours de Ramsay (1737), parle d'un Ordre dont la base est la Sagesse, la Force et la Beauté du génie.

- Le Catéchisme des Francs-Maçons (1744) nous dit : « trois colonnes: la Sagesse, la Force et la Beauté. La Sagesse, pour entreprendre ; la Force, pour exécuter ; & la Beauté, pour l'ornement ».

- La Déclaration Mystérieuse (1743)

- Le Sceau Rompu (1745).

De plus, nous savons que, contrairement à la maçonnerie des Antients, les loges "modernes" postaient les surveillants à l'Ouest. Sans entrer dans les détails, n'est-il pas admissible de penser que l'attribution au Vénérable, au Premier Surveillant et au Second Surveillant s'est faite quasi automatiquement, dès lors que les chandeliers ont connu, dans certaines loges écossaises, la disposition SE, SO et NO, au lieu du classique NE, SE et SO des loges modernes ?

L'association Sagesse - Force - Beauté / Vénérable - Premier et Second Surveillants n'est pas « moderne ». Elle n'est pas héritée de la maçonnerie de 1717, mais bien de la maçonnerie des Antients. Aucun rituel, aucune divulgation française n'en fait état, sauf le rituel de 1758.

La première loge moderne à montrer l'attribution correcte se trouve dans Schibboleth (1765).

Par contre, l'iconographie du temps, en France, sans être formelle, montre une position des flambeaux dite "écossaise" qui peut être identifiée comme étant SE, SO, NO, position qui deviendra celle du rite « moderne belge ».

Il serait vain et présomptueux de refaire les études fouillées qui ont été consacrées à l'attribution correcte de Sagesse, Force, Beauté. Régulièrement, depuis 1727, tout semble converger pour mener, un jour, à la connexion entre Sagesse, Force, Beauté et Salomon, Hiram de Tyr, Hiram Abif, les chandeliers du SE, SO, NO, et le Vénérable, le Premier et le Second Surveillants.

Tout ceci a dû connaître une gestation lente et progressive.

Ce que TDK réalise, en 1760, c'est un aboutissement: la formulation claire de l'association.

Je constate que deux ans auparavant, en 1758, un Vénérable de langue française dicte la même idée à son copiste/secrétaire. Convergence de déductions ? Une telle formulation d'un usage nouveau ne peut être subite. Nous savons que l'auteur de TDK, devenu abusivement membre d’une loge à Paris, se rend ensuite à Londres où il visite une loge des Antients. Les contacts entre Paris et Londres étaient apparemment fréquents (« There was frequent contact between London and Paris, so mutual influence is likely »).

Harry Carr, se référant à certaines divulgations françaises antérieures à 1760, écrit qu'elles sont « sufficient to show how far the English texts of the 1760's reflected, or had been influenced by the European developments during the 30-year gap ».

Un exemple divertissant est fourni par la divulgation Mahhabone, imprimée en 1766 à Liverpool. L'auteur avoue avoir essayé dès 1753 de publier son livre. Cette compilation de divulgations préexistantes contient plusieurs mots qui n'apparaissent pas dans la maçonnerie anglaise, et des phrases à la construction grammaticale inconnue, incorrecte et franchement comique pour un Britannique: « Venerable Master… the Acacia is known to me… A terrible Brother… I came to conquer my Passions and correct my vices ».

Le plagiat de divulgations françaises, notamment, Le Maçon Démasqué (1751), est naïvement évident, et confirme que dans les années 1750-60, l'information maçonnique traversait le Channel dans les deux sens avec une certaine intensité.

La présence de l'attribution correcte sur le Continent, deux ans avant TDK, ne paraît pas de nature à disqualifier l’émergence d’une déduction pratiquement simultanée sur les deux rives de la Manche, ce qui semble plus acceptable que l'hypothèse d'une copie, faite par l'un et l'autre, d'un troisième document, commun et antérieur, perdu aujourd'hui, et dont nul n'a jamais entendu parler…

5 juin 2011 7 05 /06 /juin /2011 22:19

« Que venons-nous faire en loge ? »

Jean van Win

L’examen de cette phrase est important pour deux raisons. La première, afin de déterminer si elle est traditionnelle, c'est-à-dire si elle fait partie du corpus doctrinal de notre Fraternité, ou bien si elle constitue un de ces innombrables ajouts que la fantaisie des générations successives de frères a déversés dans nos pratiques. La seconde, c’est d’essayer de saisir, par la ou les réponses apportées, les raisons pour lesquelles la Fraternité maçonnique fut un jour créée, et donc les objectifs qu’elle poursuivait vraiment à l’origine.

***

Les très anciens rituels, remontant avant 1770, sont très rares. Ce sont les divulgations anglaises postérieures à 1760 et surtout françaises pour la période 1730-1760 qui nous donnent des indications précises sur les rituels authentiques des origines. La plus ancienne trace que j’aie trouvée de la réponse rituelle à cette question est datée de 1738, dans la divulgation « La Réception Mystérieuse » :

Q : Que venez-vous faire ici ?

R : Je n’aspire point à suivre ma propre volonté, mais plutôt à vaincre mes passions, tout en suivant les préceptes des maçons, et à faire des progrès quotidiens dans cette profession.

En 1745, soit 7 ans plus tard, la divulgation « Le Sceau Rompu » contient la réponse suivante :

Q : Que venez-vous faire ici ?

R : Vaincre mes passions, soumettre mes volontés et faire de nouveaux progrès en maçonnerie.

Enfin, la divulgation « La Désolation des Entrepreneurs Modernes », texte publié en 1747, dit ceci :

Q : Que venez-vous faire ici ?

R : Conquérir mes passions, soumettre mes désirs et faire des progrès plus avancés en maçonnerie.

La même idée est exprimée différemment dès l’aube de la franc-maçonnerie française. Dès 1749 en effet, « Le Nouveau Catéchisme » de Travenol dit :

Q : Quels sont les devoirs d’un maçon ?

R : De fuir le vice et de pratiquer la vertu.

Le thème rousseauiste du vice et de la vertu est très populaire à l’époque. Ce thème s’exprime le plus souvent par la réponse convenue :

Q : Que fait-on en loge ?

R : On y creuse des cachots pour le vice et on y élève des temples à la vertu.

Ce thème apparaît dès 1749, conjointement avec celui des passions à vaincre, de la volonté à soumettre, et des progrès à réaliser. On le retrouve en 1758 dans le rituel inédit que j’ai publié dans les Acta Macionica n°10 page 87 :

Q : Que vient faire un maçon en loge ?

R : Il vient vaincre ses passions, soumettre ses volontés et faire de nouveaux progrès dans la maçonnerie.

Ces deux répliques conjointes, ou l’une des deux seulement, se retrouvent donc avec une grande constance dans la maçonnerie du temps de Louis XV. Le premier rituel rectifié, qui date de 1778, mentionne dans la première section de l’Instruction de l’Apprenti Maçon par demandes et réponses :

Q : Que venez-vous faire en loge comme apprenti ?

R : Je viens apprendre à vaincre mes passions, à surmonter mes préjugés, et à soumettre ma volonté, pour faire de nouveaux progrès dans la franc-maçonnerie.

On les retrouve ensuite dans « le Recueil précieux de la Maçonnerie adonhiramite » de Guillemain de Saint Victor, en 1783-1785. Puis, en 1788, dans un rituel de la maçonnerie française, sous le nom de « Recueil des 3 premiers grades publié par un ex-Vénérable d’une loge régulière » ; enfin, tant le Régulateur du Maçon de 1801, qui concrétise la liturgie rituelle du XVIIIe siècle français, que le Guide des Maçons Ecossais de 1804, publié entre 1814 et 1820, mentionne aussi ces mêmes répliques.

Et puis, les éditions suivantes, tant écossaises que françaises, conservent toujours la réponse en trois volets : « vaincre mes passions, soumettre ma volonté, faire des progrès ».

En conclusion, l’étude de l’histoire de la maçonnerie et de ses rituels nous montre, une fois de plus, la très grande constance de ces deux répliques. Cette constance révèle que, d’une part, elles sont bien traditionnelles, et que, d’autre part, elles traduisent une préoccupation doctrinale essentielle. Quelle est cette préoccupation ?

Elle est évidemment et prioritairement d’ordre moral.

Le Régulateur de 1801 insiste sur l’examen de la vie et des mœurs du proposé, mais aussi sur son caractère, la nature de ses penchants habituels, de ses défauts, et surtout s’il n’a pas quelque vice. Les rapports des trois commissaires doivent être favorables à tous ces égards.

Ceci rejoint, bien entendu, la définition classique donnée par la franc-maçonnerie anglaise du XVIIIe siècle, à savoir : « La Franc-Maçonnerie est un système particulier de moralité, voilé par des allégories et illustré par des symboles ».

Moralité : ceci nous amène à une constatation importante. L’objet de la maçonnerie est d’ordre moral et rien d’autre.

La Fraternité n’a pas pour objet la connaissance de Dieu, objet qui relève des religions. La Fraternité n’a pas pour objet la connaissance du monde, de son origine, de son fonctionnement et de son éventuelle finalité : ceci relève des sciences. La Fraternité n’a pas du tout pour objet l’amélioration de l’économique ou du politique, ceci relève de l’organisation civile de l’homme.

L’objet de la maçonnerie est, au départ d’un homme libre et de bonnes mœurs assimilé à une pierre brute, de construire un homme moralement développé, comparable à une pierre taillée, capable de s’insérer dans l’édification d’un temple digne de recevoir le Grand Architecte.

Les grades conférés dans toutes les échelles initiatiques en franc- maçonnerie, poursuivent tous un but moral, et rien d’autre.

Soit qu’ils mettent en évidence telle ou telle vertu (fidélité, courage, abnégation, constance, tempérance, force, justice, clémence, humilité, foi, espérance, charité, etc…), soit qu’ils fustigent et détruisent les vices, tels l’ambition, la cupidité, l’envie, le despotisme, l’intolérance, le dogmatisme obtus. Ce dernier objectif anti-vice fait l’objet des grades maçonniques noirs dits « grades de vengeance », auxquels Willermoz n’a absolument rien compris. Il avait dû très mal lire Saint Bernard, qui est sans équivoque quant à nos devoirs envers les ennemis de la vertu. La truelle d’une main, certes, mais l’épée de l’autre !

L’accroissement du capital de moralité de l’homme rendu lucide et déterminé par les initiations successives passe par deux obligations : d’abord, par l’exaltation et la construction des vertus et donc du bien ; ensuite, par l’exécration et la démolition des vices, et donc du mal. Voilà ce que nous venons apprendre à faire en loge. Et notons bien qu’il s’agit de faire, et non seulement de parler.